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cœur, résolurent envoier quelqu’un de leur rang et compagnie vers le Roy d’Espaigne (soubs l’autorité et faveur de la dicte duchesse), qui pourroit plus amplement déclairer le tout à Sa Majesté, tellement qu’à leur instigation la dicte duchesse proposa un jour au conseil (selon quelle en estoit par aucuns d’eulx, soubs couleur du zèle qu’ilz disoient porter au service de Dieu et du Roy, embouchée) qu’elle considéroit l’estât de ceste province des Pays-Bas estre misérable, tant pour la grande multitude des héréticques qui y estoit que pour la nécessité d’argent, et peu de moyen qu’estoit es finances, estans (oultre les grandes debtes desquelles la république estoit chargée), descheues en ce que les subjects, n’estans affectionnés comme ils doibvent, portans peu de respect et révérence à la justice et aux ministres d’icelle, ce que lui sembloit debvoir estre notifié à Sa Majesté, fut par lettres ou par quelqu’un qui seroit envoyé exprès vers icelle, priant eri ce estre assisté de conseil, et s’estans sur ce légèrement dict quelques opinions, proposoit d’y envoyer le conte d’Eginont pour faire ceste ambassade, enjoignant le président de dresser sur ce quelque instruction, laquelle estant par luy conceueen termes généraux, comme en avoit aussi esté la délibération, ne fut par le3 autres beaucoup débattue, estimant que le dict conte (qui scavoit leur intention) eut bien sceu suppléer ce qui estoit peu exprimé. Mais venant le tour au prince d’Orange, icelluy dict qu’il falloit parler ouvertement sans plus avant dissimuler, et que la république ne pouvoit plus longuement subsister en l’estât ou il estoit, et pour le premier il
DK VIGLIUS.
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disoit qu’estant la religion chez tous les voisins de ce pays en si grand bransle et changement, il estoit du tout impossible que par moyen des placcards, inquisiteurs et esvesques (mesmes estans les mœurs des ecclésiastiques tant corrumpues), icelle religion se pourroit icy maintenir en son estât ancien, et que cela se debvoit clairement et ouvertement dire à Sa Majesté; pour le second, que lessubjects ne pouvoient plus longtemps comporter que Injustice s’administroit par les juges et conseillers qui lors estoyent, pour estre iceulx corrumpus, et qu’ils disputoient et se débutaient l’un l’autre par envie et inimitiés, alléguant à ce propos l’exemple du chancellier de Brabant 1 et du conseiller Maes’ ; pour la troisième , que les affaires de la court estoient distribuez et séparez en trois consaux , s’empeschoient et emprennoient les dictes affaires l’un sur l’autre, et qu’il ne falloit esperer remède, sinon soubsmectre le tout h un seul conseil; pour le quatrième, qu’au conseil d’Estat se deussent appeller plus des personnages grands et excellents qui auroient auctorité vers le peuple ; pour le cinquième, que le Roy s’abusoit bien fort de penser faire observer le concile de Trente en ces pays, qui sont tant prochains aux Allemaignes, où tous les princes sont* non seulement pro-
• Jean Scheyfve, seigneur de Rhode-Sainte- Agathe, éclievin et ensuite bourgmestre d'Anvers, fut nommé membre du eonseil privé, après une ambassade en Angleterre. En 1577 il devint chancelier de Brabant, fonctions auxquelles il renonça en 1579. Il fit imprimer à Anvers, en 1580, un pamphlet des plus violents dirigé contre Granvelle.
1 Engelbert Maes, président du conseil privé en 1614, mourut le 2 octobre 1630, à l'âge de 83 ans.
s II faut probablement lire soit.
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testaus, mais aussi catholicques, les rejectoient et contredisoient pour beaucoup de raisons. Que pourtant Sa Majesté feroit mieux de dissimuler comme ils faisoient d’oster (ou de moings modérer) les paines des placcards, et ores que luy (comme il disoit) avoit intention d'adherer à la religion catholicque, ne pouvoit toutesfois trouver bon que les prindes veuillent commander aux âmes des hommes, et leur oster la liberté de la foy et religion
Déduisans le dict prince cecy et choses semblables, avec telle véhémence et long propos que sa harangue duroit jusques à sept heures en la nuict, tellement que voulant la duchesse souper, elle en remit la résolution jusques au lendemain. Le président retourné en sa maison, fort esmeu des propos que ledict prince avoit tenu, passa quasi toute la nuict sans dormir, pensant et discourant continuellement comment il pourroit à cecy respondre et obveir, signamment considérant qu’il n’y avoit quasi personne audict conseil qui ne trouva tout cecy bon, excepté le dict seigneur de Barlaymont, et ainsy s’estant du matin levé du lict, fut, pendant qu’on l’habilloit, touché d’apoplexie, tellement que accourants ses domesticques et familliers amis, jugeoient estre en extrême danger, dont se semoit incontinent un bruict par tout, qu’il estoit faict de luy, néantmoins le bon Dieu le remit peu à peu en meilleure recouvascence. Cependant messire Joachim Hopperius tint son lieu au conseil , lequel par suggestion du dict prince d’Orange adjousta quelques choses à la dicte instruction que auparavant le dict président avoit conceue
* Vit a Viglii, § lxxxviu .
usas;
DK. VIGLIUS.
pour le dict conte d’Egmont, la modérant toutesfoia par mots tant qu’il pouvoit. Et se sentant le dict président, par tel dangereux accident admonesté d’éviter de là en avant les occasions que l’eussent peu faire tomber au mesme, supplia très instamment le Roy de luy accorder sa retraicte; priant quant et quant le dict conte qu’il voudroit de bouche tesrnoigner à Sa Majesté le dict accident et l’ayder à ce qu’il puisse obtenir sa dicte retraicte. Ce qu’advint au commencement de janvier 1565, selon le stile de Rome Estant doncques party le dict conte d’Egmont vers Espaigne, et attendant chascun avec grande debvotion son retour, estimans plusieurs curieux de nouvelletez que par ce verroit en bref un changement de républicque, retourna le dict conte d’Egmont au commencement de may, apportant sur ce que dessus la responce du Roy, laquelle ne pleut aux autres, car Sa Majesté commectoit l’affaire de la religion (ou plustot la conversation’ d’icelle) à l'examination de neuf personnages qui après luy feroient relation , escripvant bien expressément qu’il souffriroit plustot mille morts que se desvover d’un doigt de la vraye religion catholicque. Aussy survindrent peu après autres lettres du Roy par lesquelles Sa Majesté commandoit que sans dissimuler l’on deust exécuter les héréticques et antibaptistes emprisonnez. Lequel commandement esmeut fort et beaucoup les cœurs
' Vita Viglii, § t.xxxix.
Le § xc, qui disparaît ici. concerne les débats qui s'élevèrent entre Viglinaet le premier évêque de (jand. Janaénitm, au sujet de la dotation de la prévôté de Saint-Bnvon.
* Ou plutôt la conservation.
de la compagnie susdicte et despleut aussi grandement audict conte d’Egmont, luy reprochant les autres qu’il avoit plustot négotié ses propres affaires auprez du Roy que ceux de la républicque, et qu’il s’estoit laissé corrompre par les honneurs et présens que luy avoient esté faicts en Espaigne. Et estan3 suivant ce que dessus appeliez en court neuf personnages, à scavoir trois evesques, trois docteurs et trois présidents ; iceulx ont dict leur advis sur ce que le Roy avoit escript touchant la religion, en présence de la dicte duchesse, du prince d'Oranges, contes d’Egmont et de Homes et quelques autres. Mais le dict avis ne leur plaisoit guerres, ores que les dicts neuf personnages inclinoient aucunement à quelque modération, laquelle Sa Majesté déclara après par ses lettres de ne pouvoir approuver. Et de ce temps là commencèrent plusieurs à parler mal du Roy, imprimant le peuple une mauvaise opinion contre Sa Majesté, en rejectant le coulpe sur le cardinal et autres qu’ilz nppelloyent papistes et cardinalistes, mettant la teste ensemble et consultons par quelle voye ou moyen ils y obvieroyent, disans aussv plusieurs calumnies de ceulx qui s’évertuoyent à conserver la républicque en son ancien estât et forme, en laquelle le3 très prudents princes prédécesseurs l'avoient instituée et establie'. Mais comme en ce temps là estoit fiancé le prince de Parme, fils de la dicte duchesse gouvernante, à une fille de sang royal de Portugal, et que le conte de Mansfelt avec armée à ce dressée s’envoyoit vers le dict royaume de Portugal pour amener en ce Pays Bas la dicte fille, s'est
1 T ita Yig lit. S xci.
DE VI0LIUS.
na
retardé la conservation que se debvoit prendre par lesdicts en ce que dessus, jusques au retour dudict conte et temps de célébration des nopces, ausquels debvoient comparoir et s’assembler tous les principaux seigneurs et beaucoup de la noblesse du pays, ce que estimoient fort à propos pour leur desseing 1 .
