L'ANNÉE DE LA MORT DU PRINCE
nSCUSIL DB LBTTBBS ÂDRB88BB8 PAR LB PRIBGB DB MBTTEIUIICH AU BUOL, HINI8TRB DBA AFFAIRB8 ÉTRAHGÉRBS A TIBHRB, ET DB DIYEBSI LETTRES ÉCRITES DU i*' JAIITIER A LA FIM DU MOIS DE MAI 1859.
20i7. Satisfaction caasée au prince par l'attitude de son fils T\ Dresde. — 2018. Jugement de Dechamps sur Louis -Napo ^019. Sur les projets de Louis -Napoléon. — ÎOSO. Deux p;
— Vote du Parlement ionien. — Élections dans la Moldo-VaL 5^021. — La nouvelle carte de l'Europe. — Discours d*ouYertun poléonau Corps législatif. — S022. Entretiens avec le marécl vaez et Lesseps. -* 2023. Sur la situation et l'attitude de l'Aut 20S4. Article de la Patrie sur les traités conclus par rAutri< les princes italiens. — 90t5. Entretien avec Gowley. — 20S6. E article de la Patrie, — 20S7. Nuages menaçants h l'horison [
— Contre le congrès préventif. — 2028. Sur le silence de Ro 2029. Avant la campagne d'Italie. — 2030 et 2031. Explosion de 1 ^- 2032. Sur une mission du prince de Windiscbgraetz. — 2033. R faites sur le quatre-vingt-sixième anniversaire de naissance. — S dernier écrit du prince.
2017-2018. Mettemich au comte de RuoI, à Vienne.
Vienne, le £•' de l'an 1859.
8017. Je ne saurais mieux inaugurer cette date qu'e adressant quelques mots.
nu. 39
La lettre de Richard me satisfait eo ce qu'elle me prouve qu'il suitles impressions du chef de Cabinet auquel il a affaire, avec Tattention qu'un météorolog;ue zélé voue aux yariations atmosphériques. Ce qui importe, c'est que Tobservateur ne se trompe pas entre les causes et les effets, et ne cherche pas dans l'un les éléments de ce qui appartient à l'autre.
Je comprends que le chef du ministère du roi de Saxe soit fort ému d*une position politico -sociale comme celle qae l'année qui vient de finir a léguée à l'année dans laquelle nous venons d'entrer. Pour cela, il peut me suffire d'écouter mes propres impressions, qui, je l'avoue^ ne sont pas flatteuses pour la situation.
30 janvier.
8018. C'est au moment où je renais d'écrire la dernière ligne de la lettre que je marque par le chiffre n* 1, que j'ai reçu par la voie de la poste la lettre ci-jointe de M. Dechamps, dont le contenu est empreint de l'esprit qui anime l'auteur de l'article du Journal de Bruxelles du 23 janvier.
Le jugement que M. Dechamps* porte sur Louis-Napoléon est en parfait accord avec celui que je forme et que rend à merveille le mot de M. Thiers que vous trouverez dans la lettre de M. Dechamps (un mot que je n'ai point connu) : •JLouiS'Napoléon est un fou flegmatique, avec toutes les apparences du bon sens^ »
En ajoutant à ce trait caractéristique, si spirituellement exprimé par M. Thiers, les données que renferme la lettre de M. Dechamps sur les influences qui agissent en ce moment sur le Napoléon du jour, données que je regarde comme pleinement conformes à la vérité de la situation, il ne nous reste, ce me semble, rien à apprendre pour juger la situation.
Ce que M. Dechamps dit de la pensée d'un interlocuteur anglais, est un amalgame d'idées à la fois bonnes et défectueuses, mais qui mérite une sérieuse attention. Comme à ceux
* Un des principaux chefs et orateurs du parti conserrateur en Belgique h cette époque^À. {Note de l'Êdkeur.)
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l
qui veulent bieu m'écouter j^aime mieux parler < veuillez, si vous tenez à savoir ce que je pense, m'e baron de Werner, et me renvoyer, par lui ou par to voie, la lettre de M. Decbamps, que vous jugerez sa digne d'être copiée pour extrait, et placée dans les an département.
Metternich à lady Westmoreland.
Vienne^ le 6 février.
2019. Ma chère comtesse, quel effet produit sur bon esprit la position où se trouve aujourd'hui FEurope? Gomment serait-elle jugée par le duc de ^ ton, qu'il faut estimer heureux de ne pas avoir eu à I Quant à moi, elle me pèse comme un outrage au sensé j comme un cauchemar, un outrage à Thumaine i aux conditions les moins douteuses de la vie sociale ! G( est-il chargé? Certes non. Ce qui peut arriver de pire marche du temps, c'est une confusion qui s'étend jusqt gage et dans laquelle les mots eux-mêmes perdent lei fication. Quel est aujourd'hui le sens des mots allianc liberté et vie internationale? Les grammaires et les naires seront-ils soumis à une refonte? Car enfin il faudr voir s'entendre, et, à cet effet, commencer par se comf
Quelle autorité sera chargée de la tâche? Sera-ce ui velle conférence ou un congrès à Paris?
Avez-vous pris connaissance du pamphlet récemme à Paris sous ce titre : Est-ce la paix? est-^e la guerre? S est point ainsi, corrigez votre oubli ; vous trouverez < produit le fond de la pensée napoléonienne, qui toutefo dans son application une difficulté montrant la différei existe entre ce qu'un Napoléon (lequel se trouve n'» dernière instance qu'un homme) veut ou voudrait p vo uloir,
X'auteur de l'opuscule en question suit une ligne de nement logique, qui se résume dans les termes suivants
« 1' La guerre est le Héau a la rois le plus grand et le plus immoral qui puisse peser sur rhumanité ;
a S** La paix est, par contre, le plus grand des biens;
« 3* Ce qui n'est ni la guerre ni la paix est une situation insoutenable. C'est à cette situation qu'il est nécessaire de mettre un terme. »
Voilà, certes, trois points qui sont justement présentés.
Passons aux conséquences et aux moyens à employer pour servir la cause de Thumanité.
Ils sont placés sous la main; il suffit de les admettre.
« Le premier moyen, c'est rétablissement d'une cour arbitrale, investie du droit de verdict sans appel dans les causes qui lui seront soumises par les parties engagées dans un litige, ou remises à son arbitrage par la Cour qui portera le titre de Congrès de Paris. »
Second moyen :
a Faire passer des codes de la loi civile dans ceux du droit des gens le principe de l'expropriation Forcée pour cause d'utilité publique (en changeant toutefois le mot publique en celui d'utilité européenne).
« L'Europe tout entière sera chargée de l'exécution du verdict de la cour arbitrale aux dépens de la partie récalcitrante.
