‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 111 sur 123 · TENTATIVES DE RAPPROCHEMENT, ETC · texte numérisé non relu

TENTATIVES DE RAPPROCHEMENT, ETC

feciliter la pénible tâche,- il s'était muni d'un extrait de la dépêche relative à cet objet...*.

Après en avoir pris lecture, je prévins Tambassadeur que répondre à des allégations évidemment feusses, c'était se livrer à Tabsurde; que je me sentais un besoin différent; que dès lors ma tâche ne me semblerait pas remplie avant d'avoir éventé la mine d'où étaient parties et d'où continuaient à se reproduire d'aussi grossières erreurs

A la suite de cette introduction, M. l'ambassadeur de Russie me prévint qu'il avait encore d'autres communications à me faire. Le temps devenant très-court, il me dit qu'il ne pouvait m'en faire connaître que sommairement la teneur.

ft J'ai reçu » , continua-t-il, « la réponse que ma Cour vient d'expédier aux Cabinets de Londres et de Paris. Elle est d'une modération extrême et qui, je vous l'avoue, dépasse de beaucoup mon attente. Vous savez que les deux Cours désirent que la Russie confie ses pleins pouvoirs à leurs représentants près du Divan. L'Empereur y consent sous deux conditions. Il désirerait que la délimitation de la Grèce ne fût point restreinte, comme les alliés paraissaient l'entendre; il adopte, d'autre part, votre proposition du 5 avril **• Il voudrait que la Grèce acquit son entière indépendance; qu'elle fût gouvernée monarchiquement et avec l'exclusion de toutes les nuances révolutionnaires. Il proteste, en outre, formellement contre l'élévation d'un Prince russe sur le trône grec. »

Je répliquai à M. de TatistschefFque la seule réponse immédiate que je pouvais lui faire, c'était que ses deux propositions amèneraient la guerre et non la paix ; que jamais les Cours de Londres et de Paris n'y donneraient leur acquiescement, et qu'il en serait de même de la Porte.

a Ne discutons pas TafEeiire » , me répondit l'ambassadeur,

* Il était dit dans cette dépêche qu'on avait à Saint-Pétersbourg des preuves indiscutables que l'Autriche s'efforçait de coaliser les Cours de Berlin, de Londres et de Paris contre la Russie, dans le but de fixer lescon* ditions de la paix et de les imposer à la Russie. (Note de VÉditeur.)

** Il s'agit probablement de la proposition faite par Metternich en vue de créer un Etat indépendant, qui devait être formé de parties des pays grecs en insurrection. Voir n® 893. (Note de l'Éditeur.)

« nous y reviendrons; sachez seulement que T Empereur a le sentiment qu'à trois il n'y a plus rien à faire; il désire marcher à cinq. Vous pouvez saisir la balle au bond et rétablir les anciens rapi>orts d'intimité; la véritable paix de TEurope se trouvera là.

« — Pour marcher à cinq, interrompis-je, il Gaut dans la présente affaire que vous marchiez d'aboixl à trois, et les deux autres Cours sauront soutenir les décisions sur lesquelles les trois Cours seront d'accord; mais, je le répète, cet accord ne pouvant pas s'établir sur vos réserves, celui des cinq deviendrait également impossible.

« — Eh bien » , me dit M. de Tatistscheff, « ce que trois et cinq ne peuvent faire, il devrait suffire de deux pour l'obtenir. Il ne faut que l'Autriche et la Russie. On est fatigué à Pétersbourg de l'affaire trilatérale; il est clair qu'elle ne marche pas! »

A ce moment, nous fûmes interrompus. M. de Tatistscheff vint me revoir le soir; mais comme nous n'étions pas seuls et que j'évitai de lui fournir une occasion de me parler en particulier, il a pris hier matin le parti de m'adresser la lettre ci-jointe (n»942).

De l'ensemble de ces faits, Monsieur le comte, deux choses me semblent clairement démontrées : un sentiment de grande génc en Russie, et une bien malheureuse facilité de la part du Cabinet russe de chercher à se délivrer de toutes les entraves morales. Cela n'est point assurément de la bonne et saine politique.

Je vais encore m'entretenir avec M. de Tatistscheff et surtout le laisser venir. Il me semble prouvé que le conte de la proposition autrichienne a été mis en avant dans l'espoir de nous intimider, espoir tout aussi vain que pourrait l'être celui de nous voir faire un sacrifice quelconque pour racheter un méfait qui nous est étranger. Nos répliques définitives ne sont ni douteuses ni difficiles à deviner. Nous serons toujours prêts à ^rvir dans les voies de l'honneur et d'une saine politique le retour de la paix; mais on ne nous trouvera jamais disposés à servir la cause contraire. Les diverses propositions russes se

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