II. — Questions de principes
La Confédération a été établie sur la base des droits de souveraineté que les princes de la Confédération du Rhin avaient obtenus à la suite de la dissolution du Saint-Empire romain, et qui avaient appartenu autrefois à l'Empereur et à TEmpire. L'idée de la souveraineté n'a pas été prise par les créateurs de la Confédération dans un sens dynastique exclusif, ainsi que le prouve la reconstitution des villes banséatiques républicaines. Les articles 1 et 2 de l'acte du Congrès de Vienne montrent que l'idée fédérale reposait au dehors sur l'unité politique des États formant l'association, et au dedans sur celle de la séparation administrative de ces États. En opposition à cette idée se sont élevées les aspirations à une unité allemande, chimériques aspirations qui gagnaient de jour en jour du terrain dans les Universités et dans d'autres associations, et que la presse travaillait à propager.
L'assassinat de Kotzebue était un symptôme des menées d'individus égarés qui en étaient déjà venus jusqu'à l'action.
Les Gouvernements menacés ont senti qu'il fallait enrayer le mal ; c'est ce qui a provoqué la réunion de Garlsbad. Les mesures prises dans les conférences étaient sages; c'est ce qu'a prouvé la fureur des partis qui se sentaient atteints par les résolutions du Congrès. Si dans la pratique elles ont peu répondu à ce qu'on en attendait, ce sont les Gouvernements qu'il fieiut en accuser.
MÉLANGES (l850). 507
La noblesse (1850).
1980. Parmi les symptômes de la maladie de Tépoque, il faut compter la position tout à fait fausse que la noblesse ne prend que trop fréquemment. Presque partout c'est elle qui a Eavorisé les troubles dans leur période préparatoire, et elle s'est effacée lorsqu'ils ont éclaté.
Cela tient à ce que la noblesse en général s'est éloig^née de la véritable idée de la noblesse» considérée au point de vue de la grande propriété^ que l'Angleterre a conservée intacte, et de la pairie, ce trait d'union entre le Trône et le peuple, qui est fondée sur la possession territoriale.
De toutes les formes sociales, le dualisme est la plus dangereuse; il conduit nécessairement à la lutte entre les pouvoirs et manque ainsi à la première de toutes les conditions de la vie des États, à la garantie du repos, grâce auquel seul on peut concevoir des progrès réels dans le véritable sens du mot.
La première atteinte sérieuse portée à l'élément protecteur doit être imputée à Richelieu, qui s'en est rendu coupable sous le règne de Louis XIIL En moins d'un siècle elle a abouti à la théorie fausse de Louis XIV : « La France, c'est moi. » Le dix-huitième siècle a montré où cette unùé chimérique a conduit le pays.
Charles III d'Espagne a suivi le système français et a transformé la grandezza en noblesse de Cour. L'histoire nous apprend ce qu'est devenue l'Espagne.
Dans l'Allemagne catholique, la suppression des principautés ecclésiastiques a fait descendre la noblesse capituiaire à la position de noblesse mendiante, et dans le Nord protestant la noblesse est devenue une noblesse soldatesque.
Par suite de la disparition de l'élément intermédiaire, le dualisme s'est constitué entre les Trônes et la masse de la population. Un nouvel élément intermédiaire, la bourgeoisie, a cru pouvoir prendre en France la position abandonnée. Au lieu de combattre le dualisme, cette conception mort-née n'a pu que
568 RECUEIL DE DOCUMBMTS (1850-1868J.
le rendre plus dangereux en feisant nattre dans la couche inférieure de la population Tidée qu'elle seule était le peuple.
La carrière diplomatique (1850).
1881. Entre toutes les carrières que la vie politique ouvre à ceux qui veulent prendre place parmi les rouages de la machine de rÉtat, la carrière diplomatique est celle qui exige le plus la connaissance des hommes et qui en même temps offire le plus de moyens d'acquérir cette connaissance.
Elle demande la connaissance des hommes parce que la diplomatie n'a rien de commun avec l'administration proprement dite, tout en donnant des résultats qui jouent le r6le principal sur le terrain de la politique, comme mesure de la force ou de la feiblesse des États. *
Elle apprend à connaître les hommes, parce que les affaires qui sont du domaine de la diplomatie sont toujours placées sous l'influence directe de l'esprit, des passions, des penchants et même de l'humeur des individus qui interviennent dans leur conduite.
Bien qu'on retrouve cette influence dans toutes les autres directions que suit la vie des affaires, il n'en est pas moins vrai qu'elle joue un rôle plus marqué dans l'action de la diplomatie. Sur le terrain du gouvernement comme sur celui de l'aifministration, la matière vient en première ligne; les hommes sont comme les ouvriers d'une fieibrique; il y a, d'une part, ceux qui commandent et, d'autre part, ceux qui obéissent. Sur les terrains purement moraux il n'y a plus de commandement. Il se change eu enseignement. Il en est autrement sur le terrain de la diplomatie; là, les droits se heurtent, les forces se mesurent; il n'est donc pas question sur ce terrain de commander ni d'obéir. Les droits sont égaux; la lutte consiste dans la discussion entre les représentants des différents intérêts.
Il faut éviter la lutte ouverte et atteindre le but. Ici inter*
viennent, par conséquent, les individus avec leurs qualités et
leurs défauts. Les résultats sont amenés par la controverse.
Sur le terrain de la théologie, le juge est placé en dehors du
monde matëriel; sur celui de la jurisprudence, il s*appelle le tribunal'; sur le terrain de la politique, le succès est le seul juge.
Les réToltttions (1850).
1082. La lutte dans laquelle la société est engagée aujourd'hui est déjà ancienne; elle est éternelle, à cause des éléments qui y interviennent; elle est la même que celle qui se manifeste dans les individus entre les conditions de la vie et celles de la mort sous la forme de la santé ou de la maladie.
La santé et l'équilibre sont des idées identiques, comme les idées de a repos » et d' « ordre » , car sans Tordre le repos n'est pas possible. Le repos social est troublé quand un conflit éclate entre des forces morales, et que, par suite, des forces matérielles sont mises en mouvement. Ces forces-là ne connaissent ni règle ni mesure. Une fois déchafnées et aux prises entre elles, elles s'entre-choquent jusqu'à ce que Tune ou Tautre succombe et qu'il se produise ainsi, non le véritable repos, mais un repos apparent, qui, même dans la force victorieuse, n'est que la suite de la fatigue.
Ces quelques traits renferment l'histoire des révolutions et de toutes les formes qu'elles affectent. Soit anciennes, soit nouvelles, elles n'équivalent qu'à des épisodes ; elles forment des transitions sans rien fonder de définitif et ne changent rien à la nature des choses. Elles sont incapables de changer autre chose que des formes, car les cojiditions essentielles de la vie sociale sont immuables.
Le point de départ de la puissance séculière (1851).
1883. L'Église catholique, dit la Deutsche YolkshaUe du 3 janvier I85I, ne réclame pas à côté d'elle pour l'ordre social extérieur une forme de gouvernement déterminée, Répubique, Monarchie absolue ou constitutionnelle. Tout lui est indifférent, pourvu qu'une seule vérité soit reconnue et maintenue dans toutes ces formes. Cette vérité, c'est que toute auto* rite tient sa puissance d'en haut, que cette autorité ne dérive
ni (le la volonté d'un individu ni de celle de la multitade, qu'elle ne fait, par conséquent, que représenter une volonté supérieure. C'est sur cette base que repose la puissance de toute autorité séculière.
C'est dans Tidée énoncée ci-dessus que repose la véritable théorie des droits formulés dans tes mots souveraineté et parla grâce de Dieu^ droits h côté desquels les idées de souveraineié du peuple et de droit divin, pris dans le sens des légitimistes français, paraissent de véritables caricatures.
Dans tout le cours de ma vie j'ai défendu cette idée, telle que la Volkshalle Texpose, contre les conceptions naturalistes des partis de l'extrême gauche ou de l'extrême droite. En assurant le point de départ de tout droit, elle implique l'obligation pour les dépositaires du pouvoir d'accomplir leurs devoirs, et, par conséquent, elle fournit la meilleure garantie contre Fidée foncièrement fausse de Fabsolutisme, cet épouvantail contre lequel s'escriment les divagations de l'esprit de parti.
Joseph Gœrres (1851).
1984. Dans le quatrième fascicule du tome XXVII des Feuilles historiques et politiques pour l'Empire d'Allemagne (publié le 16 février 1851), figure le troisième chapitre d'une étude écrite par Giiido Gœrres sur la vie de son père Joseph Gœrres. Ce chapitre contient un tableau très-éloquent et trèsexact de la première période de la Révolution française (p. 276 à 296) et du vertige qui, à cette époque, s'empara d'une foule d'esprits distingués. Le récit des événements qui s'écoulèrent de 1848 à 1849, par lequel commence la partie en question, est également d'une vérité et d'une fidélité parfaites.
Ce qui me fait prendre un intérêt particulier à ce travail, c'est, d'une part, le rôle que la destinée m'a imposé dans ces temps de vertige révolutionnaire, et, d'autre part, les relations que j'ai eues avec les personnages que le biographe met pai> ticulièrement en scène. Je veux parler surtout de Joseph .Gœrres.
J'avais reconnu en lui, même à l'époque ou il était le plas
exalté en politique, rélëment qui a fini par triompher des erreurs auxquelles il a payé tribut entre 1808 et 1820. Pendant son séjour à Strasbourg comme réfugié, je le fis surveiller, et cette surveillance confirma mon sentiment sur le véritable caractère de cet homme remarquable.
Joseph Gœrres était un de ces esprits qui ne perdent jamais de vue le bien et le vrai, même lorsqu'une exaltation maladive les entraîne constamment dans les sentiers de l'erreur. Si, comme j'ai essayé de le faire, j'avais pu gagner Gœrres lorsqu'après la bataille de Leipzig les Souverains alliés avaient transporté leur quartier général à Francfort, il n'aurait pas manqué de conquérir une haute situation sur le terrain de l'action.
