CHAPITRE VIII
De l'estât auquel se retrouvaient en ce temps les Estati du Pays Bas.
LXXII. Il ne sera hors de propos de dire en quel estât estaient allors les Pays d’embas, tant devant la
* Du conseil privé, comme nous l'avons dit ailleurs.
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publication des nouvelles susdictes, comme depuis. Et certes les choses alloient de telle sorte , que non seulement les prélatz, juges ecclésiasticques, et inquisiteurs se plaindoient du peu de respect et autorité qu’ilz avoient (ayants les inquisiteurs de Louvain escript une lettre à madame pour estre déchargez de leurs offices, comme ne servans plus de rien), mais aussy plusieurs personnages séculiers bien affectionnez à la religion, personnes publicques, et aultres, et signalement ceux de la loy d’Amsterdam pour cause de difficultez, que sgubz couleur d’autres choses leur estoient esmeues par aulcuns de leurs bourgeois, secrètement soustenuz et favorisez par certains grands seigneurs et chevaliers. D’aultres part y avoit plusieurs , tant de la noblesse , comme de la commune, aussy quelques des Estatz, citez, et aultres lieux, qui chascun jour se douloient et se disoient grévez par lesdicts ecclésiasticques et inquisiteurs , et aultres ayans charge de Sa Majesté, et pour leurs accusations et procès qu’ilz leur mouvoient, avecq beaucoup d’autres choses semblables, lesquelles estoient cause, que les mauvais petit à petit s’enhardissoient de parler en publicq, non seulement eontre l’Inquisition, mais aussy contre les placartz de Sa Majesté, et que c’estoit chose de conscience de juger selon iceulx.
LXXIII. Se semoient aussy, et quelques fois s’attachoient aux portes des églises et de la cour, semblablement à celles des princes d’Orenges, et de Gavres, comte d’Egmont, en Bruxelles, divers escripteaux et pasquilles , aussy bien en mespris des catholicques et bons ministres de Sa Majesté, comme
en l’exaulcement de leurs sectes et hérésies, appelons iceulx seigneurs et aultres en leur ayde, afin qu’il fust permis à un chascun de vivre à sa mode, à son plaisir, et selon sa conscience. Et comme plusieurs villes et places tâchoient de persuader à Son Alteze, que le mal des hérésies ne s’extendoit sy avant comme le bruit en couroit, au contraire les dicta seigneurs et aultres disoient et soustenoient journellement, que le nombre des sectaires estoit sy grand, qu’impossible serait de les extirper, et que nécessairement convjp noit de leur céder en aulcune chose, et de leur octroyer, si non la publicque , du moins la liberté domesticque : mais la tierce opinion des hommes prudens et expérimentez en la république estoit, que le mal n’estoit sy grand que pour désespérer, ny sy petit, qu’on le deust négliger, et tenir en peu de compte, mais que satisfaisant chascun à son office, qu’il tenoit de l’Église ou de Sa Majesté, s’en pourrait espérer bon succès et amendement.
LXXIV. Et estoit jceluy estât du commun avant la publication des nouvelles susdites. Depuis icelles publiées par lettres de Son Alteze, escriptes aux évesques, consaulx, et bonnes villes, c’est chose incroyable quelles flammes jecta le feu, d’auparavant caché soubz les cendres, s’espanchant une voix et opinion, non seulement entre la commune, mais aussy entre la noblesse, et que plus est, entre beaucoup de grande autorité, et ceulx des consaulx mesmes de Sa Majesté, que son intention estoit d’establir et planter par force en ces Estatz et pays l’Inquisition d'Espaigne, et de procéder en toute rigueur
d'hoppbrus.
