‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 36 sur 59 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De la tour et et succès de V Inquisition , et des placarts de Brabant et ailleurs.

LXXX. Et pour ce que les plainctes publicques et communes du peuple en ce temps , et aussy par après, touchoient principalement deux poincts, l’un de l’Inquisition, l’autre des placarts sur le faict de la religion, j’ay bien voulu, pour plus grand esclaircissement de ce que traictons, mectre icy briefvement la source et succès de l’un et de l’autre, selon

que par les mémoires et registres anciens se trouve vérifié.

LXXXI. Et faict à sçavoir, qu’auparavant l’hérésie luthérienne, suscitée et semée ès Pays Bas, qu’il n’y avoit en iceulx inquisiteurs aulcuns de la foy, ny aussy mandemens concernans la religion, mais estant quelques fois nécessaire de procéder contre aulcuns héréticques , envoyoient quérir leurs inquisiteurs de Paris pour les pays de la langue françoise, comme se void par un exemple advenu à Douay en l’an 1448, et de Coulogne pour ceulx de la langue thioise. Depuis, comme la secte luthérienne se commença à espardre par tout le monde, et aussy par les pays d’embas, l’Empereur Charles V, trouva en conseil l’an 1522, d'encharger à messire Franchois van der Hulst, conseillier en Brabant, et luy donner une forme de commission (qui fust aussy publiée en Anvers) d’inquisition contre les héréticques, avecq condition de suyvre son instruction, et d’user de l’advis des assesseurs. Et luy fust oultre ce donné pour surintendent le docteur Josse Laurent' président du grand conseil à Malines, tant pour Brabant, comme pour les aultres provinces et Estatz des Pays Bas. Quoy tout (entant qu’il touche ledict conseillier Hulst) fust depuis confirmé par le Pape Adrien VI, en l’an XXIII, non obstant que (comme dict le Brief) il estoit homme lay * : saulf qu’il print pour ses assesseurs et assistens gens ecclésiasticques et théologiens. Mais estant depuis succédé au siège apostolicq le Pape Clément, deschargea soudain le dict de

1 Laurent est ioi une traduction française de Lauwereys.

* C'est-à-dire laïque.

d’hoppkkus.

Hulst de son office, pour estre homme lay, selon que dessus a esté dict. Et comme par un sien brief auroit mis en son lieu Marqua evesque de Liège 1 pour inquisiteur général de tous les pays , madame Marguerite duchesse de Savoye Régente générale des dicts pays s’en doulut à l'Empereur, disant qu’elle avoit un aultre brief de Sa Saincteté, par le quel estaient ordonnez trois inquisiteurs à part chascun en son pays, à sçavoir le prévost des chanoines réguliers à Ipre, pour Flandres et aultres terres voisines; le prévost de l’ordre des escoliers à Mons en Hainault pour ce pays, et aultres d’alentour, et le doyen de Louvain pour Brabant, Hollande et aultres, et fust tant besoigné avecq Sa Saincteté, qu’icelle charge demeura aus dicts trois personnages, qui de lîi en avant éxercoient leur office sans empeschement ou opposition quelconcque, et principalement celuy de Louvain, qui aussy par charge de la dicte dame Marguerite feist plusieurs actes notables par tout le duché de Brabant, comté d’Hollande, et spécialement à Bruxelles , ou qu’en l’an xxvn furent traictez en justice, partie condemnez, partie receuz à pénitence, jusques à soixante personnes et davantage. Fust aussy en icelle saison, à sçavoir en l'an xxix, faict un mandement ou placart contre les sectaires et héréticques, le quel du depuis en l’an xxxi fust reduict en autre forme plus ample , avecq la participation des députez des Estatz, qui faict aussy mention de l’Inquisition, et est le principal placart, du quel tousjours a esté usé ès dicts pays sans contradiction ou changement quelconc-

' Everard de la Marck, cardinal, évSque de Liège.