Le travail de Guido Gœrres se distingue en ce qu'il est un tableau aussi fidèle que brillant des événements qui, de 1848 à 1850, ont fait de l'Allemagne un bourbier révolutionnaire. Ce qu'on y trouve de particulièrement remarquable et instructif, c'est le récit du revirement qui s'est opéré chez des hommes tels que KIopstock, Jean de Millier et Forster, en ce qui concerne leur appréciation sur les premières périodes de la Révolution française.
La vue des hommes et des choses me feit trouver un intérêt puissant au tableau de la lutte que j'ai eu à soutenir pendant tout le cours de ma vie contre de pareils adversaires et de pareils éléments,' lutte qui, à la fin de ma carrière, a été désignée sous le nom de conflit entre le prétendu progrès et le système de Metternich.
M. de RadowiU, mon biographe (1851).
1885. Vers 1840, je ne connaissais le nom de M. de Radowitz que par le rôle que ce dernier, attaché au service de l'Électeur de Hesse, avait joué lors de la mésintelligence qui avait existé entre ce prince et sa femme, sœur du Roi Frédéric-Guillaume III, jusqu'au moment où il entra au service de la Prusse. Quant à la part que M. de Radowitz avait prise à la rédaction des Feuilles historiques et politiques qui paraissaient
alors à Berlin sous la direction de M. de Jarcke, j'en avais eu connaissance par ce dernier, lorsque pendant un séjour que je Caisais au Johannisberg en 18.., M. de Badowitz, alors major dans un régiment prussien, vint me rendre visite.
J'accueillis le voyageur avec mon empressement habitael, et il passa deux jours cbez moi.
Le premier jour, nos conversations roulèrent sur des questions sociales, religieuses et politiques d'un caractère général, sur lesquelles nous nous trouvâmes entièrement d'accord. Le lendemain, M. de Radowitz me 6t la proposition suivante :
« A la suite de notre conversation d'bier, je me crois autorisé à vous adresser une prière qui vous étonnera peut-être et qui néanmoins répond tout à fiaiit à mes sentiments. Des bommes en évidence ne sont que rarement compris par la multitude; vous êtes dans la position d'un de ces bommes dont je parle ; acceptez-moi comme votre biographe, vous n'en trouverez pas de plus impartial, ni dont Tesprit ait plus d'affinité avec le vôtre. »
Je répondis à l'auteur de cette proposition que je ne cliercbais pas debiograpbe,et que je ne comptais pas en cbercher jamais. «Ma vie et mes actions sont publiques; elles appartiennent, par conséquent, au tribunal de Tbistoire ; vouloir anticiper sur l'arrêt de la postérité était à mes yeux une entreprise vaine, comme, d'nutre part, rien ne pouvait modifier cet arrêt. Si vous pensez comme moi sur les bommes et §ur les cboses, nous nous rencontrerons, et Tbistoire fera notre éloge ou nous condamnera. Les contemporains ne peuvent pas devancer le jugement de l'bistoire ; ils ne peuvent que fournir des matériaux à rbisloire. »
Quelques années plus tard, M. de Radowitz se trouva en relations personnelles avec le Roi Frédéric-Guillaume IV. On lui confia des missions à Vienne; la dernière (dans l'automne de 1847) coïncida avec ma retraite du ministère, qui eut lieu la veille de la révolution du mois de mars 1848. Ma retraite, effectuée avant le bouleversement de l'ancien ordre de cboses dans l'Empire d'Autricbe, bouleversement que j'étais impuissant à conjurer par mes efiForts personnels.
MÉLANGES (l86l). 51S
marque le moment où mon biographe s'engagea dans le bourbier révolutionnaire * .
Nicolas Voçt (1851).
1986. Lorsque je fréquentais rUniversitë de Mayence, en 1790, je suivis les leçons du professeur Nicolas Vogt sur Tbistoire de TEmpire.
Dans la suite, Vogt se retira à Francfort-sur-le-Mein, où il devint membre du conseil de la ville sous le prince primat, et il termina sa carrière comme sénateur de la ville, redevenue libre en vertu des décisions du Congrès de Vienne.
Vogt est un bistorien remarquable dans le sens conservateur et un ami passionné de la patrie rbénane, à laquelle il consacra de nombreux ouvrages. A Tépoque de TEmpire français, Tesprit romanesque qu'il apportait dans la vie pratique le jeta dans Tillusion que Télément allemand^ placé sous la protection de Napoléon, contre-balancerait les éléments de la Révolution. Les dernières années du règne du protecteur de la Confédération du Rhin Font détrompé.
Losqu*en 1816 je devins propriétaire du Jobannisberg et que dans la suite j'y fis d'assez nombreux séjours, Vogt ne manquait jamais de venir me voir; il se montrait enthousiasmé de la direction politique que je suivais et se plaisait à répéter que c'était grâce à ses leçons que j'étais entré dans cette voie.
En 18.., Vogt vint me voir pour la dernière fois au Jobannisberg, pour lequel il professait un culte particulier, comme étant le plus beau point des bords du fleuve qui baignait son pays nat^l.
A cette époque, Vogt était déjà parvenu à un âge trèsavancé. Il formula en peu de mots l'objet de sa visite. « Je voudrais, me dit-il, trouver mon dernier asile au Johannis-
* Cette notice et la suivante formaient le commencement d'un recueil destiné à compléter les biographies de contemporains connus; malheureusement, le chancelier d*£tat ne continua pas son travail.
(Noté de r Éditeur.)
berg. Il rëunit toutes les conditions que je recherche ; c'est le plus beau point des bords du Rhin, et il appartient au plus cher -de mes élèves. Ordonnez qu'on m'enterre au Johannisberg. »
J'objectai à mon vieil ami Tétrangeté du vœu qu'il exprimait, a Je ne donnerai jamais d'ordres au sujet de votre enterrement, vous seul avez le droit de désigner votre Heu de repos ; faites-le connaître dans votre testament; si vous vous prononcez pour le Johannisberg, je veillerai à ce que vous soyez inhumé non dans le cimetière de la commune, qui ne relève pas de moi, mais dans le rayon de la cure et de l'église du château qui m'appartiennent. Je consacrerai à votre mémoire un monument dans cette église même. » Vogt ne fut pas satisfait par cette promesse ; il insista pour me faire immédiatement donner par écrit les instructions voulues à mon régisseur et au curé du bourg de Johannisberg, qui est en même temps le desservant du château. C'est ce que je fis, et Vogt en fut visiblement tranquillisé.
Quelques années plus tard, Vogt mourut à Francfort. Dans son testament, il faisait de ses restes mortels la singulière distribution que voici. Il indiquait le Johannisberg comme lieu de sépulture de son corps; il demandait que ses intestins fussent mis dans un rocher situé sur la rive droite du Bingerloch, et que son cœur reposât dans le rocher de la Loreley. J'ai tenu la main à ce que sa volonté fût exécutée de point en point; son tombeau se trouve près du mur de l'église du château de Johannisberg, devant la façade; c'est là aussi que repose son corps.
François Raveaux (1851).
1987. Un des plus intéressants produits de la presse du jour (mars 1851) est la brochure qui porte le titre d'Explication de la révolution badoise, et qui a été écrite par François Baveaux, le marchand de cigares en faillite bien connu à Cologne, député à l'Assemblée constituante de Francfort et nommé administrateur de l'Empire à Stuttgard par un tronçon de ce Parlement. Il est aujourd'hui réfugié à Bruxelles.
Ce petit écrit porte le cacbet qu*un sort inévitable imprime à tous les individus du genre de son auteur et qu^ils transmettent à leurs ouvrages. On ne peut rien concevoir de plus vulgaire, de moins pratique que les idées exposées par Raveaux, non sans un degré incontestable de sincérité, dans son tableau du parti démocratique et de la levée de boucliers entreprise dans le grand-ducbé de Bade sans aucune chance de succès.
S'il est une œuvre littéraire feite pour éclairer le public, qu'il est si fecile d'égarer, sur les voies par lesquelles des aventuriers savent le conduire pour le jeter enfin dans un abtme de misère, c'est bien la brochure dont il s'agit.
D'autre part, cet opuscule fournit matière à de sérieuses réflexions sur la situation misérable à laquelle la révolution du printemps de 1848 avait réduit tous les Gouvernements de l'Allemagne. On ne saurait guère trouver une preuve plus frappante de ce triste état des choses que la nomination d'un homme comme François Raveaux au poste de commissaire impérial, nomination émanant de l'Administrateur de l'Empire, l'Archiduc Jean d'Autriche, et.de son ministre Henri de Gagern.
On ne trouve et, s'il platt à Dieu, on ne trouvera plus dans l'histoire un second pandémonium du genre de celui que l'Allemagne formait à cette époque-là.
L^Eglise et TÉUt (1851).
1988. Dans une étude sur la situation intérieure de la France, la Gazette de Cologne du 10 avril 1851 soutient la thèse suivante :
« Vouloir que le clergé ne se mêle pas de politique, c'est certainement être d'accord avec la parole de Dieu comme avec le progrès des lumières du siècle, qui ne veut pas plus asservir l'État à l'Église que l'Église à l'État. »
Autant de mots, autant d'erreurs.
L'Église et l'État sont aussi inséparables dans l'idée de la vie publique que l'âme et le corps le sont dans la vie humaine.
La politique est un mot fatal. Il est certain que l'Église n'a
pas à se mêler de querelles politiques, de même que FÉtat (cette idëe abstraite) n'a pas qualité pour intervenir dans des questions purement ecclésiastiques. Si une discussion se place sur le terrain moral, TÉglise ne peut pas y rester étrangère, car c'est alors dans son domaine que cette discussion pénètre.
L'irresponsabilité des Rois et la responsabilité des ministres (1852).
1989. La Prusse s'occupe aujourd'hui (au commencement de l'année 1852) de reconstruire l'édifice politique qui s'est écroulé en 1848, de même qu'en France et en Autriche. Là aussi les partis sont en présence : l'un veut assurer le nouvel édifice sur l'ancienne base ; l'autre veut le fonder sur des théories conformes aux tendances de l'époque.