des placarts contre les délinquans, quelques menus délicts ou contraventions que ce fussent, et jaçoit que les lettres de Sa Majesté, qui surviendrent incontinent, contenoient, qu’icelle n’avoit oncques esté ny estoit son intention, donnarent bon courage à plusieurs, et feirent un peu cesser ceste famé; toutesfois ne peurent jamais opérer, que de l’esteindre et oster du tout, ains se jectoient crys fort estranges et épouvantables, aussy bien contre le gouvernement et autborité publicque, qu’aultrement : disans qu’ilz n’estoient lourdz ny bestes, que d’ignorer quelle obligation doibt un prince au vassal, et le vassal à son prince, et que l’on trouveroit bien la façon de faire la guerre, sans sçavoir par qui et comment, avecq aultres choses semblables. Et fust de mauvais exemple aux aultres plusieurs , qui prennoient l’audace à l’occasion de ce qu’aulcuns des seigneurs et gouverneurs , sy comme les princes d’Oranges, comtes de Mansfeld et Meghem , marquis de Bergues, baron de Montigny, et aultres certifiez de la bonne volunté de Sa Majesté telle que dessus, respondoient en substance, les uns plus, les aultres moins , les uns de bouche, les aultres par escript , qu’ilz n’avoient moien, ny aussy la volunté d’exécuter la rigueur des placarts, ny de donner assistence à l’Inquisition. Et que sy Sa Majesté et Son Alteze vouloient demeurer en ce propos, qu’ilz supplioient d’estre déchargez de leurs gouvernemens, et comme la voix et opinion commune avoit tousjours esté, que jamais ne s’achèveroit riens sans la présence de Sa Majesté, se commença alors disputer, que le venue d’icelle n’estoit nécessaire, mais qu’estant le
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coaseil d’Estat un peu plus authorizé, et la religion un peu plus libre, que les seigneurs et gouverneurs estans vassaulx tant fidelz et tant affectionnez au service de Sa Majesté et de Son Alteze, estaient suffisans pour maintenir les Estatz du Pays Bas en" bonne tranquillité et repos , avecq beaucoup d’aultres propos semblables. Avecq les quelz advint aussy que les quatre villes capitales de Brabant se plaindirent par une requeste de trois choses à ceulx de la Chancellerie de Brabant.
LXXV. Premièrement que par leurs lettres les avoient enchargé d’avoir soing de l’exécution du Concile de Trente, estant chose ecclésiasticque et au dehors de leur office civil et temporel.
LXXVI. Secondement, qu’ilz leur avoient mandé de garder les placarts de Sa Majesté sur le faict de la religion , non plus ny moins comme s’ilz eussent esté en aulcune faulte du passé, ce que ne se trouveroit, ains que tousjours les auroient gardé et observé estroictement , et estaient intentionnez de le faire à jamais.
LXXVII. Et que tiercement oultre ce ilz leur avoient escript de donner assistence aux inquisiteurs, ce qu’estoit contre les expresses privilèges et coustumes de ceulx de Brabant, n’estant obligez à aulcune forme d'inquisition : requérans partant, d’estre deschargez de telz commandemens, et principallement de celuy de l’Inquisition , de la quelle ne pouvoit succéder que mal et inconvénient ' .
1 La villo de Bruxelles participa résolument aux remontrances que les États du duché de Brabant adressèrent il la gouvernante. Marguerite de Parme, outrée de la virulenco des libelles (die fameuse bilkten nft libelle»), que des mains audacieuses iiffi-
d'hoppkrus.
LXXVIII. Le chanccllier et aultres du conseil provincial en Brabant, ayant veu icelles requeste, mandarent au conseil les procureurs et pensionaires des dictes quatre villes , estimans leur donner bon contentement avecq bonnes parolles, en leur déclairant leur vraye intention, et celle de Sa Majesté sur lesdicts poincts : mais ilz ne prouffictoient rien. De
chaient, chaque nuit, sur les murs des principaux hôtels et du palais môme, demanda que l'on promtt une récompense de 1,000 couronnes à celui qui dénoncerait les coupables. Après avoir entendu, h ce sujet, le rapport du pensionnaire Boisschot, le magistrat refusa : « il ne voulait ni retarder le service de Sa « Majesté, » ni rien décider sans avoir le consentement des deux autres membres do la commune (26 janvier 1565-1566).
