‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 50 sur 59 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De la résolution du Roy sur son parlement

CLIII. Le Roy recepvant toutes ces nouvelles en fust très desplaisant; et après avoir leu les lettres, et la relation du surplus , commanda incontinent k ceulx de son conseil d’Estat, de s’assembler et traicter sur lesdicts affaires, et principalement sur son paiement, pour satisfaire à ce qu’il escript dernièrement. Ce conseil assemblé, devant que venir au poinct principal feirent divers discours, tant sur ce que Sa Majesté impériale avoit escript, que sur la reste: disans aulcuns, qu’il ne seroit conseillable que le Roy entrerait en aulcun compromis avecq ses vassaulx , principalement en ceste matière de religion et d'obédience, la quelle se doibt maintenir par justice , et point perdre par pusillanimité , tenant toutefois regard d’user de bénignité alendroict de la multitude et aultres abusez, pour attirer les bons, et cbastier deuement aulcuns de ceulx qui ont encommencé, et esté autheurs des scandales, pour donner exemple et craincte aux mauvais , et si confessant toutefois quelques uns des plus principaulx leur erreur, Sa Majesté impériale voulut intercéder, et s’entremectre comme médiateur pour eulx, que le

On agita alors la question de savoir s'il ne conviendrait pas de résister à Philippe II h main armée ; mais d’Egmont, qui seul aurait pu conduire au combat la noblesse et les bourgeoisies belges, recula devant ce parti extrême, faiblesse qu'il paya plus tard de sa tête.

d'hoppkhus.

Roy ne le debvroit refuser, ains respecter et avoir regard à ces prières et intercessions. S'allégua aussy par aulcuns que les raisons contenues ès lettres de l’Empereur estaient fort conformes à celles des seigneurs , ce que par adventure estait chose practicquée par eulx par le moyen du ducq de Saxe oncle de la femme du prince d’Orenges, et très familier de Sa Majesté impériale, et que balançant fort bien toutes les actions des seigneurs , se trouveroit certainement, que leur intention est (selon qu’aultres fois aussy ilz ont déclairé) de venir au but de leur liberté de la religion , du moins en particulier, ou aultrement par toute manière, soit par bien, ou par mal , par force ou subtilité , par amitié ou inimitié, par simulation ou dissimulation, sans rien obraectre de ce que peult servir à leur propos; de mode qu’ayant premièrement laissé tomber la religion en entière confusion, ilz font maintenant aulcuns offices de réformation , partie pour establir la liberté , partie pour sembler avoir faict bon office : à quelle fin tend aussy ce qu’ilz requièrent, que quelque chose leur soit commandée en particulier par Sa Majesté, afin que par ce moyen leur soit pardonné ce que du passé, et pour l’advenir ilz ayent tout en leurs mains, ce que ne convient de faire pour beaucoup de raisons et causas.

CLIV. Ces choses et aultres ainsy discourues, en retournant au propos de l’allée et partement de 8a Majesté, deux propos furent mis en délibération, l’un de la forme du dict partement, sçavoir avecq quelle compaignie d’armes Sa Majesté y doibt aller, et l’aultre du temps au quel icelle se pourrait s’ache-

iniuer. De l’un et de l’auitre fust dict par forme de discours, qu’estans les choses ès termes aus quels icelles estoient, se présuppose, que Sa Majesté soit en volonté , de procurer par toutes les voyes possibles , que la saincte foy catbolicque soit remise en son ancien estât, et deu, selon quelle at esté et doibt estre, sans admectre aulcun party, ny entrer en aulcune communication en préjudice d’icelle, mais plustost perdre le tout que de souffrir aulcun changement ou diminution. Fust aussy dict, qu’il se présupposa, que Sa Majesté iroit en personne, pource qu’aultrement ne vauldra rien tout ce que se pourra faire : et que plus est, quand quelqu'autre, que Sa Majesté, quel grand qu’il soit, oultre ce qu’il ne sera bien servy des Allemans, et odieux aux naturels du Pays, que prendra occasion de se lever, et s’esmouvoir une bende et partialité contraire, qui portera semblablement le nom du Roy, ny plus ny moins, que celuy qui y seroit envoyé, d’où s’ensuyvroit grand desservice de Sa Majesté et l’entière ruyne de ses pays , selon qu’il est touché cy dessus.

