‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 19 sur 123 · RENOUVELLEMENT DES RÉSOLUTIONS VE CARLSBAD · texte numérisé non relu

RENOUVELLEMENT DES RÉSOLUTIONS VE CARLSBAD

7Si. Metternicli à TEmpereur François (Rapport), ItchI, le 29 jaillet 1824. — Ré«oIudon souveraine de Sa Majesté. — 722. Considérations snr U question de la prorogation des mesures adoptées à Garisbad. Travail do baron de Zentner (Annexe du n* 721). — 723. Mettemidi à Muncli, à Francfort (E. D.), Iscbl, le 8 aoât 1824. — 724. Mettemich à Miindi, à Francfort (E. D.), Ischl, le 20 août 182i. — 725. Mettemich à Gentx (LeUre), Persenbeug, le 26 aoât 1824.

721. A présent que j'ai mené à bonne fin les af&ires qui m'avaient fait venir au Johannisberç , je prends la liberté de soumettre respectueusement à Votre Majesté un aperçu général des questions qui ont été discutées.

En 1819, les menées révolutionnaires du parti subversif en Allemagne (appuyées et même exaltées, d'une manière qu'on ne saurait guère concevoir, par plusieurs Gouvernements allemands) avaient attiré l'attention du monde par un fait éclatant. Le conseiller d'État russe de Kotzebue fut la première victime des sectaires. Votre Majesté daignera se rappeler que, déjà avant le voyage qu'EUe fit la même année en Italie, l'horizon était si menaçant qu'Elle examina mûrement la question de savoir s'il était prudent pour Elle de s'éloigner de l'Allemagne. Mon avis fut qu'il y aurait plus à gagner qu'à perdre à ce voyage, et je fondai mon opinion principalement sur le pressentiment que le départ de Votre Majesté rendrait les Gouvernements allemands, qui se verraient privés de leur premier, de leur plus fort soutien, attentifs aux dangers de la situation dans laquelle les avaient mis l'erreur et une injustifiable apathie. Les faits ne tardèrent pas à me donner raison. A peine étions-nous depuis six semaines de l'autre côté des Alpes , que nous reçûmes les premières ouvertures de la Cour

même qui s'était jetée le plus nettement dans la voie révolutionnaire. Convaincu que cette démarche serait nécessairement suivie d'autres encore plus catégoriques, je répondis avec beaucoup de calme au ministre bavarois, lui déclarant que Votre Majesté était prête à assister en toute circonstance les confédérés et de ses conseils et de son concours efFectif. Dans l'intervalle , l'assassinat de Kotzebue eut lieu, et les appels gagnèrent en force et en nombre. Le Wurtemberg, Bade, la Hesse, s'adressèrent également à nous, et, au mois de juillet, je proposai à Votre Majesté de m'envoyer à Garlsbad et de retourner Elle-même à Vienne, au lieu de £aiire un séjour à Milan comme cela avait été projeté.

Le Congrès de Carlsbad eut les suites les plus heureuses; les résultats dépassèrent de beaucoup toutes les espérances. Il prouva une fois de plus que la force et le succès des mesures adoptées par les Gouvernements dépendent bien plus de la correction dans le choix des moyens employés que dans leur nombre. A Carlsbad furent prises quatre résolutions qui, considérées d'une manière absti*aite, pouvaient à peine être regardées comme suffisantes sous quelque rapport que ce fût.

Il existait bien une autorité suprême dans la Confédération, mais on n'avait pas encore pourvu aux moyens d'exécuter les résolutions de la Diète. En conséquence, nous rédigeâmes à Garlsbad un projet provisoire concernant le mode d'exécution.

Les Universités allemandes, qui étaient entièrement livrées à elles-mêmes, furent pourvues de commissaires du Gouvernement, qui devaient avoir la haute surveillance sur elles.

Les publications périodiques et les brochures furent soumises à la censure.

Une commission centrale d'enquête pour les menées démagogiques fut instituée à Mayence pour toute la Confédération.

