Ma femme
LE GOUÊPEUR
D'être pègre tu te fais gloire ; Mais iu ne sais donc pas, hélas!
Q'au pré finira ton histoire, El là l'on n'y fait plus pallas *.
Content desorguer* sur la dure.
Va, do la brid' je n'ai pas peur.
Ta destinée est trop peu sûre, Fais-toi gouêpeur I
LE GOUÊPEUR
Quand marquent dix plombes sans crosses J'rapique au flacon * qui m'attend.
LE VOLEUR
Et moi, à petites journosses 5, Chez Dufour <> j'rabats à l'instant.
LE GOUÊPEUR
Du grand prévôt j'crains la chicane ; Adieu, pègre, adieu, du bonheur 1
LE VOLEUR
Va, crois-moi, balance ta canne 7 :
Fais-toi voleur! (bis.)
Au chant succède une cachucha désordonnée. La foudre peut tomber, le plancher s'efforidrer, la maison s'écrouler, l'univers s'engloutir, le couple ne voit, n'entend rien. Adèle et Rigottier ne sont plus de ce monde. Pour eux la vie n'a plus d'épines; plus d'aspérités, plus d'amertume; la vie est un édredon bourré de délices. Ils dansent avec frénésie.
Mais à Paris les rues ont deux côtés et il est quelquefois prudent de songer aux inconvénients du visà-vis. La dame dont l'absence causait à nos deux danseurs une sécurité profonde n'était pas allée loin : en face de son logement et justement à l'étage correspondant restait une de ses amies; elle était chez elle à faire sa partie de boston, lorsque tout à coup, tandis qu'on donne les cartes, son regard se porte machinalement sur une de ses croisées :
— Ah ça f dites donc, mesdames, s'écrie-t-elle, il se passe dans ma chambre à coucher quelque chose de bien extraordinaire.
— Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que c'est?
— Apercevez-vous, il y a de la lumière.
— Vous vous trompez, c'est la réverbération !
— Que dites-vous, la réverbération? Je ne suis pas aveugle; peut-être, je vois bien bouger.
— Ah oui, bou; : i ! vous êtes toujours comme ça.
— Ah 1 parbleu, celle fois, vous ne direz pas que
c'est une illusion Tenez, tenez monsieur Planard,
examinez : voyez-vous danser le rideau de la croisée du côté de mon lit ?
— Vous avez raison, je crois remarquer un mouvement particulier.