‹ Mémoires de Vidocq (volume 3)Chapitre 33 sur 50 · Û2 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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firent tout ce qui dépendait d'eux pour le prolonger. Je passais pour inflexible et impartial; je ne voulais pas ce qu'ils appelaient prendre des deux mains, il était juste qu'ils se déclarassent mes ennemis. Ils n'épargnèrent pas les attaques pour me faire succomber : inutiles eiïorts ! je résistai à la tempête, comme ces vieux chênes dont la tête se courbe à peine, malgré la violence de l'omagan.

Chaque joui' j'étais dénoncé, mais la voix de mes calomniateurs était impuissante. M. Henry, qui avait l'oreille du préfet, lui répondait de mes actions, et il fut décidé que toute dénonciation dirigée contre moi me serait immédiatement communiquée, et qu'il me serait permis de la réfuter par écrit. Cette marque de confiance me fit plaisir, et sans me rendre ni plus dévoué ni plus attaché âmes devoirs, elle me prouva du moins que mes chefs savaient me rendre justice, et rien au monde n'aurait été capable de me faire déroger au plan de conduite que je m'étais tracé.

En toutes choses, pour réussir, il faut un peu d'enthousiasme. Je n'espérais pas rendi*e honorable la quahté d'agent secret; mais je me flattais d'en remplir les fonctions avec honneur. Je voulais que l'on me jugeât intègre, incorruptible, intrépide, infatigable; j'aspirais aussi à paraître en toute occasion capable et intelligent; le succès de mes opérations contribua à donner de moi cette opinion. Bientôt M. Henry ne flt plus rien sans me consulter; nous passions ensemble les nuits à combiner des moyens de répression, qui devinrent si efl&caces, qu'en peu de temps le nombre des plaintes en vol fut considérablement diminué : c'est que le nombre des voleurs de tout genre s'était réduit en proportion. Je puis même dire qu'il y eut un moment où les voleurs d'argenterie dans l'intérieur des maisons, ceux qui dévalisent les voitures et chaises de poste,

ainsi que les filous faisant la montre et la bourse, ne donnaient plus signe de vie. Plus tard, il devait s'en former une génération nouvelle, mais pour la dextérité il était impossible qu'elle égalât jamais les Bombance, les Marquis, les Boucault, les Compère, les Bouthey, les Franger, les Dorlé, les La Rose, les Gavard, les Martin, et autres rusés coquins, que j'ai réduits à l'inaction. Je n'étais pas décidé à laisser à leurs successeurs le loisir d'acquérir une si rare habileté.

Depuis environ six mois, je marchais seul, sans autres auxiliaires que quelques femmes publiques, qui s'étaient dévouées, lorsqu'une circonstance imprévue vint me faire sortir de la dépendance des officiers de paix, qui jusqu'alors avaient su adroitement faire rejaillir sur eux le mérite de mes découvertes. Cette circonstance eut l'avantage pour moi de mettre en évidence la mollesse et l'ineptie des inspecteurs, qui s'étaient plaint avec tant d'amertume de ce que je leiu" donnais trop d'occupations. Pour arriver au fait, je vais reprendre la narration de plus haut.

En 1810, des vols d'un genre nouveau et d'une hardiesse inconcevable vinrent tout à coup donner l'éveil à la poUce sur l'existence d'une bande de malfaiteurs d'une nouvelle espèce.

La presque totalité des vols avait été commise à l'aide d'escalade et d'effraction; des appartements situés au premier et même au deuxième étage avaient été dévalisés par ces voleurs extraordinaires, qui jusqu'alors ne s'étaient attaqués qu'aux maisons riches : il était même aisé de remarquer que ces coquins s'y prenaient de manière à indiquer qu'ils avaient une parfaite connaissance des localités.

Tous mes efforts pour découvrir ces adroits volem^s étaient restés sans succès, lorsqu'un vol dont l'exécution semblait présenter d'insurmontables obstacles

fut commis rue Saint -Claude, près celle de Bourbon-Villeneuve, dans un appartement au deuxième au-dessus de Tentresol, dans la maison même où demeurait le commissaire de police du quartier. La corde de la lanterne suspendue à la porte de ce fonctionnaire avait servi d'échelle.