Le temps desdictes nopces se désigna pour le commencement du mois de novembre, et à ceste cause, à la feste de Saint Andrieu, y avoit plus grand nombre de chevaliers de l'ordre assemblez, qu’oncques auparavant, en laquelle assemblée leur fist le susdict président (comme chancellier dudict ordre) une admonition par laquelle il taschoit sérieusement remonstrer, que ledict ordre avoit esté principalement institué pour conserver la saincte religion et foy catholicque et nourrir concorde et union entre les plus grands et principaux personnages, afin que sur ces deux fondemens se pourroit maintenir la républicque en repos et tranquillité, que la foy catholicque estoit celle qu’estoit dès le temps des apostres jusques à notre temps présent, de laquelle avoit esté un chef et défendeur Saint Andrieu, patron dudict ordre, en la vie et histoire duquel se lisoit, que quand Ageas le proconsul luy comrnandoit de
• Le mariage du prince Alexandre, fils d'Octnve Kamèse, prince de Parme, et de Marguerite de Parme, avec Marie, fille du prince de Portugal et d'Isabelle de Bragance, fut célébré il Bruxelles, à la chapelle de la cour, le 30 novembre 1365. La journée se termina par un bal brillant: le 4 décembre suivant, il y eut sur la Grand’ Place un tournoi dont le comte de Mansfold et son fils étaient les tenants; après cette fête, qui fut contrariée par la pluie, le magistrat offrit à la cour un magnifique banquet dans une salle de l'HAtel-de-Vllle, la grande salle aux longs escaliers. Histoire de Bru.rellet, 1. 1 , p. 333.
sacrifier aux idoles, respondoit à icelluy, qu’il sacrifioit journellement au Père eternel le précieux sang et corps de son filz unicque Jésus Christ, et que par cela apert le grand erreur des héréticques de ce temps , qui avecq détestables blasphèmes assaillent le vénérable sacrifice de la messe, adjoustant qu’après l’union et commun accord en la religion n’y avoit lien ou moien plus convenable pour la conservation de l’estât publicq que la concorde et union entre les principaux seigneurs, laquelle demourant en estre, toutte machination des malveuillants et ennemis n’auroit force quelconque ny aussy tout ce que scauroient faire les héréticques et subjects infidels. Et déduisant le dict président cecy amplement et au long ne fut par tout bien prins, mesmes Hammes Thoison d’or (qu’estoit merveilleusement infecté d’hérésies)' disoit que le dict président avoit raconté
• Nicolas de Hammes était héraut d'armes de l'ordre de la Toison d’or; de là venait le nom de Toison d'or sous lequel on le désignait d'ordinaire. Comme il s'occupait avec ardeur des discussions politiques et qu'il excitait le peuple à réclamer la liberté de conscience, la gouvernante voulut sévir contre lui ; mais.de crainte d'irriter les nobles confédérés, paimf lesquels il comptait de nombreux amis, elle se borna à lui infliger un exil déguisé, en l'engageant à se rendre en Allemagne à l'armée impériale, et pour mieux cacher ses intentions, elle lui fournit l'argent nécessaire à son voyage. Hammes partit le 7 septembre. L'année suivante, voyant la tournure que prenaient les événements, il envoya sa démission de tous ses emplois; il motiva sa résolution sur le peu de sécurité qu'il y avait dans les Pays- Bas pour ceux qui voulaient suivre la discipline de l'église réformée (De Reiffenberg, Histoire de l'ordre de la Toison d'or, p. 497). Ses biens, meubles et immeubles, furent séquestrés, puis, dans la suite, le duo d'Albe les rendit à sa sceur Françoise. à la condition de payer les dettes que Toison d'or aurait
DB VIQLIU8.
quelque songe hors la légende Sainct André. Que donnoit occasion au marquis de Berges de demander au dict président, où il avoit leu cela, lequel luy envoieroit le livret des SS. disciples d’Achaia, mis en lumière après la mort du dict Saint André 1 , par où il réfutoit la calomnie dudict malheureux Hammes Thoison d’or*. Et se veoit assez eu ce temps là que plusieurs de la noblesse inclinoyent aux nouvelles opinions, par la séduction du dict Hammes, conversant icelluy familièrement avec aucuns d’iceulx autres jeunes gentilshommes, qu'on pensoit estudier es universitez catholicques hors ces pays , estaient cependant fréquentans la ville de Genève et autres lieux infectez, d’où iceulx rapportaient après en ces pays le venin des doctrines reprouvées.
Le susdit festin des nopces et esbattement des tournois achevez survindrent lettres du Roy par lesquelles Sa Majesté enchargeoit à la dicte duchesse qu’elle debvoit tenir soing de faire observer les placcards et édicts sur le faict de la religion , et à cest effect donner toutte assistence aux inquisiteurs en l'exercice de leur charge, lesquelles lettres communiquées aus édicts seigneurs du conseil , comraencovent plusieurs d’iceulx à s’esmouvoir, néantmoings estimans que par la divulgation des dictes lettres
contractées et de renoncer à ce qui était dû à ce dernier par le trésor publie pour traitements arriérés (28 avril 1570).
• La vie de Saint André, l'un des douze Apôtres, est beaucoup moins connue que celle de son frère, saint Pierre. On prétend qu'il souffrit le martyre en Grèce, dans la province d’AchaTe ; mais 1». biographie n'a été écrite que longtemps après sa mort.
* T ita Vif lit, $ xcn.
ils exciteraient beaucoup des curieux du peuple contre Sa Majesté, conseillèrent à la dicte dame duchesse quelle debvoit par ses lettres escrire aux consaux provinciaux les dicts commandemens de Sa Majesté, mais que Sa Majesté verrait après qu'en ce elle n’avoit bien commandé. Et prévoiant aucunement le dict président ce qu'en adviendrait, essaya de persuader que ces lettres se tinssent encores secrettes jusques à ce que Sa Majesté serait advertie comment son dict commandement avoit esté prius par deçà, et néantmoins les autres tousjours le contraire qu’on ne le debvoit différer à le divulguer, ains obéir à Sa Majesté, afin que la duchesse par le retardement ne tombât en indignation d'icelle, offrit le dict seigneur président de laisser tomber sur luy ■tout le danger d’indignation qu’en adviendrait, mais il ne proulfîtoit riens. Se conformons la dicte duchesse à l’opinion des autres , et commandant qu’incontinent les dictes lettres pour les consaulx provinciaux s'expédiassent, laquelle conclusion ainsi prinse, l’un des principaux des dicte seigneurs tout esjouy et se gnoudissant dict à ung aultre en l’oreille: Nous verrons en bref un beau commencement de la tragédie'. Et de faict s’estans les dictes lettres d’observer les placcarts et d’assister les inquisiteurs envoyez ausdicte consaulx, incontinent par l’instiga-
1 Vila Viglii, J xcm. Ici encore il y a une lacune ; on a supprimé dans la traduction française tout le § xciv, où il est parlé du remplacement de Yiglius, en qualité de président du conseil privé, par Charles de Tysnack. D'après ce que rapporte Vifrlius dans son auto-biographie, la duchesse de Parme le trouvait trop peu maniable [nimis tcrupulnsum. rrfractariumqu*). Il continua cependant a faire partie du conseil dlïtat.
DK V1GUUB.
tion (comme se croit) d’aucuns des dicts seigneurs du conseil comparurent députez des quatre chefves villes de Brabande, se plaignant fort des dictes lettres et commandement de Sa Majesté, requérans qu’iceux voudraient sur ce informer la dicte duchesse, à ce qu’on ne les enchargeast plus que de coustume.
Ce entendu par la dicte duchesse, icelle évocque la cause à soy, et en fut grande dispute au conseil d’Estat, disans les conseilliers de Brabant qu’ils n’avoient admis aucune inquisition, et que par eydevant l’Empereur Charles avoit osté quelque rigueur des dicts placcarts, et exhibans lors ceux du conseil privé les bulles apostolicques des dicts inquisiteurs de la foy, ensemble les mandemens du dict Empereur et du Roy, sur ce soustenoient opinion contraire, mais la dicte duchesse et les autres abborans la dicte inquisition, préféraient l'opinion des dicts conseilliers deBrabande'.
Cependant s’assemblans les confédérez à Breda et Hoochstraten , le seigneur de Bréderode et le conte de Nassau, avec aucuns de leur faction, envoyèrent cà et là leurs ambassadeurs, qui practiquoyent à induire ceulx qu'ilz pouvoient de la noblesse pour leur faire soubsigner la ligue et compromis , par lequel ilz refusoient endurer plus longuement la rigueur des édicts et de l’inquisition, proposans quelques autres choses contraires à l’auctorité du Roy, et ores quecelasefaisoitsoubs autre prétexte, se soubçonnoit toutesfois que cela procédoit de la suggession d’au-
1 Yita r iglii, $ xcv.
cuns de ceux du dict conseil d’Estat. Ce bruit provînt bientost à la cognoissance de la dicte duchesse, et aussy ce qu’on adjoustoit, qu’en bref viendroient cent gentilshommes à Bruxelles qui luy présenteront requeste afin d’abolir les édicta et l’inquisition et de permettre à un chascun liberté de conscience et de religion. Tellement que la dicte duchesse, à l’exhortation et conseil d'aucuns, délibérait faire visiter les dicts édicts, afin de modérer ce que se trouverait trop dur et exorbitant 1 .
Quoy faisant arriva à Bruxelles le 5 d’avril * grande multitude de gentilshommes, lesquels ayant demandé audience à la dicte duchesse, vindrent en court à long train et ordre présenter à icelle une resqueste un peu plus civile que n’avoit esté conceu par le texte et escript de leur confédération , pour l’advertence que leur avoit esté donné, que le président avoit dict, que s’ilz ne se modéraient, l’on leur pourrait bien après objecter le crime de lèse Majesté. Ausquelz fut respondu par la dicte duchesse quelle escripveroit du tout au Roy par commissaires quelle envoyroit, et ayderoit à ce quelle verrait convenir à l’estât de l'affaire, et cependant escripveroit aux inquisiteurs et magistrats qu’ilz auraient à y procéder tellement, que personne n’eust juste occasion à s’en plaindre , admonestant aussy les dicts supplians qu'entre tant' ils n’attentassent riens de nouvau. Et furent choisis le marquis de Berges et le seigneur de
* Yita Vif IU, J xcvi.
* Il y a ici une erreur Im noble* confédéré* arrivèrent le 3 : il* ne rendirent 11 la ronr le 5.
* Litft temp*.
DK V1QLIUS.
Montigny pour aller en Espaigne et entendre sur cecy l'intention du Roy 1 .
