‹ Mémoires de Vidocq (volume 2)Chapitre 22 sur 56 · LES TIREURS · texte numérisé non relu

LES TIREURS

Le propriétaire de l'âne savant. — L'Anglais à la pm-ado Les nonnes. — Les yeux au bout des doigts. — La chicane. — L'effronté filou. — Le brouillard et larépétition. — L'homme de la circonstance. — Efficacité de la peine de mort.

Les Tireurs portèrent d'abord le nom de floueurs, sons lequel nous signalerons une autre espèce de fripons à qui il convient beaucoup moins; car, dans l'origine, floueurs signifiait qui cherche la floue, c'est-à-dire l'affluence ou la foule.

Les tireurs ou voleurs à la tire, sont ceux qui dérobent dans les poches, les bomses, les montres, les tabatières, etc., etc. Ils sont eu général bien couverts et ne portent jamais ni cannes, ni gants; car non-seulement ils ont besoin de toute la liberté de lem'S mains, mais encore de toute la délicatesse de leur toucher. Ces messiem\s, dont on aurait tort de dire qu'ils ne font œuvre de leui's dix doigts, sont ordinairement trois ensemble et quelque fois quatre. C'est dans les cohues qu'ils font leurs affaires, aussi vont-ils dans toutes les réunions, fêtes, bals, concerts, dans tous les spectacles, au moment de l'entrée, ainsi qu'à celui de la sortie; leur poste de prédilection est le bm'eau oii l'on dépose les cannes et parapluies, parce que là il y a toujoui'S affluence; ils fréquentent également les églises, mais seulement lorsque la solennité doit y attirer un gi'and concours de fidèles; ils sont à la piste de tous les rassemblements, souvent même ils les provoquent, soit par une rixe feinte, soit par tout autre moyen. Il est des tireurs qui sont associés avec des bateleurs. Le

propriétaii-e de l'âne savant, dont tout Paris a gardé la mémoire, était le compère d'une bande de filous; quand l'âne ruait, les tireurs n'avaient pas les mains dans leurs poches. Les chanteurs des rues, les escamoteurs, les nécromanciens ^ en plein vent, ont presque tous des accointances avec des coupeurs de bourses; presque tous ont part aux bénéfices de la tii'e. Dans Paris il ne se fait presque pas d'attroupements, qu'il ne s'y trouve des filous ; ces messieurs sont partout.

Un jour que, les deux mains engagées dans son pantalon, un Anglais regardait défiler la parade, un petit filou, nommé Diduc, lui coupe le cordon de sa montre. Une minute après le gentleman s'aperçoit qu'il lui manque quelque chose, il cherche sur le pavé, pids examine son ruban, et bien qu'il fût aisé de s'apercevoir qu'il avait été coupé, il se fouille, se tâte des pieds à la tête; enfin, étonné de ne pas trouver ce qu'il a perdu : « Goddem, s'écrie-t-il, le « diable il a pris mon breloque »; et pendant que par sa bonhomie il prêtait ainsi à rire aux voisins, à quelques pas de là le filou avec un de ses camarades, s'amusait à le contrefaire.

Eien de si facile que de reconnaître un filou ; il ne peut pas rester en place, il faut perpétuellement qu'il aille et qu'il vienne ; cette mobihté lui est nécessaire 2, parce qu'elle multiplie les occasions de se trouver en face de quelqu'un, et de s'assurer s'il y a du butin à faire. Lorsqu'un filou s'approche d'une foule, il laisse aller ses mains au hasard, mais de manière qu'elles frappent ou sur- la poche, ou

1 Nécromanciens, devins qui prétendaieaat prédire ravenir pnr l'évocation des morts.

2 II y a du vrai dans cette observation. D'ailleurs pour le policier professionnel, qui comprend et sait faire son métier, c'est une remarque banale, que rindividu qu'on voit continuellement rôder, même s'il est de bonne tenue et n'a pas de ressources persormeUes, n'est autre chose qu'un malandrin en quête d'un mauvais coup à faire.

sur le gousset, afin de se faire une idée du contenu. S'il vaut la peine qu'on se l'approprie, les deux compères, que le filou nomme ses noniies ou nonneurs, se mettent chacun à leur poste, c'est-à-dire près de la personne que l'on veut voler, ils la poussent et la serrent comme dans un étau, en s'efforçant de cacher la main de l'opérateur. Une montre ou une bourse est-elle le résultat de cette presse factice, à l'instant même elle passe dans les mains d'un afl&dé, le coqueur ^, qui s'éloigne le plus vite possible, mais sans affectation.