« Budget des causes pressantes à juger par arbitrage,
« Elles se réduisent à la question italienne. Les autres questions, telles que celle des principautés du Danube, celle de la navigation sur ce fleuve, celle de la Servie, etc., peuvent être ajournées; ce qui presse, c'est:
a a. L'expropriation forcée de l'Autriche du royaume lombard-vénitien, pour punir le délit de tyrannie de cette puissance et pour venger le respect dû aux nationalités ;
« b> L'expropriation des ducs de Modène et de Parme, comme entachés des délits reprochés au Gouvernement autrichien ; ,
«c. Celle du Pape, vu l'incapacité du pouvoir spirituel d'exercer le pouvoir temporel ;
« d. L'expropriation du Roi de Naples pour cause de mauvais gouvernement.
« Avec cela, la paix du monde est assurée à jamais le, et soumettez'-vous. •
L'homme qui a couche sur le papier les paroles venez de lire est-il fou ou tout simplement imbécile?
Non; c'est soit un confident, soit un courtisan i comme il y a des enfants terribles. Dans tous les cas : qu'un sot ; les fous se trouvent placés plus haut.
Où feut-il aller chercher les dupes? Je me garde c gnaler; mais ce dont j'ai pleine conviction, c'est t nombre est aujourd'hui fort restreint, si toutefois il s'e encore dans quelque coin reculé.
La puissance de l'Océan se laissera-t-elle régler pa trage et exproprier? 3e suis aussi sûr du contraire i suis à l'égard des puissances continentales, à comme i celle que l'excès de sa tyrannie a rendue indigne de j i un pouce de terrain au delà des Alpes.
Ce qui, en tout état de cause, est certain, c'est qui de folie ne convient plus à la situation, et qu'il n'esl applicable qu'à une individualité qu'aucun éclat de fulminante n'a touchée, mais qui me semble ne ^ i échappé à son effet moral.
2020-2022. Metternich au comte de Buol, à Vienne.
Vienne, le 7 février.
8020. Si vous pouvez en disposer, veuillez me ren ' brochure uEst-celapaixPest-celaguerre?» quejevousaii ; J'attache une certaine valeur à en rapprocher le contei i le pamphlet • l'Empereur Napoléon III et l'Italie » , que j de recevoir. II m'a suffi d'en lire les premières pagr acquérir la certitude que les deux pamphlets ont le mémi de départ et sont comme une sorte de préfece au disco Trône, qui vous sera sans doute transmis dans le courai: journée. Tout cela, en somme, est du nonsense, crimini sa conception, plein d'audace dans sa poursuite et de < pour son auteur et tous ses aboutissants. Ramené à son c
sion la plus simple, c'est du mélodrame de la pire et surtout de la plus plaie espèce. J'en reviens à Tidë^ d'un cerveau détraqué par Texplosion des bombes fulminantes.
Deux faits viennent aujourd'hui en aide à l'Europe torturée :
Le vote du Parlement ionien,
Les élections moldo-valaques*.
Ces deux faits ont la valeur de coups du sort. Que les Cabinets les admettent comme tels, et ne se rendent pas coupables d'intervertir les conséquences naturelles des produits des idées napoléoniennes, condamnées à subir l'épreuve de leur mise en action. Pour atteindre ce but, il leur suffira de s'attacher à la valeur des traités et à la défense de cette valeur. Le Gouvernement anglais ne pourra se refuser au soutien de la question, qui, ainsi posée, n'admet pas la discussion.
Si je ne me trompe, l'Europe se trouve, à l'heure qu'il est, plutôt en fiace des idées de Plonplon que de celles de Louis- Napoléon. Toutes deux sont des idées napoléoniennes, également entachées du manque de pratique; les nuances seules les distinguent.
8 février.
2021. Je vous renvoie, mon cher comte, la carte de FEurope remaniée. A quel parti appartient le politique géographe qui en est l'auteur? Je suis plutôt porté à le chercher dans les rangs des réfugiés français en Angleterre, que parmi les amis de Louis-Napoléon. La France, qui dans ce remaniement reste les mains vides, est une attaque dirigée contre le Cabinet impérial et qui me semble inspirée par la chanson aussi sublime que connue : J'ai du bon tabac dans ma tabatière, mais tu n'en auras pas. La France est le pays condamné à fournir au
* Les députés des îles Ioniennes, réunis par Gladstone pour examiner les réformes proposées, demandaient la révision des traités de 1815 et Tincorporation des îles Ioniennes à la Grèce. Le deuxième point mentionné cidessus se rapporte à la nomination d'Alexandre Couza comme hospodar de la Moldavie et de la Valachie par les assemblées nationales de ces deux pays, élection par suite de laquelle les deux principautés se trouvaient réunies de fait en un seul État. (Note de V Éditeur.)
monde, dans toutes les occasions, la preuve que 1 touche au sublime.
Le discours du 7 février* n'invalide point ceti il est même riche en preuves que tel est le sort d qui personnifie la France. Je suis cependant trop just pas admettre à son égard une nuance de mots ; a i ne convient pas à la situation , il faut en substituer ui celui d' a infotuation » , ou tout auti^e dont je vous choix, et qui caractérisera le mieux le cas d'un ba grosse caisse qui, en faisant sa ronde dans une ville, les dormeurs en les empêchant de dormir. La puissant lëonienne la plus compacte ne suffira jamais pour ai vëritë dans ce cas.
L'accusation dirigée contre TAutriche dans le dis 7 février est réduite à un bien mince objet. Le régi tordre dans les pays roumains est certes Tune des cl n'ont pas le droit d'être quahfiées de sublimes; ce contre, fait toucher le sublime au ridicule^ c'est l'c où devra se trouver inévitablement placé le Cabinet par la défaite de ses plans de perfectionnement d de la Moldo-Valachie. L'Autriche peut sans dan( elle-même assister à cet embarras en qualité de sp( et attendre le développement d'une pièce fort mal par son auteur.
21 février.
80S2. Vous allez lire quelques lignes qu'à juste t et moi pourrions qualifier de commérage, s'il ne s'a{ personnages qui excluent jusqu'à une certaine mes épithète.
* Discours prononcé à l'ouverture des séances du Corps légi lequel l'Empereur Napoléon fait entrevoir assez nettement la | l'Autriche. Il y dit qu'il continue d'être l'homme de la paix, que térèt personnel et une mesquine ambition ne diri{;eraient ses ac que, les mêmes intérêts ayant étroitement uni la France et la Si l'Empereur se sentant fort de son alliance avec l'Angleterre et de i amicales arec la Russie et la Prusse, il réglerait les différends ave< en faisant triompher la cÎTilisation. (Note de tÉditet
VOICI ce que je crois aevoir poner a votre connaissaDce.