La principale cause toutesfois tomboit tout sur le dict cardinal , cependant les dicts conféderez firent retourner en ces pays ceux qu’en avoient esté bannis pour le faict de la religion , faisoient faire presches héréticques , et crier vive les geux , ayant à eux mesmes imposé le dict nom de geux. Et comme le retour des dicts commissaires d'Espaigne tardant aucunement, s’assemblèrent derechefs les dicts conféderez en la ville de Saint-Tron au pays de Liege, y appellans vers eux hors des villes et autres lieux plusieurs quy s’estoyent addonnez à la nouvelle religion, proposans à iceulx en premier lieu de furnir d'argent pour les frais nécessaires de la guerre , et après d’attirer le peuple à leur société, et faire peur aux catholicques par quelque voye extraordinaire, que fust d’assembler et louver cà et là desbauchée canaille du peuple, et par iceux faire rompre et briser églises et monastères, comme s'est faict au mois de mars, je dis d’aougst et de septembre, avecq grande insolence et pétulance, et à grand paine se pouvoit de ce affranchir les Églises de Bruxelles et laehapelle du palais Royal illec, mectant la dicte duchesse en telle peur et crainte qu’elle déliberoit souvent de se retirer de la dicte ville , et se sentant en ceste perplexité prioit le susdict président avec beaucoup de larmes de luy assister de son conseil, qui respondoit quelle avoit jà, par l’espace de deux ans, assez apperceu à quov tendoit le conseil et ac-
1 Vit* Viglii, $ xcvu.
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tions d’aucuns, et qu’encores qu’il s’avoit mis ne haine et envie d'iceux, n’avoit toutesfois délaissé pour cela de dire librement en conseil ce que convenoit au service du Roy et la paix publicque, à la vraye religion et au bien de la justice. Et confessant la dicte duchesse qu’elle avoit esté circumvenue et trompée, ne cessant de prier au dict président, qu’il lui voulsist impartir son bon conseil en une telle perplexité des affaires, lequel luy a dict qu’elle n’ignoroit poiuct quelle fut l’intention et volunté du Roy à l’endroit de la religion , et du surplus ce qu’avoit esté aucune fois escript à Sa Majesté, que partant il restoit qu’elle se résolut en soy mesme, si elle vouloit obéyr à Sa Majesté en sa dicte volunté, et ne dissimuler plus longtemps avec les autres, et puisque toute son auctorité dépendoit de Sa Majesté, il ne la scavoit autrement conseiller sinon quelle se résolut de vouloir accomplir sa dicte volunté; ce quelle affirmoit vouloir entièrement ensuivre en demandant ce que sera besoing de faire ; à quoy respondit le dict président quelle debvoit demander tout le mesme aux autres qui estoient du conseil d’Estat et ceux qui tenoient les gouvernemens des provinces, et scavoir absolutement d’eulx, s’ilz la vouloient assister à exécuter la volunté de Sa Majesté, et en cas que non, qu’elle usât en leur endroict de telles persuasions qu’il convenoit pour les faire recontinuer constamment en la dévotion, fidelité et service de Sa Majesté, et qu’elle en print serment de ceux qui en ce respondroient pertinamment , se guardant des autres qui respondroient ambiguement, si aucun y en avoit, et usant du conseil et
UK VlOLlbS.
assistence de ceulx qui luy adhéraient , et en chargeât à iceulx de pourvoir à ce que quelque jour elle ne fut à l’impourveu opprimée 1 .
Quoy faisant la dicte duchesse trouva bien peu qui ouvertement promettoient tenir et deffendre le party du Roy. Entre ceulx qui promptement le promectoient méritent estre en premier lieu nommez et couchez le conte de Mansfelt, duc d’Arscliot, baron de Barlayinont et le seigneur de Noircarmes, bien que quasi tous desperoient tellement des affaires qu’ilz perstiadoient à la dicte duchesse de se retirer de Bruxelles en la ville de Mons en Hainault’, résistant à ce le président seul, lequel néantmoings elle y mena contre sa volonté, l’appellant à cest effect un jour de grand matin en court, qu’estant venu et
1 Vita Viglii , 5 xcvm. Par une précaution digne de remarque, en a supprimé dans notre Mémoire ces mots relatifs à Viglius lui - même , et qui commencent le paragraphe précité dans Hoynckt. p. 47 : Hic dici non potest, quantis calumniit p rases ioipetitus fuerit. pasquillisque ac Jamosis libellis proscissus. (On ne peut dire combien de calomnies assaillirent le président; h quel point il fut déchiré dans des pasquilles et des libelles fameux.)
* Le gouvernement des Pays- Bas attacha toujours une grande importance il la ville de Mons, dont la possession assurait les communications avec la France et avec les provinces ■wallonnes, où la population était moins remuante que dans les cités brabançonnes , flamandes et hollandaises. On y comptait aussi moins d'adhérents ù la réforme. ( Voyez une lettre de Viglius à Hopperus, en dote du 18 juin 1572. L. c., p. 399). C'est pourquoi on doit regarder comme un trait de génie la surprise de cette ville par le comte Louis de Nassau. Sans l'insuccès de la seconde invasion de Guillaume le Taciturne en Belgique, le duc d'Albe aurait été placé dans la position la plus critique. Mais sa prudence, la vaillance de son armée, l'indiscipline qui régnait dans celle du prince le sauvèrent, et la capitale du Hainaut rentré sous la domination espagnole.
trouvant la dicte duchesse jà tout en ordre pour partir, luy persuada le dict président tant qu’il peult, par plusieurs bonnes raisons, quelle ne voulsist ainsy abandonner la dicte ville de Bruxelles, siège des princes, et non délaisser en icelle les conseillers et ministres qui lui estoient donnez par Sa Majesté pour conducteurs et assistans, sans les préadvertir, aussi quelle ne le tirât celle part avec elle contre sa volunté, estant plustot content et prest à tout souffrir que d'encourir telle infamie. Et en luy représentant tels propos et advis, gagna temps jusques à ce que les autres seigneurs venoient , et semblablement le Magistrat, qui anpeschoient qu’on n’ouvrat les portes de la ville' , par quelles raisons elle se laissa enfin persuader de changer de conseil, inesmes consentant les bourgeois (ce que auparavant ilz avoient refusé) quelle mectroit en la dicte ville telle guarnison que bon luy sembleroit, et que oultre ce ilz le-
* Ce fût le duc d'Aerschot, devenu un fougueux catholique. qui conseilla à Marguerite de Parme de quitter Bruxelles. Le 22 août, dès le matin, cette princesse fit préparer tout ce qu’il fallait pour sa fuite, et, malgré les représentations de ses conseillers, elle allait partir quand Viglius lui annonça que le magistrat avait défendu aux gardiens des portes de la laisser passer. Elle se récria vivement contre cet attentat à sa liberté et , à sa demande, les chefs de la noblesse se rendirent 6 l'ilôtelde-Ville pour y demander des explications: on se borna à leur répondre qu'on ne tolérerait à Bruxelles ni prêches, ni pillages. Le soir, Marguerite fut prise d'un nouvel accès de frayeur, et somma le comte de Hornes de lui ouvrir le chemin. Philippe de Montmorency protesta qui] était prêt à attaquer, s'il le fallait, la garde bourgeoise de la porte de Coudenberg, mais il fit observer qu’il y avait en ville trop de nobles pour que l'on dut craindre une émeute. Ce fut alors que Marguerite prit le parti de céder et de permettre provisoirement les prêches dans les lieux où il y en avait déjà eu. Histoire de Bruxelles, 1. 1 , p. 406.
1)B VIOLIUS.
veroient quelques enseignes, entre ceulx de la bourgeoisie, pour avec les autres résister à toute force de dehors'. Et pour prendre en charge la garde de ladicte ville fut par la dicte dame choisi ledict conte de Mansfelt’, envoyant le dict prince d’Oranges pour garder celle d’Anvers, le conte do Hoogstrateu celle de Maline3, le conte d’Egrnont eu Flandres, le conte de Hornes à Tournay, et le seigneur de Noircarmes à Valenchiennes'.
Or estant audict Anvers amenez prédicans des sectes, tant calvinistes que martinistes que l’on nommoit alors ceulx de la confession d’Augsbourg, promectoient le dict prince d'Oranges et le magistrat illec érection de nouvaux temples pour l’exercice
1 Aussitôt après le pillago des églises A Anvers, la communo de Bruxelles résolut de lever*l ,500 hommes, dont un tiers A la solde du souverain et les deux autres tiers aux frais des habitants. Le premier Uots fut pris dans le pays wallon et mis sous les ordres do Philippe de Lnnnoy, sire de Beauvoir ; quant nu surplus, dit le chroniqueur De Potter, c'étaient tous pauvres diables, qui n’avaient pas grand chose A faire et qu'on enrégimenta pour les empêcher do piller. La commune plaça A la tôto de cette milice le vicomte do Bruxelles, sire do Liedokerke, et Florent T'Serelaes. Trésor national, année 1842, t. iv, p. 50-02.
4 Ce fut en considération des services que le comte do Mansfeld rendit en cette occasion, en qualité do gouverneur, quo la ville lui céda, le 8 avril 1585, l'hOtel do Yésalc, où avait habité le grand médecin de ce nom. L’hOtel Vésale fut alors réuni A l’habitation de Wansfeld, rue aux Laines, puis démoli. Les ducs de Bouruonville ont depuis hérité do ces propriétés, qui appartiennent aujourd'hui aux comtes de Mérodc.
* Vita Vigli, J xcix. Il y aurait A ajouter ici des notes sans nombre sur les épisodes qui signalèrent cette célèbre année 1500, dont l'histoire remplirait aisément un gros volume. On comprend quo nous devons borner nos annotations, pour ne pas donner A la présente publication un développement que l'on qualifierait avec raison d'excessif.
des dictes sectes, nonobstant toute contradiction de la dicte duchesse; le mesme se fist à Tournay et en quelques autres villes, persuadans les dicts confédéré/ que la dicte duchesse l’avoit permis, ce qu’en vérité n’estoit ainsy, bien quelle eust à regret et contre sa volunté concédé pour esviter plus grand tumulte, que les lieux où les dicts pre$ches avoient auparavant esté faictes, icelles ne seroient illecq par force destourbées, par où toutesfois n’estoit levé la légittime poursuite contre icelles. Et estimans les dicts sectaires que tout leur cas estoit en seureté, commencoient peu à peu à s’eslargir et usurper l’exercice de la nouvelle religion, ce que pensant le seigneur de Noircarmes aller empeseher par charge de la duchesse à Valenchiennes, luy résistoient opiniastrement les bourgeois et magistrats, et après avoir tenté envain par plusieurs voyes et moyens de les réduire à obéisence, enfin assemblant' quelque nombre de soldats pour les serrer et menacer*. D’autre costé les dicts confédéré/ commencoient aussy à se mettre en armes au pays de l’Isle, et s’estans assemblez en un village nommé Waterlos, aperteuant au président à raison de la prévosté de Saint-Bavon, le seigneur de Rassengien les en fit retirer avec perte de quelque nombre d’iceulx,
* Il faut lire assemblé.
* Vita Viglii, § Cl.
Le manuscrit français ne contient pas le § C, Viglius s'y représente comme attaqué de la manière la plus violente ; député, do concert avec d'Egmont, vers les commissaires des confédérés, il leur conseille de rentrer dans le devoir, conseil qu'ils regrettèrent dans la suite de n'avoir pas suivi, ajoute-t-il. 11 est averti des périls qu’il court, et la duchesse, à qui le mémo avis parvient, le fait reconduire chez lui par scs gardes.