CLV. Ces deux poinctz présupposez, se dict, quand au premier article, que pour le bien du pays, et des inhabitans, le meilleur seroit, que Sa Majesté ne leva aultres gens que sa cour ordinaire, et quelque peu davantage, mais considérant les termes esquelz les choses vont, qu’il ne se peult conseiller à Sa Majesté d’aller si non en bonne compaignie de gens de guerre, tant Allemans, qu’aultres, pour les raisons suyvantes. Premièrement pour la guarde de la personne du Roy, qui debvra passer endroict de beaucoup de personnes estrangères , mal affiection-

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nées à la saincte Foy catholicque : item pour résister aux rebelles, si d’adventure ilz voulussent exécuter leurs menaces, et joindre gens d'armes contre Sa Majesté; d’avantage pour tant mieulx donner ordre aux affaires, tant pour traicter et négocier librement en iceulx avecq les seigneurs, consaulx et aultres, comme pour mectre à exécution ce que se conclura; mectant devant les yeulx ce que durant ce temps est advenu au contraire à Son Alteze, tant en l’un comme en l’aultre. Oultre ce fust considéré, que seroit bien d'aller non seulement avecq une armée moyenne, qui pourroit suffire h ce que dessus, mais aussy avecq une brave et puissante , pour deux raisons. L’une à ce que les meschans ce voyant, et n’ayans les forces semblables pour s’esgaler perdent courage, et ne se mectent en armes» ou ostent celles qu’ilz avoient ; l’aultre , afin que sy lesdicts rebelles ce non obstant se veuillent opposer à Sa Majesté, qu’icelle ayt les forces sy grandes, que la guerre se puisse incontinent achever. Et au regard du temps du partement de Sa Majesté fust dict, que le meilleur seroit d’aller incontinent sans plus long délay, mais que nécessairement les Cortez de Castille, qui desjà estoient convocquez pour le premier de décembre, se debvoient achever devant, et que pourtant Sa Majesté pourroit choisir quelque certain temps au mois de febvrier.

CLVI. De la quelle communication fust incontinent, asçavoir le 22 de, soixante six , la relation

faicte à Sa Majesté, la quelle pour aultant que touche les lettres de Sa Majesté impériale ausdicts seigneurs d’Orenges, Egmont, Hornes, et Mansfelt,

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ordonna d’escrire à Son Alteze, de ne les délibérer, et quant au partement, commanda aussy d’advertir Son Alteze de la forme d’iceluy, avecq les raisons susdittes, et aultres servantes à ce propos, pour monstrer que ce il ne faisoit de gré, mais par force, et pour le bien et conservation de ses Estatz : adjoustant aussy, qu’au cas que les choses aillent de bon pied, elle tiendra soing, que personne, ou du moins peu de gens de guerre entreront ès dicts pais. Et quant au temps de son partement enchargea d’escrire, qu’avecq la grâce de Dieu, icelle partiroit pour tout le mois de febvrier ; la quelle résolution sceue et entendu depuis par les bons vassaulx et ministres, et aultres des Pays-Bas, zélateurs du service de Dieu et de Sa Majesté, se resjouyrent, et se monstrarent fort alaigres, prians qu’ainsy se peusse effectuer avec toute bonne félicité, prospérité, et heureux succès de Sa Majesté et bien de la républicque, et sur toute chose à la gloire et service de nostre seigneur.

Et qui ridit, ttsiimonium ptrhihuil, et scimus quia rerum est testimonium ejus.

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