‹ Mémoires de Vidocq (volume 4)Chapitre 54 sur 113 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

Une tournée à Rouen.— Le dégoût du monde. — Fantaisies d'un mis.inthrope. — Le choix d'une solitude. — Les t les

Ermites nam sccessum... et otia quœrunt. — Projet d'excursion. — Etrange scrupule. — L'amour du bien patrimonial. — Le départ simulé. — Le danger de dîner à Paris. — Les empreintes et les fausses clefs. — 11 ne revient pas. — A qui donc se fier?

Capdeville, après avoir dépouillé la veuve, était allé à Rouen; mais il ne tarda pas à se rapprocher de Paris. Toutefois, il n'y choisit pas sa résidence ; en proie à des chagrins domestiques, dégoûté du monde et de ses perfidies, mécontent de sa santé, de lui-même et des autres, Capdeville est un misantrhope qui veut à toute force s'enterrer à la campagne; dans ce but il parcourt les environs de la capitale, à Believille, il re-

marque une maison dont l'isolement convient à sou

amour pour la solitude; c'est sous les ombrages de ces lieux qu'il va désormais promener sa mélancolie et exhaler les soupirs d'une âme souffrante. Capdeville loue un appartement dans l'habitation sur laquelle ses regardé se sont affectueusement repoi mais un misanthrope ne saurait longtemps supporter l'abri du même toit que des êtres humains : il lui faut une demeure où il puisse ignorer qu'il n'est pas sur la terre ; il exprime, en conséquence, le désir se la procurer, n'importe à quel prix : pourvu qu'il ne voie plus de vestige de cette société dont il a tant i plaindre, il s'accommodera de tout, d'un château comme d'une chaumière. Capdeville annonce hautement l'intention d'aller à la découverte de l'en, i' • où s'écouleront ses vieilles aimées. Il s'enquiert de toutes les propriétés rurales qui sont en vente dans au rayon de dix lieues; bientôt il est de notoriété publique qu'il se propose de faire une acquisition. On connaît bien dans le pays quelque chose qui ferait son af faire, mais il ne veut que d'un bien patrimonial. « Eh" bien! dit-on, puisqu'il est si scrupuleux, qu il cherche. » C'est, en efïet, le parti qu'il prend. Déterminé à faire une tournée, afin d'examiner ce qui pourrait être à sa convenance, il s'occupe ostensiblement des prép iratifs de son départ ; il ne sera absent que trois à quatre jours; mais avant de s'éloigner il est bien aise savoir s'il n'y a point de danger à laisser dans un secrétaire quelques dix mille francs qu'il souhaiterait ne pas traîner avec lui. On le rassure sur ce point, et, plein de sécurité, il n'hésite plus à se mettre en voyage.

Capdeville ne va pas loin : durant son séjour dans la maison qu'il vient de quitter, il a eu le loisir de prendre toutes les empreintes dont il a besoin pour pénétrer dans le logement du propriétaire; il a en ou tre observé que ce dernier est dans l'habitude de dîner à Paris, et qu'il ne rentre que très-avant dans la nuit. En revenant à la brune, Capdeville est donc certain d'avoir devant lui tout le temps nécessaire pour 0] rer. Le soleil couché, à la faveur des ténèbre., il passe inaperçu dans Believille, et s'étant introduit dans la maison, à l'aide de fausses clés, il ouvre l'appartement du propriétaire, dont il emporte jusqu'au linge.

9 la fin du cinquième jour, on commença à s'inquiéter de ce que le misanthrope ne reparaissait pas: le lendemain, on conçut des soupçons. Vingt-quatre heures plus tard, il n'y avait plus sur son compte qu'une seule opinion : il était le voleur. un pa

reil tour, fiez-vous aux misanthropes, A qui donc se fier? aux philanthropes? pas davant,

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