Une remarque bien essentielle à faire, c'est qu'à l'issue d'un spectacle, d'une église, ou de tout autre endroit public, les iilous font mine de vouloir rentrer, lorsque tout le monde se presse pour sortir. Lecteurs, vous êtes avertis; quand vous verrez un ou plusieurs individus faisant une pareille manœuvre, en regardant en l'air et poussant vivement, soyez sur vos gardes. Ce n'est ni sur la chaîne de sûreté, ni sur le bouton de votre gousset qu'il faut vous reposer, ce ne sont pas là des obstacles; les filous sont, au contraire, fort contents qu'on prenne des précautions de ce genre : elles font la sécurité dvL messière (boui'geois); il a une chaîne, son gousset est fermé, il ne craint rien, il ne songe plus à veiller à sa montre, c'est un soin superflu; qu'en advient-il? la chaîne est coupée, le bouton saute, et la montre disparaît. Les filous n'ont pas l'air d'y toucher, mais ils ont des yeux au bout des doigts.

Cependant il est un moyen de réduire au néant toute cette subtiUté : étranglez, c'est-à-dire tordez votre gousset de montre, un ou deux tours suffiront; après cela vous pourrez porter un défi à

1 Le mot coqueur est usité dans ce sens. Coguer, signifie prendre par ruse. Badical probaljle coquet, cuire. D'où se comprend alors sans peine Texpression : je cuU cuit, frit, pour je suis pris.

tous ces filous qui excellent dans l'art de faire la bourse, la montre et la tabatière.

Il existait à Paris un filou d'un dextérité si inconcevable, qu'il volait sans compère. Il se plaçait devant une personne, mettait sa main derrière lui, et lui enlevait ainsi ou sa montre, ou tout autre bijou à sa portée : ce genre de vol est ce qu'on appelle le vol à la chicane.

Un nommé Molin dit Moidin le chapelier, étant sous le péristyle des Français, veut escamoter la bourse d'un monsieur; celui-ci, qui est près du mur, croit sentir qu'on le vole; Molin, plein de présence d'esprit, brusque le mouvement, la bourse est arrachée du gousset, il l'ouvre, en tire une pièce, et demande un billet. Au même instant la personne volée lui dit : « Mais monsieur, vous avez pris ma « bourse, rendez-la moi. — Troun dé Dious, répond « Molin, en jouant l'étonnement, en êtes-vous bien « SÛT? Puis la considérant avec attention, bagasse ! « j'ai cru que c'était la mienne. Ah ! monsieur, je « vous demande bien pardon. » En même temps il rend la bourse, et tous les assistants sont persuadés qu'il s'est involontairement trompé. Voilà du toupet, ou je ne m'y connais pas.

A l'époque du grand brouillard, Molin et le nommé Dorlé s'étaient postés aux environs de la place des Italiens : un vieillard vient à passer. Dorlé lui vole sa montre et la remet à Molin; l'obscurité était si grande, qu'on ne pouvait distinguer si c'était une répétition; pour s'en assurer, Molin pousse la queue, le marteau frappe incontinent sur le timbre, et au son qu'il produit, le vieillard de reconnaître son bijou, et de s'écrier : « Ma montre ! ma montre ! « rendez-moi ma montre, je vous en prie; elle vient « de mon grand -père, c'est un cadeau de famille »; et tout en proférant ses lamentations il tâche de se diriger sur le son, afin de ressaisir son objet; sans

s'en douter, il ari'ive tout près de Molin, alors celuici s'avance à la faveui* du brouillard, et tenant la montre à quelque distance de l'oreille du bonhomme, il pousse de nouveau le bouton : « Écoutez-la, dit-il, (( chanter pour la dernière fois ; » et les deux voleurs disparm'ent en laissant au vieillard ce cruel adieu.

