DISCOURS
sir
LE RÈGNE DE PHILIPPE II
I. La longue et cruelle guerre que le roi des Français Henri avait d’abord déclarée à Charles, l’empereur des Romains , puis continuée contre le roi Philippe, lorsque le père de celui-ci, désireux de terminer en paix sa vieillesse , eut renoncé à tous ses États comme s’il avait cessé de vivre, cette guerre, dis-je, se prolongeait sans fin 1 . On paraissait ne pouvoir s’entendre sur aucunes conditions de paix, bien que l’épuisement des forces de la France , après de nombreuses défaites, où la plus grande partie de sa noblesse avait été faite prisonnière, parut la menacer d’une ruine complète*. Tout à coup et contrairement aux prévisions générales, la paix fut signée*, grùce à une intervention salutajre à toute la république chrétienne et opportune ou nécessaire surtout au royaume de Henri. Deux des négociateurs se distinguèrent particulièrement : l’évêque d’Arras (îran-
Gravelines, où le comte d'Egmont déploya la plus éclatante bravoure.
s A Catenu-Cambrésis, le 3 avril 1559
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rum maxime Episcopi Attrebatensis Granvellani 1 et cardinalis Lotaringi 1 opéra fuit illustris, quorum ut utriusque opéra toti orbi christiano fuit exosculauda, ita Granvellani studium fuit dignius omnium admiratione , propterea quod eo tempore regem auum ad pacem hortaretur quo præsentem victoriam in manibus habere videbatur. Certe nulla ratio illo reruin statu excogitari potuisset alia qua Philippus ad pacem ineundam inclinaretur, quam ferventissima religionis nostrœ sanciendæ promovendæque cura. Videbat enim et suo et Gallorum regno foedam labem impietatis aspergi, bine ex militari licentia jam per multos annos grassata, hinc ex mercenariis Germanorum copiis, quas maximas utraque pars gravi stipendio coemerat, non citra certissimum vel Luteranæ vel alterius contagionis periculum. Coiit itaque pax cum ob alias tum ob hanc maxime caussam quo uterque rex labantem religionem confirmaret., et si quid pravitatis hominum mentibus imbutum esset, id sublatis erroribus et eorum colonis castigaretur. Quemadmodum igitur antea maximis viribus bellum gerebatur, ita non segniore stu-
1 Antoine Perrenot de Granvelle, évéque d'Arras, ensuite cardinal-archevêque do Matines , l'un des principaux conseillers de Charles-Quint et de son fils. Son rôle capital dans les événements dont la Belgique fut le théfltre nu seizième siècle, appelle naturellement l'attention sur ce personnage remarquable. 11 occupa presque seul la scène pendant le premier acte de notre grand drame national. S’il fut forcé de l'abandonnqr bientôt, il n’en continua pas moins à jouir d’une influence immense. Le roi Philippe II ne négligea jamais de consulter le vieux politique dont il avait si souvent éprouvé le dévouement et dont les sentiments se trouvèrent toujours d’accord avec les siens. A ce titre, on ne saurait assez étudier les Papiers d'Ëtat de Granvelle, collection immense dont la publication a été commencée en 18ÎH,
DE VIOUUS.
velle' et le cardinal de Lorraine 1 , dont les travaux méritèrent, à titre égal, la reconnaissance du monde chrétien. Toutefois on admira davantage le zèle de Granvelle, parce que ce prélat exhorta son souverain à déposer les armes, au moment où son triomphe paraissait assuré. Certes, dans cet état de choses, Philippe ne pouvait être déterminé à signer un arrangement que par son ardent désir d’affermir et de consolider notre religion. Il voyait sa monarchie et celle du roi de France ravagées par la plaie de l’impiété, en partie par suite d’une longue licence accordée aux soldats, en partie pour avoir l’une et l'autre employé des mercenaires allemands, recrutés h grands frais, malgré la crainte de l’hérésie luthérienne ou d’un autre péril du même genre. Parmi les causes qui contribuèrent au rétablissement de la paix, on doit donc placer la nécessité, pour les deux rois, de relever la religion chancelante et d’anéantir les erreurs qui auraient pu se répandre parmi leurs sujets, ainsi que les adhérents à ces erreurs. C’est pourquoi , tandis qu'antérieurement la guerre se poursuivait avec la plus grande vigueur , on déploya
aux frais du gouvernement français, grfice h l'initiative de M. Guizot. Ce monument littéraire offrirait encore à la Belgique un plus grand intérêt, si on ne l'avait élevé surtout au point de vue de l'histoire générale et de l'histoire du pays dont dépend aujourd'hui lo comté de Bourgogne.
* Charles de Lorraine, fils de Claude, duc de Guise, changea son titre primitif de cardinal do Guise contre celui de cardinal de Lorraine, qu’avait porté son oncle, dont il recueillit presque tous les riches bénéfices. Ardent h combattre les progrès do la réforme , il conseilla toujours aux rois de France une politique d’alliance avec l'Espagne. Lorsqu'il mourut, le 26 décembre 1574, la famille des Guise perdit un de scs membres qui avaient le plus contribué à sa grandeur
dio utrinque jam pace inita adlaburatum est ut catliolica religio ud Roinanam uormam restauraretur.
