NOTICE SUR JOACHIM ROPPERUS
NOTICE
JOACHIM 1IOPPERUS
Nous n'avions pas d’abord l’intention de publier le mémoire d’Hopperus; mais il existe tant de rapports entre ce travail et le premier de ceux que nous éditons ici sous le nom de Viglius, que sa place est nettement marquée dans ce volume ; d’autant plus que l’on y retrouve encore l’opinion des conseillers de Philippe II sur l’origine des troubles du seizième siècle.
Nous avons déjà eu occasion de parler d’Hopperus, et de ses relations avec Viglius. Né comme ce dernier en Frise, Joachim Hoppers profita largement des préférences de son savant et puissant ami pour ses compatriotes. Protégé à la fois par ses talents et par cette haute influence, il avança rapidement dans la carrière des honneurs.
Ses parents, Suffrid Hoppers et Rixtia Feico a Piersmn, appartenaient l’un et l’autre à des familles anciennes. Sa lignée paternelle se glorifiait de descendre d’un Sivard Hopper, qui aurait assisté, en l’année 449, à la conquête de la Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons. Le rejeton qui devait, nu moyen d'efforts plus pacifiques, effacer par quelque gloire cette illustration douteuse, naquit le 11 novembre 1523. Joachim Hoppers ou Hop-
NOTICE SUE HOPPBBUS.
perus étudia quatre aimées à Harlem, sous uu maître célèbre, du nom de Comelis, puis il se rendit à Louvain pour y suivre les cours de droit civil. Les universités de Paris et d’Avignon le comptèrent ensuite parmi leurs élèves.
De retour dans les Pays-Bas, Hopperus reçut, le 20 août 1549, le grade de licencié, et, quatre ans après, le 27 août 1553, le bonnet de docteur. Cette seconde promotion fut entourée d’une grande pompe, l 'aima mater de Louvain fêtant à la fois les succès de quatre élèves qui donnaient de magnifiques espérances, dont le temps amena la réalisation complète. C’étaient, outre Hopperus, le savant Wamesius, depuis si célèbre par ses Consilia juris ; Jean Vendeville, qu’attendaient les honneurs de l’épiscopat, et Pierre Pecq, le père du chancelier Pecquius.
A peine sorti des bancs de l'école, notre jeune jurisconsulte enseigna à Orléans, et fut nommé ensuite professeur de pandectes par le magistrat de Louvain. S’écartant des sentiers battus, il essaya d'introduire une meilleure méthode dans l’enseignement du droit. Le succès couronna sa tentative: de nombreux élèves se pressèrent autour de sa chaire et on le cita bientôt comme la plus brillante étoile de l’université (acadeniia fulgentissimum sydus). Ses ouvrages consolidèrent et accrurent sa réputation 1 . Dans ses deux livres des Principes
* Il écrivit successivement :
De Juris arte libri très. Louvain, 1553. in-f to .
AAJustinianumde obligationibus peidanoon. in-f°.
Dispositiones in libros quatuor Institutionum. Cologne. 1557. m-8».
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(la droit ( Elementorum juris ) , que Delrio réduisit en manuel à l'usage des élèves, Hopperus, dit M. Britz ', recommande l’interprétation historique, étiologique, analogique, pragmatique et pratique. A l’imitation de quelques esprits supérieurs de son temps, il voulait apporter dans l'examen des lois romaines un esprit plus philosophique, plus théorique, secondé par une méthode plus claire, plus didactique.
Malheureusement pour sa renommée, qui n’aurait pu que grandir, Hopperus renonça au rôle de professeur, dans lequel l’estime publique l’environnait, pour devenir un homme politique médiocre. Le 23 novembre 1554, il entra au grand conseil deMalines; puis, en 1561, le Roi le nomma secrétaire des conseils d’état et privé; enfin, en 1566, il fut appelé en Espagne pour remplacer le conseiller et garde des sceaux Tisnack, désigné pour succéder à Yiglius en qualité de président du conseil privé. A la cour de la gouvernante des Pays-Bas, où on suspecta quelque temps son orthodoxie *, il ne se fît remarquer que par une extrême obséquiosité, qui lui valut le surnom de Conseiller oui Madame; ù Madrid, il passa inaperçu.