Les anciens voleurs à la tire citent encore parmi les célébrités de leur profession, deux Italiens, les frères Verdure, dont l'aîné, convaincu d'avoir fait partie d'une bande de chauffeurs, fut condamné à mort. Le joui' de l'exécution, le cadet, qui était resté hbre, voulut voir son frère à sa sortie de la Conciergerie : avec plusieui'S de ses camarades, il cilla se poster sur son passage. Lorsque les voleuis vont le soii- dans la foule, ils ont d'ordinaire un cri pour se faire reconnaître de leurs affidés : Verdure jeune, apercevant la fatale charrette, proféra le sien, c'était lirgc, à quoi le patient, en cherchant des yeux, répondit loi-ge. Ce singulier salut donné et rendu, on imaginera peut-être que Verdure jeune se retira; en venant il avait déjà volé deux montres; il vit tomber la tête de son fi'ère, et soit avant, soit après, il voulut jusqu'au bout exploiter la circonstance. La foule s'étant écoulée, il entra au cabaret avec ses camarades. « Eh bien ! leur dit-il, en éta- « lant sur la table quatre montres et une bourse, « j'espère que j'ai joliment tiré mon épingle du jeu; « je n'aurais jamais pensé faire un si bon chopin « (coup) à la mort de mon frangin (fière); je suis « seulement fâché d'une chose, c'est qu'il ne soit « pas là pour avoir son fade (sa part). »

Que dii'ont de ce trait les partisans de la peine de mort? qu'elle est efficace? ils en ont la preuve ^

1 n est assez curieux de noter qu'un grand nombre de policiers ne jcroient pas à l'efficacité réelle de la peine de mort. Cependant, à l'opinion émise sur ce point par Vidocq, on en peut opposer d'autres, opposées et émanant de policiers de valeur supérieure à la sienne et qui sont convaincus que

CHAPITEE LXXI

LES FLOTIEIIBS

La trouvaille. — Une bonne bouteille de vin. — Le Saint- Jean. — Le verre en flevirs. — Le trébuchet et la triomphe.

Les floueurs, qu'il faudrait plutôt appeler joueurs, vont ordinah'ement trois ou quatre de compagnie. L'un d'eux marche en avant, il a dans la main une pièce de vingt ou quarante sous, et quand il voit un homme dont la mise annonce un étranger; la forme des habits, celle des bottes, du chapeau, la coupe des cheveux, le teint plus ou moins hâlé, l'air curieux et embarrassé, sont des indices auxquels on reconnaît facilement un provincial; quand, dis-je, le floueur qui va en avant, a remarqué ces caractères d'étrangeté, il laisse adroitement tomber la pièce, puis se baissant, il la ramasse de façon que le passant ne puisse faire autrement que de l'apercevoir. « Monsieur, lui dit le filou en se relevant, ceci ne « serait pas par hasard tombé de votre gousset?

— « Non, monsieur", répond ordinairement l'é- « tranger.

— « Ma foi, monsieur', reprend le filou, si c'était (( de plus de valeur, je vous en remettrais la moitié, « mais pour une bagatelle semblable, cela ne vaut « pas la peine; si vous le permettez, je vous offrirai <( une bonne bouteille de vin. » Si l'étranger accepte, le filou porte la main à sa cravate, ou bien encore il ôte son chapeau, comme s'il saluait quelqu'un ; à ce

devant reffrayant développement de la criminalité contemporaine, le châtiment suprême est encore le seul frein capable de faire reculer les malfaiteurs.

signal, que l'on nomme le Saint-Jean, les affidés Ijrennent le devant, et courent s'installer dans un cabaret, où ils se mettent à jouer aux cartes. Un instant après, l'individu qui est censé avoir trouvé la pièce arrive avec l'étranger que l'on se propose de duper; tous deux s'asseyent, mais l'étranger est toujours placé de manière à pouvoir découvrir les cartes de l'un des joueurs : bientôt un coup préparé doit attirer son attention, le compère lui fait remarquer combien la personne a beau jeu; des paris s'engagent pour et contre, l'étranger est amené à y prendre part; que l'on le laisse faire, et il est certain d'avoir gagné sur table, il prend lui-même les cartes, et après avoir mis son argent entre les mains de celui avec qui il est venu, ce qui est très naturel, puisque celui-ci est son cointéressé, il joue; mais par une fatalité inconcevable, il perd, et voilà les filous riant, buvant aux dépens du sinve (du simple), c'est le nom qu'ils donnent à la dupe. Le coup de cartes par lequel ces messieurs se concilient la fortune, est ce qu'on appelle le verre en fleurs.