II. Verum enimvero humani generis liostis pro vetere sua invidia optimis quibusque studiis maxime intercedere consuetus, ingentes machinas divine liuic regum proposito jam mox ab ipsis initiis objecit : inGallia quidem iis quos vidimus civilium bellorum turbis excitatis 1 , in Belgio autem clanculariis et occultis sevissimæ et exitialis pestis seminibus conjectis, quæ quod laterent principio neglecta, in illud pest solium adoleverunt, quo magna mox nobilitatis et plebis pars inebriata, non seipsa modo præcipitem dédit in extremam perniciem, sed totam etiam regionem optimam suam matrem fœdissime et miserrime Bacchantium ritu dilaniavit atque discerpsit. Quoniam igitur miserabili huic spectaculo me fata superstitem esse voluerunt , putavi me non parvum operæ mete pretium facturum , si quæ partira ipse vidi, partim a fidissimis auctoribus excepi, ea littefis mandata posterorum memoriæ consecrarem. Quo enim pacto de iis melius queam mereri quam si eos domestico majorum exemplo doceam quibus rebus quibusve studiis cum privata singulorum tum publica omnium salus et félicitas vel queratur et conservetur vel labefactetur atque tandem prorsus amittatur. Si aut nulla est historiæ utilitas, aut hæc una est de primariis, ut ejus monitu
' Les guerres , à la fois civiles et religieuses, dont la France devint le théâtre pendant la seconde moitié du xvi* siècle, ne furent pas moins funestes il ce royaume quo les troubles de la mémo époque le furent à notre pays. Amenées par les persécu-
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autant d’ardeur, des deux côtés, à activer les négociations, dans le but de rétablir la religion catholique, d’après la doctrine de Rome.
II. Cependant, l’ennemi du genre humain, persistant dans son antique haine , et habitué à entraver, autant que possible, les meilleurs projets, suscita immédiatement d’immenses obstacles à la réalisation du pieux dessein des deux princes : en France, il excita les guerres intestines que nous avons vues 1 ; en Belgique, il répandit les germes cachés de cette peste fatale, qui négligée d’abord , grandit tellement et avec tant de rapidité, que bientôt la majeure partie de la noblesse et du peuple, enivrée, non-seulement se précipita dans les plus affreux malheurs, mais encore, semblable à une troupe de Bacchantes, livra la plus riche des contrées, sa mère, à de honteux et misérables déchirements. Les destins m’ayant permis de survivre à ce spectacle désolant, j’ai cru accomplir une œuvre recommandable, en conservant à nos descendants le souvenir de ce qui s’est passé sous mes yeux ou de ce que j’ai appris dans les auteurs les plus dignes de foi. Pourrait-on accomplir une œuvre plus méritoire que de leur apprendre, par l’exemple de leurs ancêtres, les actions, les efforts, par lesquels le bonheur public et particulier s’établit et s’affermit, s’affaiblit et se perd? Ou l’histoire n’a aucune utilité, ou elle peut du moins revendiquer celle-ci, qui est essentielle, de nous enseigner
tions que l'on dirigea contre les adhérents au protestantisme, envenimées par la jalousie des familles de Lorraine et de Bourbon , elles ne cessèrent, après plus de trente années de combats presque continuels, que par l’avénement de Henri IV au trdne de France.
cognoscaruus qua via qua ratione beatam vita» tranquillitatem comparare tuerique possimus : profecto nullæ unquain bis regionibus nostris ab omni ævo res acciderunt commemoratu digniores, quam etc sint quas mihi proposui explicandas.
III. Ut igitur convulsai reipublicre nostræ caussas facilius quivis perspicere posait, principio exponendum quem rerum staturu pace jam cum Franco compositasancitaque, Rex inBelgio Germaniaquenostra 1 reliquerit. Toti quidem région i gubernandæ sororera suaxu ducem Parmensem præfecit et id ea lege ut trium consiliorum adjumento semper uteretur; quorum primum pacis bellique, rebus tractandis præesset, alteruin juris et œqui civitatibus conservandi curam liaberet, tertium ad ærarii et pecuniæ tum facienda; tum expendendæ rationes incumberet, atque liorum sic opéra perpétua uteretur ne ea quisquam usurparet quæ ad alterius ordinis partes proprire spectarent. In prima itaque consiliarorum classe cui a statu regionis conservando vulgo nomen damus Rex Granvellanum episcopum tune temporis Attrebatensem , principem Auriacum, comitem Egmondanum, Dominum Glaionium, Doininum Barlæmontium et Viglium norainavit. In quam post cornes Hornensis et tandem Dux Arscotensis est cooptatus. Ceteris aurei velleris equitibus in hune senatum venire tum fas esse voluit, cum a gubernatrice accerserentur. Porro ut singulis etiam regionibus singuli essent gubernatores, jussit ut soror sua,
* Si l'on prend pour guide les historiens et les géographes de l'antiquité, le nom de Belgique est inapplicable aux pays situés au nord du Rhin. Viglius, ou, si l’on veut, l’auteur nnonyme du manuscrit, donne îi ces dernières contrées le nom de « notre Alle-
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la voie qui conduit à la félicité et comment on s’y maintient; sans contestation, notre pays n’a jamais été le théâtre d’événements plus dignes de mémoire que ceux que je me propose d’exposer.
III. Afin de mieux expliquer les causes des déchirements dont notre pays eut à souffrir, nous commencerons par le tableau de l’organisation que le roi donna à la Belgique et h l'Allemagne belge', après la conclusion et la confirmation du traité avec la France. Sa sœur, la duchesse de Parme, fut chargée de gouverner toute la contrée; on l’astreignit h l’obligation de consulter toujours les trois conseils ; le premier, pour les questions de paix et de guerre ; le second , pour ce qui regardait l’administration de la justice; Je troisième, pour la levée et l’emploi des impôts ; aucun de ces corps ne pouvait empiéter sur les attributions des autres. Dans la première classe des conseillers , celle que l’on appelle vulgairement le conseil d’Ëtat, le roi fit entrer Granvelle, alors évêque d’Arras , le prince d’Orange , le comte d’Egmont, le sire de Glajon, le sire de Berlaimont et Viglius; plus tard, le comte de Hornes, et ensuite le duc d’Arschot, y entrèrent aussi. Tout chevalier de l’ordre de la Toison d’or eut le droit d’assister aux délibérations de ce conseil, pourvu qu’il y fut appelé par la gouvernante. Chaque province devait avoir un gouverneur particulier. La sœur du roi, outre sa juridiction supérieure, eut spécialement sous ses
magne, • Oermania nostra, ce qui est bien plus exact. Mais, dans la suite , on ne fit plus cette distinction , et le nom de Belÿium s'étendit à toutes les dix-sept provinces.