Hier matin, un valet de chambre est venu me dire que le maréchal Narvaez me feisait demander Theure à laquelle il pourrait se présenter chez moi.
Vous comprendrez que j'ai cru que mon homme se trompait de nom. Il me prouva qu'il n'en était point ainsi, ayant écrit ce nom sous la dictée d'un laquais de M. d'Ayllon. J'ai répondu que le maréchal me trouverait prêt à l'heure qui lui conviendrait.
Le maréchal vint en effet se présenter chez moi à deux heures, accompagné de M. d'Ayllon et d'un autre personnage, qu'il me présenta comme ayant été le dernier gouverneur militaire de Madrid.
Nous nous assîmes, et la conversation suivante s'engagea entre nous. Je vous en rends textuellement le début :
Moi. — « Qu'est-ce qui vous amène à Vienne et me procure ainsi l'honneur de flaire votre connaissance personnelle?
Narvaez. — Je viens de Paris et me rends à Venise, où je compte passer la fin de l'hiver. J'ai pris la voie de Vienne, uniquement pour avoir une occasion de vous voir. J'ai, depuis que je suis au monde, toujours entendu prononcer votre nom ; j'ai voulu faire votre connaissance personnelle.
Moi. — Ce que vous me diles ne peut que me flatter; je puis vous assurer, de mon côté, que je suis charmé de (aire votre connaissance. Comptez-vous (aire un séjour ici et vous présenter à l'Empereur?
Narvaez. — Je ne m'arrêterai pas au delà d'un jour à Vienne. 11 est possible que je revienne par ici quand je quitterai Venise. Mais je ne puis me présenter à la Cour aujourd'hui, n'ayant pas même un uniforme dans mes bagages de touriste. »
Après ce début, je tournai la conversation sur la déplorable position du jour et sur les impressions sous lesquelles il venait de quitter Paris. Vous rapporter sa réplique, ce serait vous apprendre ce que vous, moi et le monde entier sarons et sentons. Mais les paroles suivantes offrent un intérêt plus particulier :
« Il n*y a qu'un cri en France, c'est celui de pa est celui de la population tout entière, de toutes I< dont se compose cette population, y compris Tarméc
— Gomment! m'écriai-je, y compris Tarmée ?
— Oui, l'armée, à commencer par les maréchaux, d'exceptions près, toutes les notabilités militaires. »
A la demande que je lui adressai, s'il s'était trouvé tion particulière avec l'Empereur, il me répondit q pris congé de lui avant son départ.
« Et quelle impression vous a-t-il faite ?
— Celle d'un homme qui se sent engagé dans un d( issue. »
Faites de ce récit tout ce que vous voudrez ; je vous sans y ajouter de commentaire.
Ce matin, M. de Lesseps est venu me voir à son pour l'Egypte. Après avoir parlé du canal de Su< marche en avant comme poussé par la /orce même des je lui ai demandé compte de ses impressions sur la situ la France. Ses paroles se confondent avec celles du m Narvaez. Il regarde la situation que s'est faite l'Er comme éminemment dangereuse pour lui et comme le d'une aberration de son esprit. Ce qui est curieux, dernier mot de notre conversation :
(I Avant de partir de Paris, j'ai eu un long entretien prince Napoléon, lequel, comme vous le savez, est un i reuz partisan de l'œuvre du canal, et que sa position i engage dans cette entreprise d'une manière spéciale avoir épuisé cet objet, j'ai dit au prince : — Tout celr et bon ; mais en face de quoi sommes-nous placés? Es face de la guerre ou de la paix, qui exerceront, l'une oi une influence directe sur notre entreprise? Voici ce prince m'a répondu : — Je ne puis foire une réponse i rique, mais mon sentiment est que les chances de la p; i porteront sur celles de la guerre, v
Faites également de ce récit tout ce que bon vous se i Je n'y ajouterai qu'un dernier mot. Lesseps m'ayant c
« L'Empereur m'a toujours recommandé de suii
Taffaire du canal vos inspirations sur la marche à suivre, et it m'a répété ce conseil quand j'ai pris congé de lui.» Voici ce que je lui ai répondu :
ft Si TEmpereur Napoléon tient compte de mes impressions, je regrette de ne pas me trouver en fece de lui comme je Tai été à Tégard de son oncle. Quand celui-ci m*a dit, après une conversation de neuf heures de suite, et dans laquelle j^ai trois ou quatre fois ramassé le gant qu'il a fait semblant de me jeter : « Eh bien! savez-vous ce qui arrivera? ft L'Autriche ne me fera pas la guerre. » Je lui ai répondu : ft Sire ! vous êtes perdu ! » Si aujourd'hui je me trouvais en foce du neveu, voici ce que je lui dirais : « La situation, telle « que vous l'avez amenée, arrivera à une fin. Le premier coup « de canon que vous tirerez fera appel à des milliers de coups a de canon. L'affoire se trouvera engagée, selon ma conviction a intime, entre la France qui aujourd'hui est vous, et l'Europe; « l'Europe aura pour et contre elle le sort naturel des guerres; « elle aura pour elle la chance du succès et contre elle celle de « la défeite. Vous êtes, par contre, placé différemment; vous « aurez contre vous l'une comme l'autre de ces chances.»
Telle est évidemment la position que s'est faite le neveu de Napoléon P'. La situation est-elle pour cela même plus flatteuse pour l'Europe?
J'ai de la peine à le croire.
Je m'attends à être exposé sous peu à avoir un entretien avec l'ex-empereur Soulouquel Le monde, mon cher comte, est en état de folie. Restons sages, et nous le resterons si nous nous plaçons sur la base de principes hautement avoués.
Metternicli au prince de Wiodiscligraetz.
Vienne, 5K4 février.
8023. Ce serait se livrer à une erreur si l'on fixait les yeux seulement sur les embarras strictement politiques du jour, qui sont en réalité la conséquence d'un mal plus profond et dont
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l:
les mots de perturbation sociale renferment la expression.
C'est non-seulement sur le terrain politique, mi terrain social que, sur le continent européen, deux se trouvent placés en opposition directe : — la France versée par une révolution sociale, et occupée en vaii plus d'un demi-siècle à la reconstruction d'un édifice nemental solide sur des bases révolutionnaires ; VA par contre, appelée, par une force des choses nuUemi traire, à ne pas dévier des principes qui sont les base: de son existence, et qu'elle ne saurait abandonner sai le risque de la dissolution de l'Empire.
En établissant ces vérités, je ne croirais pas nécesss dire davantage pour justifier la valeur que j'attache è rites comme renfermant le seul point de vue pratique pas se tromper sur les causes premières et permane froissements qui existent entre l'Empire ou (si l'on vei l'Empereur, qui à juste titre peut se qualifier d'être la du jour, et notre Empire conservateur.