DE VIOLIUS.
et rassemblèrent de rechief leurs forces après de Launoy pour secourir les dicts de Valenchiennes , le seigneur de Noircarmes, avec la plus grande partie des soldats qu’il eust devant le dict Valenchiennes, les y alla combattre et les deffit, occupant par un chemin inopinément la ville de Tournay, et retournant de là au dict siège de Valenchiennes, réduisoit aussi la dicte ville 1 .
Dequoy esmeu le seigneur de Bréderode , chef et prince des dicts confédérez , vint à Anvers , et y assemblant quelques nobles de la conjuration, escripvoit avecq menaces à la dicte dame duchesse gouvernante, qu’il viendrait à Bruxelles, mais estans la dicte ville de Bruxelles lors pourveue de garnison, ne s’est icelle dame plus laissée estonner, ains luy a bravement respondu , de laquelle responce rendu plus timide, le dict de Bréderode se retira avecq quelque nombre de soldats qu’il avoit commencé à lever, vers Vianen, et craignant la dicte duchesse qu’il eust peu occuper la ville d’Utrecht, fit incontinent aller celle part le conte de Megen , avecq quelques enseignes qu’il avoit levé en Geldres ou il estoit gouverneur, lequel rompoit au dict Bréderode son emprise’.
Au mesme temps pensoient lesdicts jurez occuper en Walcheren les villes de Vlissingues’ et Middelbourg, et comme la dicte duchesse les avoit aussy là prévenus, vindrent et se mirent en un village
1 Y ila Viglii, § eu.
Los Mémoires de Fery de Qnyon, publiés par la Société, donnent (pp. 145 et suivantes) de curieux détails sur le combat que ce seigneur livra aux briseurs d'images à Marchiennes.
* Yita Viglii, § cm.
s Flessingue.
[i5*nj
chez* la ville d'Anvers, nommé Oosterweel’. La duchesse y envoya incontinant quelques enseignes de soldats soubs la conduite du seigneur de Beauvois, qui les y deffict , et tua tout à plat , à la vue de la dicte ville d’Anvers, du prince d'Oranges et conte de Hoochstraeten ' , dont se sont esmeus en icelle ville grandes tumultes, se posant en armes et ordre d’un costé les calvinistes, et d’autre les catholicques avec les martinistes, tous prestz à ruer l’un sur l’autre. Lequel tumulte, par intervention d’aucuns appaisée, commencoient les héréticques et rebelles à perdre courage, et envoyant le dict magistrat d'Anvers demander pardon à la dicte duchesse, offrirons de retourner en obéissance et debvoir, soubs certaines conditions qu'ilz proposèrent, fut avecq iceulx tellement faict, qu’ilz se soubmectoient entièrement à ce que par le Roy et la dicte duchesse leur seroit commandé. Laquelle duchesse entra incontinent après en la dicte ville d’Anvers avec gendarmerie, et y fit démolir les dicts tem-
1 Lez.
* Austruweel.
s Le combat d' Austruweel, livré sous les murs d'Anvers entre les troupes royales et les partisans do la réforme, fut l'un des plus regrettables incidents de la révolution. Le prince d’Orango se fit peu d'honneur en empêchant les Anversois de voler au secours do leurs co-religionnaires, et les luthériens de la même ville préparèrent eux-mêmes l'oppression qui devait bientôt les accabler, en se montrant hostiles aux Calvinistes. C'est nux divisions profondes qui existaient alors nu sein du protestantisme qu'on peut attribuer l'insuccès en Belgique de la révolution religieuse du seizième siècle. Le caractère énergique des réformés belge ofTrnyn plus d'un prince allemand, plus d'un noble français.
DK VIGLIUS.
pies nouvaux et cesser toute exercice de nouvelle religion'.
Et comme cependant (après estre réduicte Valenchiennes) les rebelles demouroient encores à Maestricht et Boisleducq, allant celle part ledict seigneur de Noircarmes avecq gendarmerie et artillerie, iceux se rendirent incontinent*; doù icelluy seigneur passoit outre vers Hollande contre le seigneur de Bréderode, qui estoit en Amsterdam avecq quelques enseignes de piétons qu’il avoit levez. Lequel Bréderode voiant cela s’enfuoit par eaue, et estans après suiviz par quelques nobles et capitaines des siens, furent iceux attaints et prins par les gens du conte d’Arenberge. Peu de temps auparavant avoit le dict de Bréderode prié avec grande instance au conte d’Egmont, que par son moyen il pourroit rentrer en la grâce de la duchesse, laquelle ne le veuillent recepvoir sinon à condition qu'il se soubmectroit à la libre disposition de Sa Majesté, ne s’osa le dict de Bréderode en ce se fier , ains aima mieux se retirer ailleurs, et ne trouvant autre remède à sa mélancolie que de s’enyvrer , tomboit en une fiebvre chaude dont il mourut*.
En ce temps envoyèrent aucuns princes protestans d’AUemaigne députez vers la dicte duchesse en An-
1 Vita Viglii, § Civ.
* On consultera , avec infiniment de fruit, pour les événements importants dont Bois-le-Duc fut le tliéôtre on 1506, le volume publié récemment par M. Prosper Cuvpers-Van-Velthoven, sous le titre de Documents pour sertir il l'histoire des troubles religieux du seizième siècle dans le Brabant septentrional. Bois-le-Duc. {1566-1570, 1. 1 .)
3 Vita Viglii, § cv.
UH
vers, requirans qu’elle n’usat de rigeur contre ceux qui s’estoient addonnez h la nouvelle religion, ne veuillants (comme ilz disoient) excuser les rebelles et violateurs des églises, ausquels ladicte duchesse respondit modestement, que ceulx qui avoient voulu introduire en ces pays (contre la volunté du Roy) ladicte nouvelle religion, avoient esté cause de toutes lesdictes rébellion et troubles, à l’endroict desquels elle ne pouvoit disposer, sinon à l’ordonnance de Sa dicte Majesté, et faisant semblablement l’Empereur instance h ce que l’arbitrage de la controversie de ces rebelles luy fust commis, la duchesse respondit en la mesme manière, qu’ellé n’avoit puissance de consentir en quelque chose de ce fuict, ains que tout deppendoit de Sa Majesté, prince et seigneur de ces Pays-bas
Les autres villes d’Hollande se sont légièrement laissé réduire en l’obéisance par le dict seigneur de Noircarmes, à l’exemple de ceux d’Amsterdam. D’autre part, le conte d’Arenberge, chassant hors la ville de Leeuwaerden les prédicans héréticques, et appaisant aucunement les bourgeois, persuadoit aussy tellement ceux de Groningen qu’ilz receurent garnison, par où se voyoit en peu de temps le pays par tout restably. Et demeurant la dicte duchesse en Anvers, et considérant que les hérésies y avoient prins racines bien profondément, consultait diligement avec le conseil par quel moyed cela se pourroit peu à peu extirper, sans beaucoup endommager la républicque, et y faisant k cest effect publier un édict, estimoit quelle y avoit donné quelque com-
1 Vita Viglii, 5 cvi.
DE VIGL1US.
mencement, combien qu’icelluy ne pleut si bien de prime face à Sa Majesté, jusques à ce que ladicte dame eust escript à Sa Majesté les causes et raisons qu'av oient meu publier le dict édict 1 Et estant sadicte Majesté à plain informé de tout ce qui estoit icy advenu, retint par delà le marquis de Berges et le seigneur de Montigny, qui y avoyent esté envoyez l’esté précédent comme dict est, jusques à ce que Sa Majesté avoit envoyé par deçà le duc d’Alve , avec gens de guerre , promectant quelle suivroit incontinent. Entretams fut ledict marquis de Berges surprins de maladie en Espaigne et y mourut’. Le prince d’Orange, estonné de la venue dudict duc D'Alve , se retira à Breda, pendant que ceulx d’Anvers traictoient de leur réconciliation avec la duchesse comme dict est, et peu après envoyant ses plus'précieux meubles de pâr deçà en Allemaigne, et alla aussi celle part le conte de Hoocbstraten, semblablement soubs quelque couleur cherchée changea de demeure, admonestant ledict prince d’Orange et le conte d’Egmont qu’il ne se fiast trop. Depuis ce temps commencoient leurs affaires à décliner, s’accusant l’un l’autre d’avoir mené leurs affaires imprudemment, s’estans laissé persuader de ladicte duchesse de non faire revenir en ce pays l'esté passé les gens de pied et de cheval qu’ilz avoient enrôlez en Allemaigne en assez bon nombre, et qu'ilz debvoient avoir exercé contre les prestres et moines , docteurs et chefs des catholicques, les cruautez qu’ilz avoient exercées contre les images ’.
1 Vila Viglii, gcvil.
2 Vila Viglii, g ovin.
3 Vila Viglii, § cix.
Estans le Roy adverty des troubles advenu par deçà en l’an 1566, du brisement des églises, des presches contraires à la religion, et de la rébellion ensuivie , considérant que ce n’estoit ouvrage de femme de les appaiser et y mettre ordre et remède requis, advisa d’y envoyer quelque personnage principal de sa court pour assister madame la duchesse de Parma sa sœur régante et gouvernante de ces dicts pays, qui en cas de besoing, mectroit les mains aux armes contre les rebelles, ou par voye de justice chastieroit et extirperait les aucteurs des dicts troubles et hérésies , et après beaucoup de délibérations sur ce avec ceulx du conseil en Espaigne, ne se trouvoit alors en toute sa court autre plus suffisant que messire Ferdinand d’ Alvarez duc d’Alve, qui du temps de feu l’Empereur Charles avoit esté le principal capitaine contre les Franchois au siège de Perpignan que es guerres d’Allemaigne, Italie et Naples, et qui avoit semblablement gagné le premier lieu au conseil en la court de Sa Majesté 1 , dont il fut choisi
* Leducd'Albe ne conquit pns immédiatement la réputation de guerrier redoutable. L'ambassadeur vénitien Frédéric Iladoaro.qui l'accuseaussi d'avarice, d'ambition et de présomption, prétend qu'h la cour de Charlcs-Quint il passait pour un homme de trés-peu de cœur. On lui envoya un jour une lettre anonyme ainsi conçue : « Au très-illustre seigneur le seigneur duc d’Albe, « capitaine-général à Milnn pour l'une et l’autre Majesté en « temps de paix, et grand majordome en temps de guerre. » Oes compatriotes de Badoaro parlent également de lui avec peu d'estime : « Il ny a pns d'homme do guerre, dit Contarini, qui lo « tienno non-seulement pour bon général , mnis mémo pour « bon soldat. Il sait très-peu de choses de la guerre, est très- « timide, etc. » Mocenigo reproche aussi au duc de manquer do courage et de la détermination nécessaire à un général. (M. Gachard, Relations des ambassadeurs vénitiens, pp. 72 à 75.) Sans
DK V10UUS.
et préféré à tous autres en ceste charge, avecq plain et non limité pouvoir, de à cest effect se trouver par deçà, où il vint au mois d’aoust en l’an 1567 à mainforte, accompagné de plusieurs capitaines et gens de guerre expérimentez et aussy d’autres qu’il entendoit employer au faict de la justice. Mais avant son arrivée en ces dicts pays y estoit déjà le tout assez quieté par la prudence de la dicte duchesse et ceux du conseil lez elle, de manière qu’il n’y avoit ville ni village quelle n’estoit maitresse, et où la religion catholicque fut redressée, commenceant la dicte dame à mectre la main pour chastier à bonne discrétion ceux qu’on trouvoit avoir esté les autheurs des dictes nouvellitez et troubles, desquelz plusieurs s’estoient dépaysez et enfuis.