que, si non, que, comme en l’an cincquante l'Empereur fust conseillé pour aulcunes grandes causes et considérations qui le mouvoient, de visiter et republier lesdicts placarts, ceulx d’Anvers feirent grande instance de leur part, qu’aucunes choses qui sembloient fort contraires à leur traict et négotiation , fussent aulcunement changées : des quelles fust une qu’au lieu du nom d'inquisiteurs fust mis gens eeclésiasticques, avecq aulcuns aultres petits poincts. Et comme par le décès du doyen de Louvain nommé Coppin ou De Montibus' vint à vacquer son office d’inquisiteur, il pleust à notre Sainct Père Paul III, en l'an xxxvn ordonner deux inquisiteurs généraulx pour tous les- Pays Bas, et furent à ce esleuz le docteur Ruardus Tapper théologien, et doyen de Louvain, et le docteur Michel Drutius canoniste professeur ordinaire et chanoine du dict Louvain*, les quelz

* Hoynck a publié, à la suite dos mémoires d'Hopperus [Analecta, t. îv, p. 118], l'épitaphe du docteur Coppin, que l’on voyait h l'église Saint-Pierre, à Louvain, et qui était conçue en ces termes :

Hoc SAXO TEOITUB D. NlCOLAUS COPPIN a Montibus, hujus tkmpli presdyter,

Canonicus et Decanus,

Artium et S. Theoloqiæ Propessor,

Hærktica! pravitatis Inquisitor,

Hujusq. inclytæ Académie Cancellarius dignissimus Qui omnibus opficiis suis cum decoro,

Gratia et mira dextkritate Pbrpungebatur.

Obiit AN. D.CID. n. XXXV.

XVI KAI.EN. JlXLIJ.

2 Nous empruntons encore à Hoynck l'épitaphe de Drutius ou Driutius. que l'on voyait aussi dans la collégiale de Louvain :

DH0PPBEU8.

en ce temps et années suyvantes exerçarent leur office sans obstacle quelconcque ; ainçois oultre ce leur fust donnée une instruction en l’an XLV par Sa Majesté Impériale , et aussy une patente expédiée à la chancellerie de Brabant aux officiers et aultres ministres séculiers, afin de donner assistence ausdicts inquisiteurs : la quelle instruction fust du depuis renouvellée en l’an cincquante, et délivrée ausdicts inquisiteurs et à leurs subdéléguez : ausquelz fust aussy envoyée nouvelle commission et forme par le Pape Paule III, en l’an 55, et depuis en l’an lx, par le Pape Pie, et aultre à leurs successeurs le docteur Josse h Tileto prévost de l’église collégiale de Walcourt, et le docteur Michel de Bay, chanoines théologiens dudict Louvain, les quelz depuis ont faict et exercé divers actes de jurisdiction tant en Brabant, qu’aultre part, jusques à ce que les dictes plainctes se sont menées et suscitées.

LXXXII. Une chose est à sçavoir, qu’allant les affaires en telz termes qu’avons dict, le prince d’Orenges et le comte de Homes admirai , oultre ce qu’ils se monstroient mal contens, se retiroient chascun en sa maison, à l’intention qu’ilz disoient de retourner au conseil ; et le comte d’Egmont, parlant plu-

Venerabilis eteximius Jurisconsultes D. Michael Driucius. Ortus ex Vollerinchove Territorii Casletensis, Artium et U. J. Doctor, annis XXVIII Ordinarius Decretorum professor : hujus ecclesiœ prebyster , Canonicus et Decanut, Academie Lovantensis Cancellarius : spiritualis curie B. Episcopi Leoiiensis Officiatis, nec non hcereticapravitatis inquisitor, Fundalor Collegii Driuciani : continuis sunmisque lahoribus et Vigiliis, Canssâ Beipublicee Christiane confectus , Obiit XVI septemb, an. CTO. 10. LIX, etatis sue LXIV

sieurs fois à Madame , et communicant semblablement avecq aultres bons ministres de Sa Majesté ses amis et familiers, se monstra fort dubieux s’il debvoit continuer au conseil, ou non, et estant quelques fois admonesté, que principallement en ce temps tant périlleux se debvoit efforcer et monstrer le bou courage qu’il portoit au service de Dieu et de Sa Majesté et assister en tout et par tout à Son Alteze, respondit, que c'estoit bien dict, mais que ceulx qui le disoient, n’entendoient les poincts d’honneur, ny sçavoient les reproches et objections qu'il souffroit journellement de ses amis. Se feirent en icelle saison par les seigneurs et leurs alliez diverses assemblées tant à Hoochstrate, Bréda, qu’aultres lieux, ou que furent présens aulcuns comtes et capitaines d’Allemaigne, et (comme il se disoit) secrètement aussy aulcuns de France, des quelles assemblées se craindoient grands inconvénieus et périlz.

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