Tout ce qui dépasse les limites de cet exposé ap au domaine de la conduite politique que doit suiv triche pour ne point courir le risque de fausser sa et de se placer en opposition avec les bases mêmes existence.
La marche de notre Gouvernement doit en toute renceêtre prononcée et claire, comme doit et peut l'èti celle d'une autorité qui, vu qu'elle ne cherche rien et n'a rien à chercher en dehors de ses droits et de son possession légal, n'a rien à cacher de ce qu'elle chi veut, comme de ce qu'elle ne veut et ne cherche p tout cas donné. En suivant cette ligne de conduite pc nous gênons sans aucun doute la puissance qui s'est c dans la pire des conditions politiques et sociales — cell jamais pouvoir avouer ce qu'elle veut et cherche en — De là le froissement qui existe entre la France e c'est l'Autriche qui gêne le représentant de la Fran le développement de ses plans inqualifiables; la gên
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ceux qui réprouvent; à ce mal il n'y a point de remède, mais rirritation n'est pas une force et moins encore une raison ni l'expression d*un droit, et ce n'est pas en lui portant le droit en holocauste que Ton arrêtera ses effets; ils s'en trouveront renforcés.
2024-2027. Metternich au comte de Buol, à YienDe.
Vienne, le 28 février.
2024. Je suppose que vous avez été rendu attentif à l'article que la feuille de V Indépendance de ce jour consacre à la récente manifestation du journal la Patrie sur le compte des traités de l'Autriche avec quatre Cours italiennes. S'açit-îl, en effet, de ces traités? Non! Ce dont il s'agit, c'est d'un prétexte propre à expliquer et à justifier l'attitude que l'Empereur, malaviséy a prise dans ce qui porte le nom d'affaires d'Italie, c'est-à-dire dans une question qui avant tout n'existe pas, et à laquelle celui qui y cherche une arme défensive pour fausser les esprits et les étourdir sur ce quil veut, sans avoir le droit de le vouloir, ajoute la valeur d'un appui fantastique- et pleinement injustifiable. Le fait, à mes yeux, a le caractère d^une manœuvre. Ce qui a de l'intérêt, c'est de savoir si cette manœuvre a pour but de servir de masque à une retraite ou à un changement dans le point de l'attaque. Je penche pour la dernière de ces suppositions, ne fût-ce que parce que Vobjeî est nul et de toute nullité de sa nature,
La question des traités se réduit à deux faits :
a) Les États indépendants jouissent-ils du droit de conclure des traités?
b) Les traités conclus entre de pareils contractants ont-ils une valeur légale?.
Les réponses à ces questions ne sauraient être douteuses. Sur quoi peut donc porter une récrimination de la part d'une autorité tierce?
Elle ne peut être trouvée que dans une prétention (et une prétention n'est pas l'équivalent d'un droit) injustifiable devant
le tribunal de la raison, nommément dans celle que jouissant de la souveraineté sont bornés dans l'exercice droits par les convenances d'une autorité suprême q\ dans la puissance française.
L'Angleterre, — et je la cite de préférence, parce opinion compte bien particulièrement dans ce mon TAngleterre peut-elle se prononcer en foyeur de la pr française?
Lord Gowley sort de chez moi. Il m^a bien frani rendu compte de sa position, et cela dans un très-bon
!•' mars.
8025. Je TOUS rapporte ci-après les traits saillants ( tretien que j'ai eu hier avec lord Gowley.
Il s'est présenté à moi comme à la plus ancienne • sance à laquelle se rapportent les souvenirs de sa jeui m'a dès lors mis en droit de me placer dans ce rôle et profit de ma position actuelle.
Après quelques phrases de banale courtoisie, je lui ai cette simple question :
a Que venez- vous faire et chercher ici? Étes-vous uc français ou le représentant de votre Cabinet? — J m^a-t-il répondu, chargé d'éclaircir le terrain dans l'in la cause de l'ordre, non comme un fondé de pouvoir c vemement que je représente en France, mais con organe bénévole des dispositions fovorables au mainti< \ paix de l'Empereur, qui est fourvoyé, et que veulei d'une situation insoutenable les hommes dévoués en Fi son existence et au maintien de la paix politique. Mo vemement m'a permis de remplir ce rôle ; il entend proposer, afin de s^assurer une pleine liberté à Tégs décisions. Ce que vous ne mettrez pas en doute, c*est : décisions seront, le cas échéant, conforme» au respei professe pour le bon droit et la valeur d)es traités. »
« ^ Je vous avouerai, ai*je répliqué, que je préfèr tude prise par votre Cabinet, parce qu'elle ne préjuge
liberté de son action, à une attitude plus avancée. Les questions que je tous adresserai pour me donner quelque lumière sur la situation ne sauraient dès lors avoir trait qu^à la situation de la France.
« En admettant que l'Empereur Napoléon lui-même ou que ses serviteurs sentent le besoin de cbanger de direction, est-il en mesure de reculer? »
Lord Gowley me dit : « Je conçois que vous puissiez avoir des doutes à ce sujet; il en est autrement de ma part. Louis- Napoléon est On jongleur habile et osé; il a du jarret, et les sauts périlleux ne l'effrayent pas. Le dégoût général de la situation actuelle qui se prononce en France lui viendra en aide pour faire volte-face.
« — Et le cousin? demandai-je à lord Gowley. — Le cousin n'exerce pas sur TEmpereur d'autre inBuence que celle de la peur, et pour le pays il n'est qu'un objetde peu d'estime.
« — Eh bien, dis-je à lord Gowley, avancez ici avec confiance, et vous ne tarderez pas à vous convaincre des vérités suivantes. L'Empereur sait ce qu'il veut et ce qu'il ne saurait vouloir. Ge qu'il veut, c'est la paix, avec ses garanties légales et rationnelles. Il ne cherche rien en dehors des limites de son Empire, si ce n'est la réciprocité des égards que se doivent les États. Ge à l'égard de quoi il n'admettra jamais une concession, c'est au détriment d'un principe. Il veut et doit vouloir ce que doivent vouloir tous les pouvoirs qui savent se respecter eux-mêmes et d'autres pouvoirs. »
Tel est le résumé d'un entretien qui a duré plus d'une heure, et qui me laisse l'impression que mon interlocuteur est animé d'un bon esprit. Ge qui dans notre entretien a pour moi le plus de valeur, c'est ce qui concerne l'attitude du Cabinet anglais dans la mission de son représentant officiel en France, qui est son intermédiaire dans ce moment à Vienne. C'est ce qui m'engage à vous faire part de ce que m'a dit lord Gowley.