Un journal qui soutient la cause du droit historique (la Gazette de la Croix) fait ressortir dans sa chronique de février l'absurdité criminelle de certaines affirmations qui trouvent leur place dans ces compositions académiques de nos jours qui se parent du nom de constitutions.. Parmi beaucoup de pro^ duits d'un calibre analogue, on trouve, par exemple, des articles de loi de Tespèce suivante :
« La personne du Roi est inviolable! Le Roi nomme et renvoie ses ministres ! Le Roi a le commandement en chef des armées ! Il a le droit de déclarer la guerre et de conclure la paix, etc., articles qu'on ne peut lire qu'en souriant où avec colère quand on n'est pas grisé par les idées constitutionnelles. £n quoi leur inviolcdbilité en petit format a-t-elle servi aux Rois Louis XVI, Charles X et Louis-Philippe? Louis XVI est mort sur l'échafoud, Charles X et Louis-Philippe sont morts en exil. Les Rois responsables, les ministres irresponsables, voilà la vérité des chartes françaises. Polignac est mort à Paris, et, un an après la révolution de Février, Guizot jouissait pleinement de ses droits politiques et ouvrait tranquillement ses salons. »
Voilà ce que dit le chroniqueur.
Si les événements politiques fournissent la preuve du mensonge efiFectif qui s'étale sur le terrain du constitutionnalisme
moderne, cela vaut la peine de montrer la cause pour laquelle des principes constitutionnels du calibre de ceux que je viens de citer sont inapplicables.
La cause est simplement celle-ci : des choses qui en vertu de leur nature s'entendent d'elles-mêmes, perdent leur force quand on les revêt de la forme de règlements arbitraires ! Quand cela se produit, la chose change dans son essence. La manie de fabriquer des lois est un symptôme de la maladie qui depuis soixante-deux ans éprouve si cruellement le corps social, et qui met le constitutionnalisme en avant pour égarer l'opinion et pour pallier le mal.
Ce qui fiait partie des forces naturelles soit dans le monde moral, soit dans le monde matériel, ne se prête pas à des règle^ menis humains. Que dirait-on d^une Charte où figureraient, à côté des droits de Thomme, les lois de la pesanteur, de la force centripète et de la force centrifuge, ne fût-ce que sous la fiDrme d'une déclaration qui les reconnaît? Entre le décret de la Convention (la nation française reconnaît FÉtre suprême) et ces autres mots sonores tels que la Déclaration des droits de rhomme, la responsabilité et Tirresponsabilité, on n'a en vérité que l'embarras du choix i S'il n'y a point de Dieu, il ne servira de rien de déclarer qu'il en existe un; s'il en existe un, il n'a pas besoin d'une pareille déclaration pour exister.
L'erreur qui consiste à considérer certains objets comme pouvant prêter matière à des dispositions législatives, conduit à l'amoindrissement, sinon à l'annulation complète de l'objet soumis à cette opération. La suppression de la responsabilité pour le chef de l'État et l'assujettissement des instruments dont il a besoin à la responsabilité, fournissent une preuve évidente de cette vérité. L'érection de ces principes en lois a pour eCFet de (aire chasser les Bois, pendant que les ministres restent.
Les grandes paissances (iS52).
1890. Cette expression renferme le germe de grands dangers.
Quelle valeur ce titre a-t-il ?
Considéré au point de vue matériel, il ney élève pas au-dessus
fin. 31
de la détermination au moins inutile de la diCFërence qui existe entre les États sous le rapport delà superficie de leur territoire et du chiffre de leur population, c'est-à-dire de l'indication de deux foits dont la valeur politique peut être augmentée ou diminuée, Toire même complètement annulée à des points de Tue purement politiques par la position géographique du pays, parles influences de climat auxquelles ils sont soumis et par les degrés de culture de leur population. Est-ce qu'an moyen ège les petits territoires de Venise et de Gênes, et même les territoires hanséatiques, n'auraient pas pu prétendre avec raison au rang de grandes puissances? Qui pourrait conte>ter le rang de grandes puissances à des Empires comme TÂutriche, la France, la Russie, TAngleterre, même comme les États-Unis de F Amérique du Nord? Est-ce qu'au dix-septième siècle la Suède n'a pas joué le rôle d'une grande puissance européenne? Par conséquent, à quoi bon cette dénomination pompeuse qui ne contribue en rien à la force effective des Empires?
Le mot de « grande puissance » ne s'applique donc qu'au terrain moral, et sur ce terrain il ouvre la porte à labus. L'abus conduit à des prétentions injustes sur le terrain du droit, au mépris de l'égalité des droits des corps politiques indépendants, abstraction faite de Tétendue des Étals. Que Ton examine les actes de ma longue carrière politique^ m Ton n'y verra pas que j'aie fait usage du mot « grande? 7«iissances » ; on trouvera, au contraire, que je me suis toujours élevé contre l'emploi de ce terme. J'ai toujours repoussé cette expression, parce qu'elle est inutile et que, pour cette raison, elle fournit matière à des idées fausses. La différence entre les forces matérielles des corps politiques est suffisamment indiquée par la différence qui existe entre les idées de puissance et d'État, tandis que l'étendue des possessions ne pourrait motiver aucune différence entre les idées du droit sans compromettre celles-ci. La réflexion de « parva sapientia » du vieil Oxenstierna trouve une nouvelle confirmation dans le (ait que la dénomination de grandes puissances a d'abord été employée par les Cabinets des États de second et de troisième ordre, et
cela dans des cas où ces Gouvernements se sont trouves induits à se soustraire à des obligations quelconques.
L*opinion publique (1852).
1991 . Je lis dans la Volskshalledix 30 janvier 1852 les lignes suivantes :
« Tout le système représentatif n'est qu'un mensonge révolutionnaire ; il ne peut se soutenir que par le mensonge. G*est s'abuser que d'en attendre autre chose. On s'abuserait de même en supposant que dans le système représentatif on tient compte de l'opinion publique. En général, on en est encore à se demander si l'idée de l'opinion publique par elle-même n'est pas une chimère révolutionnaire comme l'idée de la souveraineté du peuple. »
Gomme je suis en mesure de répondre d'une manière définitive aux questions efBeurées ici, je parlerai de l'idée qui doit nécessairement servir de base au mot «opinion publique » , car tout mot a besoin de reposer sur une base tangible, sous peine de n'être plus qu'un vain son.
Entre les sentiments et les opinions il y a une différence capitale. Les premiers sont la plupart du temps soumis à des influences extérieures, tandis que les autres trouvent exclusivement leur point de départ dans le fond de l'esprit humain. Toute gène comme tout soulagement est ressentie même par les individus les plus grossiers et par les masses les moins sensibles; mais l'opinion sur les moyens d'écarter ce qui gène et de faire durer des sensations agréables et bienfaisantes n'est conçue par les individus que rarement dans la bonne direction ; même la manière de la concevoir échappe entièrement aux masses populaires. Ici il y a , de plus , une grande différence entre les moments où une opinion se forme. A priori\ les opinions courent toujours risque d'être dirigées contre le but à atteindre ou du moins d'allonger au lieu de raccourcir le chemin à suivre pour l'atteindre; a posteriori, l'opinion se transforme en un produit de l'expérience, et, comme tel, elle
peut certainement obtenir la yaleur qu'a la vos populi dans le yëritable sens du mot.
Le droit hiitoriqae (1852).
1882. Le Lloyd du 18 février 1852 soutient la thèse suivante : « En 1815, après les guerres de Napoléon, on créa à Vienne un nouveau droit historique pour TEurope; en 1852, après que la Révolution eut été étouffée dans la même ville, surgit un nouveau droit historique pour TÂutriche ou, pour mieux dire, une nouvelle loi pour TAutriche, une loi qai ne s'élèvera à la valeur du droit historique que si le gouvernement a la Force de la maintenir pendant une longue période. »
Ces paroles sont du galimatias pur.
En 1815, on n'a pas fondé un nouveau droit historique au Congrès de Vienne; on s'inspira de l'ancien droit, parce qu'il n'y en a pas d'autre, parce qu'il ne peut pas y en avoir d'autre dans l'État chrétien , et sur les bases de ce droit, ou du moins en en tenant compte, on régla les questions du jour, des questions politiques, partant changeantes de leur nature.
ic 11 ne peut y avoir », continue l'auteur de l'article, «que deux partis dans l'État : l'un, qui veut conserver Tordre politique tel qu'il existe; l'autre, qui veut le renverser.»
Cette allégation est inexacte en général et ne peut s'appliquer à la situation actueUe de l'Autriche en particulier. A un point de vue général, il existe, indépendamment des partisans ou des adversaires d'un ordre politique donné, encdre d'autres partis qui prennent une position intermédiaire entre ces opinions absolues. Ces partis prennent facilement une importance supérieure de bit à celle des partis franchement dévoués ou franchement hostiles à la cause qui est en question.
Mais la situation dans laquelle l'Empire d'Autriche se trouve encore actuellement n'offre point par elle-même des bases à la formation de partis pareils, car ceux du « pour et du contre ■ n'ont pas d'objet devant eux, c'est-à-dire un édifice à conserver ou à détruire.
Les Rois libéraux (1852)«
1983. Le Lloyd du 28 mars 1852 dit dans un article de fiDnds : « Pourquoi a-t-on cbassé Charles X en 1830? Pourquoi a-t-on chasse Louis-Philippe en 1848? Pour fonder finalement un régime qui montre clairement par ses actes que Charles X ainsi que Louis-Philippe ont été des Souverains par trop libéraux!»
Il y a dans cette affirmation une incontestable vérité, dont Faccent toutefois doit porter non sur les personnes , mais sur la chose, c'est-à-dire sur le libéralisme, qui est vide de sa nature, si Ton veut qu'il soit autre chose qu'un lieu commun. S'il s'agit de personnes, ce reproche s'adresse aussi bien à Louis XVI et à Louis XYIII qu'à tout autre Souverain du dix-huitième et du dix- neuvième siècle, quand même les conséquences funestes du dé£aut «d'avoir été trop libéral » n'ont pas atteint également les princes tout en se £aisant sentir dans les États. Le libéralisme est de sa nature un non -sens, une noix creuse, un vain mot. Personne ne peut s'appuyer sur des formules pareilles; or, gouverner, c'est se tenir debout et marcher!
Le mobilier de Téglise Saint-Paul (1852).
1984. On trouve une preuve frappante des caprices de la destinée dans le sort final du mobilier du Parlement de Francfort, que les feuilles publiques nous apprennent (août 1852).