prêter supremnin prœfecturam præcipuam , etiain hane haberet ut Brabantiæ prœesset,; Hollandiam, Zeelandiam, Trajectum et Burgundiam Princeps Auraicus eura aua tueretur 1 ; cornes Kgmondanus Flandriæ præsideret ; cornes Arenbergius res Frisias, Groenigenses et Transsisulanas procuraret ; cornes Megensis Geldriam et Sutphaniain adininistraret, comiti Mnnsveldio Luxemburgensis ditio curœ esset, liinitis Bergensis cornes Hannoniam, Vallencenas et arcem Cameracensem custodiret; Domino Corrieres Insulæ, Duacum et Orchiesium committerentur ; Tornactim et ejus ditio Domino Montignio cederet. Porro ut Rex in Hispania idoneos viros haberet quibuscum res Belgicas et Germanicas tractaret, volait assiduos in comitatu suo esse Tisinackium consiliarium et Finsinckium et Cortevillium secretarios*. Tisinackio Bruxellas revocato ut consilio cui suprema juris dicundi potestas est, quodque privatum vocatur, præsideret, post Hopperus successit*.
* Un fait peu connn et que la plupart des écrivains ont laissé dans l'ombre , c'est le projet qui fut mis en avant , pendant l'année 1561, de confier nu prince d'Oranpe la surintendance du Brabant. Les états de cette province l'accueillirent avec peu de faveur. Le 18 juillet 1561 , le premier membre de la ville de Bruxelles résolut de se joindre aux prélats et aux nobles , pour demander d'être admis à plaider en justice contre la création des nouveaux évéchés et contre la surintendance du prince. Le 23 du même mois, cette dernière partie de la résolution fût confirmée ; pour la première, on demanda un nouvel examen. Rerolutte boeck beginnende anno 1551 tôt \9junH 1580, aux Archives communales de Bruxelles.
1 Tisnacq (Charles), fils de Simon de Tisnacq, après avoir été secrétaire d'État, devint président du conseil privé il Bruxelles. Il mourut & Bruxelles, en 1S73, dans un état voisin de l'indigence, « ayant servi si sincèrement et si ineorruptiblement ; •
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ordres le Brabant; la Hollande, la Zélande, Utrecbt et le comté de Bourgogne furent confiés aux soins du prince d’Orange la Flandre, à d’Egmont; la Frise, Oroningue et l’Overyssel , à d’Arenberg ; la Gueldre et Zutphen , au comte de Meghem ; le Luxembourg, au comte de Mansfeld; le Hainaut, Valenciennes, la citadelle de Cambrai, au comte de Berghes; Lille, Douai, Orchies, au sire de Courières ; Tournai et ses alentours, au sire de Montigny. Afin que le roi eut en Espagne des hommes avec lesquels il put s’occuper des affaires de la Belgique et de l’Allemagne, il se fit accompagner par le conseiller Tisnack, par Finsinck et par Cortewyle*. Plus tard Tisnack fut rappelé à Bruxelles, afin de présider le conseil privé, et on le remplaça par Hopperus’.
il était aussi trésorier de l'ordre de la Toison d'or. Papiers d'Ètat de OranveUe, t. iv, p. 683.
Pflntzing rédigeait la correspondance en langue allemande. On le tenait pour loyal et fort diligent. (M. Gachard, Relations des ambassadeurs vénitiens, p. 61.) Il appartenait à une noble famille de la Norlque, protectrice zélée dos sciences et des arts, et dont on disait qu’elle pouvait voyager de Nurenberg à Venise, sans devoir passer une seule nuit dans une habitaUon qui ne fut point sa propriété. (M. Coremnns, dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire, t. v, p. n8.)
Josse de Courteville ou Cortewyle, seigneur de Polinchove, commandeur de Villafranca, dans l'ordre de Calatrava. En 1561, il fut élu greffier de l’ordre de la Toison d'or; il mourut en 1572, aux Pays-Bas, où il était revenu occuper les fonctions de secrétaire du conseil d'Ètat et du conseil privé.
5 Comparez ce paragraphe bux paragraphes II et III du Recueil et Mémorial de Hopperus.
IV. Jam suis cuique partibus distributis generatim omnibus ac deinde singulis magistratibus mandavit ut summa cura caverent ne qua constitutio vel sua vel patris sui, sive ad religionem, sive ad civilem jurisdictionem pertineret, violaretur : Qua in re quo redderet omnes diligentiores, alios coram, alios per litteras hortatus est quam potuit accuratissime , ne vel in miniino prævaricarentur eorum quæ ad divinum cultum aliqua ratione spectarent. Ne vero in præsens tantum regionibus suis consuluisse videretur, seminarium adjecit e quo perpetuo viri ad reipublicœ gubernacula tenenda idonei prodirent, Lovanii quidem novis doctorum cathedris constitutis, tum ad theologiam,tum ad jus et medecinam tradendam. Duaci vero nova prorsus studiorum universitate excitata', partim ut litterarum cultus auctior indies apud suos redderetur, partim ne Gallicæ lingua* pcrdiscendæ studio, juventus in Franciam gravi parentum impensa ablegari cogeretur*.