Quant au jugement qu'il porte sur la situation de la France extra et intra muros, ses impressions se rencontrent en tout point avec les miennes.
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l
5 man
8026. Je vous adresse ces lignes pour vous engage les yeux sur Tarticle de la Patrie que rapporte l\ dance de ce jour. Il sort évidemment du Cabinet d< Napoléon.
Je ne saurais admettre comme possible un tohu-bc complet de pensées, de volonté, de gène, de sophisn place de raisons, de recherches pour rendre clair Tinjus en le .noyant dans un amas de paroles vides de sens.
L'aveu est clair, que ce dont il retourne, c'est la ^ d'Italie, c'est-à-dire, une question qui est et qui res spectre jusqu'à ce qu'elle soit rendue définissable et [ même compréhensible. Qu'ont de commun avec la q d^Italie, et Waterloo, et Sébastopol, et les larmes du Richelieu, etc., etc.?
La Patrie dit : a // importe que l'Italie échappe alternative terrible d'une révolution ou d'un asservisses
L'Autriche sera d'accord avec cette solution. Mais dites comment vous entendez servir la cause que l'A entend servir de son côté. Cette cause pourra-t-elle être par des paroles vides de sens, telles que celles de nati< de respect pour le principe de non-intervention, et le fei interveotion permanente de la France en fiaveur de volution, d'un appel à l'insurrection des populations leurs Gouvernements, et par le cri non dissimulé et sous des injures à l'Autriche du mot : « Ote-toi de le m'y mette » ?
Ce qui est clair, c'est que Louis-Napoléon se mo monde.
Posez hardiment les questions, et qu'elles soient i publiques avec les réponses !
2027. En même temps que je vous rends compte impressions sur la déplorable position où se trouve p
chose publique (je ne trouve pas d'autre nom pour désigner la situation), je TOUS envoie une sorte de corn plcment de notre dernier entretien.
Les nouvelles de chaque jour annulent mes facallés et paralysent ainsi ma bonne volonté de penseur et de spectateur du désarroi dans lequel sont entrés les intérêts les plus graves de la société.
Sur quel point de départ puis-je en effet asseoir un travail inutile pour ceux qui sentent et qui voient ce que je vois et ce que je sens? Celui sur lequel peut être fondé un exposé logique de la situation du jour change d'aspect d'heure en heure,
L'Europe ressemble à un vase dans lequel les substances les plus diverses sont en évolution, en une fermentatioD Don spiritueuse, mais dissolvante, dont le mouvement empêche la cristallisation des substances homogènes. Reconnaître cette vérité, ce n'est pas se tromper, mais rien de plus.
Je m'arrête dès lors à quelques propositions que je Formule dans les termes les .plus simples, et qui rendent le mieux compte de mes impressions.
1" L'Europe se trouve en présence d'une perturbation qui est le produit, non d'une révolution nouvelle, mais de celle qui a pris son essor en France il y a soixante-dix ans. Sociale de sa nature, cette révolution a bouleversé jusque dans ses fondements le pays dans lequel elle a pris naissance, et elle a étendu son action sur les autres États.
2" Huit banqueroutes*, que des systèmes de gouvernement fondés sur des théories privées de toute saine pratique ont imposées à la France, et qui composent en toute vérité son histoire pendant les dernières soixante-dix années, marquentelles la fin de la détestable situation dans laquelle se trouve placé le second Empire sous le troisième Napoléon?
Certainement non. La neuvième banqueroute gouvernemen-
* Liste des banqueroutes qui ont eu lieu en France dans le cours des derniercf soixante-dix années :
1» Entre tes années 1789-1791.
Banqueroute de la réforme des abus ayant existé soos le régime de U
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l8
taie est conforme aux règles sur lesquelles peut seul et an calcul de probabilités. Ce pronostic me conduit toi une remarque d'une yaleur bien importante.
La France a seule traversé jusqu'à cette heure k d'une révolution sociale ; les lois qui la régissent, son a tration intérieure, en un mot, sa vie intérieure, sont duits de la chute de l'ancien édifice social et de la consi du nouveau.
Il suffit de l'existence de ce feit pour rendre pal] différence qui existe entre les dangers que la Révoluti à la France actuelle, produit d'une révolution consom ceux dont elle menace tous les autres États placés bases historiques. Le fait constaté par l'épreuve de pi demi-siècle, et qui en même temps est la conséquen différence qui existe entre les dangers que les crises tionnaires offrent à la France et aux autres États, — c ce qui pour ces États serait une cause de bouleversée tout l'ordre de choses qui constitue leur vie et leur ex — n'a plus pour la France d'autre valeur que celle d' volution de palais.
3* Réduite à sa plus simple expression, la situation ( se compose des éléments suivants :
Une France construite sur les principes de 1789 et s
France et signalés dans les cahiers des députés aux états en juillet 1789, et celle du programme d'une royauté constUw !• Entre les années 1791-1794-
Gelle de la République uue et indivisible et de la Terreur. 30 Entre les années 1795-1799.
Celle de la République directoriale.
40 Entre les années 1799-18U4.
Celle de la République consulaire.
5<» Enire les années 1804-1814.
Banqueroute de l'Empire.
6« Entre les années 1814-1830.
Celle de la Royauté légitime restaurée.
7« Entre les années 1830-1848.
Celle de la Royauté parlementaire.
8» Entre les années 1848-1851*
Banqueroute de la République modérée.
D'après une note autographe du prince. (Note de CEdite
Tiii. 4C
par cela même à la défense de théories condamnables sous tous les aspects moraux et pratiques, se dresse en bce de l'Europe menacée par Tapplication de ces prétendus principesy décorés par le Chef actuel du grand Empire du nom — d'idées napoléoniennes.
A la tête de l'Europe (ou ce qui est la même chose, des bases de vie sur lesquelles repose l'antique société), se présente en pleine évidence l'Autriche, et cela par suite des conditions mêmes sur lesquelles repose l'existence de TEmpire. Rien dans l'antagonisme qui existe entre les deux grands corps politiques continentaux n'est arbitraire, tout en lui est inévitable. Il Biut reconnaître le fait et l'admettre; car, quelque pénible que puisse parfois être le fait dans son application, TAutriche ne peut vi^re qu'à l'aide des conditions sur lesquelles repose son existence comme corps politiijue. Il en est de même de la vie de la France nouvelle, et bien éTidcinment de celle même de son Chef actuel. Les deux situations offrent toutefois une différence absolue. Les conditions sur lesquelles repose l'existence de notre Empire sont pures de leur nature, tandis que celles sur lesquelles repose le pouvoir dictatorial de l'Empereur des Français sont fautives et condamnent leur défenseur à vivre d'habiletés au milieu de dangers contre lesquels il n'y a point de remède.