Un nigaud qui s'était laissé entraîner de la sorte dans un cabaret, voit le coup : (( Sacredieu dit-il, « s'il était permis de parier, je gagerais 25 louis que « je ferai le point ! » Le pari s'engage, on met au jeu, mais avant de jouer le coup, le sinve s'écrie : « Un moment, messieurs, les bons comptes font les « bons amis, » et en même temps tirant de sa pocbe un trébuchet, « Je désire, dit-il, voir si vos louis sont « de bon aloi; à l'égard des miens, j'en réponds : « au surplus, comme vous ne les aurez pas, cela doit « vous être indilïérent ». Il pèse les louis, il manque treize grains sur la totalité; il exige un appoint de trois francs, et quand la somme est parfaite, il joue, perd et reste stupéfait : c'était à la triomphe, il avait le roi, la dame, le neuf d'atout, et deux autres rois. Pour ne pas être dupe, il ne suffit pas d'avoir

un trébuchet, il faut encore ne pas aller boire avec des inconnus, et surtout ne jamais jouer avec eux. Il n'est peut-être pas hors de propos de conseiller aussi aux étrangers qui viennent à Paris, de se faire habiller de pied en cap dès leur arrivée, c'est poui' eux le seul moyen de ne pas être le point de mire de tous les fripons : dussent-ils s'adresser à l'enseigne du Ciseau volant, qu'ils se hâtent de faire appeler le tailleur, le bottier, le chapelier, etc.

CHAPITEE LXXII

LES EMPORTEXJRS

Les désorientés. — Les cui-iosités de Paris. — Les deux layettes, — L'officieux cicérone. — Le conseiller de l'université et le serpent à sonnette.

11 est dans Paris des individus que l'on voit du matin au soir sur la voie publique; ce sont des promeneurs sans but déterminé, cependant ils se tiennent habituellement dans les rues principales; on les rencontre aussi très souvent dans les lieux de réunions publiques, tels que les Tuileries, le Palais- Eoyal, le Jardin des Plantes, celui du Luxembourg, le Louvre, le Carousel ou la place Vendôme à l'heure de la parade, les galeries du Musée, enfin partout où il y a le plus gi-and nombre d'étrangers et de provinciaux.

Les flâneurs dont je parle sont toujoui's vêtus sinon avec élégance, du moins avec propreté : on les prendrait pour des négociants ou tout au moins pour des voyageurs de commerce. Ces messieurs sont associés par trois; l'un d'eux marche en avant, et

s'il aperçoit im étranger, avec un j^eu de tact im étranger se reconnaît à la première vue, il l'accoste en le priant de lui indiquer une rue qu'il a soin de choisir dans les environs du quartier où il se trouve. L'étranger ne manque pas de répondre qu'il n'est pas de Paris; alors le filou saisissant la balle au bond, lui dit : « Ni moi non plus, il y a même fort longce temps que je ne suis venu dans la capitale et je suis « tout désorienté par la multitude des changements « qui s'y sont opérés. » Arrivé au coin d'une rue, le désorienté en lit l'écriteau. « Ah ! s'écrie-t-il, c'est « ici telle rue ! je me reconnais à présent. » Tout en cheminant à côté de l'étranger, il engage la conversation, la fait tomber sur ce qu'il y a de curieux à voir dans le moment; tantôt c'est le Garde -Meuble, tantôt ce sont les appartements du roi ; une autre fois ce sont des tableaux ou des expériences intéressantes; dans un temps c'était le costume du sacre de Napoléon; plus tard la layette du roi de Rome; plus tard encore celle du duc de Bordeaux; c'étaient aussi les Osages; la girafe, l'ambassadeur d'Alger; ce sont peut-être les Chinois. Enfin que ce soit une chose ou une autre, le flâneur va chercher un billet pour la voir, et ce billet étant pour deux personnes, il offre à l'étranger de l'y faire participer. C'est ou un officier des gardes ou un employé du Château, ou un personnage considérable quelconque, qui lui a promis ce billet, et il doit le joindre dans un café des environs où il lui a donné rendez-vous; il engage en conséquence l'étranger à l'accompagner, à un signal convenu les deux affidés qui fermaient l 'arrière garde prennent les devants. Le café n'est pas loin, l'étranger y arrive bientôt avec son conducteur : celui ci s'approche du comptoir, comme pour s'informer si la personne qu'il attend est venue, et tandis qu'il est censé prendre ce renseignement, il invite l'étranger à monter au billard; l'instant d'après il y monte