V. Verum cum ceteris omnibus reipublicæ partibus quam optime constituendis diligenter invigilabat ne quid damni absentia sua adferret, tum nihil prius habuit quam omni ope adniti quo religionis
L'abbé Koisot , dang gon travail gur les papiers do Grnnvello (ms. n" 16,371 de la bibliothèque royale, f> 36 v°) mêle quelques critiques aux éloges qu'il donne à Hopperus. « Go que j'ai trouvé « do lui, dit-il, c'est qu'il parloit fort mal, et qu’il étoit un peu « intéressé; mais, au reste, homme de bien, sage, discret, froid,
• pieux et nmy de tout lo monde. Il avoit une complaisance « aveugle pour la gouvernante , au point qu’on s’en moquoit et « les railleurs le nommoient ordinairement le conseiller ouy « madame. » D’après Morillon, c'était un pauvre simple homme, et sans expérience. Avare et peu soucieux du bien public, il no
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IV. Après avoir assigné à chacun ses attributions, Philippe ordonna à. tous en général , puis, en particulier, à chaque magistrat, de veiller avec le plus grand soin à ce que l’on observât ses ordonnances et celles de son père , tant celles sur la religion , que celles qui concernent les affaires civiles. Pour inspirer à tous plus de vigilance , il les exhorta , aussi énergiquement que possible , les uns de bouche , les autres par écrit, à ne négliger rien de ce qui concerne le culte. Dans le but de ne pas paraître attentif seulement à veiller k l’état présent de son empire, il institua en quelque sorte un séminaire destiné à former des hommes capables d’administrer le pays. A cet effet, il érigea à Louvain des chaires nouvelles, pour l’enseignement tant de la théologie que du droit et de la médecine. Une seconde université fut créée à Douai', en partie afin de développer le goût des belles-lettres, en partie afin que la jeunesse ne fut pas obligée d’aller en France, pour y apprendre la langue, à grands frais pour les parents’.
V. Tout en veillant à ce que son absence ne causât aucun préjudice au pays, grâce à une excellente organisation des différentes branches de l’État , le roi s’occupa surtout de ce qui pouvait maintenir et affer-
songeait qu'à ses affaires particulières. Après avoir eu de la réputation comme professeur de droit à Louvain, il devint un médiocre secrétaire. « Le style de ses lettres est bas, le tour en est grossier. »
1 La bulle d'érection do l'universilé de Douai par le pape Die IV est datée de Rome , le 6 janvier 1530 ; une première bulle , donnée par Paul IV, la cinquième année de son pontillcat, ne fut pas levée, k cause do sa mort.
1 < 'oin parez Hopporus, S iv.
tum conservandæ tum restaurandœ omnes rationes inirentur. Quamobrem non citra maximos sumptus legationem Theologis aliquot et Episcopis dédit ut Tridentinæ Synodo intéressent ad ea in integrum restituenda, quæ vel in ritibus et doctrina Christiana vel in moribus vicium ' et modo fecissent et mox factura viderentur. Nec bac sua diligentia contentus, Episcoporum quoque numeruin in Belgio et Gerrnania sua magna accessione augenduin curavit, eo quod diœceseon amplitudo et hominum in singulis earum frequentia major esset quam quæ ab uno Episcopo recte posset gubernari. Quoniam vero summi Pontificis hæ partes essent ut diœceseon fieret dirisio et Episcoporum numerus augeretur, Sonnium Theologiæ doctorem ad urbem destinavit quo id quod decreverat summi Pontificis auctoritate sanciretur.Pontifex re maturis cardinalium aliquot consiliis discussa, piam Regis voluntatem laudavitatque ratam babuit, et Sonuium omnibus iis quæ hue spectarent sufficienter instructum remisit, qui ad Regem jam itineri in Hispaniam sese apparantem reversus, Middelburgæ in Seelandia felicem legationis suæ successum exponit*.
VI. Erat autern tota ditio sic distributa ut a tribus Archiepiscopis gubernaretur , quorum primus Mecbliniæ sedem haberet, cui subessent Episcopi Autverpianus, Buscoducensis, Ruremondanus, Gandavensis, Brugensis et Iperensis. Alter Archiepiscopus Cameraci sederet, cui subessent Tornacensis, Attrebatensis.SanctaudomarensisetNamurcensis. Tertins
1 11 faut lirecicùuau lieu de Plein w.
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mir l’autorité de la religion. Dans ce but il eut soin d’envoyer , en dépensant beaucoup d’argent , une députation de théologiens et d’évêques, chargés d’assister au concile de Trente et d’y rétablir en leur entier ce que les peuples voisins avaient changé dans les rites et la doctrine chrétienne et ce qu’ils semblaient vouloir encore modifier. En outre, il résolut d’augmenter le nombre des évêques en Belgique et dans la partie de l’Allemagne qui lui était soumise. Les diocèses y avaient une étendue si considérable, une population si nombreuse, qu’un seul prélat ne pouvait les administrer d’une manière convenable. Comme il appartient au souverain pontife de diviser les évêchés et d’en former de nouveaux, le roi chargea le docteur en théologie Sonnius de soumettre à son approbation ce qu’il avait décidé à cet égard. Le pape, après avoir, à plusieurs reprises, consulté les cardinaux, approuva les pieuses intentions du monarque et les confirma. Sonnius, revenant chargé des instructions nécessaires, trouva il Middelbourg, en Zélande, le roi qui se préparait à mettre à la voile pour l’Espagne et lui apprit l’heureux résultat de son voyage 1 .
VI. Le pays fut soumis à trois archevêques : le premier, siégeant à Malines, eut sous sa juridiction les évêques d’Anvers, de Bois-le-Duc, de Ruremonde, de Gand, de Bruges et d’Ypres; au deuxième, celui de Cambrai , furent soumis les évêques de Tournai , d’Arras, de Saint-Omer et de Namur ; au troisième, dont Utrecht devint la résidence, oltéirent les évêques
1 Voyez Hopperus. § V.
Arcbiepiacopus Trajecti præsideret Episcopis Harlemeasi, Middelburgio, Leuwardio, (Jrouingensi et Daventriano 1 . Aliquot post mensibus Granvellanus, cpii ad id usque temporis Attrebatensis fuerat Episcopus, electus est Archiepiscopus Mecbliniensis , cui non inulto post Pontifex Maximus pileum purpureum misit, quem Regis Hispaniaruin permissu accepit * .
