‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 49 sur 75 · Quel sera le résultat du premier fait de guerre*Y · texte numérisé non relu

Quel sera le résultat du premier fait de guerre*Y

Metternich à lady Westmoreland.

Vienne, le SO mai.

2033. Vous avez pensé au 15 mai (anniversaire de la naissance du prince de Metternich), et je vous en remercie. Je pense à vous tous les jours j et chaque jour me fait sentir lapn^a*

* Tout ce qao nous savons «ur le sujet dont il est question ici, c ttl t^ dans lea premiera joum de juillet 1859 (par cooséquent, quelque» semainci après la mort de Metternicfi), le prince de WiTidiifctLgragtz alla eu miiiion pr* ticulière à Berlin pour dUcuter avec Son Altesac Royalir le prince té^i *^

SUR LFS ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l

tien que les distances font peser sur ceux qui sont digi amis. Ce n^est pas une félicitation que tous mWez t ce sont des souvenirs et des regrets que nous partagei proquement. Gomment, en effet, féliciter un ami di vingt-sixième anniversaire de sa venue au monde, noi inonde tel que le Créateur Ta faiit, mais tel que le ti de la liberté d'agir a permis aux mortels de Tarrange propres risques et dépens ! Les hommes se sont (la c plus évidente aujourd'hui qu*à aucune époque de rhist< mal acquittés de leur devoir, et pour prononcer ce ju je me reconnais le droit de faire appel au simple l (dont je remercie Dieu de m'avoir accordé Tusage) ; il m'a accordé un laps de temps plus long qu*il n'en les destinées ordinaires des individus d'en dispose: observer la marche des événements, c'est-à-dire e hommes, car ce sont les hommes qui font les affaires.

Voici, ma chère amie, une remarque rétrospective qu porte à ma vie. L'année actuelle a de particulier p< qu'elle clôt la soixante-dixième année de la Révoluti çaise, la cinquantième de ma vie ministérielle, la s< cinquième de mon entrée dans celle des affaires. Ajoi soixante-dix années écoulées depuis le bouleversemec seize années de vie dans le monde antédiluvien, et voui rez au 15 mai dernier, et, croyez-moi sur parole, durant cours d'années, j'ai senti et reconnu comme vrai aujourd'hui m'est démontré être la vérité. Si quelqu'u s'aviser de mettre en doute la fixité de mes impressions de ma conviction, je vous appellerais comme témoin à des quarante-six dernières années. Votre conscience à l'appui de ce que j'avance.

Quel est mon jugement à Tégard de la situation dans se trouve aujourd'hui la société dans la composition de les corps politiques ne comptent que comme des indivi(

ventualité d*une interyention armée relativement & la rupture surv V Autriche et la France; cette mission prit fin par suite des pn de paix signés à Villafranca, le 11 juillet, entre 1* Autriche et la Fi

{Note de VÉditeur,

688 RECUEIL DE DOCUMENTS (l859).

« Jamais la société n'a éprouvé une perturbation égale — ni même semblable à celle de la présente tourmente, s

Ce qui constitue cette situation , c'est le &it qu'elle est le produit d'une lutte à mort engagée entre la vérité et le mensonge, entre le bqn droit et les adversaires de tout droit, entre les défenseurs de la vérité véritable (qui est le produit naturel de Tordre, sans lequel la vérité n'est qu'un vain mot) et la tyrannie la moins supportable, qui est celle qui se pare de misérables et de dégoûtants oripeaux, tels que les prétendus principes de 1789 proclamés sous le titre d'Idées napoléoniennes. Je dis que la lutte une fois engagée sur le terrain des principes et des fausses prétentions est une lutte à mort, caria raison étemelle le veut ainsi. Ce qui n'est point un sujet de doute, c'est que la vérité triomphera, en définitive, du mensonge, car elle est impérissable de sa nature. Il en est autrement des chances que courent les combattants et des ruines qui pourront être les conséquences de la lutte et de sa durée.

Si vous voulez savoir ce que je pense à l'égard des causes qui ont conduit à une aussi détestable situation, jenaipointde difficulté à les caractériser dans les termes suivants. Il fàut, pour ne pas se tromper, s'avouer que ces causes se re'duisent dans leur plus simple expression à une incommensurable somme de faux mouvements dans les directions les plus diverses, en tête desquels il faut placer l'existence d'un jon- .gleur habile et les faiblesses humaines qui produisent les dupes dans les rangs des hommes de bonne foi.

Voilà ce à quoi je suis arrivé à la suite d'une longue observation des affaires, dont la majeure partie pèchent par cela même qu'elles sont qualifiées d'afifaires sans en avoir la valeur. Ce sont les choses qui constituent les affaires, et non des mots a double et triple entente, qui mènent droit au gâchis moral e( par suite au gâchis matériel, en conduisant à la recherche d e^pédients privés de toute saine application.

Vous voyez que je n'entre pas dans ma quatre-vingt-septième année le cœur réjoui. Ce que je vous permets d'admettre, par contre, c'est que je jouis d'une pleine tranquillité de conscience.

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Je ne saurais songer à un séjour au Johannisberg p année. Mes projets se limitent à la Bohème. Je regn gène, parce qu'elle ne me permet pas d'espérer ( puissions nous rencontrer. Étes-vous même sûre de jouer le rôle si enviable de touriste sur le Rhin?