Et ne trouvant le dict duc d’Alve résistence entra paisiblement nu dict pays, et venant à Bruxelles, lieu de résidence de la dicte duchesse régente, insi-
nccepter ces jugements on leur entier, on peut cependant déclarer que les succès des armées espagnoles aux Pays-Bas, do 1507 ÙJ573, doivent surtout être attribués il la valeur dos capitaines et des soldats dont elles se composaient. Leur chef suprême no se distingua particulièrement que par son habileté à éviter une action générale ; partout il laissa lo soin de combattre à ses lieutenants, qui s'en tirèrent toujours avec honneur.
Lorsque lo ducd'Albo arriva en Belgique. M. do Grimborgho (Ferry do Glymes), lo bourgmestre de Louvnin et les bourgmestre et pensionnaire de Bruxelles allèrent au-devant do lui pour lui demander de vouloir « avoir pour recommandé le pauvre « pays de Brabant, » et veiHer h ce que les gens de guerre no lo ruinent et affolent entièrement. Les députés de Bruxelles demandèrent aussi, mais sans succès, que l’on ne plaçât pas dans les faubourgs de leur ville 2,000 piétons ou fantassins, ainsi que le duc l'avait décidé. Groen Van Prinslercr, Correspondance do la maison d’Orauge, t. m, p. 113.
l'JB
MÉMOIRE
nua à icelle sa commission et charge, et commença à mettre la main à aucuns seigneurs et gentilshommes principaux , et establit un propre conseil lez luy qu’on appela des troubles, où il institua pour chef un licentié espagnol appellé Jean de Vergas, avecq aucuns des principaux des consaux de par deçà, qui toutesfois y eurent bien peu d’auctorité, sinon de dire leur opinion -et advis soubs la superintendence dudict Vergas, à la relation duquel seul lé dict duc sententia et signa le tout. Et combien que du commencement l’on usa audict conseil de quelques cérémonies avec les aultres conseillers, toutesfois à la fin toutes choses se faisoient absolutement par l’autorité du dict Vergas , lequel estoit déjà réputé (par ceux de sa nation) le plus cruel et rigoureux et colericque qu’on scavoit trouver, ayant à ceste cause esté privé par cidevant en Espaigne de l’office de judicature, et comme aucuns disoient bannis d’icelluy. Et ayant semblé à son excellence qu’il falloit user d’une espée bien tranchante pour bien racler le mal des hérésies et rébellions , avoit trouvé le dict Vergas fort à propos pour exécuteivson intention, luy avant semblé que ceux du pays useroient de trop de dissimulation ou respect à la punition des coulpables. Et pour ce que le mal y avoit esté si grand, plusieurs ne trouvoient estrange qu’on usât de quelques remèdes extraordinaires, avec deue tempérance et sans y user trop de rigeur, ny destourner la justice en une sévérité desmesurée, espérants qu’usans son excellence de modération convenable, et employant sa prudence et grande expérience qu’il avoit es maniemens des choses publicques, tant en guerre
DE VIGLIUS.
qu’en pays 1 , avec une singulière éloquence en la langue espagnolle, courtoise en conversation avec les gens, il réduirait facilement le tout en l’ancien et pacifique estât et acquérait une grande réputation, et ferait des subjects du pays tout ce qu'il voudrait. Mais comme il usa trop de réputation , et autrement que les précédents gouverneurs estoient accoustumés de faire, qui tàch oient d’acquérir la bienveuillance des subjects, et ne se servant d’aucuns gentilshommes du pays, ains seulement des gens de sa nation de petites conditions et par trop intéressez, qui cherchoient de faire leur prouffict, il n’acquit guerres l’affection de ceulx du pays. Comme aussy le dict Vergas avec autres de son conseil , faisans profession de purger le pays de la sisanne’ des hérésies et rébellion suscitez à ceste cause , ont par trop demonstré qu’ilz ne cherchoient tant le remède (pour éviter la ruyne d’icelles et réduire en bon chemin ceux qui aucunement s’estoyent commencez à desvoyer) que d’enrichir Sa Majesté par confiscation des biens des dicts desvoyez , ce qu’on voit par la multitude des gens, qu’on a deschassé des pays par bannissemens, tant des grands, nobles, que d’autres qualifiez, qui n’avoyent tant pesché qu’on ne les eust bien sceu ramener à bon chemin , aiants plusieurs d’iceux pour causes assez légères (comme d’avoir par . curiosité accompagné et assisté aux presches qu’on faisoit) esté prins et exécutez’.
1 C'est-à-dire paix.
4 Ou zizanie.
5 II faudrait des volumes pour énumérer les proscriptions et les exécutions qui souillèrent alors notre pays. Yiglius n'était
Ce qui a donné si grande terreur aux autres que estans adjournez n’ont osé comparoir , lesquels sans aucuns cognoissance de cause l’on a banny et confisqué leurs biens, ce qu’estant venu aux oreilles du Pape et du Roy, ils se sont laissé incliner à user clémence et pardon, mais le veuillant faire avec advis dudict Vergas et des autres aians avec luy la charge
certes pas disposé il on exagérer le nombre ; cependant il porte a 8,000 le nombre de personnes qui, dès l'année 1569, avaient été proscrites et condamnées au bannissement, sans comprendre dans le nombre ceux qui périrent dans les supplices. ( Porrode gratta regia pene omîtes desperarunt, dura criminalium processutim iiultum finem rident, ac jara ultra octo milita hominum proseripta, bannilaque sunt, prtrter eos qui publico supplicia a fecii sunt. Lettre à Hopperus, du 10 novembre 1569, 1 c., p. 235). Les sentences du conseil des troubles furent accompagnées de la confiscation des beaux domaines des seigneurs soupçonnés ou condamnés et de l'avoir, parfois plus modeste, des autres partisans do la réforme. On comprend à quel gaspillage fût alors livré le patrimoine de tant de familles, et avec quelle nvidité les prescripteurs saisirent la plus légère occasion pour augmenter une si belle proie. Pendant plusieurs années, malgré les plus instantes réclamations , on ne paya pas les rentes dont les domaines confisqués étaient grevés et qui constituaient souvent l'unique fortune de veuves, de pupilles et de petits rentiers. 11 en résulta des procès sans fin, dont, en 1572, 5100 seulement avaient été terminés par le conseil des troubles, qui dovait encore en juger quinze mille (lettre deVigliusau môme, du 11 avril 1572, 1. c., p. 387). La violence de Yargas, qu'aucune considération n arrôtait et qui exigeait du receveur des confiscations le versement des fonds perçus par lui, sans s'inquiéter des dépenses auxquelles on devait faire face, rendait cet emploi très-pénible. ( Lettre du môme, du 15 aoilt 1573, 1. c. p. 470).
Disons ici que la fuite et la mort d’un grand nombre de seigneurs belges ayant dépeuplé les belles habitations dont Bruxelles s’enorgueillissait alors, Ira lieutenants du duc d'Albo s'empressèrent de s’y loger. F réderic de Tolède occupa l'hOtcl d’Egmont (aujourd'hui d'Arenberg) et Yargns souilla do sa présence l'hôtel d'Hooghstracton, dont on voit encore quelques
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et connaissance de tels mesus, la chose a tant trainé, que la grâce de Sa Majesté a esté presques infructueuse après estre tiré la graisse de la patte et que les biens qu'ils ont peu descouvrir sont esté saisis'. Aiants oultre ce faict adjouster au dict pardon et grâces telles restrictions pour ceux qui estaient eschappez de leurs mains que plusieurs, mesmes les magistrats qu’ils prétendoient n’avoir si vivement résisté qu’on eust peu dire s’en estre acquicté selon leur charge et obligation, en demeuroient forclos et en crainte qu’on s’en prendrait quelque jour à eulx, tellement que la multitude des bannis et ladicte crainte ont incité plusieurs à chercher moyens de retourner en leur patrie et biens et les autres de s’asseurer contre la rigueur des dicts juges.
Laquelle intenté estant accompaigné d’une cupidité et convoitise de s’emparer de leurs biens, h altéré plusieurs gens de bien , ausquels en est redondé dommaige combien qu’ilz ne fussent aucunement coulpables, ayants plusieurs gens d’Église, des hospitaulx, - vefves, puppilles et autres tant riches que misérables, esté frustré des rentes et droicts qu’ils avoient sur les biens des dicts bannis , et généralement tous créditeurs d’iceulx, pour avoir esté défendu par ledict Vergas aux justiciens et consaulx de ne prendre d’icelles causes cognoissance , tirant
vestiges au ministère des Travaux publics. Le trésorior Scliets prit son logement dans la « maison de Bouton », nu Sablon, et de Xoirearmes dans celle du marquis do lierghos, derrière lièglise Sninto-Gudule, qui depuis ont été l'une et l’autre morcelées.
1 II s'agit ici de l’amnistie accordée par le Roi et de la bulle d'absolution donnée par le râpe, en 1.770, mesures qui n’aboutiront à aucun résultat.
aussi le tout eu court au dict conseil des troubles, à qui estoient commis les causes des confiscations, oii il a fallu que les pauvres gens, ayans poursuivi leurs querelles par plusieurs années, à grands despens et sans aucune vuidaige, par les subtilitez et cautelles dont l’on a usé en leur endroict. Et ceux qui ont eu la principale entremise ont persuadé au lioy que les proufficts des confiscations estoit si grand qu’il sembloit avoir gaigné un grand pays, combien que par iceulx il' a esté bien abusé, n’estant la chose montée à beaucoup près si hault qu'ilz avoient pourjecté 1 , pour les grands arrérages dont les biens demeuroient chargés.