Je termine l'exposé qui précède par le verdict suivant :
Quelque grave que soit la position dans laquelle se trouve notre Empire, toute capitulation avec un principe l'exposerait à la ruine.
C'est ce que sent l'Empereur des Français et avec lui la gent révolutionnaire, à quelque secte qu'appartiennent ses suppôts. C'est ce qui engage le Cabinet à ses ordres dans les voies tortueuses qu'il suit et dont l'objet est de placer notre Cour dans l'alternative de se compromettre, soit par un éclat intempestif, soit par l'abandon de sa position morale.
Vous avez le sentiment que chaque jour augmente les brouillards qui obscurcissent la situation. C'est ce que veut l'adversaire de l'Autriche, et en quoi l'aident nos anciensalUés, aux dépens de leur propre intérêt et par suite de faux calculs,
quel que soit le point de vue sous lequel ils puisse abordés. La cause que défend rAutriche est celle pouvoir régulier ; aussi n*est-elle pas désavouée dam par les Cabinets de Londres, de Berlin et de Saint-Pétei c'est dans le mode de défense de cette cause que Cabinets obéissent à de déplorables influences. Pour ver, il me suffira de m'arréter à Fidée d'un Conyrè, d'une tâche préventive; idée absurde de sa nature, et c seulement à Tégard de son objet, mais également du moyen de le servir, et avant tout enveloppée « brouillards.
De quel Cabinet est émanée la première propositi< ne me trompe, la lumière manque encore à cet éga me contente de l'attribuer à un chercheur de remèdei soit par des vues de conciliation, soit par des vues o mais en tout état de cause peu soucieux de la valeur d< position. Un congrès? Pourquoi? Une prise en consid De quoi? Une délibération? «Sur quoi? En vérité, il y « crudité de la proposition un mépris pour les égard simple bon sens, de nature à effrayer tout penseur C^est ce dont je n'entends pas m'occuper, mais de la que fait à notre Cour la pbase dans laquelle est entrée h i énigme du jour.
C'est à celui ou à ceux qui font une proposition à : Tobjet qu'ils ont en vue. Le Cabinet Impérial a adml de la réunion, quelque confuse que soit la proposition: en agir ainsi, vu le respect pour les traités professa Cabinet de Saint-Pétersbourg. De quoi s'agit-il, en >; analyse, pour TÂutriche et pour l'Europe? De larei sance d'un principe avec lequel aucune capitulatic admissible, ni pour les Gouvernements, ni pour li vernés.
Que le Cabinet tienne ferme, non-seulement sur le [i mais sur son application à toute solution admissible; que je lui demande dans son intérêt et dans celui d social tout entier. Advienne alors que pourra !
Voilà ce que j'avais à vous dire et ce que — je ne sa
douter — ayec tous les esprits et cœurs droits, vous tous dites à Yous-méme.
Veuillez, mon cher comte, faire prendre, par un de vos employés, copie de ma lettre de ce jour; je tiens à pouvoir la consulter pour le repos de ma conscience.
Je vous prie d'attacher une certaine valeur à la seconde partie de ma remarque n* 2. Elle porte sur un fait dont les conséquences sont depuis longtemps frappantes à mes yeux, et bien que je n'aie encore jamais entendu quelqu'un &ire cette observation, rien ne me prouve que mon impression soit erronée. En admettant la justesse de ma remarque, vous trouverez, en elle une cause qui explique la différence qui, au point de vue d'une impunité relative, existe dans le danger que la propagande révolutionnaire offre à la France et aux autres États.
Metternich à Kossinî.
Vienne, il avril.
S028. Mon cher maestro, je vous donne ce titre, parce qu'il vous appartient à un tel point que nulle volontë humaine, fût-elle même la vôtre propre, ne saurait vous en dépouiller. M* Lumiey m'a procuré une vraie satisfaction en me racontant qu'il venait d'entendre par vous et chez vous des sons admirables de la lyre que vous tenez sous clef, cachée, enfouie en vous-même. Pourquoi vous constituez-vous geôlier et pourquoi préférez-vous cette tâche à celle d'être le dispensateur de nobles jouissances? Le monde a besoin d'harmonie^ je suis amateur passionné de cette puissance, dont le champ est vaste et comporte des subdivisions. Vous, qui êtes le chef de Tune de celles qui, dans leur ensemble, composent les grands bienfaits, vous n'avez pas le droit de vous taire. Voilà mon jugement clairement formulé.
Je vous regarde comme en demeure fixe à Paris. De là au séjour qu'en règle je fais annuellement aux bords du Rhin, il n'y a qu'un pas. Quand vous saurez que je suis au Johan-
nisberg, Tenez m'y Toir, et n'oubliez pas que Thi lequel pèse cette année le cinquantième anniyersaÎ! entrée à un lourd ministère n'a plus devant lui qu't de vie fort restreint.
Brouillon d'ane lettre de Metternichy daté du 17 avril 1859 (san
8029. Jacta est alea^. La chose est naturelle et, sëquent, une suite naturelle de la situation. La mani TafiFaire a été engagée est-elle correcte? Je me pem douter sérieusement» et cela pour les raisons suivantes
1* Au lieu de contrecarrer l'entente rapide que terre avait en vue en envoyant lord Cowley en miss Tacceptation de la proposition franco-russe d'un coi Cabinet autrichien aurait dû plutôt décliner celte prof
Par l'acceptation de cette proposition, qui n'est qu'un et par le précédent qu'elle crée et qui préjuge l'aveni triche commet une feute dont la France saura profiter.
2* On croit prévenir le mal en désarmant la Sardaîg condamné ab ovo l'idée de demander le désarmemer Sardaigne comme n'étant pas pratique dans Papplicatio < l'Angleterre a-t-elle cru devoir remplacer l'idée d i demande par celle d'un désarmement général, c'est-àuae idée qui n'est également qu'un simple jeu de mots ,
En revenant à la demande du désarmement de I daigne, échappera-t-on aux conséquences de la faut mise ? Je ne le crois pas.
La situation effective se décompose, comme toutes h i tions politiques, en deux éléments : l'élément moral i ment matériel.
La difficulté inhérente à la situation du Jour proi feit étrange qu'il y a aujourd'hui un grand Empire do n'est à tous les égards, au dedans comme au dehors, q et que mensonge.
* Le 17 avril, rAatriche adressa à la Sardaigne son ultimatum, c elle demandait la mise de Tarmée sarde sur le pied de paix et le lie i des volontaires. (Note de VÊdiieu ,
«80 RECUEIL DE DOCUMENTS (l859).