Une musette (petit sac de toile dans lequel on donne Tavoine aux chevaux stationnaires) avait été laissée sur le lieu du crime ; ce qui fit présumer que les voleurs pouvaient être des cochers de fiacre, ou tout au moins que des fiacres avaient aidé à l'expédition.

M. Henry m'engagea à prendre des renseignements sur les cochers, et je parvins à savoir que la musette avait appartenu à un nommé Husson, conduisant le fiacre no 712; je fis mon rapport, Husson fut arrêté, et par lui on eut des notions sur deux frères nommés Delzève, dont l'aîné ne tarda pas non plus à être sous la main de la pohce : ce dernier, interrogé par M. Henry, fut amené à faire quelques révélations importantes, qui firent arrêter le nommé Métrai, employé en qualité de frotteur dans la maison de l'impératrice Joséphine. Ce dernier était signalé comme le receleur de la bande, composée presqu'en entier de Savoyards, nés dans le département du Léman ^. La continuation de mes recherches me conduisit à m'assurer de la personne des frères Pissard, de Grenier, de Lebrvn, de Piessard, de Mabou, dit l'Apothicaire, de Serassé, de Durand, enfin de vingt-deux, qui plus tard furent tous condamnés aux fers.

Ces voleurs étaient pom' la plupart commissionnaires, frotteurs ou cochers, c'est-à-dire qu'ils appartenaient à une classe d'individus dans laquelle

1 La région suisse voisine de la Savoie avait été organisée en département français, sous le nom de département du Léman, avec Genève comme chef-lieu. Le nom était emprunté au lac Léman, (lac de Genève).

la probité était une tradition, et qui de temps immémorial était réputée honnête parmi les Parisiens; tous dans leur quartier étaient regardés comme des hommes éprouvés, incapables de convoiter même le bien d'autrui, et cette considération qu'on leur accordait les rendait d'autant plus redoutables que les personnes qui les employaient, soit à scier le bois, soit à tout autre ouvrage, étaient sans défiance à leur égard, et les laissaient s'introduire partout. • Quand on sut qu'ils étaient impliqués dans une affaire criminelle, à peine osait-on croire qu'ils fussent coupables; moi-même je balançai quelque temps à le supposer. Cependant, il fallut se rendre à l'évidence des faits, et la vieille renommée des Savoyards, dans une capitale où elle était restée intacte durant des siècles, s'évanouit sans retour.

Dans le courant de 1812, j'avais livré à la justice les principaux membres de la bande. Ce;Pendant Delzève jeune n'avait pas encore été atteint, et continuait de se dérober aux investigations de la police, k>rsque, le 31 décembre, M. Hemy me dit : « Je crois « que si nous nous y prenions bien, nous viendrions « à bout d'arrêter YÉerevisse (surnom de Delzève); « voici le jour de l'an, il ne peut manquer d'aller « voir la blanchisseuse qui lui a si souvent donné « asile, ainsi qu'à son frère : j'ai le pressentiment « qu'il y viendra, soit ce soir, soit dans la nuit, soit « enfin demain dans la matinée. «

Je fus de l'avis de M. Henry, et il m'ordonna en conséquence d'aller, avec trois inspecteurs, me placer en surveillance à proximité du domicile de la blanchisseuse, qui restait rue des Grésillons, faubourg Saint-Honoré, à la Petite-Pologne.

Je reçus cet ordre avec cette satisfaction qui m'a constamment présagé la réussite. Accompagné des trois inspecteurs, je me rends à sept heures du soir au lieu indiqué. Il faisait un froid excessif; la terre

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était couverte de neige, Thiver n'avait i)as encore été si rigoureux,

Nous nous postons aux aguets : après plusieurs heures, les inspecteurs transis, et ne pouvant plus résister, me proposent de quitter la station; j'étais moi-même à moitié gelé, n'ayant pour me garantir qu'un vêtement fort léger de commissionnaire; je fis d'abord quelques observations, et quoiqu'il m'eût été fort agréable de me retirer, il fut convenu que nous resterions jusqu'à minuit. A peine cette heure fixée pour notre dépai't a-t-elle sonné ils me somment de tenir ma promesse et nous voilà abandonnant un poste qu'il nous était prescrit de garder jusqu'au jour.