D’autre part les bons et léaux subjects ont soufferts la paine des dicts bannissemens , pour avoir esté par les dicts bannis, qui se sont rendus à la piraterie et pillerie , non seulement desrobbez et grandement endommaigez en leurs terres et biens, mais presques forclos de toutte navigation et traffieque, tellement que le prouffict que Sa Majesté a faict ne vient nullement à comparer k la perte et dommage que les subjects ont receus, sans icy faire mention des desgats et pertes depuis succédez par les ennemis, tant es villes par eulx occupées que au plat pays , qui sont esté mangés et pillés par les soldats et champs’, non seulement des dicts ennemis, mais aussi de Sa Majesté, qu’à esté perte fort grande sans fruict, oultre les grands frais et mises, que Sa Majesté a porté et est encores taillée de porter, avant que sortir dehors ces troubles, desquels l’on fut
1 Projeté, supposé.
1 C'est-à-dire camps.
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bien esté excusé si Ton cust voulu user de quelque modération et grâce, et au lieu de bannir et chasser tant de gens hors du pays, les y faire demeurer par bons expédiens, ou plus tôt confirmer, et eust on tiré autant de prouffict des amendes que des saisissemens de tous leurs biens , qui ont tant cousté de les garder ' . Et certes l'on a trouvé par expérience que l’occupation des villes s’est principalement’ par les practiques et intelligences qu’iceulx bannis ont eu avecq leurs parens et amis aians eu compassion de leur déchassement, misères et pauvre estât, lesquelz bannis, ores que de commencement ne soient du tout esté infectez , toutesfois pour avoir conversé au pays des hérétiques, sont esté depuis du tout illecq corrumpuz, et par pauvreté contraincts de s'addonner à pillerie et toute meschanceté , de sorte que outre la perte de leurs biens, iceulx juges sont esté cause (pour l’advance des confiscations) de la perte de tant d’ames.
< La réflexion est singulière et bonne à noter. L’auteur condamne les confiscations et les prescriptions, mais trouve surtout h blilmer la manière dont on les a opérées. Il fallait plumer la poule sans la faire crier, imposer de fortes nmendes plutôt que confisquer, pour ne pas avoir h payer les frais de saisie, les rentes hypothéquées, les dots et les douaires, etc. Et puis, pourquoi employer le conseil des troubles, n'avait-on pas sous la main un conseil privé bien docile et bien disposé. C’était lui faire injure que de douter de son dévouement. Après avoir contribué k appliquer les amendes, ses membres auraient encore, par bonté d'fime, consenti à avancer de l'argent à ceux qu'ils nuraient condamnés, « pour une certaine considération, » comme le dit le vieux Trapbois dans les Aventures de Nigel. En dernière analyse, les domaines et les meubles des condamnés auraient tout doucement grossi le patrimoine de ces excellents conseillers, si pleins de mansuétude et de patriotisme.
1 11 manque ici le mot opérée.
MÉMOIRE
Et n'ayant Sa Majesté adjoins té foy aux bons ministres, qui n’ont laissé de luy faire entendre les inconvéniens, dommages et ruÿne du pays, qui en succéderoit, sentira quel prou flirt elle en aura faict, et du raoings Sadicte Majesté se doibt de ce tenir apprinse pour s’engarder à l’advenir, signamment en ces troubles et altérations nouveaux, qui sont beaucoup plus grandes que les premières. Car si l’on veult user de la mesme rigeur, il faudra faire despeupler villes et pays entiers, prennants aucuns opinion que le but et dessein des dicts conseillers estrangers est de mectre le pays en si pauvre estât, affin qu'ilz puissent plus librement et sans aucune résistance se faire maistres d’icetilx , ce que toutesfois l’on ne se peult aucunement persuader estre la volunté de Sa Majesté, pour le bon cœur quelle a tousjours porté au dict pays, ensemble la clémence et na'ifve humanité d’icelle 1 , car ayant aussi appouri et gasté ces dicts pays, elle les abandonneroit aux voisins, qui de longtemps ont eu le désir de s’empatrociner d’iceulx, et sentiroit bien cy après quelle perte et dommage elle auroit faicte à soy mesme en ses autres Etats et Royaulmes , lesquels sont estez de tout temps grandement secourus et assistez des dicts Pays d’embas.
De la mesme racine de cupidité desordonnée d’enrichir SaMajesté par confiscations est succedéun aultre mal, qui a donné un grand mescontentement aux subjects, qui est, que voyants les dicts du conseil
1 La clémence et naïve humanité de Philippe II ne peut faire l'objet d'un doute ; elle est gravée, en lettres de sang, dons les fastes de la monarchie espagnole.
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des troubles leur intention contraire aux loix et privilèges du pays, ils y ont voulu procéder sans y avoir aucun regard, nonobstant qu’on leur allégoit que Sa Majesté y estoit obligé par traictez confirmez par son serment , tant à la venue et réception d’icelle en ces dicts pays qu’au trement , ce qui a causé un mauvais bruict entre le peuple jusques à dire que, puisque l’on ne leur tenoit leurs traictez , qu’ilz ne seroient réciproquement obligez ny tenus h aucuns services devers Sa Majesté, tant et jusques à ce qu’ilz fussent redintegrez en leur susdicts traictez et privilèges', et ont plusieurs trouvé bienestrange que les lointains pays, comme Overyssel, Groningen, Gueldres, Frise et autres sont esté evocquez pour estre h droict par devant le dict conseil h la court , où ilz souloient estre jugez en tous cas par leurs justices et consaux du Roy en chascune province, que leur portoit aussi un autre grief, à scavoir que ces juges extraordinaires, entre lesquelles la plus grande auctorité estoit vers les estrangers, qui ont ignorez les loix, stils et coustume3 du pays, n’ont faict nul conte d’iceulx, ains plustot suivy les sept practicques et autres loix d’Espaigne , ausquelles toutesfois par contraires constitutions, loix et coustumes locales estoit dérogé , n’admettans oultre ce aucun appel , réformation ou révision de leurs sentences, comme pronuncés par le duc, aïant souveraine auctorité de Sa Majesté, et n’estant astraincte par aucunes res-
* A ces phrases décousues, il ce verbiage, il n’y a qu’une simple observation h opposer. Une convention doit-elle être observée par chacune des deux parties qui l'ont contractée? Poser la question, c’est la résoudre.
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trictions, ains pou vans juger librement pararrest et absolument, sansaucuue rétractation ou révocation'.
Ce que voyants lesdicts du conseil de son Excellence, aucthorisez par icelle, se sont advanchez de leur faire exhiber généralement tous les coustumes pour les réformer à leur appétit , combien qu’ilz ont trouvé l’ouvraige si grand qu’ilz n’y ont osé mettre la main, et s’estoyent si avant advanchez que de commander leur estre exhibez les Chartres de Sa Majesté et de chaseun pays , s’il ne fust esté empesché par aucuns anciens ministres , qui monstroient le danger qui se présenterait en cas que l’on divulgasse si légèrement les secrets du pays et du Prince, dont, au regard des voisins, princes et potentats, pourraient sourdre des grands et notables inconvéniens’. Et h la fin ils n'ont rien laissé libre ny intact,
* Les nouvelles ordonnances surla justice criminelle, de 1370, furent en partie l'ouvrage deViglius et de Damhoudere. Pour le siècle où il a été rédigé, dit un professeur frison, c'est un chefd'œuvre de sagesse, do prudence et de modération ; il prouve une connaissance approfondie du droit, réunie h une expérience peu commune dans l’oxercico des affaires criminelles. Refusons notre adhésion à cet éloge d'un monument de cruauté et de despotisme, produit odieux de la science do nos jurisconsultes, secondée et amendée par la férocité du conseil des troubles.
Tandis que notre servile président consentait à attacher son nom à ce pilori, les états de nos provinces réclamèrent contre cette nouvelle atteinte h leurs libertés. Le magistrat de Bruxelles s'adressa aussi au duc dans ce but, mais il n'obtint qu'une réponse vague : Il devait maintenir ses privilèges, quand ceux-ci ne seraient pas contraires h l'ordonnance. (Voyez le Trésor national, 1842, 1. 1 , p. 58.)
* Le duc d’Albe, h tous ses autres titres Se gloiro aux yeux des Belges, a aussi joint celui d ètre un démolisseurdes libertés communales. Sous ce rapport , il a sa place marquée ù côté do Phi-
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niants aussy à mesme effect voulu leur estre communicqué les commissions, instructions et ordonnances des Consaux provinciaux et des gouverneurs, qui sont esté poincts qui tendoient pour changer entièrement l’Estat et faire venir tout l’eau à leurs moulins, dont se sont fort altérez, non seulement le3 communs subjects, mais aussi les gens de justice, voiants tant de nouvelletez des placcards et rnandemens emanez par le dict conseil des troubles , tendants presque tous à la mesme fin, à scavoir d’establir et augmenter les confiscations.
Et d'advantage, outre les moyens d’enrichir Sa Majesté par les dictes confiscations , le dict duc d’Alve a demandé grandes et excessives aydes , tant temporelles (comme de payer le 10° de tous meubles et immeubles) que perpétuelles et sans aucune limitation du temps. A scavoir à tousjours payer le 10* denier de toutes ventes des biens meubles et le 20 e des immeubles , et sont ces demandes esté poursuivies avec telle véhémence, qu’il leur sembloit que les Estats, qui ne les vouloient accorder, debvoient estre
lippe dit le Bon, de Charles le Téméraire, de Charles-Quint, etc. L’organisation à donner h Anvers le préoccupa longtemps. Il so décida enfin, en 1571, à y confier le pouvoir à un gouverneur ou juge suprême, semblable aux podestats d'Espagne. Le sire de Champagny fut revêtu de ces fonctions, et on lui assigna un traitement annuel de 2.000 fl., payable par la ville. Les échovins furent dépouillés du droit do juger les causes où la valeur de l’objet en litige dépassait 200 florins ; on confia la justice criminelle et les causes civiles importantes à quatre assesseurs du gouverneur. Cette innovation fut imitée, l'année suivante ù Malines, après le sac de cette ville, et à Termondo ; Audenardc évita le même sort, parce que sa population avait été maltraitée par les gueux. ( Voyez les lettres de Viglius à Hopperus, pp. 338 et 425.)
