‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 3 sur 59 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

wr

LE RÈGNE DE PHILIPPE II

AVANT PROPOS

AVANT PROPOS

Il existe à la bibliothèque royale de Bruxelles , section des manuscrits, sous le numéro 1725, un cahier de 37 folios, qui est bien certainement uu ouvrage original, mais qui ne porte ni nom d’auteur, ni aucune autre indication. On lui donne, dans le catalogue imprimé, nous ne savons pour quelles raisons, ni sur quel fondement, le titre que nous lui conservons ici 1 .

L’auteur, après avoir parlé de la paix do l’année 1559 et des heureuses conséquences que l’on en attendait, déplore les maux terribles dont la Belgique entière souffrit pendant la période suivante , « par la faute d’une partie « de la noblesse et du peuple, qui s’était enivrée du poison « de l’hérésie. Le sort lui ayant permis de survivre à ce

• triste spectacle , il croit rendre service à la postérité en

• lui laissant un récit de ce qu'il a vu ou de ce qu’il a « appris dans les meilleurs écrivains , * et, à ce propos, il indique le but auquel doit tendre l’enseignement de l’histoire ’.

L’organisation donnée au gouvernement de la Belgique par Philippe II, la création des nouveaux évêchés, le débat soulevé à l’occasion des troupes espagnoles , la haine des

• Tome i", au n° 1725. — Au tome ni , p. 255 , ce titre est remplacé par le suivant, qui n’ost pas du tout exact : Viglii, Discours depuis l’arrivfe du roi Philippe II aux Pays-Bas jusqu'au temps où il annonce son second voyage

* Voyet plus loin, § II.

AVANT r H0P09.

grands contre Granvelle et leur correspondance à ce sujet avec le roi, les discussions auxquelles donnèrent lieu l'union de certaines abbayes à des sièges épiscopaux, l’établissement ou plutôt l’affermissement de l’inquisition épiscopale , l’admission des décrets du concile de Trente , enfin la célèbre démarche tentée par les nobles confédérés auprès de Marguerite de Parme et l’adoption par eux du nom de gueux , sont successivement racontés par l’écrivain, qui s’arrête brusquement, sans arriver aux célèbres conférences de Saint-Trond.

Cette narration latine, qui ne comprend donc que les années 1559 à 1566, offre une analogie frappante avec l’ouvrage français du conseiller Hopperus : le Recueil et mémorial de t troubles des Pays-Bas du roy'. Seulement ce dernier est plus complet , puisqu’il ne se termine qu’en l’année 1567, époque où Philippe II, après avoir annoncé de nouveau sa résolution de partir pour la Belgique, y envoya le duc d’Albe. Hopperus s’est-il servi des notes manuscrites de son oncle? Viglius aurait-il traduit le travail de son neveu , dont il atteste quelque part l’exactitude et la sincérité, et que, dans une de ses lettres, il annonce l’intention de compléter 1 . Ce qui nous déterminerait ù pencher pour cette dernière hypothèse, c’est la phrase même dont nous avons donné le sens , quelques lignes plus haut : notre historien ne se contente pas du témoignage de ses yeux; il déclare avoir recouru aux meilleures sources; or, cette qualification convient au travail d’Hopperus , qui avait eu b sa disposition des ma-

1 Voir à la fin du présent volume 1 Hoynck, Analecta, t. iv

AVANT PROPOS

tériaux inaccessibles au vulgaire. Le manuscrit dont nous donnons ici le texte présente toutefois de notables différences, et contient des détails que le conseiller a tout à fait passé sous silence, principalement en ce qui concerne les efforts tentés par le roi, en 1559, pour laisser dans le pays des soldats espagnols.

Les six premiers folios du manuscrit (à l’exception des sept dernières lignes du verso du folio 6) offrent une écriture très-régulière et ne portent aucune trace de changement. Plus loin, l’encre prend une teinte très-noire, les lettres affectent une forme épatée et tourmentée, les corrections, les renvois à la marge abondent, le travail semble se faire avec précipitation et,, en même temps, avec la pensée de donner au style plus de correction et d'élégance. Sous ce rapport, notre manuscrit efface complètement le travail de Hopperus , où la phrase semble parfois trahir, par sa longueur, par le nombre des incidentes, une lourde imitation du latin. Signalons encore, comme un indice à noter, la supériorité de notre auteur dans l’art d’entrer en matière , de présenter le développement des faits. Il écrit avec une haute intelligence et une parfaite connaissance des événements. Sous sa plume , l’histoire des troubles se poursuit avec ordre et méthode , mais appréciée au point de vue d’un défenseur outré des prérogatives de la royauté et de la papauté. D’autre part, l’exécution matérielle atteste une œuvre de premier jet : la ponctuation reste incomplète; les alinéas sont espacés d’une façon si irrégulière et, en quelques endroits, si fautive, qu’il a fallu en bouleverser l’ordre; nous les avons aussi distingués par des numéros. En quelques endroits, on remarque des mots tronqués, parce que l’on no s’est pas donné la

AVANT PROPOS

peine de les relire; des dates inexactes, pincées nu milieu d’un récit bien agencé, et qui ne peuvent s’expliquer que par la même négligence.

Faut-il accepter Viglius pour le rédacteur de ce travail? Nous penchons & répondre affirmativement , non que le manuscrit soit de sa main, Viglius avait une écriture plus haute, plus pressée, plus effilée; mais il l'a probablement dicté à l’un de ses secrétaires. Les qualités du style , la connaissance des faits, l’entente des affaires attestent la position exceptionnelle de l’auteur. A plusieurs reprises, il y est question de Viglius, et, tandis que dans le récit de Hopperus cette circonstance amène, chose bien excusable et bien naturelle , l’éloge de l'éminent jurisconsulte , on n’observe rien de pareil dans le texte latin. Au folio 25 recto, il est dit quelques mots du président et des empiétements commis par le conseil d’État, à ce que disait le peuple , aux dépens de l’autorité des conseils privé et des finances. L’écrivain ajoute : « Cela fut-il accompli ou sim- « plement tenté par les grands, nous n’en savons rien. » Ce dernier membre de phrase donnerait à croire que l’auteur n’était pas à même de connaître la vérité sur co point; on se tromperait fortement si l’on en jugeait ainsi. Sa première idée avait été celle-ci : dicere non habemus , « nous n’avons pas à le dire ; » les mots certi mihil habemus ne sont peut-être qu’une substitution ayant pour but de donner le change au lecteur 1 .

Nous savons, par le témoignage de Hopperus, que Viglius composa un journal des événements les plus remarquables qui s'étaient passés sous ses yeux. Ce travail

1 Hopperus, 1. c , § XLYIII, s'exprime en ces termes : « ... Avec

AVANT PK0P08.

ne se retrouva {joint parmi ses papiers, malgré les recherches qui furent faites par les ordres mômes de Philippe II 1 . Faut-il conclure, en terminant, que le texte qui va suivre est un fragment, le seul sans doute qui ait jamais été rédigé, de cette œuvre restée jusqu’à présent inconnue?

« beaucoup d'autres particularité*, qui so laissent icy à déduire, « pour ce qu’il n’a esté trop avéré ny mis on effect, comme tost « dirons moionnant la grâce de Dieu. »

1 Papiers d'État de Qranvelle, t. v, p. 249.

VIGLIUS

Il SCO l 1 B S

LE RÈGNE DE PHILIPPE II

Page 1