‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 49 sur 59 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la responce de 1 Empereur sur les lettres de Sa Majesté, atecq le surplus du succès des Négoces.

CXLVII. Nous avons dict cy devant , comme le Roy s’ndvisa d’escrire une lettre à l'Empereur, touchant les affaires des Pays d’embas, et aussy de son intention, à la quelle Sa Majesté Impériale, non obstant les grandes occupations qu’icelle avoit à cause de la forte guerre que le Turcq luy faisoit en Hongrie 1 , respondit au mois de septembre fort particulièrement , offrant toute amitié et assistence, et telle qu’à un bon frère appartenoit, disant toutesfois, avecq beaucoup de difficultez , estant espécialement chose de la religion catholicque tant odieuse à beaucoup de princes allemans, alliez et parens d’aulcuns vassaulx du Roy, qui légèrement s’estendroient pour leur donner ayde et secours , d’où procéderoient non seulement grandes roberies, et scandales en ses Pays d’embas , mais aussy périlz et dangers pour la con-

* La paix, qui s'était maintenue pendant plusieurs années entre l’Autriche et la Turquie, venait d'étre brusquement rompue. Le célèbre sultan Suleimnn, voulant venger l’échec essuyé par ses années devant Malte, était entré en Hongrie. Il y assiégea la ville de Szigeth, qui fut prise le 8 septembre 1506, mais déjà Suleiman, épuisé par l'Age et par les fatigues d'un long voyage, était mort, dans la nuit du 5 au 6. Préoccupé du soin de s'affermir sur le trône, son fils Sélim consentit à l'ouverture des négociations, et la paix fut do nouveau conclue le 11 février 1567, pour un terme de huit années.

d’hopvkbus.

nervation d’iceulx ; et pourtant s’il fust possible de traicter la dict affaire par voye gracieuse, et non de rigueur, qu’il lui sembloit le plus convenable et moins périlleux, et que pour mieulx l'eneheminer et mectre en œuvre, Sa Majesté Impériale seroit contente d’estre médiatrice d’entre Sadicte Majesté royale et ses vassaulx. Sadicte Majesté impériale escripvit aussy sur la mesme matière à Son Alteze, et luy envoya les lettres qu'icelle avoit escript aux princes d’Orenges et de Gavres, et comtes de Homes et de Mansfeldt, se référant toutefois à la discrétion de Son Alteze de les délibvrer ou non , selon qu’elle verroit convenir, ou estre le bon plaisir de Sa Majesté royale.

CXLVIII. En icelle saison, plusieurs seigneurs et gentilshommes des Pays d’embas, envoyarent lettres à Sa Majesté , luy donnant compte de ce que passoit, tant en général qu'en particulier en leurs gouvernemens, si comme le prince de Gavres, les comtes de Mansfelt, Meghem, et d’Arenbergue, les seigneurs de Noircarmes, Barlaymont et Rasenghien, leviscomte de Gand, l'Université de Louvain, et aultres : à tous les quelz respondit Sa Majesté fort gracieusement, les remerciant de leur bon office faict par le passé, et les encourageant d’y continuer à l’advenir. Semblablement escripvit et feit remercier aulcuns villes, Estatz et gentilshommes particuliers, qui avoient faict bon office, sans obmectre un poinct d’humanité alendroict de ses subjects et vassaulx, et signament escripvit de sa propre main au président Viglius, le remerciant bien fort de ses grands travaulx et fidelz offices, le requérant de

continuer au service, non obstant son grand eage et indisposition, jusques à sa venue.

CXLIX. Et comme en ce temps le comte d’Egmont se doulut en ses lettres qu’il escripvit à Sa Majesté et aulcuns du conseil , qu’on faisoit courir un bruict sinistre contre luy, en le chargeant de mauvais offices contre la vérité , mais que la fin monstreroit le contraire, que toujours il a esté, et il est, et sera bon et fidel vassal du Roy, et qu’il plaise à Sa Majesté luy commander quelque chose, luy fust respondu, et aussy par la mesme forme escripvit au prince d'Orenges par un dudict conseil, que pour oster et effacer la mauvaise famé, que se semoit d’eulx, il n’y avoit aultre remède meilleur, ny plus prompt, que de monstrer le contraire par œuvres et voye de faict, se conformans en tout et par tout à la bonne et saincte voluntè de Sa Majesté, la quelle est tant claire et notoire, qu’il n’est besoin, aussy ne convient, d’attendre mandement plus particulier, et que le vray office d’un bon vassal est, après avoir cognu l’absolute volunté et résolution de son seigneur, de l’exécuter de bonne volunté, et de l’exécuter par effect , et réellement et de faict, non obstant que traictant auparavant sur la matière il soit esté d’aultre advis et opinion, attendu qu’un membre particulier (si comme est un vassal) ne se doibt estimer plus sage que son ' qui est le seigneur

souverain, au quel seul appartient le gouvernement et l’administration , et non aux vassaulx particuliers. Se disoit aussy en substance, que la commune opinion estoit, qu’ayans eulx deux, ou l’un

• Il faut sans doute ajouter ici le mot seigneur.

