L'ALLIANCE DES TROIS ROIS
rappellerons le pays « qui veut » . Les États allemands de deuxième, de troisième et de quatrième ordre sont condamnés à suivre Tautre voie ; on peut les appeler « ceux qui cherchent » • L'Autriche suit la troisième direction ; il convient de lui donner le nom de « conservatrice » .
De cette manière absolument vraie d'envisager la situation où se trouvent aujourd'hui les États allemands, se déduit la position morale que TAutriche est appelée à occuper. Elle n'est et ne peut être qu'expectante. Les positions expectantes demandent avant tout un point d'appui solide. L'acte fédéral du 8 juin 1815 offre ce point à l'Autriche conjointement avec ses confédérés. Abandonner ce point d'appui serait une grossière faute politique; le dépasser, c'est affaiblir la position qu'on occupe.
Il est incontestable que la Confédération, telle que l'a constituée l'acte fédéral, avait besoin d'être perfectionnée et qu'elle en a grand besoin aujourd'hui. Mais on ne peut perfectionner des institutions que si l'on possède la liberté de ses mouvements, et celle-ci ne se trouve que dans le repos.
Que l'Autriche s'en tienne à l'acte fédéral et à son perfectionnement sur la base qu'il offre. Mais qu'elle jie s'engage pas dans cette entreprise avant que la Confédération ait les moyens de la mener à bonne fin en écartant des velléités particularistes qui lui créent des obstacles. Ni l'alliance des Rois du Nord ni celle des Rois du Sud ne peuvent donner la vie au corps politique allemand.
L'Allemagne avec exclusion de l'Autriche se conçoit aussi peu que l'Allemagne sans la Prusse.
La question étant ainsi posée, il ne peut s'agir d'une lutte entre les HohenzoUem et les Habsbourg; il s'agit de savoir s'il y aura une Allemagne ou non.
Les inconvénients propres à la Confédération portent sur le terrain législatif et non sur le terrain politique. Ce dernier a été fixé constitutionnellement par l'acte fédéral et par son admission parmi les actes du Congrès. La détermination du terrain législatif est une réserve essentielle, dont on ne peut s'occuper avec fruit dans la lutte des partis, mais seulement
dans le Conseil fédéral. C'est pour le moment où Ton aura les moyens de réussir qu'il faut que rAutriche réserve sa parole, si Ton ne veut pas que sa yoix se perde dans les bruits de la tempête actuelle, ou que le Gouvernement Impérial soit emprisonné dans des liens qu'il serait obligé de briser plus tard.
La Prusse poursuit depuis longtemps une politique utilitaire. Cette politique est Topposé de celle qui est basée sur des principes de droit. Si la politique utilitaire n'exclut pas absolument les idées de droit, elle n'en tient compte que si elle les trouve en harmonie avec le but qu'elle poursuit. De son côté, la politique fondée sur le droit n'exclut pas la pour^ suite des intérêts; mais elle ne recherche cette dernière que lorsqu'elle n'est pas en contradiction avec les principes du droit. Il y a entre ces deux systèmes politiques la même différence qu'entre les agissements de banquiers sérieux et ceux de joueurs à la Bourse.
La direction que le Cabinet prussien suit dans les complications allemandes se réduit , en somme, à une « partie au plus fin » entre ce Cabinet, les représentants du libéralisme et du constitutionnalisme allemand, et les défenseurs du droit des différents États allemands.
Voici comment les rôles sont distribués entre les joueurs :
La Prusse déclare vouloir s'absorber dans l'Allemagne. Cette déclaration est basée sur la perspective de l'absorptioii des États allemands par la Prusse, perspective logique en &it, car l'absorption des parties par le tout, de la quantité la plus petite par la quantité la plus grande, est plus naturelle que l'absorption d'un plus grand corps par des corps plus petits. La forme correspondant au but s'appelle l'État fédéral.
Le parti libéral accepte cette forme, parce qu'il se voit assuré d'atteindre son but par la convocation d'une représentation nationale dans l'État fédéral.