Il y a quelques semaines, les sièges, bureaux, etc., de l'église Saint-Paul furent vendus à l'encan à Francfort. La tribune a été achetée par la commune catholique de Burgelsur-le-Mein ; celle-ci l'a fait transformer en une chaire qui a été inaugurée par une mission de Jésuites.
Concessions et non-concessions (1852).
1995. Dans un discours à ses électeurs, sir James Graham, un des leaders du peelisme , mais qui depuis peu penche vers le radicalisme, a prononcé les paroles suivantes :
« L'expérience m'a appris que la plus grande sagesse de rhomme d'État ne consiste pas seulement à savoir quelles concessions il doil foire , mais encore à discerner le moment où elles s'imposent à lui. •
En ce qui concerne la chose elle-même, mes idées d'homme d'État de sont pas d'accord avec l'allégation de sir James Graham. Le vrai mérite d'un homme d'État ne tient pas à la qualité dont parle l'orateur; il consiste dans le talent d'épargner au pouvoir suprême la nécessité de faire des concessions. Pour bien comprendre la direction que suit mon esprit dans cette grave question, il faut savoir exactement se rendre compte de ce que c'est qu'une concession.
Je prends comme point de comparaison la différence qui existe entre un capital et ses intérêts. La concession à Cadre peut porter sur le capital lui-même ou sur l'intérêt qu'il produit • Dans le premier cas, elle atteint le capital ; dans le second, elle équivaut à l'emploi d'un bien disponible. Ce que l'esprit de parti veut obtenir du pouvoir suprême à titre de concession équivaut à un empiétement sur les droits de ce pouvoir, ou bien se réduit à une question d'intérêt général. Il faut que les détenteurs du pouvoir repoussent les empiétements, car ils diminuent le capital des forces protectrices et conduisent à la ruine des Empires, de même que tout individu qui vit en dépensant son capital finit par la banqueroute.
Entretien entre Thiers et moi (iSSî).
1006. L'Indépendance belge du 20 septembre 1852 contient l'anecdote suivante :
• M. Tbiers, que nous nous plaisons à citer souvent, parce qu'il a joué le plus grand rôle dans les derniers temps de nos troubles politiques, M. Thiers, dans ses récents voyages, eut Toccaciion de causer avec le prince de Mettemich sur tous les grands événements qui se sont succédé en Europe. M. Thiers interrogeait sans cesse le prince sur sa politique. Le prince de Mettemich lui répondit : « Je n'ai jamais eu d'autre poli- « tique que la politique du bon sens. — Vous êtes bien heureux » ,
«lui répondit M. Thiers; je Toudrais bien pouvoir en dire « autant de la mienne. » M. Tbiers a bien assez 4*esprit pour être sincère et modeste. »
Il y a dans ce récit du vrai et du faux. 11 est vrai qu'en 1850, pendant que je passais l'été à Bruxelles, M. Tbiers est venu me voir pour me demander de Téclairer sur quelques points historiques qu'il lui importait de connaître exactement pour son Histoire du Consulat et de VEmpire, Après lui avoir dit que j'érais prêt à lui donner les renseignements désirés, je le priai de me poser par écrit ses questions, auxquelles je répondrais de même.
M. Thiers me posa douze questions; je pus répondre immé« diatement à dix d'entre elles, sans éprouver le besoin de recourir aux Archives. Quant aux deux autres, je promis à M. Thiers de consulter les documents officiels et de lui £aire connaître le résultat de mes recherches au bout de trois semaines, époque qu'il m'avait indiquée comme devant être celle de son retour de Bade à Bruxelles.
J'ai tenu ma promesse, et, lors de notre dernier entretien, M. Thiers m'adressa la question que rapporte Y Indépendance belge. Mais ma réponse fut différente :
« Je me suis Eaiit une loi de toujours m'appuyer sur un principe et de ne jamais le fausser dans son application , à l'égard de laquelle le bon sens m'a toujours semblé le meilleur guide. Aussi n'hésiterais*je pas à jeter un défi à quiconque voudrait prouver que dans une occurrence quelconque je me serais écarté de la ligne de mes principes. »
Là-dessus M. Thiers me répliqua :
« Vous avez raison , et si vous aviez besoin d'un associé , je m'engagerais dans votre défi. Voilà la différence entre votre position et la mienne. J'ai souvent changé de principes *. »
Le chiffre de Napoléon III (1852).
1097. Dans sa réponse à la proclamation du nombre de
* Voir sur le même sujet la note de la page 253, tome !•''•
{K<He de VÊdittur,)
voix qui appelait Louis -Napoléon à la digfnitë impériale, celui-ci s'exprima, yis-è-vis du Sénat et du Corps législatif, sur la désignation de Napoléon IIl, dans les termes suivants :
« Plus j'accepte tout ce que depuis cinquante ans Tbistoire nous transmet avec son inflexible autorité, moins il m'était permis de passer sous silence le règne glorieux du chef de ma jEeimille, et le titre régulier, quoique épbémère, de son fils« que les Chambres proclamèrent dans le dernier élan du patriotisme vaincu. Ainsi donc le titre de Napoléon III n'est pas ane de ces prétentions dynastiques et surannées qui semblent une insulte au bon sens et à la vérité. C'est l'hommage rendu à un Gouvernement qui fut légitime, et auquel nous devons les plus belles pages de notre histoire moderne. Mon règne ne date pas de 1815, il date de ce moment même où vous venez de me foire connaître les suffrages de la nation ! »
Tout dans ces paroles est faux ; des affirmations comme les suivantes :
« J'accepte tout ce que Tbistoire transmet;
« Le patriotisme vaincu (en 1 8 1 5) ;
« Des prétentions dynastiques et surannées;
ft l}n Gouvernement qui fut légitime » , sont illogiques , car on ne peut pas repousser les faits relatés par l'histoire. Il n'en est pas de même du bien et du mal, de la justice et de l'injustice dans les situations. On peut ne pas tenir compte de cette critique; mais le titre de Napoléon III n'en résiste pas mieux à l'examen.
Le chiffre III ne peut reposer que sur une base dynastique ou sur le principe de la souveraineté du peuple.
Dans Tordre de la succession dynastique, et notamment dans un ordre sanctionné dans la famille des Bonaparte par la décision du peuple souverain (1804), Louis^NapoIéon ne peut être sous ces deux noms que le premier, et sous celui de Napoléon tout court, que le cinquième.
Si l'on tient compte du verdict rendu par la souveraineté du peuple, Louis- Napoléon ne peut être ni le troisième ni le cinquième. Le peuple souverain Ta appelé en 1848 à être le président de la République ; il a prouvé ainsi qu'il considérait
le plébiscite de 1804 comme n'ayant plus d'effiel. S'il en aTait été autrement, il aurait suffi que le peuple demandât à Louis- Napolëon de reprendre son droit de succession dynastique. Mais Louis^NapoIëon lui-même, par son acceptation de la présidence de la République, a reconnu que ce droit n'existait plus.
L'enthousiasme d'une population ou • un yote naïf et spontané » , inscrit sur quelques arcs de triomphe et sur quelques drapeaux de village, ne changent rien à la question de droit qui, dans le cas dont il s'agit, s'unit à la question historique. « Rien » ne peut être en même temps vivant et mort. Louis- Napoléon ne peut compter sa dignité impériale que du 1*' décembre 1852, et non de l'année 1804. Gomme Empereur d'Allemagne, l'Empereur d'Autriche François 1*' s'appelait François IL Comme Empereur d'Autriche, il n'aurait pas pu s'appeler ainsi.
La France n'a pas ressuscité l'ancien Empire, elle en a fondé un nouveau. Si dans de pareilles questions il .s'agissait du nombre de Souverains du même nom (désignation qui peut s'appliquer également aux formes de gouvernement les plus diverses), Louis -Napoléon aurait pu se donner le titre de « Louis XX 9 •
Sur le parlementarisme en Angleterre (1852).
1998. La chute du ministère Derby fournit une nouvelle preuve de la situation critique dans laquelle se trouve l'Angleterre, malgré sa puissance matérielle. On ne saurait exposer les causes de cette situation en quelques lignes jetées à la hâte sur le papier ; aussi je ne songe pas à une pareille entreprise. Je me borne à indiquer un fait qui agit profondément sur la situation de l'Angleterre, et que je n'ai pas encore entendu citer dans les termes dont je me sers pour l'exposer.
L'Angleterre n'est pas seulement l'État modèle pour la vie politique qu'on appelle représentative ou constitutionnelle; le mot lui-même de « régime parlementaire » appartient en propre à l'Angleterre. Ce pays a vécu pendant des siècles sous
ce rëgime. Au dix-huitième siècle^ la France Ta signale comme modèle à TEurope, mais sans savoir se l'approprier à ellemême. Dans ce pays, le régime parlementaire s'est changé en caricature ; il est devenu le parlementarisme théorique, cette chose qui ne peut avoir d'application dans la vie réelle.
Ce non-sens a passé la Manche, et il empoisonne la vie politique dans la patrie même du régime parlementaire.
Par quoi se manifeste la différence entre les deux pays?
Dans la vieille Angleterre, les choses seules ontde la valeur, et les hommes n'ont que la valeur de simples représentants des choses.
Dans le parlementarisme français, les personnes prennent la place des choses, qui n^ont plus que la valeur de mots d'ordr.\
La France paisible (1853).
1099. Dans un article de fonds du Constitutionnel du 9 janvier 1853, Granier de Gassagnac écrit ce qui suit :
ft La France n'est pas de sa nature un pays révolutionnaire.
« Quelques meneurs de Paris faisaient, la France rejjardait faire.
« Paris lui-même, quoique le centre, le foyer et le mobile des agitations, est au fond une ville essentiellement et forcément liée à la cause de l'ordre, du calme et de la paix.
« Autre chose est Paris, — autre chose sont les éléments qui l'Influencent, qui l'égarent et qui l'agitent. Maîtrisez l'action de ces éléments, et Paris restera laborieux et calme. Paris n'est ni une ville irréligieuse ni même une ville révolutionnaire. Quand elle s'enflamme, c'est que d'autres mains que les siennes y ont mis le feu. »
Il n'y a rien à objecter contre la vérité que contiennent ces phrases. Mais qu'est-ce qu'elles prouvent? Rien que ce 6ùt démontré par l'expérience, que, pour n'être pas entraînées, des masses ne doivent pas être ébranlées dans les bases qui leur servent de point d'appui, ni être placées sur des plans inclinés.