Le gouvernement sollicitait le vote d'un aide pour le paiement des garnisons. Dans l'opinion des magistrats de Bruxelles, il fallait d'abord apaiser les doléances formulées par les États aux mois d'octobre et décembre de l'année précédente. Cependant, le 1" février, ils consentirent à ouvrir la discussion sur cette proposition, à la condition toutefois qu’on n'adresserait aux États aucune autre demande, avant de les avoir contentés. Le 7, ils se décidèrent, de concert avec les députés des autres villes, h exiger une réponse définitive et, après avoir déclaré qu'ils entendaient marcher toujours de commun accord avec les autres villes, ils chargèrent le premier bourgmestre et le pensionnaire de veiller à la conservation des privilèges et à prévenir les dangers que pourraient entraîner l’adoption de nouveautés. Ces résolutions successives mécontentèrent singulièrement la gouvernante, qui accusa un jour les administrateurs de la capitale de mollesse [fl occiteyt) et de mauvais vouloir, imputation qui leur causa un vif déplaisir, et que lo pensionnaire reçut ordre do repousser, en rappelant leurs sorvices (11 mars). Persistant toujours dans la mémo voie, ils approuvèrent, le 2 avril, la requête présentée au Conseil do Brabant, au nom des bourgmestres, échevins et conseil des quatre chefsvilles, et, malgré un vote contraire des prélats et des nobles, ils ajournèrent encore l’ouverture des débats sur l'aide pour les garnisons. Vojcz Henne et Wauters, Histoire de Bruxelles, i, 399.
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sorte que venans un jour nulcuns d’iceulx à Son Alteze, luy foirent relation de ce que se passoit. Le mectant Son Alteze en délibération, comme chose de grand poix , et de grande importance , fust conseillée de prendre information plus particulière eu ceste matière, et signamment en ce que toucboit l'Inquisition : et de faict envoya aux inquisiteurs généraulx de Louvain, pour estre d’iceulx informée quelle chose que c’estoit de la liberté que ceulx de Brabant prétendoient. Ayans lesdicts inquisiteurs envoyé leur advis avec beaucoup de papiers et instructions joincts, servans à la matière, Son Alteze commanda d’examiner le tout , premiers au dict conseil de Brabant, et par après au conseil privé, et le tout veu se trouvoient lesdicts deux quasi d’un mesme advis; à sçavoir d’envoyer la requeste à Sa Majesté pour la appoincter ; et que cependant lesdicts supplians auroient à se contenter de3 dictes lettres, et faire ce que de coustume : mais il y avoit une différence, que ceulx du conseil privé avoient conceu une appostille présupposant tacitement, que ceulx de Brabant estoient subjects è l’Inquisition , non plus ny moins que les aultres provinces, à quoy ceulx de Brabant contredisoient, sans toutesfois oser affirmer clairement qu’ilz n’estoient subjects, jusques à ce qu’ayans par deux fois mis leur escript fort obscurément, enfin furent constraincts par Son Alteze de l’esclaircir, déclarans par leur dict advis, que ceulx de Brabant n’estoient obligez à aulcune Inquisition, ce que facha fort le président et ceulx du conseil privé, disans selon l’opinion commune sembler le contraire par lesdicts instrumens , et que sy iceulx
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n’estoient bastans , que les inquisiteurs de Louvain offraient d’exhiber aultres.
LXXJX. Les seigneurs principaulx du conseil d’Estat, et semblablement le comte de Meghem estans illecq présens , oyans ce que dessus , disoient qu’en un affaire de Brabant, Son Alteze estoit obligée de suyvre l’advis du conseil de Brabant : et posé que ceulx du dict duché ne soient subjectz à l’inquisition , qu’il ne convient (encore que ceulx du conseil privé ainsy l’advisent) d’envoyer leur requeste à Sa Majesté, ains que pour leur donner consentement et satisfaction, se debvoit parler clairement, et leur octroyer ce qu’ilz demandoient, attendu le droict qu’ilz avoient : ce qu’après longue délibération fust ainsy résolu, non obstant que par aulcuns fust dict, que ce serviroit de mauvais exemple, non seulement pour le peuple, mais aussy pour les aultres Estatz , qui viendraient soudain prétendre le mesme, comme depuis il advint.