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d’eulx, monstré visage, les choses ne fussent jamais venuez à telz termes, et toutesfois s’ilz veuillent encor satisfaire à leur obligation absolutement , et sans ' selon qu’ilz doibvent, les pourront réfor-

mer, ou du moins soutenir jusques à la venue de Sa Majesté.

CL. Les advertissements qu’en ces jours passoient, portoient que tout alloit de mal en pire, selon le contenu des lettres de Son Alteze , s’establissant par forme de droict , ce que devant se faisoit par forme de faict, et ainsy en beaucoup de lieux, et notamment en Anvers, Tournay, la plus part de Flandres, Utrecht, Amsterdam et ailleurs se feirent par les princes d’Orenges et de Gavres, et le comte d’Hornes, chascun ès lieux de leur charge, traictez et ordonnances touchant l’estât publicq , et comment les catholicques et héréticques debvroient vivre par ensemble, prennans les confédérez telle hardiesse, que le comte Louys de Nassou osa et présuma envoyer un gentilhomme du comte d’Egmont surnommé Coriz ’ aux gouverneurs de Bruxelles et comte de Mansfelt avecq certains messages , et mandemens rigoureux de sa part ; et semblablement les seigneurs de Bréderode, et Cuylenburg escrip virent di versas lettres rigoureuses et plaines de menaces à la ville de Nimegen et Gueldre, qui sont du gouvernement du comte de Meghem.

CLI. Le prince d’Orenges estant solicité de ceulx d’Hollande pour venir en son gouvernement d’un

1 C'est-à-dire sans hésitation, sans détour. C’est ainsi qu'on doit compléter cette phrase.

1 Ce nom est évidemment défiguré. Faut-il lire Coolsî

costé , et par ceulx d’Anvers de ne les abandonner d’aultre, proposa à Son Alteze, de commectre en son lieu pour quelque temps au dict Hollande le seigneur de Bréderode; mais Son Alteze ne le voulut en aulcune manière , tant pour ce qu’il estoit chef des con fédérez, et qu’il avoit faict gens de guerre, et jecté dehors les images à l’exemple du comte de Cuylenburg, que pour y avoir en ce temps esté semé un livre, au quel il estoit intitulé héritier et successeur du comté de Hollande, avecq aultres raisons semblables 1 . Quoy voyant le prince alla luy mesme en Hollande , et procura de mectre en son lieu en Anvers le comte de Hoochstrate, au quel Son Alteze envoya le conseillier xl’Assonville, y estant alors ledict prince pour prendre information de luy du passé, et advis pour l’advenir. Ce qu’ainsy fust faict, et oultre ce feit ledict prince un grand discours sur tout l’estât du pays, monstrant en quelz périlz les choses alloient au regard des princes voisins, ou du moins des feux et pilleries et apparente destruction de tout, encor que Sa Majesté après travaulx, périle et coustz prévienne* à son intention, et que partant seroit le meilleur conseil d’éviter tout cela par le moyen de la liberté de la religion, ou de permission de la confession Augustane \ ou du moins laissant chascun vivre librement en Ba maison , à condition

1 On sait que lee Bréderode prétendaient être les héritiers des

anciens comtes de Hollande et de Zélande.

* Lisez .-parvienne.

* La confession d'Augsbourg , ou des adhérents de Luther. Cette branche du protestantisme inspirait plus de respect, parce qu'elle avait pour chefs un grand nombre de princes allemands.

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qu’il ne se face aulcun scandai publicq : disant d’avantage , qu’estans par ce moyen les choses appaisées et tranquilles. Sa Majesté pourra procurer, qu’avecq le temps icelles soient reformées et mises en son ordre et estât ancien.

CLII. De toutes les quelles choses, et aultres qui seroient trop longues à escripre, Son Alteze advertit bien amplement Sa Majesté, réduysant aussy de-rechef en mémoire l’affaire des Estatz généraulx, et principalement la venue de Sa Majesté, à ]a quelle, pour les raisons susdictes et aultres non moins urgentes, donnoit très grande presse, et avecq très vive instance par toutes ses lettres, et l’advertit aussy du mescontenteinent qu’avoient les prince d’Orenges et comte de Hornes , pour ce que Son Alteze n’avoit voulu approuver aulcuns de leurs actes et négotiations , et de meemes de l’assemblée secrète qui se faisoit en la ville de Tenremonde le 4' d’octobre par les princes d’Orenges et de Gavres et comtes d’Hornes, Hoochstrate, et Louys de Nassou, sans sçavoir de certain quelles choses sy estoient traictées, si non que ledict prince se doulut, et plaignit de ce que le Roy le vouloit tuer : aussy les comtes d’Egmont, de Hornes, et aultres, et le comte Louis de Nassou , que Son Alteze avoit escript lettres au prince son frère , de le faire retirer en Allemaigne, avec aultres choses semblables

1 M. Gacha.rd (Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. ri, il. ijcxiv), fixe la date de cette réunion au 3 octobre. Des données réunies dans cet ouvrage précieux, il résulte que les seigneurs étaient informés de la résolution du roi do faire décapiter le prince d'Orauge et les comtes d'Egmont et de Hornes, et qu'ils n'avaient plus en ses assurances aucune confidence.

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