Toutes les révolutions trouvent leur point de départ dans le
désordre qui amène le bouleyersement de Tordre social, parce que les pouvoirs protecteurs ne tiennent pas compte de cette ▼ërîtë, soit par suite de leur faiblesse, soit à cause des erreurs grossières où ils se laissent entraîner!
Les révoltes trouvent leur point de départ dans les couches inférieures de la société. Les révolutions proviennent toujours des foutes des Gouyernements.
Considérée comme corps social, la France n'est pas révolutionnaire; elle est avant tout conservatrice^ comme tous les corps de cette espèce qui ont de la vitalité. Tel est aussi le cas de la capitale de TEmpire. Gomme point où se rencontrent les tendances de tout genre, Paris, ainsi que toutes les capitales, ressemble aux endroits où les matières les plus hétérogènes se trouvent en contact et donnent lieu à des fermentations et à des explosions. II faut surveiller ces points-là; or c'est contre les précautions prises à leur égard que regimbent les partis qui ont besoin de l'agitation pour arriver à leur but.
Les partis en Angleterre (1853).
SOOO. « La glorieuse époque de la tactique parlementaire d'autrefois est passée » , écrit Y Économisiez journal fort respectable de Londres, « l'époque de Walpole, de Ghatham et de Pitt, où la Ghambre des communes se composait de deux armées opposées l'une à l'autre. »
Ge fiiit, dont les conséquences sont si regrettables pour l'Angleterre, s'explique par trois causes qui priment toutes les autres, comme j'ai pu m'en convaincre personnellement pendant les soixante années qu'a remplies ma carrière publique (1793-1853). Les points de départ de ce mal si plein de dangers sont, à mes yeux, les suivants :
1* Le contre-coup de la Révolution française sur la Grande- Bretagne, contre-coup qui ne s*est iait sentir, par une conséquence logique, qu'après la paix politique générale, et qui est devenu de jour en jour plus sensible;
2* Les impôts écrasants dont vingt années de guerre ont accablé le Royaume britannique, et Tincroyable essor que
588 UEGUEIL DE DOCUMENTS (1850-1858).
rindu8trie a pris en Angleterre pendant les trente dernières années;
3* La politique personnelle de M. Ganning, le bill de réforme de lord Grey, et Tadministration féconde à bien des égards de sir B. Peel.
Si la réforme de lord Grey, conçue dans un esprit libéral et doctrinaire, a ouvert la porte aux transformations du régime parlementaire dans le sens du parlementarisme français, la disparition des tories et des whigs comme partis visibles et palpables a eu pour conséquence de briser la force de résistance des éléments conservateurs qui avaient leurs racines dans les deux partis. L'Angleterre est encore en possession de ses vieilles formes parlementaires; mais le pays est ébranlé dans ses bases constitutionnelles, et, par suite, il se trouve placé sur une pente dangereuse.
L'État chrétien et TÉut païep (1853).
2001. Jamais le contraste qui existe entre TÉtat chrétien et TÉtat païen n*a été mis en évidence aux yeux de la foule plus que cela n'a lieu aujourd'hui. Qu'est-ce que la foule y entend? Dans les discussions polémiques elle ne saisit que les mots; n'y a-t-il pas une autre voie meilleure et plus courte pour foire comprendre à la foule des ignorants et des gens qui pensent peu, la différence qui existe entre ces deux formes de la vie d'un État?
Le moyen d'y arriver consiste, selon moi, à exposer simplement la différence des résultats triomphants que la doctrine chrétienne obtint en mettant sur la même ligne les droits et les devoirs, par opposition à toutes les autres doctrines religieuses. La doctrine chrétienne ne connatt aucun droit qui n^ait pour corrélatif un devoir; elle présente, pour cette raison, des garanties égales à celui qui commande et à celui qui obéit : au premier, dans le devoir de l'obéissance qui s'impose à ses subordonnés; au second, dans le devoir imposé à celui qui commande de ne pas abuser de son pouvoir; l'accomplissement de l'un et de l'autre de ces devoirs restant d'ail-
leurs soumis à la responsabilité envers Dieu. Cette seule maxime ne renferme-t-elle pas la base de Tordre social, qui est lui-même la seule base possible de la véritable liberté?
La guerre sur la base de Tortliodoxie russe (1853).
SOOS. Dans une correspondance de Paris, publiée par le Lloyd de Vienne du 31 juillet 1853, je trouve des considérations sur la teinte religieuse dont l'Empereur Nicolas colore sa conduite à Tégard de la Porte.
Le correspondant se prononce contre la possibilité du retour de guerres de religion comme celles d'autrefois.
« Aujourd'hui, c'est-à-dire à une époque où la philosophie «t la littérature ne tiennent plus le sceptre du monde, on parle dans certains cercles russes d'une guerre de religion.
«Est-ce que ces ardents boyards ont mûrement réfléchi aux «conséquences du mot redoutable qu'ils osent prononcer? La guerre est toujours un malheur. Les guerres d'aujourd'hui ne peuvent et ne doivent se rattacher qu'à des intérêts vivants, à des idées et à des sentiments émanant de la civilisation nouvelle. G^est ainsi que l'honneur national, la prépondérance politique, le développement du commerce, même le progrès des peuples, peuvent conduire à des hostilités. Mais la guerre de religion est-elle une idée de notre temps? Une guerre de ce genre serait donc aujourd'hui une anomalie, un anachronisme qui nous ramènerait brusquement à l'époque des croisades. Où se cache donc en Russie ce nouveau Pierre l'Ermite? Où sont les Godefroy de Bouillon, les émules de ce Roi qui, à Jéru« salem, mit sur sa tête la couronne d'épines? Où sont ces Tancrède, ces Raymond, les comtes de Toulouse? Est-il en Russie un poëte, un seul, qui se sente la vocation d'écrire la Jérusalem délivrée avec la piété du Tasse? » Mots sonores et, en réalité, mots vides de sens que tout cela.
L'esprit religieux, qu'il marche dans la voie de la vérité ou dans celle du mensonge, représente une force qu'on peut employer dans l'une ou dans l'autre direction dans un but religieux, ou qui peut servir à masquer d'autres desseins. Vouloir
chercher dans les préceptes changeants de la philosophie et de la littérature des raisons de se rassurer contre la possibilité de nouvelles guerres de religion, c*est de la folie pure.
A une époque où la société civile est ébranlée jusque dans ses fondements, il est plus fiaicile de trouver et de faire valoir des prétextes de tout genre pour troubler la paix politique qu^il ne le seraiit en des temps calmes. Le fonatisme est un moyen vieux comme le monde de troubler la paix politique; ce qui est important, c^est le choix de la direction dans laquelle le fanatisme vient se mettre au service de ceux qui poursuivent un but politique; sous quelque forme qu*il se présente, il peut toujours servir à quelque chose.
La question de religion joue sur le terrain de la politique russe un rôle unique, un rôle qui diffère essentiellement même de celui que le Souverain de F Angleterre joue relativement à rÉglise.
Depuis Pierre le Grand, les Czars ont revendiqué la position de chefs de TÉglise russe. Vis-à-vis de TÉglise d'Orient, qui se donne le nom d'orthodoxe, cette prétention ne peut se soutenir, et à cet égard la position des Souverains de TAngleterre est meilleure dans TÉglise anglicane, car elle leur donne le droit de suprématie, droit que n'ont pas les Czars dans l'Église d'Orient.
En toute circonstance s'affirme TinQuence de la position mal définie des Gzars dans l'Église dont relève leur l'impire, et c^est pourquoi l'élément religieux s'introduit dans leur politique. Celle-ci leur commande de ne jamais perdre de vue cet élément, car il leur sert d'appui dans leur propre F.mpire, bien que cet appui ne repose que sur une prétention, et que, par conséquent, il révèle la feiblesse inséparable de droits imaginaires par opposition à des droits réels.
Par l'empiétement qu'il s'est permis sur le terrain ecclésiastique, Pierre le Grand a commis une faute fertile en conséquences. Il aurait assuré à ses successeurs un terrain plus pur, partant plus fort, s'il s^était contenté de leur laisser la position de protecteurs de l'Église orthodoxe armés de la puissance séculière la plus étendue. En leur assignant dans l'Église une
position non définie, il a placé l'Empire russe en dehors de TÉglise d'Orient. Les conséquences de cette feule politique éclateraient le jour où la Russie réussirait h s'emparer de Gonstantinople. Le conquérant devrait-il laisser subsister le patriar^ cat de Constantinople avec ses antiques privilèges? Dans ce cas il faudrait qu'il rendit un patriarcat à la Russie, ou bien qu'il fit ressortir la position schismatique de cet Empire en ne nommant pas un chef visible de l'Église russe.
L'une ou l'autre révolution entraînerait l'amoindrissement de la position actuelle des Czars dans leur propre Empire.
La remarque foite par le correspondant de Paris que notre époque repousse les guerres de religion, n'est pas rationnelle. Les questions religieuses fournissent et fourniront toujours la plus ample matière à des luttes dans la société humaine. Des luttes peuvent avoir une origine sérieuse ou être exploitées comme de simples moyens d'animer l'esprit de parti par des meneurs animés de cet esprit. La chose, c'est-à-dire la lutte, est et reste la même. Les moyens d'en hâter le dénoôment difFéreront seuls. Plus la matière est riche, plus elle offrira de ressources, et dans la même proportion où les projets des partis s'éloigneront du droit incontesté, la société se ressentira des conséquences des luttes engagées. C'est ce qui arriverait dans le cas d'une guerre qui aurait son origine dans les prétentions de l'autocratisme russe.