VII. Porro quoniam rebus ad hune modum bene constitutis duo maxime timenda videbantur, alterum ne inquiéta Francorum ingénia, belli fere semper quam pacis studiosiora, quicquain exterius turbæ darent, alterum ne quorumdaiu animi de vicinorum contagione novis in religione opinionibus vel prorsus infecti vel leviter attacti, et jam a multis annis legum adversus Luteranam et ceteras sectas ab Iinperatore Carolo latarum pertæsi, intestinos aliquos
1 Viglius fut un des commissaires h qui le nonce du pape , sur la présentation du roi, confia le travail préliminaire pour la délimitation et la répartition di>s diocèses. 11 eut pour collègues Grnnvelle, le docteur Nigri, doyen de Sainte-Gudulc, chancelier de l'ordre de la Toison d’or, les docteurs Sonnius et Pierre Curtius, « tous personnages de capacité et religieux. » Papiers d'Êtat de Granvelle, t. vi, p. 58 et Buiv.
Nous avons dit ailleurs :
« Cette mesure tant critiquée était d'une utilité incontestable. Un pays aussi peuplé, aussi riche que les dix-sept provinces, no pouvait rester sous la direction spirituelle de cinq évêques seulement, ceux d'Arras, de Térouane, de Tournai , de Cambrai , d'Utrecht. Il y avait insuffisance de personnel dans le clergé supérieur et manque de surveillance sur le bas clergé. Do là provenait maint abus. Plusieurs princes , et pnrmi eux Philippe-le- Bon, Charles-le-Téméraire, Charles-Quint , avaient voulu y remédier... »
« Kien de plus normal que la division des nouveaux évêchés. Elle créait trois sièges métropolitains Cambrai, Malinos, Ut reclit.
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de Harlem , de Middelbourg , de Leeuwarden , de Groningue et de Deventer*. Au bout de linéiques mois, Granvelle, qui jusqu’alors était resté évêque d’Arras, fut nommé archevêque de Malines , et peu de temps après, le souverain pontife lui envoya le chapeau de pourpre, que le roi d’Espagne lui permit d’accepter*.
VII. On avait surtout deux dangers à craindre : d’abord l'esprit inquiet des Français , toujours plus amoureux de la guerre que de la paix et qui pouvaient causer au pays des embarras extérieurs, puis les troubles qu’exciteraient quelques esprits totalement infectés des nouvelles erreurs religieuses, ou légèrement atteints par elles , grâce au contact des peuples voisins. Le roi ne trouva rien de mieux pour assurer la tranquillité publique que de confier la
Au premier, chef-lieu des provinces wallonnes, étaient soumis les évéques de Saint-Omer, d'Arras , de Tournai , de Namur. Au second , honoré du titre de primatial et centre des provinces flamandes, ressortissaient Bruges , Ypres , Gond , Anvers , Bois-le- Duc , Ruremonde. Au troisième , métropole des pays hollandais et frisons, obéissaient Middelbourg, Harlem, Arnhem, Deventer, Leeuwarden et Groninguo. Lo Luxembourg, qui ressortissait par parties aux évOchés do Liège, de Trêves, do Metz, ne fut pas compris dans ce travail. Au temps d'Albert et d'Isabelle, on voulut y ériger un nouveau siège, dans la capitale. Nous ignorons les causes qui empêchèrent la réalisation de co projet. • Trésor national, année 18-12, t. iv, p. 45.
De nombreuses réclamations s’élevèrent contre le plan des délégués de Philippe II , qui restreignait considérablement la juridiction de trois prélats étrangers , l'archevêque de Cologne , l'un des sept électeurs de 1 Empire , et les évêques de Liège et do Munster. Mais lo roi , appuyé par le pnpo , surmonta toutes les difficultés.
4 Hopperus, § vil.
tumultus excitèrent : niliil æque ad communera tranquillitatem conducere Régi videbatur quam si veteranas aliquot Hispanorum cohortes, quorum egregiam fidem in postremo bello expertus esset, prresidio Belgis reliqnisset. Adjuvabat hoc ejus propositum atque consilium quod 11t. in Hispaniam eas trajiceret, ubi nulli usui sed damuo onerique futuri essent, minime sibi fnciendum putaret, nec rursus ullo modo fidissima lirec manus exauctoranda videretur.
VIII. Hinc mox ingens suspitio apud Belgas exorta, magnam sibi pristinre libertatis partem hac via præcidi , et certum hoc argumentum esse Regiæ diffidentire. Grave etiam et intolerabile iis videri externum sibi praesidium imponi, tum maxime cum jam continuo multorum annorum bello insignia fidei sure et amoris erga principem suum documenta edidissent, et præterea multo sese ære alieno ex bellorum impensis onerassent. Hos animorum motus cum plebs et civitates sibi ipsæ non citra magnas caussas, uti credebant, suscitnrent, tum proceres maxime accendebant tantum auctoritatiet imperio suo decedere opinati quantum externorum militum in limitaneis arcibus relictum fuisset. Huic difficultati Rex gemina ratione sic occurrit ut reciperet sese ex Hispania stipendium eitra otnne communitatis Belgicre et Germanicæ onus soluturum, et comitem Egmondanum , hominem de rebus præclare gestis apud suos ad summam admirationem evectum, Hispanis ducem constitueret, quo minus verendum quisquam crederet ne discijilinre militaris severitate neglecta consuefain suam licenfiam , de quo pessime apud
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défense de la Belgique à quelques compagnies espagnoles, dont il avait éprouvé l’éclatante valeur, dans les dernières guerres. Ce qui le confirma dans ce projet, c’est qu’il répugnait à envoyer ces troupes en Espagne, où elles ne devaient lui être d’aucune utilité, mais où elles constitueraient une lourde charge et un grand mal, et où, une fois licenciées, ces cohortes fidèles ne se lèveraient plus que difficilement.