La seconde partie de la vie d’Hopperus, comme celle de la plupart des écrivains ou des savants qui ont aspiré aux honneurs du gouvernement, effaça donc l’éclat do
Bispositiones in libres Pandeclarum. 1558. in-8”.
Isagoge in veram jurisprudeutiam libri oeto. 1580.
Srduardns, sire de verâ jurisprudentid, en 12 livres. Brunswick , 1656. in-4".
1 Mémoire sur l'ancien droit Belgique, t i, p. 95.
J Voyez plus haut, p. xx.
SUR nOPPERUS.
la première. Le professeur renommé se transforma eu un pauvre secrétaire d’état. Telle n'est pas, toutefois, la conclusion du portrait que le chanoine Hoynck nous a laissé de ce personnage : * Il avait l'intelligence facile, « une bonne mémoire, un sens droit; autant il aimait * la justice, autant il détestait l’avarice, la débauche et « surtout le luxe; s’il accepta les dignités qui lui furent « offertes, il y fut déterminé non par l’ambition , mais « par le sentiment du devoir. » 1 Hopperus, exalté de cette manière, forme le pendant de Viglius, dont, en réalité, il partageait l'avidité et le servilisme. Cependant, grâce à ses vastes connaissances , il se rendit souvent utile : il prit notamment une large part à l’établissement de l’université de Douai. Co fut par ses conseils que Philippe II laissa au conseil d’Iitat le gouvernement de la Belgique, après la mort de Requeseus, conseil peu judicieux, observe l’historien Strada, mais pour quelle raison. Parce que, autant il y avait d’éléments de force et de grandeur dans le conseil d’Etat que Hopperus avait connu , du temps de Marguerite de Parme , autant il y avait d’impuissance et de désunion parmi les conseillers impopulaires de Requesens.
Hopperus avait obtenu du roi la cession de la seigneurie de Dalem, près de Gorcum, et du droit de chasse dans le Gesterland, en Frise; il fut créé chevalier à Mndrid, le même jour que don Juan d’Autriche, le vainqueur de Lépante. Une phthisie l’emporta à l’improviste le 15 décembre 1576. Sa femme, Christine Bortholff, fille d'un président du Conseil de Frise, restait
1 Comparez co que nous avons dit de Hopperus, p. 18, on noie
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veuve avec huit enfanta : le roi lui accorda une pension viagère de 1,000 florins et lui fit remettre 12,000 florins pour couvrir les frais de son retour aux Pays-Bas.
Outre la volumineuse correspondance qu’il échangea avec Viglius ', on doit à Hopperus le travail historique intitulé : Recueil et mémorial des troubles des Pays Bas du Roy , qu’il envoya à Viglius immédiatement après l’avoir achevé*. Son ami, dans une lettre en date du 9 avril 1567, en loue la sincérité, en observant toutefois que les événements ayant mis à jour les intentions de leurs adversaires, on pourrait y ajouter beaucoup de détails et exposer franchement la conspiration criminelle à laquelle on venait d’échapper. Viglius termine en ajoutant qu’il attendait, pour compléter le travail d’Hopperus , le temps où il lui serait loisible de causer familièrement avec celui-ci Le Recueil et Mémorial se trouvait , du temps d’Aubert le Mire , chez les héritiers de l’auteur; le chanoine Hoynck Van Papendrecht l’a publié dans ses Analecta Belgica, avec des notes et des annexes, d’après une copie faite par un moine de l’abbaye
* M. do Reiffenberg a publié le texte do quelques lettres de Hopperus h Philippe II. Bulletins de la Commission royale d'histoire, l r * série, t. ix, pp. 162-233.
* Il en existe une traduction espagnole h la Bibliothèque de l’Escurial. M. Gacliard, dans les Bulletins cités, t. ix, p. 233.
* Commentarios tuos percurri, et mihi rcrum sériés, puruque ac syncera eorum narratio porplacet, sed multa consilin adversarforum tempus detegit , quæ aliquando suppleri poterunt ; et metu liberati, otnnes liberius veritatem proloqui, ac tam scelcratam conjurationem detegere, audebunt. Itoque nunc aliud non dicam, quam in id tempus me dilaturum ea, quæ tuo operi adjungenda consebo, quo nobis coram aliquando de rebus hisce familiarius colloqui licebit.
8UB HOPPERUS.
d’Afflighem, frère Denis Van Hertbos, entre les années 1621 à 1655, copie que l’on conservait à la bibliothèque de l'archevêché de Malines ‘ .