]S^ous nous dirigeons vers le Palais -Royal, un café est encore ouvert; nous entrons pour nous réchauffer, et après avoir pris un bol de vin chaud, nous nous séparons, chacun dans l'intention de gagner notre logis. Tout en m 'acheminant vers le mien, je réfléchis à ce que je viens de faire : eh quoi ! me disais je, oublier si vite les instructions qui m'ont été données ! tromper de la sorte la confiance du chef, c'est une lâcheté impardonnable ! Ma conduite me semblait non-seulement répréhensible, mais encore je pensais qu'elle méritait la punition la plus sévère. J'étais au désespoir d'avoir suivi l'impulsion des inspecteurs : j'étais décidé à réparer ma faute, je prends le parti de retourner seul au poste qui m'était assigné, bien résolu à y passer la nuit, dussé-je mourir sur la place. Je reviens donc à la Pologne, et me blottis dans un coin pour ne pas être aperçu par Delzève, dans le cas où. il lui prendrait fantaisie de venir.

Il y avait une heure et demie que j'étais dans cette position; mon sang se congelait; je sentais faiblir mon courage; tout à coup il me vient une idée lumineuse : non loin de là est un dépôt de fumier

et d'autres immondices, dont la vapeur révèle un état de fermentation : ce dépôt est ce que l'on nomme la voierie; j'y cours, et après avoir creusé dans un endroit une fosse assez profonde pour y descendre jusqu'à la hauteur de la ceintm'e, je m'enfonce dans le trou, oii une douce chaleiu* rétablit la circulation dans mes veines.

A cinq heures du matin, je n'avais pas quitté ma retraite, oii, sauf l'odeur, j'étais assez bien. Enfin la porte de la maison qui m'était signalée s'ouvre pour donner passage à une femme qui ne la referme pas. Aussitôt, sans faire de bruit, je m'échappe de la voierie, et peu d'instants après j'entre dans la cour; j'examine, mais je ne vois de lumière nulle part.

Je savais que les associés de Delzève avaient une manière de s'appeler en sifflant; leur coup de sifflet qui était celui des cochers, m'était connu; je l'imite, et à la deuxième fois j'entends crier : « Qui appelle f

— « C'est le Chaufjfeîir (cocher de qui Delzève avait appris à conduire) qui siffle l'Écrevisse.

— « Est-ce toi, me crie encore la même voix (c'était Delzève).

— « Oui, c'est le Chauffeur qui te demande, descends.

— « J'y vais, attends -moi une minute.

— « n fait trop froid, lui repli quai -je; je vais t'attendre chez le rogomiste du coin, dépêche-toi, entends -tuf »

Le rogomiste avait déjà ouvert : on sait qu'un premier jour de l'an, ils ont des pratiques matinales. Quoi qu'il en fût, je n'étais pas tenté de boire. Afin de tromper Delzève par une feinte, j'ouvre la porte de l'allée, et l'ayant laissée bruyamment retomber sans sortii', je vais me cacher sous un escalier dans la cour. Bientôt après Delzève descend, je l'aperçois : marchant alors droit à lui, je le saisis au collet, et lui mettant le i)istolet sur la poitrine, je lui notifie

qu'il est mou prisonnier. « Suis-moi, lui dis-je, et (c songe bien qu'au moindre geste je te casse un « membre : au surplus, je ne suis pas seul. »

Muet de stupéfaction, Delzève ne répond mot et me suit machinalement; je lui ordonne de me remettre ses bretelles, il obéit: dès ce moment je fus maître de lui, il ne pouvait plus me résister ni fuir.