L'Empereur Nicolas a commis une autre faute grave en favorisant, lors de la dernière guerre de l'indépendance, la création d'un État grec, création que ne compense pas l'augmentation d'influence que la paix d'Andrinople accorde à la Russie sur les destinées de l'Empire ottoman. Aussi longtemps que le Péloponèse, l'Atlique et les fies ont été placés sous la souveraineté du Sultan, le rôle des Czars comme protecteurs de l'Église d'Orient était assuré. Sur le terrain ecclésiastique, la nationalité grecque, affranchie par son émancipation même du joug de la Porte, et venant se placer au nombre ^es puissances chrétiennes, a été reconnue indépendante et, par suite, soustraite à la protection russe. Dans l'Église grecque, le sentiment national grec jouera dans le nouvel ordre de choses le
rôle d'un adversaire dangereux de TÉglise russe, et n'abandonnera pas la suprématie à cette dernière ; la Grèce libre et indépendante a des droits plus sérieux à la succession de TEmpire d'Orient que la puissance russe, qui est bien plus jeune, tout en étant plus grande. Bien qu'on ne puisse pas prévoir rissue de la lutte, quand une fois elle sera engagée, cette incertitude ne diminue en rien la faute de la politique russe.
L'association catholique d'Allemagne (1853).
S005. L'association catholique d'Allemagne est aujourd'hui réunie en assemblée à Vienne; les séances dureront du 21 au 23 septembre 1853. En même temps, le synode ecclésiastique protestant est réuni à Berlin.
Le 4 septembre, le général GortscbakofF passa une revue à Bucbarest. Dans un ordre du jour, le prince s'est exprimé en termes flatteurs sur la tenue de l'armée. Cet ordre du jour se termine par les mots suivants : « La Russie est appelée à détruire le paganisme; quiconque essayerait d'entraver l'accomplissement de cette sainte mission périrait comme les païens. Vive le Gzar et le Dieu des Russes! »
L'époque actuelle présente vraiment un singulier mélange (qui est heureusement rare dans les annales du monde) de bonnes et de mauvaises situations, de besoin d'ordre et d'agitation malsaine, de folles chimères et d'institutions dangereuses de fait.
L'Église, qui est bâtie sur un rocher, trouvera toujours plus de force dans l'organisation hiérarchique qui lui est propre et dans les simples idées que personnifient son chef et ses membres, ainsi que dans l'idée d'obéissance à la discipline ecclésiastique, que dans des associations qui ne sont qu'une copie du Gouvernement de la foule par elle-même et qui appellent à leur aide et représentent les fidèles comme des corporations délibérantes. Cette observation se rapporte surtout k l'association générale catholique, par opposition à des associations plus étroites du genre de celles de Sainl-BoniCace, de Saint-Severin et d'autres associations placées sous la sur-
yeillance des autorités diocésaines locales et du Gouyemement. Le résuhatlogique auquel des institutions de ce genre n'échappent jamais^ par suite de leur extension au delà d'une mesure déterminée, c'est de donner de la force aux mauvais éléments que renferment toutes les choses humaines, au détriment des bons et du but que ceux-ci poursuivent.
Si cette vérité est confirmée par l'histoire de tous les temps, elle prend une valeur particulière par suite des sentiments qui animent aujourd'hui la société tout entière. Le droit et le fait de l'association font partie des mots d'ordre du jour devant lesquels tout s'incline. Des associations sont des forces; à ce titre, elles doivent avoir un but réel.
Des associations générales comme l'association catholique aujourd'hui réunie à Vienne, portent le cachet du me(*ting incarné dans les traditions anglaises, et, quelque sacré que soit leur but, elles comprennent un public des plus mêlés.
Ces associations ne sont-elles formées que d'individus animés d'un sincère dévouement à TËglise? On ne peut pas mettre des associations de ce genre sur la même ligne que des missions, car dans les missions il n'y a que des gens qui enseignent et des gens à instruire. Les missionnaires sont des ecclésiastiques qui ont fait leurs preuves devant les autorités supérieures de l'Église et qui ont été spécialement désignés par elle pour enseigner. Dans les missions, il n'y a ni controverse ni libre ' discussion. Dans les associations catholiques, les membres du clergé et les laïques jouissent de droits égaux; il y a dans cette égalilé un encouragement à la confusion des pouvoirs, et, d'un autre côté, la forme des séances rappelle les usages représentatifs de la France.
Une résolation du synode évangélique de Berlin (i853)«
S004. Dans la Nouvelle GazeUe de Prusse du 22 septembre 1853, je lis ce qui suit :
« C'est avec un battement de cœur que nous avons franchi l'enceinte sacrée (du synode de Berlin), et nous avons éprouvé une vive inquiétude et une grande émotion lorsqu'on a voulu fin. 3*
commencer à parler de la confession d^Augsbourg comme du symbole fondamental de TËglise évangëlique d*AllemaçDe dans toutes ses subdivisions, et qu^on a essaye de foire entrer tous les cbrëtiens évangéliques dans le cercle étroit d'un chris* tianisme symbolique confessionnel, etc.
« Celui qui écrit ces lignes s'est senti soulagé lorsqu'il a va adopter à la presque unanimité la proposition du comité, rehtive à Tadoption de la confession d'Augsbourg comme base de toute rÉglise évangélique d'Allemagne dans toutes ses subdi- Yisions, proposition à laquelle on a encore ajouté un correctif. *
Comprenne qui pourra le sens de cette résolution. Quant k moi, je me déclare incapable de concevoir une ÉglisCt je dirai même une communauté religieuse, sans la base d'une confession permanente^ d'un symbole. Une communauté sans point de départ arrêté, une association qui doit poursuivre un but commun à condition que cbacun de ses membres sera libre ite choisir les moyens d'atteindre ce but, est une chimère et ne peut pas être autre chose.
Déclarer que la confession d'Augsbourg doit former la base des différentes confessions évangéliques, c'est ne rien dire du tout, particulièrement si l'on veut tenter ainsi d'offrir aux idées <lissolvantes du protestantisme une base qui, avec la réserve du libre examen, aboutit à n'être que le point de départ de l'incrédulité, une base qui est loin d'avoir la valeur d'une base pour la foi et qui est en contradiction flagrante avec une base de ce genre. Examiner et croire sout des idées tout opposées. Dans l'ordre logique, la foi, ainsi que le savoir, peuvent être le résultat de l'examen; mais l'inverse n'est pas vrai, et il est impossible de trouver une autre base pour la foi religieuse que les vérités révélées et une interprétation authentique de ce que commande la révélation.
Les saint-simoDÎens (1853).
SOCNf . Les renseignements suivants, concernant la position «ociale actuelle des cbefs du saint-simonisrae, me fournissent l'occasion de rappeler brièvement les détails que voici.
MÉLANGES (l8ô3). 595
Je ne sais pas comment, à Fëpoque où le saint-simonisme commençai! à se répandre en France, j'ai pu fiiire croire à ses che& que je pouvais être gagné à cette cause. La preuve qu^ils avaient cette illusion m'a été fournie par un écrit du Père Enfantin, qui, à la suite d'une résolution de la commission supérieure qui se donnait le nom de « saint synode » , m'envoya la collection complète des documents relatifs à la secte. Je mis simplement ces pièces ad acta.
En 1835, j'étais à Rœnigswart. Quelques jours après mon amvée dans cette ville, je reçus une lettre de M. Michel Chevalier, datée de Garisbad, dans laquelle il me demandait si j,e lui permettais de venir me voir. Michel Chevalier avait occupé une position éminente dans la secte, qui avait été dissoute depuis quelques années, et il était au service de l'État en France. Je lui donnai rendez-vous chez moi, et après les premiers compliments, auxquels il répondit en disant que le désir de foire ma connaissance avait été le motif de son voyage en Bohême, je lui posai nettement la question suivante : « Veuillez m'aider à nous placer l'un en (ace de l'autre dans une position claire et nette, et pardonnez-moi une question qu'à cet effet je me sens le besoin de vous adresser : Comment un homme doué d'un esprit aussi lucide que l'est incontestablement le vôtre, a-!-il pu donner dans une folie telle qu'est démontré avoir été le saint-simonisme? »
M. Michel Chevalier me répondit : « Ma réponse se trouvera dans un simple exposé des faits. Moi et mes complices, nous sommes entrés, à l'époque de la Restauration, à l'École polytechnique. L'enseignement dans cet institut a eu pour objet de nous inspirer la haine de Dieu et de la Royauté; il a révolté nos esprits et nous a (ait chercher la vérité en dehors de l'École. Doués d'un esprit ardent et privés d'une saine direction, un certain nombre d'entre les écoliers se sont voués à la recherche d'une base pour l'édifice social que ne nous offrait pas l'enseignement stupide de nos professeurs. Nous nous sommes appliques à la recherche d'une religion et d'un ordre social aptes à remplacer la religion catholique et la Monarchie, que l'on s'attachait à nous représenter comme
596 RBCU£IL DE DOCUMENTS (l8&0-185<).
usées dans la pratique. Voilà notre point de départ. Geloi de Tarrivée a dû se ressentir de notre pleine ignorance. Aujourd'hui, je suis catholique et royaliste, et je n*ai rien à ajouter à mon récit. »
Je n'hésitai pas à remercier M. Michel Chevalier des renseignements qu'il m'avait donnés et que je jugeais suffisants.
Sur la liste des saint-simoniens figurent les noms d'hommes qui ont montré, dans les différentes directions de la vie, qu'ils étaient sinon des individus absolument remarquabfes, du moins des gens d'esprit.
Le saint-simonisme n'existe plus sous sa /orme primitive, mais ses doctrines faussessubsistentsousd'autresdénominations.
La réconciliation des princes d'Orléans avec le chef de la de Bourbon (1853).
S006. Le Lloyd du 30 novembre 1853 contient un article qui discute la réconciliation des princes de la Maison d'Orléans avec le chef de la branche atnée des Bourbons; cet article épuise en peu de mots, et de la façon particulière à M. Edouard Warrens, la matière que cet événement offre à la discussion.
