TENTATIVES DE RAPPROCHEMENT, ETC. (IMO
ressentent de Tenvie de traîner en longueur Taffaire orientale. Celles qui sont adressées aux deux Cours alliées exigeraient, pour être débattues seulement entre les trois Cabinets, un laps de plusieurs mois; celles que Ton nous adresse ne sauraient avoir d'autre but que celui de jeter du désarroi dans lés affaires, de provoquer des combinaisons politiques nouvelles, et de foire gagnef entre temps à la Russie la marge nécessaire pour que, de manière ou d'autre, elle puisse terminer le mieux que foire se pourra son propre différend avec la Porte.
La lettre de M. de Tatistsclieff est pleine de naïvetés singulières, et je dirai même inconcevables, si dans les moments de grands embarras les Cabinets comme les individus ne se livraient pas parfois à de fort singuliers calculs.
Nous présenter comme objet de compensation un leurre sans base quelconque, une invention dont nul mieux que nous n'est en mesure d'évaluer la puérilité; vouloir flatter notre amour-propre en nous reproduisant nos propositions antérieures, sans admettre que la situation nouvelle leur donnerait non-seulement une application différente, mais même une application diamétralement opposée à notre pensée constante; — parler au mois de janvier de la nécessité d'une entente préalable entre les trois Cours alliées que nous avions conseillée Tété dernier, et qui alors a été rejetée, vu qu'elle aurait pu conduire au but que la Russie ne désire pas moins foire manquer aujourd'hui, — nous foire des propositions pareilles. Monsieur le comte, c'est nous prouver qu'on ne sait pas où Ton va, et qu'en particulier on a perdu à Saint-Pétersbourg tout jugement sur notre compte.
Je vous envoie le présent courrier, qui, je n'en doute pas, vous rejoindra encore avant votre arrivée à Saint-Pétersbourg.
Que tel soit le cas ou non, vous voudrez toujours foire semblant d'ignorer les foits que je vous mande. Dites que le courrier vous a suivi d'après vos ordres, et qu'il vous a porté des pièces qui, à votre départ d'ici, n'avaient pu être achevées.
Il est important que vous soyez informé de ce qui précède. Instruit des feits, vous observerez avec plus de foeilité, et vous jugerez de même les explications dans lesquelles entreront
avec vous TEnipereur et M. le comte de Nesselrode. Si Tun ou Tautre devait s^ouvrir envers vous dans un sens conforme aux paroles dites ou écrites de M. de Tatistscheff, vous saurez puiser au préalable, et dans votre propre conscience et dans le contenu de la présente dépêche, les données nécessaires pour régler votre langage.
TatûUcheff à Mettcrnicli (Lettre), Vienne, le 22 janvier 1829. (Annexe du n» 941.)
948. Je dois nécessairement rendre compte de la dernière explication que nous avons eue, mon cher prince, sur vos démarches» à Londres, Paris et Berlin, et sur la manière dont vous avez accueilli mes représentations amicales. Il serait bon que nous concertions cette dépêche ensemble ; j'en ferai donc le projet, et je vous rapporterai. En attendant, je vais vous exposer la tendance des propositions qui ont été faites à Londres, afin que vous puissiez fixer vos idées sur Tappui que vous voudrez leur donner. Nous demandons que les alliés commencent par convenir entre eux, relativement à la Grèce, des quatre points qui doivent fixer son avenir» savoir : les limites, la forme du Gouvernement, l'indemnité et le tribut. Une fois d'accord sur ces points, l'Empereur consent à donner ses pleins pouvoirs aux négociateurs que ses alliés enverraient pour traiter avec la Porte sans l'intervention d'un plénipotentiaire du Gouvernement grec. Vous connaissez déjà nos idées sur les limites et la forme du Gouvernement. Dans mon désir sincère et constant de parvenir le plus tôt possible à rétablir une union intime entre les deux pays, je serais charmé que vous voulussiez saisir une occasion aussi opportune pour prouver que, loin de nourrir contre nous des intentions hostiles et des sentiments de malveillance, vous mettez de l'empressement à nous obliger. La démonstration que je vais vous proposer ne vous imposera d'ailleurs aucun engagement qu'il vous répugnerait de remplir.
La nécessité sigi^alée par la Russie d'arrêter les bases finales de la pacification de la Grèce avant d'entamer à ce sujet des
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négociations sérieuses avec la Porte, est trop évidente pour être contestée ; c'est d^ailleurs votre propre opinion, « qu'avant de faire des démarches auprès de la Porte, on devrait définir entre soi ce qu'on veut obtenir pour les Grecs m . Si donc à présent vous vouliez vous expliquer à Londres et à Paris dans le sens que a vous reconnaissez la nécessité que nous y avons signalée, et que, si les bases de la pacification se rapprochaient de celles que vous avez posées vous-même dans votre mémoire du 5 avril et ne donnaient pas trop d'extension à la Grèce, vous seriez disposé à y accéder et à les soutenir de toute votre influence à Gonstantinople w , je suis persuadé que cette démarche ferait le plus grand plaisir à T Empereur, et, parvenant à sa connaissance en même temps que l'assurance de la fausseté des rapports qu'on a faits sur le projet qu'on vous a prêté de former contre lui une coalition, l'effet n'en serait pas douteux, et nos rapports redeviendraient aussi intimes qu'ils l'ont été dans les meilleurs temps. J'en ai pour ma part le pressentiment, et je serai si heureux de pouvoir y contribuer, que je désire ardemment que vous ne repoussiez pas le moyen que je vous propose.
Je vous écris, mon cher prince, parce qu'ayant à expédier un courrier pour l'Italie, je n'ai pas pu sortir ce matin» et que je ne pourrai pas non plus vous voir ce soir, à cause du bal dé FÂrchiduc Charles. Veuillez aussi ne pas oublier l'audience de congé de Strogonoff, et croyez-moi, pour la vie, votre dévoué
Tatistscheff.