Si la Prusse est absorbée par l'État fédéral allemand, même
LA LIBERTÉ DE L*ÉGLISE EN AUTRICHE (l850). 513
nominalement, c^en est £ait de la Prusse. Deux Parlements, celui de Berlin et celui d'Erfurt , ne peuTcnt pas être à la fois parallèles et superposés. II fiaut que Tun absorbe l'autre.
Pour empêcher cela, le Cabinet prussien vise à incorporer le Parlement de fUnion au Parlement prussien. Si Tentreprise réussit, ce sera la mort politique des Princes de l'Union allemande et des populations quHIs représentent. Cette entreprise est«-elle facile à exécuter par la Prusse?
Le Roi Frédéric-Guillaume est un rêveur avec des sentiments honnêtes. Il est toujours la dupe des diseurs de belles paroles. Quatre noms désignent les directions dans lesquelles se débat son esprit, malgré la contradiction qui existe entre ces différentes directions :
a) Celle de Gerlach et consorts. Elle est ultra-prussienne.
b) Celle du baron d'Ârnim. Elle est entièrement radicale.
c) Celle duD' Bunsen. C'est le chaos pur.
d) Celle du général de Radowitz. Dans son po\nt de départ» elle s'appuie sur des principes; dans son application, elle n'est qu'une utopie.
Ces quatre personnalités se détestent entre elles. La marche suivie par le Roi se ressent de la diversité de leurs tendances et de leurs agissements; elle est donc un mélange d'éléments contradictoires.
LA LIBERTÉ DE l'ÉGLISE EN AUTRICHE. (PafieSÎ.)
1956. Notes autographes du prince de Mettemich, écrites en mai 1850. — 1957. Mettemich au nonce Viale Prela, à Vienne (Lettre). Bruxelles, le S7 mai 1850. — 1958. Metternich à Viale Prela (Lettre). Bruxelles, le 7 juin 1850.
18S6. Dans un article du Lbyd du 3 mai 1850, qui discute les dernières dipositions prises par le Gouvernement Impérial
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relativement à l'afihire de TÉglise catholique *, se trouvent les jjhrases suivantes :
c Avant l*annëe 1848, la liberté relig[ieuse illimitée a été accordée en Belgique comme en Amérique. Après Tannée 1848, on Ta proclamée dans dWtres États de TEurope qui ont ressenti Tinfluence de la Révolution... Quant à la constitution de mars, qui devait donner à TAutriche la paix et la liberté, eUe recpnnatt le principe d'après lequel aucune Église ne peut être dominante dans TÉtat et aucune Église ne peut être asservie, etc. »
Tout Tarticle est un mélange d'idées justes et de vues fausses, comme il en est presque toujours de déductions qui, sans insulter à la vérité, ne veulent pas non plus heurter de front de prétendues idées du temps.
On ne peut résoudre les questions religieuses que si on les ramène à ces points de vue simples.
L'Église est-elle dans TÉtat, ou TÉtat est-il dans TÉglise? Réponse :
L'Église, qui se considère comme l'Église universel/e, ne peut se trouver dans l'État, sinon elle perdrait le caractère de Tmiiversalité. Tout bien examiné, YÉtat en tant qu'État n'est pas non plus dans l'Église; ce sont les fidèles qui sont dans l'Église, car ils en forment une partie intégrante.
11 ne peut donc y avoir d'autres Églises d'État que des Églises non catholiques, attendu que celles-ci renoncent à l'idée d'universalité, c'est-à-dire à une idée qui repose sur celle de la vérité exclusive des doctrines et sur la conséquence naturelle de ce principe, sur l'idée que ces doctrines seules ont l'avantage de conduire les âmes dans la voie du salut.
Si l'Église n'est pas dans l'État, c'est-à-dire si elle ne se rattache pas à lui par des rapports de sujétion, et si l'État n'est pas dans l'Église, c'est-à-dire en qualité de corps politique,
* n 8*agit des négociations engagées avec les évêqnes catholiques réunis à Vienne, et ayant pour objet le règlement de la situation de TÉglise, négociations dont les résultats furent approuvés en grande partie sur le rapport du mÎDHitre des cultes, daté du 7 avril 1850, et reçurent force de loi en vertu de la résolution prise par l'Empereur le 18 du même mois. Une des dispositions principales concernait la suppression du placetum regiutn, (Noie de C Éditeur.)