aussi, et annonce que la personne ne tardera pas à revenir. « En attendant, dit-il, je demanderai la permission de vous offrir un petit verre; le petit verre est accepté, et Ton regarde jouer au billard. L'un des joueurs fait un raccroc, le cicérone le fait remarquer à Fétranger, la partie se continue, et des coups baroques se présentent à cbaque instant. Le joueur qui doit gagner fait la bête; il se soucie, dit-il, de gagner comme de perdre, l'héritage de son oncle fera) face à tout; d'ailleurs, quand il n'y en a plus, il y en a encore; et il débite ces propos en faisant sonner les écus qu'il a dans sa poche. Un coup singTilier se présente, il s'engage un pari, le cicérone prend parti, il amène l'étranger à prendre parti avec lui, et si ce dernier a la faiblesse de mettre au jeu, son argent est flambé.

L'étranger ne se borne pas toujours à parier, quelquefois saisissant la queue, il veut se mesurer contre celui qui a l'air d'une mazette, il se pique de le gagner, et plus il s'en pique, plus il est certain d'être plumé; le prétendu maladroit fait tant de raccrocs, tant de raccrocs, qu'il sort victorieux de la lutte. Je connais des personnes qui, dans de tels assauts ont perdu jusqu'à trois ou quatre mille francs.

Un conseiller de l'université impériale, M. Salvage de Faverolles, presque octogénaire, y perdit ses deux montres, une chaîne en or, cent doubles Napoléons et de plus une somme de six cents francs pour laquelle il souscrivit une lettre de change; il n'avait pas joué, mais en l'intimidant on lui avait fait accroire qu'il avait parié; son cicérone, qui avait deviné en lui l'ancien médecin et l'amateur d'histoire naturelle, lui avait proposé de le faire assiste! à des expériences entreprises dans le but de connaître quels sont la nature et les effets du venin du serpent à sonnettes. « Eh bien ! ce serpent, quand le verrons-

« nous'? répétait sans cesse M, Salvage. Nous ne tar- « derons pas, répondait le cicérone, je ne suis pas « moins impatient que vous de voir les sonnettes...; « et par les sonnettes, il entendait l'argent du vieil - (( lard. »

Les filous qui le rançonnaient ainsi, ont reçu le nom d'emporteurs au billard : à mon avènement à la police, le personnel de cette classe de fripons se composait de vingt-cinq à trente individus; aujourd'hui il s'est réduit des quatre cinquièmes, et cette réduction, j'ose le dire, a été opérée par moi. Ceux qui exercent encore ne sont pas riches, les autres se sont dispersés à la suite de détentions plus ou moins longues; avant moi, les emportcurs au billard n'étaient 3)unis qu'admiuistrativement, c'est-à-dire arbitrairement; on les envoyait quelques mois à Bicêtre et à leur sortie on les faisait conduire par la gendarmerie dans leur département. Le premier, je provoquai contre ces escrocs l'application de l'article 405 de Code; on jugea que j'avais raison, et tous ceux pris en flagrant délit, furent condamnés à deux ou trois ans de prison. Cette sévérité, jointe à la divulgation des moyens de leur industrie, a puissamment contribué à en purger la capitale; les cinq ou six emporteurs que l'on y voit encore, renonceront à ce genre d'existence aussitôt qu'on le voudra Pourquoi ne le veut-on pas dès à présent? le

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