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tirez en cause par devant le dict conseil, comme ayans es précédents troubles forfaict tous leurs privilèges , et qu’ilz ne debvoient plus avoir l’auctorité de se entremettre au faict des Estats , ains que Sa Majesté seroit loisible d’imposer aux subjects ce que plaisoit à icelle, les menaçant d'y mectre garnison des Espaignolz , qui vivraient ou à leur discrétion , ou seraient du moings tenus furnir à iceulx tel service que l’on leur ordonneroit, selon qu’on a veu avoir esté faict il ceulx de la ville d’Utrecht pour n’avoir voulu consentir en tout ce qu’on leur a requis, nonobstant les grands offres qu’ilz faisoient. Et partie de l’occasion des troubles ensuivies a esté la dicte rigueur et véhémence avecq laquelle on a voulu procéder à l’exécution du dict 10' denier, que la condition de ce pays a peu bien mal souffrir, estant iceluy remply d’une multitude de gens vivans de la manufacture, qu’ilz sont accoustumez de distribuer à leurs voisins et estrangers, amenants il l’encontre iceulx bleds, vins et autres denrées nécessaires pour soustenir la vie humaine et nourrir la dicte multitude , ensemble les estoffes et matériaux servans h icelle 1 .
Et niants les Estats dudict pays, avant de consentir à l’exaction du 10', depuis esté persuadez qu’ilz ne l’exécuteraient poinct, si sont ilz (pour la révérence qu’ilz disoient porter au dict duc d’Alve leur gouverneur) y condescendu assez facilement, mais venansau poinct, et appercevants les grands
* Il reste pou il dire sur cotte tentative <le lever le dixième denier, après le beau travail de M. Bakhuyzen Van don lirink, dont nous avons déjii parlé.
de viaLn!3.
inconvéniens qui en procéderoient, l’ont après bien amplement remonstréàson Excellence, laquelle voulant néantmoings passer outre à la dicte exécution, sont aucuns des dicta Estais esté mieulx advisez d’envoyer leurs députez vers Sa Majesté en Espaigne. Et cependant les rebelles et bannis de ces pays es derniers troubles n’ont failly de se servir de ceste occasion pour eslever et faire mutiner le peuple contre le dict duc d’Alve et le faire oblier leur debvoir vers Sa Majesté, mectant en révolte et tumulte plusieurs villes. Et ores que Sa Majesté a esté depuis contente de quicter le dict 10% moïennantquelesdicts Etats furnissent au lieu d’icelluy deux millions de florins par an , iceulx considérant le desgast depuis advenu par les passages des gens de guerre et de champs 1 , tant de Sa Majesté que des ennemis, pillaiges des reytres et déprédation des dicts ennemis, dont est suivie grande ruyne et décadence des facilitez des dicts subjects, sont esté après en paine de furnir leurs quotes desdicts 2 millions, et mesmes pour n’estre icelles limitées h l’accoustumée à certaines années, craindant de tomber en obligation d’une taille ordinaire et perpétuelle des dicts deux millions, que le pays à la longue ne sçauroit aucunement supporter, attendu que les plus grandes aydes qu’extraordinairement les pays de par deçà i ont consenty et furny à feu l’Empereur de très glorieuse mémoire , en temps des guerres passées , ne sont esté communément si grandes , et comme l’on prend l’avoir chacun an, lesquelles encores ilz n’ont alors sceu trouver sinon par vendition de rentes,
1 C'est-fr-flire rt par les campements.
dont ilz sont a présent la plus part encores chargez, et survenant quelque autre nécessité pourront bien mal assister Sa Majesté de quelque subvention extraordinaire, selon qu’il seroit bien requis.
Aussi à grandement aidé à tant altérer le peuple la pauvreté par tout le pays procédante de la faulte de la négociation , navigation et pescherie , par laquelle une infinité de gens sont demourez oisifs et sans moien de vivre, estant la dicte négociation beaucoup diminuée et faillie, tant par la craincte du dict 10% que par les arrests et pilleries des Anglois et déprédations des pirates en mer, comme aussy dedans le pays par les mangeries des soldats et logements d'iceulx ès meilleures villes de pardeçà , avec grieff et mescontentement des inhabitans d’icelles, par où non seulement est osté le moyen de payer les aydes et services qu’ilz doibvent à leur prince, mais aussy diminué l’affection accoustumée, voiants que la protection que Sa dicte Majesté leur doibt réciproquement est tant petite et quasi faillie, se voiants abandonnez non seulement aux ennemis et pirates, mais à ceux qui les debvoient garder et deffendre.
Toutes lesquelles causes ont merveilleusement aydé à altérer le peuple contre le duc d’Alve et son gouvernement, lequel outre la haine que les subjects en ont prins, ont aussy esté altéré et retenu de l’affection et révérence qu’ilz luy portoient auparavant, parceque ils avoient entendu que Sa Majesté avoit choisy un aultre en son lieu , plus d’un an et demi avant son arrivée en ces pays.
Ce qu'ayans considéré les rebelles, bannis et autres mal veuillants , se sont servis de l’occasion pour
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exécuter leurs desseings et se jecter dedans le pays, et venir avec force d’armes pour Ira envahir, nu temps que le dict duc ratoit despourveu quasi de touttes choses nécessaires, ne pouvant tirer aucun argent des aydra des Estats, pendant la dispute du 10' denier, et ayant laissé les bandes d’ordonnances et les garnisons des gens de pied de pardeçà tomber en décadence, par non leur avoir faict aucun payement, ny faict aucune provision des munitions, ny soing des fortifications des frontières , trouvant les finances sans aucun argent et crédit, à cause que les deniers appartenants au Roy se manioient par diverses mains, les uns provenans de confiscations par ceux qui sont commis par le conseil des troubles, les autres que le Roy a furny et envoyé d’Espagne, par le propre recep veur de la mrame nation, avec la superintendence du secrétaire de son Excellence, à qui l’on a semblablement respondus de ce qu’est venu des aydra des pays de pardeçà, laissant seulement à la charge et disposition de ceulx des finances, soubz l’auctorité de son Excellence, ce que peult procéder du domaine, qui rat bien peu, ne pouvant aucunement satisfaire aux nécessitez quotidiennes , demeurans les gaiges et traictemens pour la pluspart sans aucun payement, outre les rentra et lettres des recep veurs, ensemble les grandes debtes qu’on rat redevable tant aux marchands qu’aux bendra et soldats , qu’à divers autres, de sorte qu’on demeuroit par endebté, sans aucun crédit dont on se souloit ayder en temps de nécessité. Ce que n’estant incognu aux ennemis et ceux qui ont cherché de troubler les affaires, ontconceu espoir que le dict duc
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n’auroit grand moyen d’empescher leurs desseings, yjoinct que les villes meilleures, qui souloient secourir en temps de nécessité, n’avoient plus de pouvoir, et signamment la renommée ville d'Anvers, qui cependant a esté mise si bas, que les marchands et autres principales bourses des estrangers se sont de là retirez, et la dicte ville, pour la sobre conduite et grands frais de despens, réduicte en telle pauvreté, quelle a bien à faire de pouvoir en soymesme subsister, sans doresenavant furnir, comme elle souloit, pour le service de Sa Majesté. •
Pareillement dès l’arrivée du duc d’Àlve, les affaires des consaulx sont esté traictez diversement, jà soit que plusieurs auparavant souloient estre traictez par instructions particulières des consaulx, si à son Excellence (sans attendre ou se régler selon icelles) attribué l’authorité au conseil particulier chez luy, ou présidèrent comme dict est ledict Vergas et aultres de la mcsme qualité , qui a esté cause qu’il ny eu telle intelligence entre le privé conseil de Sa Majesté et celuy qu’on dict des troubles ou lez son Excellence, comme il fut esté bien requis. Et le conseil d’Estat a aussy esté grandement desauctorisé et presques anéanty, tellement qu’ilz ont à paine retenu place en court pour se retirer ou assembler, sinon quelques fois se trouvans quelques ungs dudict conseil vers son Excellence, icelle leur a communicqué tels affaires qu’il luy à pieu , sans aucune forme de conseil comme anciennement on souloit. Bien a le dict duc , depuis la venue du duc de Médina Coëli , commencé assembler en la chambre anciennement dediée pour le dict conseil d’Estat, et n’a
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plus esté question d’observer les ordonnances du dict conseil d’Estat, ains l’on a voulu que le dict duc a esté dispencé de toutes observances et instructions , et que le tout soit esté remis à sa discrétion 1 . Ce qu’entendu du peuple ne luy a accreue l’affection d’icelluy, ains plustot faict son authorité odieuse aux grands et petits. Vers lesquels s’est semblablement excité grand mescontement pour ce qu’au gouvernement et administration du pays sont entretenus 1 estrangers , qui ne sçavoient la langue ny la nature d’iceulx, et avec ce vouloient tout réduire aux loix et coustumes de leur nation, contre l’opinion de tous saiges et mesmement la doctrine et charge que le Roy catholique Ferdinand donna par son testament à l’empereur Charles son nepveu , qu’il ne se serviroit sinon des natifs du pays, pour ce que ceulx cognoissent mieulx les affaires , et le font plus vo-
1 Les conseils étaient alors complètement annihilés. Il n'y avait plus d'autres conseillers d'état que d'Arschot, Berlaimont et Viglius (lettre de co dernier, en date du 6 décembre 1573. L. c., p. 498), et encore ne les consultait-on que pour la forme. Yigïius s'effaçait autant que possible, laissant toute l'influence à Albernotius , le secrétaire du duc d’Albe. Le conseil privé était, pour ninsi dire, remplacé par lo conseil des troubles, et son président, Tysnacli, n'avait aucune autorité. (Lettres de Viglius du 8 juillet 1571; 1. c., p. 341). llien de plus comique que les plaintes de Viglius sur l'irrégularité du paiement des appointements de ses anciens collègues : ils ne touchaient que deux florins par jour, tandis que les membres du conseil dos troubles en recevaient six ; on ne leur nvait payé en deux années qu'un trimestre, tandis qu'on avait soin de payer Vargas et Hes comparses tous les quatre mois. (Lettre du mémo, du 26 mars 1571, p. 321.) Célniont là de bien autres motifs de plainte que ceux dont Viglius avait fait retentir la cour, en 1503 et 1561, lors des fameux empiétements du conseil d'état.
* Intervenus.