* La copie de Hertbos se trouve actuellement h la Bibliothèque royale, section des manuscrits, sous le numéro 10,429' elle est suivie de deux annexes :
La première, intitulée De republiai ordinandd verbum verilatis, ne consisto qu'en un tableau, rempli de phrases prétentieuses et vides de sens, des maux, malheureusement trop réels, qui affligeaient alors les Pays-Bas, et des prétendus remèdes ù l'aide desquels on pourrait les guérir. Il offre quelquo ressemblance avec un travail analogue, également rédigé par Hopperus, et un peu moins insignifiant, qui a été publié par M. Van den Bergh ( (fedenstukken tôt ophcldering der Nederlandschc gesckiedenis , opgezameld uit de archieven te Ryssel, p. 299).
La seconde annexe est une lettre de Hertbos lui-mflmo. Il envoie sa copie à un chanoino, sans doute un chanoino du chapitre métropolitain de Malines, en s'excusant de la lenteur qu'il a mise h la terminer, et en ajoutant quelques détails sur sa maladie et celle do son prieur, avec qui il était parti d'Afflighem pour Wavre. Nous la publions ici comme un monument do notre ancienne histoire littéraire:
Reverende admodum Domine Canonice.
Libellum de Belgica Confusions tractans, quem confusus ipse scripsi, reliqui Reverendissimo domino Mario, cui appingi poterit hoc verbum veritatis, et dum ita Revercntiæ vestræ visum Illustrissime domino offorri ; sed cum quibusdam scripturœ vitiis obscurum ex parte videatur, Reverentiam vestram rogo ut ilia dignetur corrigere, et verbum illud omissum, omnio per eo, emendatum aibo suo inserere. Certe vix scivi qua fronte banc posthumam, ut sic dicam, operam, Illustrissimo domino producero, pudot me negligentiæ meæ, et confusio faciei meœ cooporuit me, et dum confusion! meœ tractu temporis subducere me volui, soduxi me, frustra mlhi porsuadens quod Riga temporis neglectum hoc opus etiam fugeret Illustrissinium dominum , tenacis, sed optimæ memoriœ virum, qui dissimulare novit, ac potius compati quam indignari. Libelli istius exemplar hic retinui ut alterum mihi {si licet) scribam : intorim commendo me humillimc Illustrissimo et
NOTICE SUE HOPPBBUS.
La position exceptionnelle de Hopperus donne à son travail un intérêt tout particulier. Il est parfois possible de découvrir, dans le récit du secrétaire, la pensée du monarque défiant et dissimulé, son maître. Mais c'est seulement en se plaçant à ce point de vue qu'on peut assigner quelque valeur ii son ouvrage , car le Recueil et Mémorial n’en a guère. La narration y manque de grandeur, et le style d’élégance et de clarté. On n'y trouve qu’une suite de faits mal rattachés l’un à l’autre, expliqués sans franchise. Si, à titre de document, cette narration doit être consultée , une œuvre aussi informe ne donno h Hopperus aucun droit de figurer parmi les historiens.
Reverendissimo Domino et felicem illi hujus anni decursum approcor, cui ut ex voto plurimi succédant, Deum incessanter orabo, nec non codem fine pro Reverentia vestra et ceteris Reverendis Dominis, qui me sua beneficentia obstrictum tenent, oraro pergnm. Sit ois a me (queso) plurima sains. Féliciter quidem Wavriam appulimus, sed malum nostrum non effugimus, suspectus enim valde morbus est ille Reverendissimi admodum Domini prioris nostri, licet ipse parum sibi timeat, et quo ad meum malum timeo ne inveteratum nimis sit ut cito cadet, forte lnclinabit se, et cadet cum dominatum fUerit pauperis, flatus enim illi pertinacius urgent et cor meum quasi in torculari premunt; plura hisco premo ne longius videar mansurus in evum.
Reverendissime admodum Domine,
Reverendæ dominationis vestræ humillimus et obstrictissimus ser vus ,
F r Dlonysius Van Hertbos.
Reverendus dorainus Mossclman ex se tuæ Reverentiæ salutem et felicem inchoatum annum apprecatur bumiliter et IUustrissimo Domino
JOACHIM HOTPERUS
RECUEIL ET MÉMORIAL
des
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