VIII. Aussitôt les Belges supposèrent qu’on voulait de cette manière leur ôter une grande partie de leurs antiques franchises; ils considérèrent ce projet comme une preuve certaine de la défiance du roi h leur égard. Il leur paraissait dur et intolérable de devoir subir une garnison étrangère , eux surtout qui, dans une longue guerre, avaient donné des gages évidents de leur fidélité, de leur amour pour leur prince, et qui, en outre, avaient considérablement emprunté , pour faire face aux dépenses de la guerre. Pendant que le peuple et les villes s’animaient ainsi , non , comme ils le disaient , sans de grandes raisons, les nobles s’exaltaient également , dans la persuasion qu’ils perdraient d’autant plus de leur influence qu’on laisserait davantage de soldats étrangers dans les forteresses des frontières. Le roi se proposa de parer à cette difficulté naissante , par un double expédient. Il aurait reçu d’Espagne de l’argent qui lui permettrait de payer ses troupes, sans en demander à la Belgique et à l’Allemagne ; en outre , il aurait donné pour chef à ses Espagnols le comte d’Egmont, à qui ses brillantes actions avaient valu l’admiration deses compatriotes. De telle sorte, on n’aurait pas à redouter le relâchement de
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omnes audiebant, contra opidanos et agricoles exercèrent'. Ver um Eginondano præfecturam detrectante et ad partem muneris Principem Orangiacum proféré n te, ne sol us totius regionis odium sustineret, concessit Rex ut alterain Hispanorum partem Orangius, alteram pari imperio ageret Egmondanus. Attamen quanto magis Rex huic suo præsidio confirmando instabat, tanto majore consensu omnes omnium regionum magistratus discessum Hispanorum urgebant 1 , atque eo tandem rem deduxerunt, ut Rex eorum consensui cedendum putarit, hoc uno postutato ut tantisper dum stipendium et alia classis pararetur in Belgio, Hispanæ cohortes stationem haberent, cum Régi properanti minime tempus quo miles una navigare posset, prœstolandum videretur.
IX. Hoc rerum statu apud Belgas relicto, et proceribus, cum ceteris, tum Egmondano et Orangio, magnis muneribus sibi devinctis, quo in absentia sua publicam quietem majore curatuerentur, et imprirais religionem avitam et majorum instituta integra ser-
1 On ne saurait croire à quel point était portée l'indiscipline do ces troupes, si flèresde leur bravoure et de leur renommée. « Les « travaux des digues de Walclieren seraient plus avancés si les « soldats espagnols actuellement embarqués et qui n'attendent
* que leur départ, ne sortaient de temps en temps des vaisseaux « pour piller les ouvriers. » Voilà ce que nous apprend Granvelle lui-même. ( Papiers d’État, t. vi, p. 250.) Les excès de ces bandes, véritables bordes sauvages campées au milieu d'un pays civilisé, justifient l’émigration générale que l'on signala en Belgique à l’annonce de l'approche du duc d'Albe et l'exaspération du peuple contre elles, en 1576. Un observateur intelligent parle des Espagnols dans des termes qui no paraîtront pas suspects : «Ils sont si insolents, si avides des biens et de l'honneur
• des personnes, qu'on doute si ces bravos soldats ont été plus
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la discipline militaire, faute de sévérité, ni la licence accoutumée des troupes, dont on racontait généralement des horreurs, et qui s’exercait aussi bien aux dépens des bourgeois des villes qu’aux dépens des campagnards'. Mais Egmont ayant refusé ce commandement, et voulant le partager avec Orange, pour ne pas devenir seul l’objet de la haine publique, le roi le confia en partie à l’un et en partie à l’autre. Toutefois , plus il insistait sur la nécessité de retenir ces garnisons, plus tous les magistrats de toutes les provinces pressaient leur départ 1 . Les choses allèrent enfin si loin, que Philippe crut devoir céder ; il se borna à demander qu’on gardât encore ses Espagnols en Belgique, jusqu’à ce que l’on y eut préparé leur paie et une seconde flotte, lui-même ne pouvant différer son départ avec la première.
IX. Après avoir terminé ces arrangements, et s’être attaché par de grands dons les nobles, et principalement d’Egmont et Orange, afin de les décider à protéger la tranquillité, et à maintenir par-dessus tout en entier l’ancienne religion et les institutions anciennes, le roi partit pour l’Espagne, en 1550,
« utiles à leurs souverains qu'ils no leur ont fait du tort dans « ces dernières années, car, de même qu’ils ont été les instru- « monts de leurs victoires, de même ils leur ont fait perdre les • cœurs et les volontés des peuples. » M. Gachard . Relations de < ambassadeurs vénitiens sur Charles-Qnint et Philippe TI, p. 131.
* Les états généraux avaient été réunis , h Garni , où le roi prit congé d'eux. Le lendemain de la séance solennelle qui se tint à cette occasion , ils insistèrent pour le renvoi dos troupes étrangères et demandèrent que les affaires fussent administrées de l'avis des seigneurs du pays. Cette dernière réclamation était dirigée contre Granvelle; elle irrita fortement le roi, qui crut, toutefois devoir user de dissimulation. (M. Gachard , Des anciennes Assemblées nationales de la Belgique.)
varent, Rex iu Hispaniam navigat , anni post millesimum quingentesimum quinquagesimo nono mense septembri. Intérim dux Albanus ad Henricum Galliæ regem legatus est, quo filiam ejus Isabellani, Hispaniarum régi in pacis conditionibus desponsatam, ad iter in Hispaniam acceleraret, in quam mense Decembri ejusdem anni ingenti pompa deducta est.
X. Dura igitur Gubernatrix diligenter ea quæ Rex mandaverat exsequi et ad optatum finem deducere molitur, primum omnium hoc sibi curandum existimavit ut Summi Pontificis permissu et auctoritate diœeeses Episcopis dividerentur, qua in re cum Granvellani maxime consiliis uteretur, magna confestim odia adversus ipsum pullularunt, tametsi eorum initia non exigua fortassis prius exstitissent. Iactabatur passim Episcoporum prætextu Hispanicam induci Inquisitionem , et hac via tandem intolerabili servitute totam regionem oppressum iri , et omne non fortunarum modo, sed et vite et necis vel penes Hispanos fore, vel penes eos qui in eorum verba jurassent, inter quos primas partes Granvellanus teneret. Haec opinio maxima non ita multo post cepit incrementa, tum præsertim cum jam in vulgus notum esset Granvellanum 1 archiepiscopum
' Granvelle , qui so trouvait bien de son évêché d'Arras , se fit prier, peut-être à dessein, pour accepter l'archevêché de Malines. Mais le roi ne changea pas d'opinion, et, il faut le dire, sa haute estime pour Granvelle reposait réellement sur les talents hors ligne de ce ministre. « Je persiste, lui écrivit-il, dans les <• mêmes sentiments , attendu que je ne pourrais élever à cette « dignité personne qui le méritât davantage. En effet, vous réu- « nissez envous les qualités désirables au plus haut point, offrant .. une double garantie, l'une pour le servicede Dieu, puisque vous
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au mois de septembre. Dans l'entretemps, le duc d’Albe se rendit en France, pour y provoquer le prompt départ de la fille du roi Henri, qui avait été promise à Philippe lors de la paix. Au mois de décembre de la même année, elle fut conduite en Espagne, avec une pompe extraordinaire.