Je me bâtai de l'emmener. L'horloge frappait six , heures comme nous entrions dans la rue du Eocher, un fiacre vint à passer, je lui fis signe d'arrêter; l'état oti le cocher me voyait dut lui inspirer quelque crainte pour la propreté de sa voiture; mais j'offris de lui payer double course ; et, séduit par l'appât du gain, il consentit à nous recevoir. Nous voici donc roulant sur le pavé de Paris. Pour être plus en sûreté, je garrotte mon compagnon, qui, ayant repris ses sens pouvait avoir le désii* de s'insurger : j'aurais pu, comptant sur ma force, ne pas employer ce moyen, mais comme je me proposais de le confesser, je ne voulais pas me brouiller avec lui, et des voies de fait, lors même qu'il les aurait provoquées pa-r une rébellion, auraient eu infailliblement ce résultat.

Delzève réduit à l'impossiblité de s'évader, je tâchai de lui faire entendre raison; afin de l'amadouer, je lui offre de se rafraîchir, il accepte ; le cocher nous procure du vin, et sans avoir de but fixe, nous continuons de nous promener en buvant.

Il était encore de bonne heure : persuadé qu'il y aurait quelque avantage pour moi de prolonger le tête-à-tête, je propose à Delzève de l'emmener déjeûner dans un endroit oii nous trouverons des cabinets particuliers. Il était alors tout-à-fait appaisé et paraissait sans rancune; il ne repousse pas l'invitation, et je le conduis au Cadran Meu. Mais avant d'y arriver, il m'avait déjà donné de précieux renseignements sur bon nombre de ses affidés, encore libres dans Paris, et j'étais convaincu qu'à table il

se déboutonnerait complètement. Je lui fis entendre que le seul moyen de se rendre intéressant aux yeux de la justice, était de faire des réTélations; et afin de fortifier sa résignation, je lui décochai quelques arguments d'une certaine philosophie que j'ai toujours employée avec succès pour la consolation des prévenus; enfin, il était parfaitement disposé quand la voitm^e s'arrêta à la porte du restaurateur. Je le fis aussitôt monter devant moi, et au moment de faire ma carte, je lui dis que, désirant pouvoir manger avec tranquillité, je le x)riais de me permettre de l'attacher à ma manière. Je consentais à lui laisser dans toute sa plénitude le jeu des bras et de la fourchette, à table on ne saurait désirer d'autre liberté. Il ne s'offensa point de la précaution, et voici ce que je fis : avec les deux serviettes, je lui liai chaque jambe aux pieds de sa chaise, à trois ou quatre pouces du parquet, ce qui l'empêchait de tenter de se mettre debout, sans risquer de se briser la tête.

Il déjeûna avec beaucoup d'appétit, et me promit de répéter en présence de M. Henry tout ce qu'il m'avait confessé. A midi, nous prîmes le café; Delzève était en pointe de vin, et nous repartîmes en fiacre, tout-à-fait réconciliés et bons amis : dix minutes après, nous étions à la préfecture. M. Henry était alors entouré de ses officiers de paix, qui lui faisaient leur cour du jour de l'an. J'entre et lui adresse ce salut : « J'ai l'honneur de vous souhaiter « la bonne et heureuse année, accompagné du « fameux Delzève. »

« Voilà ce qu'on appelle des étrennes, me dit « M. Henry, en apercevant le prisonnier. » Puis s'adressant aux oSiciers de paix et de sûreté : « Il « serait à désirer, messieurs, que chacun de vous « en eût de semblables à offrir à M. le préfet. » Immédiatement après, il me remit l'ordre de con-

duire Delzève au dépôt, et me dit avec bonté : « Vidocq, allez vous reposer, je suis content de vous. »

L'arrestation de Delzève me valut d'éclatants témoignages de satisfaction; mais en même temps elle ne fit qu'augmenter la haine que me vouaient les of&ciers de paix, et leurs agents. Un seul, M. Thibaut, ne cessa pas de me rendre justice.