Personne ne sait mieux que moi comment cela s'est passé. Les rapports que j'ai eus en Angleterre avec les chefs du parti orléaniste, de 1848 à 1849, et à Bruxelles en 1850 et 1851, d'une part, et, d'autre part, les relations que j'ai eues en tout temps avec la Cour légitimiste de Frohsdorf, m'avaient mis à même de suivre on ne peut mieux toutes les phases de l'événement. Ce n'cdt qu'en 1849 que se réveilla ches les chefs du parti orléaniste, chez MM. Guizot, Duchàtel, Salvandy, le sentiment, du manque total d*une base sur laquelle Torléanisme pût s'appuyer, une fois dépossédé du trône. M. Guizot me parla pour la première Cois pendant l'été de 1849 « de la nécessité d'une yti5ton des intérêts des deux branches de la Maison de Bourbon » . En réponse à ses paroles, je fis f'emarquer â M. Guizot qu'en se servant de l'expression « la fusion • , tl émettait une idée busse, qu'il ne pouvait être question «d'une
fusion 9 à Frohsdorf, et qu'il ne devrait pas en être question à Glaremont, attendu qu'une fusion conduirait au mépris du principe de droit sans qu'il y eût sur le terrain des taits une compensation pour ce principe. M. Ouizot essaya de défendre le mot de « fusion v en l'expliquant par la nécessité de « sauver Thonneur du Roi Louis-Philippe » . Je me souviens d'avoir répondu à cette argumentation de M. Guizot : « Vous voulez engager la lutte entre un iait et une chimère; la partie est inégale, et vous la perdrez à Frohadorf. » Mes prévisions ont été confirmées par Tévénement.
Après la mort de Louis-Philippe, j'ai trouvé les mêmes hommes placés sur le seul terrain pratique, sur celui de la soumission.
Je ne pourrais ajouter à l'article de M. Warrens que les mots ci-dessus : « Cet article épuise la question telle que je la comprends personnellement. »
L'émigration irUndAiiie (1854).
2007. Parmi les symptômes de l'époque, qui n'est qu'une période de transition agitée par les mouvements les pi us désordonnés qui puissent se produire dans la situation sociale, les faits qui se passent en Irlande forment une péripétie remarquable dont le continent européen ne tient pas suffisamment compte. L'Irlande émigré! elle émigré aux États-Unis de l'Amérique du Nord, dont elle augmente la population, et offre à la race anglo-saxonne une place qui se vide et que celle-ci sait occuper. Il ne s'agit pas ici de hire des théories philanthropiques et huméinitaires. Du reste, en Angleterre, ces théories tiennent généralement une bien plus grande place parmi les produits /or ex^or/alion que parmi les articles destinés è la home consumption. Aujourd'hui, le protestantisme complète en Irlande les victoires qu'il a remportées en Angleterre, et cela moins par instnict confessionnel que dans ses directions politiques et matérielles.
« Comme l'ahtme appelle l'abîme, comme l'or attire l'or, ainsi Féutigration appelle l'émigration. »
Cet axiome parCuitement vrai est confirmé aujoardlioi par le tait qui se passe actuellement en Irlande, lait qui o»nstîtue un chapitre presque inaperçu dans la confusion générale du dix-neuvième siècle. Au temps 5eu/ appartiennent le droit et le pouvoir de montrer et de régler les résultats de grandes choses. Quelle sera la situation de l'Irlande au point de vue moral, religieux et matériel? Qu'on pose cette question aa vingtième siècle. Alors la réponse sera phis Gicile qu aujourd'hui. Il en est d'ailleurs de même pour TAngleterre et pour beaucoup d'autres Empires.
Une opinion da Constituiionnet (t854).
S008. Si Ton peut constater dans ces feuilles une lacune dans l'expression de mes sentiments sur ceilaines questions aujourd'hui pendantes, cela tient à la marche que suivent les compl cations européennes (auxquelles on donne le nom d^orien^ taies) ^ marche où Ton remarque surtout Pahsence de la lumière sans laquelle les choses les plus simples s'embrouillent et les choses les plus faciles à comprendre deviennent ininteffigib/es. La marche des é% énements, à partir du moment où le prince Henschikoff est intervenu à Gonstantinople jusqu'à la fin de l'année 1854, restera une énigme pour l'histoire, car elle n'a pas de donnée pour la calculer. L'idée d'une confusion sans bornes est la seule qui caractérise la situation; or, la confusion ne présente aucune mesure qui puisse servir de base au calcul.
Le Constitutionnel du 23 décembre 1854 — le Constitutionnel est un journal inspiré par le Cabinet français — contient le passage suivant :
« Parmi nous, le sang de bien des hommes coule plus vite et le cœur tressaille au souvenir de 1812, et notre généra* tion tout entière a appris de ses pères quel compte horrible elle avait à régler avec le Moscovite et le Cosaque. Remercions le Ciel d'avoir feit venir le jour de l'expiatioui et, puisque l'Europe nous y convie, ne manquons pas à son appel. 9 *
Accorde qui pourra cette exclamation avec le sens que le» deux puissances maritimes prêtent à leur levée de boucliers contre les empiétements de la Russie. Réduite à sa plus simple expression, la thèse de la feuille officielle veut dire ceci :
a Napoléon I" a attaqué la Russie en 1812, et la Russie a su se défendre; la France peut, Dieu merci, punir la résistance à son attaque! L'Europe invite la France à tirer cette ven» geance de la Russie; la France ne fera pas défont à son appel! »
Où trouver ici une trace du plus simple bon sens?
Paroles prononcées à un banquet par le prince Napoléon (i 855).
fi009. Dans un banquet donné par les membres du jury international de TExposition universelle de Paris au prince Napoléon Bonaparte, le 24 juillet, le prince a prononcé dan» un toast les paroles suivuntes :
« Nous, — la France, — nous sommes une nation de démo* cratie et d'égalité, par nos mœurs, nos institutions, et surtout par notre but. Gbez nous, l'employé devient ministre; Touvrier, industriel ; le paysan, propriétaire; le soldat, général; le peuple entier se couronne en élevant au trône une dynastie de son choix. » ^
En interprétant ces paroles dans le sens le plus modéré, pn trouve qu'elles se réduisent à des lieux communs qui ne sauraient donner à la France aucune supériorité sur les autre» Ëtats en ce qui concerne les usages, les mœurs et les lois, et qui, par conséquent, portent le cachet de prétentions que rien ne justifie.
La morale de ces absurdités est contenue dans la phrase finale.
« La nation se couronne elle-même en éleyant au trône une dynastie de son choix. » Voilà un non-sens qu'on n*avait pa» encore imag;iné jusqu'à présent.
Napoléon I** a dit : « La nation , en m'appelant an trône, et en établissant le droit de succession au trône dans ma ftK mille, a exercé un droit de souveraineté, v
100 BECUEIt DE DOCUM^ITTS (18MK18»«).
Il était rësenrë aa neveu de transformer Tidée de Fonele, en ce qui concerne sa valeur morale, en celle d*one action matërtelle, ou, ce qui revient au même, de changemne âioo* eiation téméraire en abiiurdité pure. Et c^est dt* pareilles niaiseries que se payerait « la nation la pins spirituelle du monde » !
On ne peut répondre à cette question que par raf&nnafrve. L'e^tprlt français ent léger, extrêmement mobile et entreprenant. Le Français traduit ses sentiments en action, sans se préoccuper des détails accessoires; il s*engage dans toute entre^ prise qui le tente, sans calculer le résultat de Taventure, et il compte, pour réussir, bur son adresse et sur la chance.
Le renversement de Tancieime royauté a donné aux Français une infinité de moyens d'arriver à la considération et à la fortune, et Phintoire de tous les temps ne pourrait guère présenter un second exemple do carrières Fournies ausssi rapidement dans des circonstances données que celle des maréchaux français.
La vîiile de la Reine d'Angleterre à Paris (1855).
9010. La Gazette autrichienne du 3 septembre 1855 contient, relativement au voyage de la Rt ine d'Angleterre à Parts., le passage suivant : « On ne saurait contester au rapprochement entre TAngleterre et la France Pimportance qui ressoK de la démonstration elle-même. Ce rapprochement fiévreux renferme la preuve que chacun des deux Gouvernements poursuit un but différent qu*il ne croit pas pouvoir atteindre seul. Car si le but était commun, on n^aurait pas besoin de fieiire si grand brnit de Pentente qui règne entre les deux pays et dVnnbellir leur bonne amitié par tant de grandes phrases. Si le bot était commun, on aurait pu le formuler depuis longtemps^ tandis que jusqu^à présent personne n'a encore pu sVxplîqaer la véritable cause de la crise actuelle. Une idée nettement expnmée sérail pmbablement réali>^e depuis longtemps^ cnr ce nVst qu'au moyen d*une idée de ce genre qu'on peutréos^arà faire d'alliés diplomatiques de véritables alliés. La lutte
la Russie, telle qu'elle est engagée, n'offre pas une explication suffisante, car Sébastopol ne Tant pas le prix qu'on a déjà payé et qu'il faudra payer encore. »
Ces réflexions sont parbitement conformes à la vérité, et les fiiits allégués impliquent un reproche fondé contre la signature de l'acte du 2 décembre 1854 parle Cabinet autrichien. Ce Cabinet savait-il alors ce que voulaient les deux puissances maritimes Pïl ne pouvait pas le savoir, car aujourd'hui même le mystère n^est pas encore éclairci. Par suite de cette ignorance, le Cabinet impérial s'est réservé formellement dans le traité une certaine liberté d'action. Un traité conclu en présence d'une réserve de ce genre n'a pas la valeur d^une alliance. Il ne peut rien sortir de bon d'une situation pareille !
L'histoire du percement de rîstlunede Suez (1855).
son. Je consigne la notice suivante, qui concerne une des plus grandes questions qui intéressent le monde et dont la solution amènera des résultats qui échappent encore au calcul, je la consigne, dis-je, dans ces fouilles que j'ai écrites à la hâte et qui n*ont d'autre but que de renseigner exactement ceux qui viendront après moi sur ce que j*ai pensé, sur ce que j'ai cru, sur ce que, pendant la longue carrière que j'ai fournie sur le terrain social, j'ai maintenu en principe avec une constance inébranlable.
Je parle du percement de l'isthme de Suez, c'est-à-dire d'une question qui vient d'entrer (à la fin de l'année 1855) dans sa seconde phase, d'une question à l'apparition de laquelle j'ai joué un des principaux rôles, et à laquelle je ne déroberai pas mon concours, même après ma retraite de la vie publique.