1 antiers, desquelz aussy le peuple est accoustumé de mieulx se contenter que des estrangers, et si le font ilz avec moindres despens , selon qu’on a peu veoir, aiants trois personnes seules qui sont esté mises pour le maniement des causes fiscales plus cousté que trois collèges , les principaux et souverains du pays , dont procède que , se voians les naturels contemnez et mesprisez, s’abastardisent, et quand après l’on les voudrait bien employer, ils se trouvent moins façonnez, et pour débouter lesdicts du pays de toutes entremises , ils taschent de persuader a Sa Majesté, ou qu’iceulx ne sont idoines pour le maniement des affaires, ou qu’ilz sont tous liéréticques et infidèles et à Dieu et leur prince, que procède plus de leur arrogance et malice que de vray j ugement, puisque l’on voit qu’en toutes affaires d’importance, ils ne font d’eulx mesmes rien que vaille, ains se servants de ceulx du pays s’attribuent la gloire à eulx. Car, quand à la religion, on voit évidemment le contraire, et les esglises le tesmoignent assez, estans fréquentées avec grande debvotion du peuple, et jasoit qu’il y en at aucuns malheureux et desvoyez, ne faut pour ce condamner les aultres, desquels desvoyez plusieurs fussent de bon heure réduicts si l’on eut voulu eslargir la grâce. Et si l’on veult coulper les subjects de desloyauté, pour ce que la populace en aucunes villes s’est laissée abuser par ce que dessus est dict, il ne faut pourtant prendre jugement général , estans les gens de bien , d’honneur et noblesse demourez fidels, ayans mis corps et biens pour le prince.
Et si on veult parler de l'idonité , il est manifeste
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que ceulx de pardeçà sont plus experts en diverses langues outre celles du pays, là où l’Espagnol desdaigne apprendre autre que la sienne naturelle. Aussi l’entremise des estrangiers cause souvent des grands inconvéniens en ces pays, non seulement à l’endroit de la police (laquelle ils veuillent qu’il se face selon que s’en use dans leur pays , sans se vouloir accommoder aux coustumes de pardeçà, prétendus ' qu’iceulx pays se doibvent accommoder pour tout et en tout à eulx) , mais aussy à l’endroict de la chose militaire, permectant grande connivence et dissimulation aux soldats et gens de guerre de leur nation , et les supportans en leur insolence et malversation, là où les naturels serviront plus fidellement comme à leur patrie, à laquelle ilz sont obligez et y ont plus à perdre, et se peuvent mieux chastier s’ilz font mal que les estrangers , et s’ilz guignent quelque chose par leur service, il demeure au pays, ayant esté clairement veu en quel hasard l’on est nagaires tombé pour non s’estre fié ny servy des naturels de pardeçà , ains seulement des Espagnolz , qui du commencement pour leur mauvaise versation, mangeries, rapines et insolences, ont acquis si mauvais gré des habitans ès lieu où ilz ont tenu guarnison, qu’on ne les a osé bonnement tirer dehors, pour craincte que l’on a veu advenir en aucunes villes où ils avoient esté aultrefois logez, qu’on ne les y a voulu plus recepvoir ny admettre, mais plustot se sont les dictes villes joinctes avec les rebelles*.
* Pour prétendant.
* Voyez ce que nous nvons déjà dit plus hnut, pp. 25 et 20, de l'indiscipline des troupes espasnioles.
Oultre ce se ressentent fort ceux du pays, voians que si quelque Estât ou office vint à vacquer, les estrangers sont avancez devant les autres, contre les privilèges du pays , ou du moins les dicts naturels qui en veullent estre pourveus sont contraincts de passer par les mains de leurs serviteurs, qui en font leur prouffict. Et le malheur qui est venu au pays, de pardeçà est principalement procédé de ce qu’ayant le prince d’Orange veu les humeurs qui couroyent au pays, et les subjects aussy altérez pour les occasions susdictes, e estimé que c’estoit son apoinct, et considérant que du commencement en l’an 1568, il ne sçavoit exécuter son emprinse par voyes d’armes contre le dict duc d’Alve, n’estans lors les cœurs des subjects encores tant aliénez de luy, ains s’emploiants à l’assister pour repoulser le dict prince, il s’est résolu (quand il vit les altérations du peuple, pour l’exécution du 10' denier, mauvais traietement des Espagnolz, et la faculté de la justice du conseil des troubles et autres causes cydessus mentionnées) de s’ayder des practicques des bannis de pardeçà et ceux qui adhéraient à leurs factions, leurs parens et alliez, et essayer autrefois à la fortune. Et de faict practiqua par son frère le conte Louis, qui avoit entretenu et gaigné la faveur des chefs des hugenots de France, qu’iceulx se joindraient avec l’un, ayant semblablement gaigné la faveur de la lîoyne d’Angleterre, à cause des arrests et altérations esmeues entre la dicte Royne et le duc d’Alve ès pays de pardeçà, laquelle soustenoit les dicts bannis et rebelles favorisants aux pirates. Et enfin delà succéda qu’au comiitcnccmcnt de l’an lxxii, ceulx de la faction
DE vianus.
dudict prince se sont saisy des villes de la Briele, Vlissingues et Enehuysen, trois principaulx ports de par deçà, et semblablement par les hugenots de France, par trahison, la ville de Valenciennes et Mons en Haynault, et d’aultre costé par le conte Van den Berge et les aultres geux ses alliez, la ville de Zutphen. Et pour abbruvrer et tromper le simple peuple a suivy ledict prince les mesmes traces desdicts hugenots en France, leur ayant mis en avant la liberté de la religion et conscience, et les exempter des loix et constitutions, édicta et placcards, par lesquels ils estoient tenus en office et obéissance , et d’advantage de les tenir francs, libres et déchargez des aydes et contributions , mesmes de 10% 20* et 100* deniers, et se joingnans avec luy tous meschans garnemens, tant de pardeçà que Franchois, Anglois, Gascons et Ecossois, a ledict duc esté contrainct d’entrer en nouvelle guerre, et estant assez mal pourveu comme dict est de toutes choses nécessaires, et a tel recouru vers le Roy, pour l'assister de l’argent requis, s’il ne voulut perdre ses pays , luy faisant entendre que par ce moyen il en esperoit bien revenir audessus, et luy faire rembourser les frais et mises de ceste guerre, tant des biens de ceulx qui s’estoyent nouvellement rebellez, que par les Estats qui faisoient difficulté de payer ledict 10* denier, qu’il maintenoit luy estre accordé. Et luy ayant Sa Majesté envoyé quelque secours , il fit incontinent semblant d’y résister par grandeur, faisant oultre les régimens des Espagnolz retenir trois régimens de hault Alemans, revenans quasi à xl enseignes, et après des bas Allemans, soubs le conte
de Bossu, seigneur de Hierges, et le conte de Megen, son frère, pour la garde de Gueldres et le pays de là environ , en oultre cinq aultres régimens de Walons, soubs le seigneur deCappres, Ryques 1 et Montdragon, oultre ceulx que le seigneur de Billy avoit en Frise, ensemble chevaux et noir harnois d’Allemagne, jusques à douze mille, soubs l’archevesque de Couloigne, les ducqz de Holsteyn, Braunswich et Saxen, avec quelques autres.
Or cependant est arrivé le duc de Médina Coeli pour luy succéder au Gouvernement du pays de pardeçà , quand il luy plairoit le céder , lequel duc de Médina Coeli ne s’est meslé dudict gouvernement, pour ce que ledict duc d'Alve différoit de le mectre en possession d’icelluy, jusques à ce qu’il auroit reconquis ce qu’estoit perdu, avec lesquelles forces fit tant qu’il recouvra la ville de Valenchiennes , celle de Mons en Haynault , Malines et aultres villes de Brabant et de Gueldres, et aiant forcée la ville de Zutphen et réduict les villes de Campen et Zwol et aultres de Frise et Overyssel*, s’est attaché à la ville
* Philippe do Recourt, seigneur de Licques, l’un des généraux belges qui restèrent le plus constamment attachés h la cause royale.
* De toutes les conquêtes que l’autour attribue ici au duc d’Albe, une seule fut coûteuse et difficile : celle de Mons. I.ouis > de Nassau défendit cette ville avec un acharnement digne d'un meilleur sort. Valenciennes, au contraire, fut reprise par un coup de main; Malines ne fit aucuno résistance, ce qui ne la sauva pas du pillage, non plus que Zutphen et Naardeu, où les soldats du duc commirent dos horreurs incroyables. M. Altmeyer a donné un récit très-animé des événements militaires de Vannée 1572 et des infamies par lesquelles se déshonora à Mons le sire de Noircarmes, dans la brochure intitulée : Une succursale dit tribunal de sang (Uruxelles, Rozez, 1853, in-12.)
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de Harlem, laquelle par long siège il affama, de sorte qu’ilz furent contraincts de se rendre , demourant tousjours les aultres villes et ports d'Hollande et Zeelande au pouvoir du prince d’Oranges , mais venant après ce pour luy succéder au dict gouvernement des Pays d’embas le commandador major de Castille , Don Louis de Eequesens , il partist de ce pays contre la fin de décembre 1573 vers Espaigne, laissant la charge à son successeur. Et ores que le prétexte du prince d’Oranges estoit contre le dict duc d’Alve, se réclammant tousjours vouloir deinourer en la debvotion du Roy, touttesfois il a continué en ses entreprises contre Sa Majesté et le dict commandador et tous ses ministres, nonobstant que Sa Majesté luy avoit bien ouvertement faict entendre que c’estoit son faict * .
1 II y a dans ces dernières lignes une naïveté qui ferait sourire si on pouvait la croire sincère. Notro auteur s'attendait-il it voir le prince d'Orange déposer les armes devant le commandeur de liequesens? Qu'importait aux Belges l'absence ou la présence du duc d’Albe? Son départ modiflait-il d'une ligne la direction que Philippe II avait imprimée au gouvernement des Pays-Bas ? Non, le farouche lieutenant de ce prince n'nvait fait qu'exécuter ses ordres. Se venger des concessions qui lui avaient été arrachées pendant les premières années de son règne, établir son autorité sur des bases essentiellement despotiques, ne laisser aux Etats des provinces, aux communes, que des franchises illusoires, tel était le but de Philippe II. Pour y parvenir, tous les moyens lui paraissaient bons. Il fallait donc lui résister do toute manière, et c’est pour ne pas avoir compris cette vérité, en 1577, pour avoir reconnu et nccucilli don Juan d’Autriche, que les Pays-Bas furent de nouveau livrés il l'anarchie et h la guerre civile.
RECUEIL** ET MÉMORIAL
DBS