X. Cependant la gouvernante s’efforça d’accomplir et de conduire à bonne fin ce que le roi avait ordonné. Elle s’occupa surtout de la division des évêchés, approuvée par le souverain pontife. Dans cette affaire, elle suivit surtout les conseils de Granvelle, ce qui excita contre ce prélat les haines les plus vives, dont les germes, il est vrai, existaient déjà. Dans l’opinion commune, sous prétexte d’établir des évêchés, il s’agissait d’introduire l’inquisition , et tout le pays devait être opprimé à tel point que, non-seulement la fortune, mais encore la vie des habitants, seraient à la merci des Espagnols ou de leurs partisans, parmi lesquels on plaçait en première ligne Granvelle. Ces rumeurs prirent bientôt la plus grande consistance, surtout lorsqu’on connût l’élévation de Granvelle à l’archiépiscopat et son admission dans le collège des cardinaux'. D’après
« résidez ordinairement dans le ressort de votre église , l’autre « pour notre service , puisque Bruxelles , siège ordinaire de la « cour, est situé dans le diocèse de Malines. » ( Papiert d'État, t. vi, p. 83.) J'ai fait entendre plus haut que le refus de Granvelle pourrait bien avoir été simulé. Le prélat, comme presque tous les hommes politiques de son temps , n’avait paB le cumul en horreur. En 1552, Charles-Quint le réprimanda vertement pour son avidité, lorsqu’il demanda la garde des sceaux du royaume de Naples.
esseHacliliniensem, et una in Cardinalium collegium cooptatum.quo passirn apud omnes rumoribus variis jactato pro certiasimo haberi ceptum Hispauorum hæc fieri instinctu , ut nimirum ipsi si non primi at certe secundi ant tertii in novos episcopos lecti, omnem ad se pertraherent potestatem, et jam statini ab initio per Granvellanum suis partibus devotissimum quicquid factum vellent obtinerent. Nihil aliud tum in hominum ore versari quam omnia privilégia, omnes libertatis conditiones, quas olim cura ducibus suis gens tota pepigisset, perire, totam regionem in formam provinciœ redigi , grave servitutis jugum liberorum hominum cervicibus intentari, et hæc omnia fieri citra omnem omnium magistratuum consensum', et quo summi in singulis région ibus senatus auctoritas magis elevaretur, aut potius omnino rescinderetur, Abbates qui primum ordinem constituunt medio tolli et eorum possessiones et redditus novis Episcopis condonari atque ita non confundi vertique tantum omnia, sed pias etiam divorum principum voluntates defraudari, et quæ ad multo-
* Ce fut à un souper, chez d'Egmont , que les grands manifestèrent pour la première fois leur mécontentement ; ils se plaignirent surtout de n’avoir pas été consultés dans une affaire aussi délicate. ( Papiers d’État, t. vi, p. 260.) Dans une lettre de Granvelle à l'ambassadeur Vargas, du 14 septembre 1561, on lit que l'établissement des évêchés fut proposé h l'insn du cardinal, parSonnius ; que lui-même n'y fut pour rien. Dans le principe, on se cachait de lui, jugeant « qu’il préféroit être un des quatre (a) qu'un des dix-sept ; » mais le roi, ayant manifesté ses intentions, il dut céder et obéir. La situation arracha à l’archevêque ces tristes aveux : « Tout cela n'est rien en comparaison du mal
(a) Trrmuor, dépendant de 1a franrr. nVlait pa* eumpté parmi Ira «irgrsrpia- ■ npaut dé la Brlgiqur.
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l’opinion générale, tout cela se pratiquait à l’instigation des Espagnols; s’ils n’étaient pas appelés à la prélature la première fois, ils devaient l’être à la deuxième ou à la troisième. Alors ils s’assureraient la toute puissance ; déjà ils obtenaient tout de Granvelle, qui leur était entièrement dévoué. On n’entendait sortir de toutes les bouches que des plaintes : les privilèges, les libertés, jadis concédées par les ducs, allaient disparaître; le pays devait être réduit à l'état de province; on voulait imposer à des hommes libres le joug de la servitude, et tout cela sans le consentement unanime des états généraux '. Afin de relever, ou plutôt de restreindre l’autorité du corps principal de chaque province, on supprimait les abbés, constituant le premier ordre des États, et on assignait leurs possessions et leurs revenus aux évêques*. On confondait et on renversait tout ce qui existait autrefois, même les pieuses volontés des princes; on réservait pour les coffres et les trésors de quelques-uns ce qui était destiné à soulager la pauvreté de plusieurs milliers de personnes. L’abbaye d’Afflighem , dont le chef réclamait le premier
• qui en résulte et qui passe toute imagination. Plut h Dieu , « dit-il en terminant, qu'on n’eut jamais songé k l’érection de « ces nouveaux siégea. » Ibidem, vi, 18 et 341.