Faisant chorus avec les voleurs, et les malveillants, tous les employés qui n'étaient pas heureux en police, jetaient feu et flamme contre moi : à les entendre, c'était un scandale, une abomination, d'utiUser mon zèle pour purger la société des malfaiteurs qui troublent son repos. J'avais été un voleur célèbre, il n'y avait sorte de crimes que je n'eusse commis : tels étaient les bruits qu'ils se plaisaient à accréditer. Peut-être en croyaient -Us une partie; les voleurs du moins étaient persuadés que j'avais, comme eux, exercé le métier; en le disant ils étaient de bonne foi. Avant de tomber dans mes filets, il fallait bien qu'ils pussent supposer que j'étais un des leurs; une fois pris, ils me regardaient comme un faux-frère; mais je n'en étais pas moins, à lem's yeux, un grinche de la haute pègre (voleur du grand genre); seulement je volais avec impunité, parce que la poHce avait besoin de moi : c'était là le conte que l'on faisait dans les prisons. Les officiers de paix et les agents en sous -ordre n'étaient pas fâchés de le répandre comme une vérité, et puis peut-être, eu devenant l'écho des misérables qui avaient à se plaindre de moi, ne présumaient -ils pas mentir autant qu'ils le faisaient; car, en ne se donnant pas la peine de vérifier mes antécédents, jusqu'à un certain point, ils étaient excusables de penser que j'avais été voleur, puisque de temps immémorial, tous les agents secrets avaient exercé cette noble profession. Us savaient qu'ainsi avaient commencé les Goupil, les Compère, les Florentin, les

Lévesqtw, les Coeo-Lacour, les Bonrdarie, les Cadet Herriez. les Henri Lami, les César-Vioqiie, les Bouthey, les Gaffré, les Manigant, enfin tous ceux qui m'avaient précédé ou qui m'étaient adjoints; ils avaient vu la plupart de ces agents tomber en récidive, et comme je leur semblais, avec raison, beaucoup plus rusé, beaucoup plus actif, beaucoup plus entreprenant qu'eux, ils en conclurent que si j'étais le plus adroit des mouchards, c'est que j'avais été le plus adroit des voleurs. Cette erreur de raisonnement, je la leur pardonne; il n'en est pas de même de cette assertion, intentionnellement calomnieuse, que je volais tous les jours.

M. Henry, frappé de l'absurdité d'une pareille imputation, leur répondit par cette observation : « S'il est vrai, lem' dit -il, que Vidocq commette « journellement des vols, c'est une raison de plus « vour vous accuser d'incapacité : il est seul, vous « êtes nombreux, vous êtes instruits qu'il vole, « comment se fait-il que vous ne le preniez pas sur « le fait? seul il est parvenu à saisir en flagrant « délit plusieurs de vos collègues, et vous ne pouvez, « à vous tous, lui rendre la pareille ! ! ! »

Les inspecteurs auraient été fort embarrassés de répondre, ils se turent; mais comme il était trop évident que l'inimitié qu'ils me portaient irait toucours croissant, le préfet de police prit le parti de me rendre indépendant. Dès ce moment, je fus libre d'agir comme je le jugerais convenable au bien du service, je ne reçus plus d'ordre direct que de M. Henry, et ne fus astreint à rendre compte de mes opérations qu'à lui seul.

J'eusse redoublé de zèle, s'il eût été possible. M. Henry ne craignait pas que mon dévouement se ralentît; mais comme déjà il se trouvait des gens qui en voulaient à mes jours, il me donna un auxiliaire qui fut chargé de me suivre à distance, et de veiller

sur moi, afin de préveûir les coups qu'on aurait eu l'intention de me porter dans l'ombre. L'isolement dans lequel on m'avait placé favorisa singulièrement mes succès; j'arrêtai une multitude de voleurs qui auraient encore long-temps échappé aux recherches, si je n'eusse pas été affranchi de la tutelle des officiers de paix et du cortège des inspecteurs; mais plus souvent en action, je finis aussi par être plus connu. Les voleurs jurèrent de se défaire de moi : maintes fois je faillis tomber sous leurs coups; ma force physique, et, j'ose dire, mon courage, me firent sortir victorieux des guets-apens les mieux combinés. Plusieurs tentatives, dans lesquelles les assaillants furent tontours maltraités, leur apprirent que j'étais décidé à vendre chèrement ma vie.

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