Rien n'est sûr aujourd'hui que le respect et Tamiti vous porte; sentiment sur lequel les idées et les co napoléoniennes n'ont aucune prise.

Tout à vous de cœur et d'âme.

Metternich au D' TraTers Twiss^-

Vîenne, .. mai

2034. Je commencé cette lettre sans savoir le joi date de son envoi. Je tiens à vous dire que j'ai retroi celle que vous m'avez adressée le 4 et le 5 mai, mes impressions sur la grave situation où se trouve l'Euroj êtes ami de la vérité; nous devons dès lors nous re dans toutes les circonstances dans lesquelles cette pi se trouve direclement engagée. Votre esprit suit v droite; il en est de même de la direction que suit le mi jugements ne peuvent ainsi se croiser. Vous êtes Ang I suis Allemand et Autrichien ; rien n'empêche que n : comprenions : nous sommes de la même race ; vous i i et je le suis également, et nous savons dès lors fai toutes les circonstances où le cas se présente, la juste leur appartient aux conditions dans lesquelles se : placés les corps politiques.

Voici ce qui pour moi a la valeur de la vérité dans tion actuelle, — de la vérité dépouillée de tout fard et considération sans idées préconçues.

La lutte — et une lutte à mort — est engagée auj i entre la vérité et le mensonge, entre le droit et la i • entre les conditions faute desquelles la paix morale c t matérielle avec ses conséquences naturelles, Vord '

liberté (la véritable et non la fausse), — deyiennent uoe impossibilité.

La situation présente n'est pas nouvelle, elle est la suite de la révolution qui aujourd'hui compte soixante-dix aimées d'existence depuis qu'elle s'est montrée à moi. Dans toat le cours de cet espace de temps (relativement long et court), l'Autriche, attaquée par elle dans les bases de son existence, a soutenu la lutte avec son ennemie. Elle a su souffirir sans se décourager, et après vingt années de guerre, nonobstant les maux que ce long combat lui a infligés, elle a su servir en 1813 de point de ralliement à l'Europe désolée. L'Europe a remporté la victoire sur la Révolution incamée dans une individualité; cette individualité abattue, l'Europe a joui de la plus longue paix consignée dans les annales de son histoire. La sagesse et la modération des vainqueurs, également sans précédents dans l'histoire, ont rétabli les bases les plus indispensables pour la reconstruction d'un nouvel édifice social, telles que le respect pour l'indépendance des corps politiques et pour la vie internationale.

Ce qui malheureusement n'a que trop été mis à l'écart, c'est la durée impossible à éviter des conséquences de la perturbation morale causée par la Révolution passée de V^fla" grant à un état chronique.

Cette erreur ne tombe pas à la charge de l'Autriche. Son Gouvernement ne s'est point rendu coupable de cette faute. 11 ne s'est pas arrêté aux conséquences pénibles, mais inévitables, de la voix de la conscience. L'Empire s'est établi sur la base de la vérit^, dont les principes n'offrent que les formules. L'Autriche a dû subir les conséquences de sa position, eu tète desquelles s'est trouvé son isolement politique, et elle s'y est soumise. Gomment les choses se trouvent-elles placées aujourd'hui?

Il nie semble que la réponse à cette question ne saurait être douteuse. La position a subi un changement notable. Couverte de brouillard et de fumée, elle est devenue reconnaissable à la vue même des masses, condamnées, par cela même qu'elles sont des masses, à servir de pâture aux habiles. Les

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spectres ont pris un corps, et les partis ont perdu le jusqu'ici prédominante sur la réalité réduite à ses te plus simples. C'est le troisième Napoléon de noi deuxième de fait, qui dans le cours des derniers quina rendu (certes à ses dépens) ce service au monde. Ani esprit de justice peu méritoire devant le tribunal de simple raison, je me plais à lui reconnaître ce méri toutefois une part peut être réclamée par Orsini et s< médité. L*Empereur du 16 janvier 1858 n'a plus i du 14. L'auteur des Idées napoléoniennes a été sau' riellement de l'atteinte des bombes fulminantes, mais pas été de même moralement.

Aujourd'hui que les dés sont sortis du cornet *, c'e^ qui décidera du gain uu de la perte de la partie. Je partie, mais non de la cause. Dans une lutte engagée respect pour les bases impérissables de Tordre et le tions de la mort pour la société, les choses devienneni La société périra-t-elle? Un sot peut seul en admettr sibilité.

Ce que les hommes de sens ne peuvent se cacher, mal incalculable que la ruine de Tordre social et si quence inévitable, — une ère de complète anarchi< présenterait comme le passage d'un état de choses déti ordre de choses nouveau, — causeraient au monde.

Un ordre de choses nouveau! T en a-t-il un de pos£ ne reposât sur les principes sur lesquels peut seul Tordre? Oui, le défenseur actuel du respect dû à ces p pourra succomber dans la lutte à laquelle le sort 1 damné, mais ce ne seront ni les soi-disant principes d formulés en idées napoléoniennes y ni leur défense pourront jouir de leur triomphe ou le célébrer.

Tout ce que vous venez de lire, mon cher Twiss, de valeur de phrases. Ce sont des vérités dépourvues de ce n'est surtout pas de la politique que j'ai entendu f vous tenez à un jugement politique, changez ainsi la

* Le 20 mai eut lieu la première rencontre entre les Français ei trichiens à Montebello. {Note de tEdileur.)

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