* Les abbéa du Brabnnt, quoique nommés par le roi, ne ae montraient pas ausai faciles qu’on pourrait le supposer. Leur dévouement à la cause nationale et aux intérêts de la province se manifesta en plus d'une circonstance , notamment sous Maximilien d’Autriche. Granvelle ne les aimait pas : « D’ordinaire , dit-il , ils > font preuve de résistance opiniâtre dans ce qui concerne son « service (le service du roi), et se montrent parfois aussi inac- « cessibles à la raison que les hommes les plus ignorants du
• peuple. » Papier» d'État , t. vt, p. 18.
rum niillium inopiam sublevandam legata fuissent , ea ad paucorum scrinia et thésaurus averti. Affligerais enim abbatia,quæ primas in comitiis Brabantiæ procerum partes sibi vindicat, Archiepiscopatui Machliniensi a summo Pontifice et rege contribuai ferebntur, et ifidem aliæ aliis Episcoporum recens constitutorum sedibus destinatæ.
XI. (Ethtec quidem et id genus alia in vulgi sernione versabantur, quæ clancularii principum virorum fomentis alebantur, et indies majora acoipiebant incrementa, indicio clarissimo in quæ tandem incendia essent proruptura. Intérim apud primarios quosdam aurei velleris équités, multa quæ a gubernatrici regis jussu fièrent in odium vocari, et maxime, ea quæ ad leges ub Imperatore contra Hæreticos latas pertinerent, quas rex discedens manda verat citra omnem prævaricationem dissimulationemque diligenter teneri. Erant etianj quibus gu bernât ri x minus placebat, tum quod viduam ducis Lotaringiæ reipublicæ clavum tenere mnluissent 1 , tum quod Parmensis tota nutu Granvellani et Armenteri qui erat ei a secretis, pendere videretur, adeo ut quidam cui negotium dederat gubernatrix, vulgi rumores ad se deferendi indicaverit hos duos amovendos a consiliis esse si tranquillam rempublicam vellet. At vero postquam populus rescivissetGranvellanum Archiepiscopum designari Machliniensem et purpureo
' l.a duchesse de Lorraine, Charlotte de Danemark, fille do Christiern II , avait rendu de gronda services , notamment en Angleterre et lors de ln conclusion delà paix avec la France. Elle sollicita, mais sans pouvoir l'obtenir, le gouvernement des Pays- Bas. Gulllnume d'Orange montra quelque velléité d'épouser sa fille, afin d'arriver li la toute puissance dans les Pays-BaR. N'avant
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rang dans les États de Brabant, devenait, disait on, grâce au pape et au roi, la propriété de l’archevêque île Malines, et d’autres monastères étaient destinés aux autres sièges épiscopaux, récemment institués.
XI. (Ces discours et d’autres semblables, alimentés secrètement par les nobles, se répétaient dans le peuple et prenaient de jour en jour de plus grands développements, indice certain des incendies qui ne devaient pas tarder & éclater. Quelques chevaliers de la Toison d'or avaient en horreur la plupart des actes posés par la gouvernante , d’après les ordres du roi, et notamment l’exécution des lois portées par l’Empereur contre les hérétiques, et dont Philippe, à son départ, avait recommandé la stricte observance, sans prévarication et sans fraude. Il en était parmi eux à qui Marguerite plaisait fort peu : ils auraient préféré, à la tête du gouvernement, la veuve du duc de Lorraine Marguerite, en outre, leur paraissait trop livrée à Granvelle et à son secrétaire Armenteros. Un personnage à qui la gouvernante avait confié une mission lui rapporta que, d’après le peuple, on ne pourrait rétablir la tranquillité si* l’on n’éloignait ces deux conseillers. Mais, lorsqu'on connut généralement la désignation de Granvelle à l'archevêché de
pas réussi, il contracta avec Anne de Saxe, fille de l'électeur Maurice, cette union qui fut si peu heureuse. Le prince était obéré (il devait au moins 900,000 florins), et il eut été d une bonne politique, pour Philippe II , de se l'attacher en le fnisnnt sortir d'embarras. Voyez les Mémoire/ de Ciampagny, cités dans les Papiers d'Rtat de Granvelle, t. vi, p. 29, en noto.
a Pontifice omari galero, inirum est quam obmurmuratio per totam regionem fuerit aucta ac majoribus flamis accensa 1 ). Ut hæc passim apud populum jactabantur et indies magis atque magis gliscebant, ita procerum major pars tam aperte sese a Granvellano, cum ub alia, tum ob Cardinalis titulum, alienabat.
XII. Monachi Affligenses,Tongerloenses et S. Bernardi* jam clare cernentes se privatum iri ea parte bonorum quæ Abbatum suorum propria esset, libellum supplicem gubematrici porrigunt, adjunctis sibi nobilitate et quatuor civitatibus primariis Brabantiæ , quo rogabant ut sibi ritu prisco et lege patria, regis jurejurando cum dux inauguraretur confirmata, novos sibi Abbates loco eorum qui modo obierant eligere liceret, quorum petitioni cum alii proceres, tum princeps Orangius, maxime favebat, eo quod ea non æquo animo ferre posse diceret bona a majoribus suis monasterio Tongerloensi donata ad alium usum quam eum ad quem fuerant relicta,
* I.es lignes placées entre parenthèses sont biffées dans le manuscrit. Nous les avons conservées , dans la supposition qu’elles pourraient quelque jour servir à mieux faire connaître l'origine du manuscrit.
* L'abbaye d'Afflighem, entre Bruxelles et Alost. la plus riche du Brabant, avait été fondée en 1083 par le comte de Louvain , Henri. C'est là qu'on conservait l'étendard ducal. Malgré tous les efforts des religieux , son union avec l’archevflché de Malines ne fut jamais annulée (Voyez mon Histoire des environs de Bruxelles, t. i ,r , p. 491 et 8ulv.). Le prévôt Morillon en fût mis en possession à la fin d'août 1569 , et on ne laissa que le titre de prieur de Wavre et de Frasne à Motmans, que la communauté avait choisi pour son chef, on 1564. (Consultez sur ce sujet la Correspondance de Viglius et de Hopperus, édition de 1661, p. 222).
Tongerloo , dont l’origine est due à un homme riche , nommé