Cet Empire, c'est TEmpire français. En (ace de lui se trouve TEmpire d'Autriche, parce que les conditions essentielles de sa vie lui font une loi du culte de la Térité.
Il faut donc qu'entre les Empires se déroule une lutte qaî tient à différentes causes.
L'Autriche vit de principes, la France s'égare dans des théories et dans des convoitises ; rien n'est arbitraire dans la situation des deux pays ; les Empires sont soumis à des lois natu* relies que le napoléonisme ne peut accepter à moins de cesser d'être. La lutte est donc naturellement inégale entre la société civile, qui arrive à sa plus haute expression dans la vie politique, et le napoléonisme.
On peut réunir des contradictions, mais on ne peut plus les concilier. Entre des contrastes comme celui qui consiste dans des faits positifs comme la vie et la mort, l'idée de conciliation aboutit forcément au mal chronique. L'expérience a montré où conduit une conciliation de ce genre ! 11 ne saurait être question du retour à la santé; tout au plus pourrait-il s'agir d'une mort plus ou moins prochaine.
Mettemicli à son fils Ridiard.
Vienne, le S9 avril.
fiOSO. Le manifeste impérial* publié aujourd'hui te sera parvenu en même temps que cette lettre, sinon plus tôt. Il est franc, concis, par conséquent bien rédigé, et tout le public le comprend dans ce sens. On ne peut demander à une publication officielle de ce genre ni plus ni autre chose. La lutte entre aujourd'hui dans sa première phase; sur le terrain matériel» la situation se dessine nettement : tout l'Empire se sent plus à
* Dans le manifeste de guerre lancé contre le Piémont le 28 avril, il e«t dit que TEmpereur est obligé, quoique bien à contre-cœur, de prendre les armes pour défendre son bon droit; qu*il a toujours généreusement traité la Sardaigne, après Tavoir vaincue dans deux campagnes, malt qu'il est forcé de prendre les armes pour la troisième fois; qu'il espère bien ne pas rester seul, attendu que la cause de TAutricke est aussi la cause de l'Allemagne.
(Note de l'Éditeur.)
Taise que sous la pression d'un état de choses oixpers même ceux qui étaient le mieux instruits, n'était ci s'orienter. La tâche politique portait le caractère du ( (ou plutôt de Tétat de langueur) dont souffre tout social et qu'on ne peut définir que comme une lutte mensonge et la vérité, entre le droit et Tinjustice, calcul réfléchi et la passion qui ne raisonne pas.
Bien que cette lutte remonte au delà du siècle a voit apparaître une différence capitale dans la positio des forces révolutionnaires. Au commencement du i voyait la lie de l'erreur à la tète des partis en lutte; d'hui, la Révolution s'est abritée sous des couronnes, état de choses, Pabsurdité se montre au premier ra peut pas y avoir de couronnes radicales; des couronnes sont des chimères qui n'ont rien de pratique; elles ne le masque dont Yautocratie absolue sait se couvrir tar masque ne tombe pas fiatalement.
Le dernier de ces cas caractérise la situation dans Napoléon III s'est enfermé; or, pour faire voir cl les contradictions que cette situation présente, il suffit possibilité de résoudre le problème suivant : jouer < temps à l'autocrate dans son propre pays et au révolu dans les pays étrangers.
On peut pendant quelque temps faire prendre pafi< ! imbéciles, mais le vrai parti radical n'en contient pai au positif, et si une alliance entre un Gavour et un Nap ; possible, c'est-à-dire une alliance qui n'est qu'une ] plus fin, il ne peut point en exister entre Napoléon et zinistes. Il est impossible de concevoir une situation p vaise — je parle de la situation personnelle — que l'Empereur des Français. Dixi^ et j'attends!
Pauline et Sophie* vont très-bien; il ne leur mai toi. Depuis hier, la timidité de la dernière en ma présc ; mence à disparaître. Elle court sans se gêner de sa ; à la mienne, traverse par conséquent toute une er i
* La femme et la fille de l'Editeur. {NoU de FÈditei
pièces, et sert de messagère entre Pauline et moi. Un vieux mendiant avec un bâton à la main passait dans la rue. En Tapercevant, Sophie s*est écriée : « Voilà grand-papa ! t Mais ses sentiments ne se bornent pas à cette impression ; hier, elle a dit à sa mère et à sa grand'mère qu'elle voulait m'épouser, et, du reste, Tidée de mariage l'occupe beaucoup. Cette idée est un peu précoce, il fiaut en convenir; elle me rappelle le mot de mon frère, alors âgé de quatre ou cinq ans, qui voulait épouser notre gouverneur, piariste plus que sexagénaire! Aucun des deux souhaits ne s'est réalisé.
Tout ce que je sais de Paul, c*est qu'il y a huit jours il était à Montecbiaro. Vale.
5 mai.
2031. On ne peut rien écrire aujourd'hui sur la situation, car aux jours où V action est maîtresse du terrain, il fiaut que la pensée elle-même fasse une pause. Les impressions transmises par les sens extérieurs, la vue et l'ouïe, doivent être prises en considération et fournissent matière à des calculs qui, pour avoir quelque valeur, doivent reposer sur la vérité (la plus simple et la plus prosaïque), et non sur l'erreur elle mensonge.
Tous les jours on voit mieux de quel côté, dans la lutte actuelle, se trouve la vérité, de quel côté trône Terreur. Je laisse à d'autres le soin de calculer le nombre de ceux qui se sentent déçus. Je ne suis pas de ceux-là, c'est ma consdence qui me le dit. Tu m'as entendu dire, il y a déjà longtemps de cela, qu'un des grands maux du temps, c'est la méconnaissance du vrai sens des mots*.
Aujourd'hui, il ne saurait y avoir de doute à cet égard, mais
* Parmi les papiers du prince se trouTe uo recueil de notes autogmpbes sous cette rubrique : Mots employés à contre-sens, c'est-à-dire mots qui, bien appliqués, sont l'expression de la vérité, mais qui, employés de traTers, deviennent la source de maux incalculables. Parmi ces mots il faut, d'après Metternich, ranger entre autres les locutions suivantes : partage des pouvoirs, souveraineté du peuple, les principes éternels de 1789, les droits fondamentaux, la civilisation, le principe de non-intervention, le juste milieu, la pondération des pouvoirs, Topinion publique, la nationalité, la bureaucratie, etc. ?<ons nous réservons de publier peut-être ces notes ultérieurement.
{Noie de V Éditeur.)
malheureusement les suites de la feute sont par t dentés. Dans le cours des dernières années, les pou^ tecteurs ont parlé et reparlé sans pouvoir se mettre sur Tacception à donner aux mots : paixy valeur de, droits et devoirs de la vie internationale, droit è!immû pouvoirs souverains dans les actes d'autres pouvoirs <! genre, et sur le sens qu*il convient d'attribuer aux nationalité, etc.
