‹ Mémoires de Vidocq (volume 4)Chapitre 15 sur 113 · LE MARI, LA FEMME, ET LE FILS · texte numérisé non relu

LE MARI, LA FEMME, ET LE FILS

La femme. Oh ! mon Dieul mon Dieul Combien qu'il y a de monde d'amassé dans. la rue... Allez I on en dit de belles sur le compte de M. Vidocq, j'espère qu'on en dégoise, et de toutes les couleurs. Tout de même, il faut qu'il y ait quelque chose de vrai; il n'y a jamais de feu sans fumée... Je sais bien toujours que c'était un fier faigniant que ton monsieur Vidocq : pour un maître tailleur, il avait plus souvent les bras que les jambes croisées.

Le mari. Te voilà encore comme les autres à faire des suppositions : vois-tu comme t'es mauvaise langue;... d'ailleurs, il n'ya qu'un motqui serve, ça nous regarde pas. Je suppose encore que ça nous regarderait; eh bien! de quoi qu'ils l'accusent, qu'est-ce qu'ils chantent? je ne suis pas curieux...

La femme. Qu'est-ce qu'ils chantent, ça fait trembler seulement rien que d'y penser... Quand on dit d'un homme qu'il a été condamné à être fait mourir pour assassinat. Je voudrais que t'entende le petit tailleur de dessus de la place.

te mari. Bah! jalousie de métier.

La femme. Et la portière du n° 27, qui dit comme ça qu'elle est bien sûre qu'elle l'a vu sortir tous les soirs avec un gros bâton, si bien déguisé qu'elle ne le reconnaissait pas.

Le mari. La portière dit ça?

La femme. Et qu'il allait attendre le monde dan les Champs-Elysées.

Le mari. Faut-il que tu sois bête !

La femme. Ah! faut-il que je sois bête! le rogo miste est pt'être bête aussi, quand il dit que c'est tous] voleurs qui viennent là dedans et qu'il a vu M. Vick>c avec des visages qui avaient mauvaise mine.

Le mari. Eh bien ! qui avaient mauvaise mine après...

La femme. Après, après, toujours est-il que le commissaire a dit à l'épicier que c'est rien qui vaille., et pire que ça, puisqu'il a ajouté que c'était un grand coupable, que la justice ne pouvait venir à bout de le rattraper.

Le mari. Et tu la gobes... t'es joliment encore de ton pays; tu crois le commissaire, toi, tu ne vois pas que c'est un quart qu'il bat; et puis, tiens, on ne me mettra jamais dans la tête que M. Vidocq soit un malhonnête homme, il m'est avis, au contraire, que c'est un bon enfant, un homme rangé. Au surplus, qu'il soit ce qu'il voudra, ça nous regarde pas, mêlons-nous de notre ouvrage ; voilà l'heure qui s'avance... il faut valser. Allons, preste au travail! »

La séance est levée : le père, la mère, le fils et une petite fille, toute la famille Fossé part, et je reste sous clef, réfléchissant aux insinuations perfides de la police, qui, pour me priver de l'assistance des voisins, s'attachait à me représenter comme un infâme scélérat. J'ai vu souvent depuis employer cette tactique, dont le succès se fonde toujours sur d'atroces calom nies, tactique révoltante, en ce qu'elle est injuste tactique maladroite, en ce qu'elle produit un effet tout contraire à celui qu'on en attend, puisqu'alors les personnes qui eussent prêté main-forte pour l'arres tation d'un voleur, peuvent en être empêchées par la crainte de lutter contre un homme que le sentiment^ de son crime et la perspective de l'échafaud doivent pousser au désespoir.

Il y avait près de deux heures que j'étais enfermé : il ne se faisait aucun bruit dans la maison, ni dans la rue; les groupes s'étaient dispersés; je commençais à me rassurer, lorsqu'une circonstance bien ridicule vint compliquer ma situation. Un besoin des plus pressants s'annonçait par des coliques d'une telle violence, que, ne voyant dans la chambre aucun vase approprié à la nécessité, je me trouvai dans le plus cruel embarras; à force de fureter dans tous les coins et recoins, j'aperçois enfin une marmite en fonle... Il était temps, je la découvre, et à peine ai-je terminé, que j'entends fourrer une clef dans la serrure; je replace précipitamment le couvercle, et vite je me glisse de nouveau dans ma retraite: on entre; c'est la femme Fossé avec sa fille; un instant après viennent le père et le fils.

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