La valeur de Pentreprise est évidente par elle-même. Quelle influence l'exécution de cet immense travail exercera-t-elle sur le commerce du monde et particulièrement sur celui de notre Empire? 11 est inutile de s'étendre sur cette question. Trieste et Venise deviendront des marchés considérables et seront les intermédiaires du commerce d'importation entre tous les pays
••9 BBCUBIL DE DOCUMBHTS (I850-185S)*
d^ Allemagne et le Nord^ d^one part, et Tlnde, la dune et Pocéan Pacifique, diantre part, positions qui ne peoTent risquer d^étre exposées à aocone Ticissitode, car la nature elle-même a créé pour cette mission les points dont il s*agit; la destination de ces pays dérive de leur position géographique, et, pour cette raison, ils ne peuvent la perdre d'une manière durable.
Lorsque vers 1840 Méhémet-Ali eut Tidée de fiùre percer risthme de Suez, son coup d*œil si sûr lui fit entrevoir, k côté des avantages qui en résulteraient pour TÉgypte, bien des difficultés que Tezécution de l'entreprise pourrait rencontrer sur le terrain politique. La confiance personnelle que Méhémet- Ali me témoignait depuis plusieurs années, le porta à me fiiire part de son projet et à m'inviter à lui dire ce que je pensais des moyens à employer pour écarter les objections politiques possibles contre Pentreprise.
Je chargeai le consul général d* Autriche en Egypte de répondre en mon nom à Méhémet-Ali; dans ce but, j'adressai au consul Laurin une lettre qui contenait les matériaux nëcesssaires pour lui permettre d'expliquer clairement mes idées. Je résumai ma manière de voir de la façon suivante :
1* L'entreprise que Méhémet-AIi se propose d*exécuter pr^ sente un intérêt général et mérite, à ce titre, d'être appuyée par la Porte et par les puissances européennes ;
2* Pour que l'exécution en soit possible, il faut avant tout que Méhémet-Ali s'entende avec la Porte ; cette entente obtenue, l'afihire sera placée sur la base des droits de souveraineté du Sultan, qui régissent incontestablement le droit de libre circulation en dedans des limites du territoire ottoman (l'isthme qui relie TÉgypte aux parties orientales de l'Empire ottoman et aux côtes où aboutira le percement);
3* Cependant les droits de souveraineté de la Porte ne suffisent pas pour garantir l'exécution de l'entreprise. Bien que celle-ci intéresse le commerce du monde, il se présente des considérations d'ordre politique avec lesquelles il fiaut compter, ne Mt^e que pour en avoir raison si elles venaient à être mises en avant.
Lt Angleterre ^mais i Angleterre seine; peut prendre en con« sidëration les trois questions suivantes :
a. Est-ce que, par suite du percement de Tisthme de Suez, les relations commerciales existant entre l'Europe et particulièrement entre le Royaume-Uni et ses possessions dans TOrient ne subiront pas une perturbation préjudiciable à TAngleterre?
b. Le commerce maritime de T Angleterre ne risquera-t-il pas de fiaire de grandes pertes?
Cm Les possessions que TAngleterre a dans les Indes orientales ne seront-elles pas exposées à des dangers politiques par suite de Touverture d'une voie navigable reliant la Méditerranée à la mer Rouge ?
De ces trois considérations, la dernière seule mériterait d'être examinée; encore perd-elle beaucoup de sa valeur si Ton garantit que les vaisseaux de guerre seront exclus de la ▼oie navigable à ouvrir.
Pour assurer cette exclusion dans le cas où l'Angleterre la demanderait, le moyen le plus simple serait de bire signer un traité de neutralité pour l'exploitation du canal de Suez, traité qui serait accepté par toutes les puissances maritimes et par la Porte.
Méhémet-Ali partagea mes vues; des embarras politiques et les révolutions de l'année 1848 amenèrent un temps d'arrêt dans l'entreprise. Le Gouvernement anglais profita de cet intervalle pour construire une ligne de chemin de fer destinée à relier le Caire et Suez dans son intérêt particulier.
Méhémet-Saïd, le pacha d'Egypte actuel, a repris l'idée de son père. Comme il était au courant de mes vues, il sVst mis en relation avec moi aussitôt après son avènement, afin de faire avancer l'entreprise. Il arrivera à son but*.
* Da reste, noas renToyons le lecteur aai docaments publiés dans le t. VI, p. 702; il y trouvera la lettre k Laurin, mentionnée ci-dessus.
(iVoCe de t Éditeur.)
mé BECCEIL BE DOCCMESTS (l»*-mi|.
Mort àt Hcvi Borne (185S).
SOIS. Henri Heine Tient de moorir (17 ferrier 19X. On •*expli |ne ^rèft-bien les jogements contradictoires des oonAenBporains sur nn poëte placé si haut par Tesprit et tombé mor»îemptit dans nn bourbier par sa dépravation. Heine était on ^nd poëte, une personnalité placée au dernier d^r^ de récbelle morale, mais douée de grandes qualités intellectupllps, et avant tout un cynique renforcé. Je croirai Tolon» tiers, d*aprés ses propres aveux, que, pendant la dernière période de sa maladie, il a plus penché vers le spiritualisme qne vers le grossier matérialis^me; mais, d*autre part, il est certain pour moi que son cœur ne savait pas s'élever jusqu^au sentiment religieux*
Une des réflexions les plus absurdes parmi celles que la mort de Heine a provoquées chez les libres penseurs, c'est bien la suivante, qui émane d*un de ses amis français, qui étnit en même temps son frère en irréligion : « Quel deuil de voir un de ces microcosmes plus vastes que Tunivers et contenu dfins Tétroite voûte d'un cràne« brisé, perdu, anéanti! Quelles hautes combinaisons il faudra à la nature pour former une tète pareille! »
Il ent impossible au matérialisme de tomber dans une aber* ration plus grossière que lorsqu^il accouple les idées de « hautes comhinaiHons » et de nature, et confond Tidée du Créateur avec celle de la créature !
Sur la conFéreoce de Paris (1858).
9015. L^idée de placer l'intégrité de la Porte sous la garantie des puissances européennes est absolument (iausse. File devient juste si on la chanf;e en celle de Tobligation réciproque de «'interdire tout empiétement sur les possessions territoriales du Sultan. Telle qu'on la conçoit aujourd'hui, l'entreprise repose sur une petitio principii. Toute garantie implique une subordination à une puissance étrangère et est, par con^quent.
un empiétement snr l'indépendance souveraine, qu'ell restreindre.
Si l'on jette un coup d'œil critique 8ur les délibéra la conférence de Paris actaelle, on est frappé tout d'à ce qu'il y a de singulier dans leur marche.
N'ayant pas de programme arrêté, n'ayant pas pr question qu'il s'agit de traiter, cette réunion s'agite < cercle sans issue, dont le centre est une tâche non ce qui arrive toujours quand on met en avant de gran< qui peuvent se gonfler jusqu'à l'infini. Aussi la confén s'occupe-t-elle jamais de la question elle-même, ainsi prouvent les discussions de chaque jour; par contre, ei die la manière de la faire avancer; elle n'examine pas h tion an, mais seulement le quomodo.
En procédant ainsi, on relègue forcément le fond question au second plan, et l'on se borne dans les dise à rechercher des moyens qui, dans la plupart des cas, de conduire à la solution du problème, ne font que le plus compliqué.
Sur la tendance À pousser T Autriche vers l'Orient (1858).
9014. L'idée d'engager l'Autriche en Orient joue d'un article stéréotypé dans la littérature des journaux brochures, et cela non-seulement dans les derniers t mais depuis une trentaine d'années.
Ce fait provient des calculs auxquels se livrent les par plus divers, sur le terrain social aussi bien que sur le t( politique.
Par suite de son importance et de sa position géograp) TAutriche forme un centre de gravité au milieu du con européen. Suivant les circonstances, ce point apparaît i comme une grandeur négative, tantôt comme une gra positive. Dans l'une comme dans l'autre hypothèse o obligé de compter avec l'existence d'un Empire qui pèhc g^nd poids dans la balance.
L'Autriche a été de tout temps un obstacle à la poli
606 RECUEIL DE DOCOMENTS (1850-1858),
toujours envahissante de la France et aux efforts réyolutioonaires des partis qui se dëmènent sous prétexte de réforme oa de renversement de tordre de choses existant, et il eo sera de même tant qu'il y aura un grand Empire au centre du continent. Là où les partis sociaux et politiques ne peuvent pas se flatter de Tespoir de renverser la puissance qui les gène, leurs menées tendent nécessairement à afEaiblir moralemeDt et matériellement le corps dont la présence les importune.
Un moyen d'arriver à leur but, c'est de pousser rAutriche vers l'Orient, moyen qui coïncide avec Vélimination de TAotriche de TOccident.
La presse considérée comme Texpression de l'opinioD publique (1858}.
SOltf. La presse est une puissance si dangereuse parce qoe, d'une part, elle cherche en elle-même ce qui est en dehors d*elle et que, d'autre part, elle croit trouver en dehors d'elle {pielque chose qui pourtant n'existe qu'en elle. Ses aveugles adorateurs lui reconnaissent le droit à la direction des affaires publiques, tandis que son influence sur elles est plutôt perturbatrice que salutaire, ne fûtp-ce que parce qu'elle ne peat jamais agir comme une puissance unie. Ces adorateurs honorent la presse du nom d' « écho de ropinion publique » , tK pourtant chaque écrit n'est que l'expression des idées parti* entières de son auteur. Ici l'on voit apparaître joumellemeat une anomalie palpable. Âttribuera*t-on jamais à une publication émanant d'un gouvernement quelconque, même d'an gouvernement répubhcain, la valeur d'une expression de l'opinion publique? Assurément noni Par contre, il n'est pas d'obscur journaliste qui ne revendique pour ses produits l'honneur de représenter l'opinion de tous. Quelle confusion ne trouve-t-on pas ici dans les idées!
La foi religieuse (1858).
2016. La décadence des Empires va toujours de pair avec les progrès de l'incrédulité.
La Foi religieuse, qui est la première des vertus, esl sëment pour cela la plus grande des forces. Elle seul Tattaque et rend la résistance invincible. La foi ne p( diminuer chez une nation sans entraîner raffiaiblisseni cette dernière ; or, la chute des États ne suit pas une p sion arithmétique comme la chute des corps, elle ne tai à conduire au néant.