De cette manière, le véritable moyen d'arriver à une (parce qu'il est le plus simple), la discussion, est de source d'une confusion infinie. Aujourd'hui, c'est le ca parle ; il parle du moins un langage intelligible. Quelqi que puisse être le mal, quelque menaçant qu'il soit, 1 tion n'en est pas moins meilleure qu'autrefois. Quant à ne connais que la vie et la mort, et entre les deux, la s langueur comme état intermédiaire m'est antipathie laisse à d'autres tempéraments la satisGeiction de s'< tenter.
On doit être aussi bien renseigné à Dresde que sommes ici de la manière dont les choses vont à Paris. I reur n'est pas sur un Ht de roses, il n'en saurait être auti Le mensonge est un triste point d'appui, même pour 1 1 crate.
Je t'écrirai s'il devient possible que tu viennes che femme et ton enfant ici. Dès que je le saurai, tu < i informé.
L'affaire de Parme* n'est pas sans valeur morale. prit populaire italien se montre-*t-il mieux, dans le pc ; dans l'officine du carbonarisme? N'est-il pas clair que i « afihires d'Italie • signifient tout autre chose que le i populations du pays? Vale.
* La contre-réTolution à Parme, qui eut pour cbnseqaence le ment du gouTernement légitime (mais seulement pour peu de temp
{Note de rÉditeur
Esquisse d*un travail de Mettemich du 9 mai 1859 (sans adresse).
2039. 1. La mission du feld-maréchal prince de Windischgraetz demande avant tout qu'on soit fixe sur l'objet qui la motive, et cela à un double point de vue : à celui de Taffaîre elle-même et à celui du choix de la personne qui doit la conduire.
2. Relativement à Tobjet de TafFaire, il y a' une grande différence entre une manifestation et une négociation,
11 ne peut sans doute être question que d*une manifestation, car il est évident qu'entre nous et la Cour de Russie, qui nous est hostile à tous les égards, il n'y a pas matière à négociation.
S'il y a de grandes différences dans les situations et dans les positions de la Prusse et de la Russie, comparées à la nôtre, il convient également d'en tenir compte dans une mission da prince de Windischgraetz à Berlin et à Saint-Pétersbourg (ou plutôt par Berlin à Saint-Pétersbourg). Si dans tous les cas Pidée d'une négociation, appliquée à la situation de la Prusse vis-à-vis de l'Autriche, pouvait avoir un sens, on ne saurait appliquer cette idée également à la position de la Russie. Mais, même s'il en était autrement, l'intervention d'une personnalité aussi haute que celle du feld-maréchal ne conviendrait pas à une simple tentative feite pour voir si dans l'état actuel des choses une négociation avec la Russie serait possible.
3. On ne peut donner qu'une direction à une manifesta-' tien de l'Empereur contre le Souverain de la Russie. L'Empereur ne peut pas se plaindre, car toute plainte proférée par nous serait interprétée et exploitée par le Cabinet russe, qui s'est laissé entraîner dans les voies les plus regrettables, comme l'aveu d'un sentiment de faiblesse et une demande de secours indirecte.
Un exposé des faits qui se sont passés dans les dernières années serait tout aussi peu approprié à la situation du jour, car cela ne mènerait qu'à des controverses, dont le résultat serait non pas d'amener une entente entre les deux Cours, mais de les aigrir l'une contre l'autre.
On ne peut donc trouyer aucune autre matière à i festationde TEmpereur d'Autriche que la déclaration i
a. c Que Sa Majesté Impériale, s'élevant au-dessu manœuvre politique, se considère comme le défensi en brèche par Tesprit subversif, des bases mêmes de 1 i du droit des gens, du respect des traités et des droit ; veraineté, ainsi que de leur libre application dans le i de la vie intérieure comme de la vie internatio i États. »
b, c Que Sa Majesté Impériale ne recherche et n< pour Elle rien qu'ElIe ne reconnaisse également c< droit pour les autres; que toutefois Elle a besoin, ] forte, de la conviction rassurante que ses amis reco i également la situation telle que Sa Majesté Ta inc i admise. »
D^une définition exacte de la situation et de la con des sentiments des Monarques avec ceux de Sa Majei I riale sortirait peut-être la base du rétablissement di rompue par la méconnaissance des principes en quesl I part des puissances qui sont en guerre avec rAutrich i
Gomme, d'après ma conviction» il ne saurait être aujourd'hui fl*une négociation entre notre Cour et Russie, et que, par suite, la mission du feld-maréchal ] Windischgraetz se réduirait nécessairement à une nr tion, il suffirait de feire connattre le but de cette mi Cour royale d'Angleterre, ainsi que le commandent 1 de la plus simple prudence. Je ne puis me défendre d viction que l'Angleterre ne restera pas étrangère à 1 qu'elle ne pourra qu'être avec nous, parce que le s national anglais est, avant tout, le sentiment du c négligeant de faire connaître la mission d'une haute nalité en Russie, on fournirait aux adversaires que 1' Compte en Angleterre une occasion de se rapprocl puissance avec laquelle l'Angleterre a des attachei cherche à rompre, occasion que le Cabinet françi Cabinet russe ne manqueraient pas de saisir pour con l'Autriche.
Si l'on admet ce que j'ai dit plus haut, les considërations suivantes viennent se placer en première ligne :
a. L*aspect sous lequel m*apparatt la mission du prince de Windischgraetz en Russie n'exclut pas l'urgence qu'il y a à mettre le prince (bien qu'il ne soit qu'un envoyé personnel adresse par Sa Majesté l'Empereur à l'Empereur de Russie) au courant de la situation actuelle du Cabinet autrichieD vis-à-vis des autres Cours.
b. J'ai déjà dit qu'il était urgent que le feld-maréobal allât à Saint-Pétersbourg par Berlin; les raisons du £ait sont palpables.
Si, pour parler, le feld-maréchal peut se prévaloir d une entente avec la Prusse, sa parole aura bien plus d'autorité à Saint-Pétersbourg. S'il se présente dans cette ville sans connaître exactement ce que la Prusse veut ou ne veut pas, le Cabinet russe saura exploiter cette ignorance contre nous et s'en faire une arme pour nous éconduire.
c. Le moment du départ du prince ne peut, selon moi, être déterminé que par des Éaits auxquels on peut s'attendre d'an jour à l'autre. Parmi ceux qu'on peut prévoir, je me permettrai d'en indiquer deux :
1 . Quelle sera l'attitude que le ministère anglais prendra à la suite des élections pour le Parlement qui viennent d'avoir lieu? C'est ce que nous saurons au premier jour.