‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 40 sur 75 · LE CONSEIL DE L'EMPIRE EN AUTRICHE · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE L'EMPIRE EN AUTRICHE

grande porte. Les pouvoirs appelés à gouyemer et qui, eu réalité, ne gouvernaient point, ont vidé la place devant un ramassis. C'était Técroulement de Tédifice politique.

La prise de Vienne indiquait le moment où l'Empereur aurait pu dire à la révolution : « Tu n'iras pas plus loin. » La funeste translation à Kremsier de l'assemblée représentative de l'Empire ôtait toute chance d'enrayer le mal et amenait une situation où le changement de Souverain ne pouvait plus trancher dans le vif, et condamnait le Gouvernement à traîner après lui un bagage dont il ne peut se débarrasser qu'à la longue et grâce à la misérable qualité des marchandises qui forment ce bagage.

Vous que je connais, et moi, nous sommes de ces esprits qui n'essayent pas de revenir sur le fait accompli et qui savent voir les choses telles qu'elles sont. La formule que j'ai nonseulement adoptée pour moi-même, mais encore indiquée nettement au Cabinet impérial comme la seule applicable à la situation de l'Empire, est la suivante : « Un tremblement de terre a renversé l'édifice politique; les tremblements de terre n'atteignent que les parties supérieures des édifices et respectent les fondements. On perd sa peine et son argent à réparer les dégâts ; il faut songer à reconstruire, mais sans toucher aux fondements qui subsistent encore et en tirant parti des anciens matériaux. » C'est dans cette image qu'est la vérité pratique. Un édifice entièrement nouveau ne devient possible qu'à la condition d'enlever les fondements sur lesquels reposait la partie supérieure détruite ; or, cette condition ne peut se réaliser quand il est question de construire, non pas une maison, mais un édifice politique. Il en estde même des matériaux. Les architectes n'ont à leur disposition que les anciens matériaux, plus une très-petite quantité de matériaux neufe.

Le Gouvernement a pris à tâche de reconstruire et non de réparer, et je suis intimement convaincu qu'il a eu raison. A-t-il suffisamment tenu compte des anciens matériaux qu'il ne peut laisser de côté? Je m'estimerais heureux si je pouvais m'en convaincre. La mode est une maladie dangereuse. L'Empereur et le prince de Schwarzenberg n'en sont pas atteints^

je le sais; j'admets volontiers que d'autres en sont guéris ou sont en train d'en guérir. Mais cette maladie se montre toutefois, dans des directions très-importentes, comme un fait dont le Gouvernement doit prendre pour tâche principale de bien régler les conséquences. Ici doit intervenir le Conseil de l'Empire.

Reverrai-je l'Empire auquel ma vie appartenait (car, il y a vingt-cinq ans, j'ai construit mon dernier asile à Plass)? Je ne puis pas encore me prononcer aujourd'hui là-dessus. Déjà au moment où je franchissais nos frontières, j'ai désigné l'année 1851 comme étant celle où je pourrais prévoir mon retour. Je ne vois pas encore assez clair maintenant; le printemps m'apportera la lumière, je l'espère. Au mois de mai prochain, j'aurai soixante-dix-huit ans; à cet âge (c'est déjà un tour de force d'y arriver), l'homme qui pense (de pareils hommes forment aussi une exception) songe à l'endroit où il pourra jouir du repos. Dans ces conditions, les projets de changement de séjour sont passablement chimériques. Ceci soit dit entre nous.

La situation dans laquelle se trouve la France est bien inquiétante. Ce pays est menacé de recevoir des coups, car sans coups un pays ne revient pas des sentiers aventureux aux chemins battus. La France veut Vordre, mais chacun des partis qui s'y combattent le veut sans sacrifier ses convoitises particulières. Tout en France a dégénéré en caricatures; la pire de toutes est bien l'aspiration au repos dans les conditions du mouvement. La situation est pleine de périls, elle contre-coup s'en feit ressentir bien au delà des frontières du

pays.

J'ignore si je vous ai communiqué le jugement que j'ai porté au commencement de l'année 1851, en présence de quelques amis, sur la situation du corps social. Il est très-simple. Je compare cette situation à celle où se trouvait le monde au premier jour de la création. Ce jour-là, le Créateur a prononcé le Fiat lux, et la lumière fat. La lumière éclairait le chaos. Aussi la journée fat-elle mauvaise, tout en valant mieux que la précédente, où la lumière manquait! Aujourd'hui, nous ne sommes pas dans des conditions meilleures; le premier degré

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