Ces mesures , concertées à Carlsbad entre quelques Cours allemandes , reçurent la sanction légale par la résolution de la Diète , prise le 20 septembre. En même temps, je sentis que le moment était venu de donner à la législation fédérale le développement et la solidité qui lui manquaient encore entièrement. Il me semblait naturel que le moment oii tous les

118 BECUEIL DE DOCUMENTS (18S3-18S9).

GouTememcnts d'Allemagne étaient sous Tempire d'une terreur commune fût le plus propice pour procéder à cette grande œuvre. Il m'était prouvé qu'elle ne pouvait pas être menée à bonne fin par l'autorité légale, c'est-à-dire par l'assemblée fédérale. Je me sentais le courage d'aborder moi-même cette entreprise, et c'est pourquoi je provoquai la réunion des confé^ rences ministérielles allemandes à Vienne. Elles réussirent de manière à combler mes espérances^ même celles qui semblaient n'avoir que la valeur de vœux platoniques. Dans l'espace de quelques mois, la Confédération a été dotée d'environ soixante^ dix nouvelles lois organiques, dont chacune ne pouvait être adoptée qu'à l'unanimité des voix. A cette époque, j'exprimai aux ministres allemands réunis ma conviction que la législation organique de la Confédération pouvait, à partir de ce moment, être regardée comme achevée. L'expérience des quatre années déjà écoulées depuis a justifié de tout point ma manière de voir. L'avantage qui est résulté de la confirmation de cette vérité, et qui sera plus évident de jour en jour ^ c'est que tous les Souverains allemands sont tranquillisés sur les relations des États entre eux au sein de la Confédération et sur l'action réciproque de celle-ci sur chaque État particulier; or, cette tranquillité pouvait seule rendre possible le développement de ce système salutaire.

Les résolutions prises par la Diète en 1819 n'ont pas manqué d'avoir leur heureux contre-coup en Allemagne , et il est certain que leur salutaire influence s'est plus ou moins étendue à l'Europe entière J' Si, au point de vue politique, l'alliance des puissances européennes a établi le sage principe de la force qui résulte de la réunion de plusieurs agissant en vue du bien commun, l'exemple de Carlsbad a prouvé au monde que la réunion des Gouvernements s'associant dans un but législatif n'est pas moins possible et pas moins féconde. Le parti dont le but principal est Yisolement des États comme des individus , a reçu par là un coup mortel. La vérité de cette proposition saute aux yeux de tout homme sans prévention, car la grande impression que les résolutions de Carlsbad ont produite surtout sur le parti du désordre, ainsi que les heureuses conséquences qu'elles

ont eues dans la pratique, ne peuvent, en bonne conscience, être attribuées à la seule valeur des lois du 20 septembre 1819, valeur qu'elles ne sauraient avoir aux yeux d'un juge impartial.

Depuis 1819, les Gouvernements, et en particulier ceux de TAlIemagne du Sud, ont eu plusieurs fois d assez rudes épreuves à subir par suite du système représentatif, qu'ils ont introduit chez eux avec une si coupable légèreté. Chaque session de leurs assemblées particulières leur a fourni de tristes preuves de cette vérité » que les constitutions adoptées par eux ébranlent les États jusque dans leurs fondements, sans fixer la moindre limite au mal, ni dans son extension ni dans sa durée. D'autre part, les peuples virent clairement que le bien qu'on leur avait promis n'était qu'un leurre, ou du moins qu'il était seulement l'œuvre de quelques individus pris dans leur sein, œuvre inspirée par les visées, coupables au plus haut degré, de la vanité ou de toute autre folie. A mesure que la lumière se fit et que le sentiment de la personnalité se développa chez les Gouvernements , un véritable esprit de fidélité s'éveilla chez les gouvernés.

Votre Majesté daignera se rappeler qu'aussitôt après l'heureux résultat de l'expédition d'Espagne (c'était, depuis deux ans, la troisième ^évolution qui se réduisait en poussière et en cendre, grâce à une simple impulsion venant du dehors) la Cour de Bade s'est adressée à nous , et qu'elle a exprinié le désir d'aller plus loin et de trouver dans la force résultant de l'union des Gouvernements les moyens de réaliser mainte réforme nécessaire dans l'intérieur des États. Toutefois, je mis beaucoup de circonspection à faire droit à ce vœu , qui m'était parvenu par voie confidentielle. Fidèle au principe qu'il fout demander aux hommes comme aux États de mettre en œuvre leurs forces naturelles de préférence à tout secours étranger, je crus ne devoir pas aller plus loin que cela ne serait absolument nécessaire. Indépendamment de cela, le temps et le développement normal des événements présentaient tant de chances favorables que je crus devoir faciliter ce développement , mais non empiéter sur l'avenir.

J'obéis à l'ordre qu'il plut à Votre Majesté de me donner, et

je profitai de ce que j'accompagnais Son Altesse Impériale TArchiduc François-Charles en Bavière pour mieux m'éclairer sur les dispositions de la Cour de Munich. Votre Majesté sait que je ne fondais pas de grandes espérances sur les hommes d^État bavarois. L'événement a bien dépassé mon attente.

Sans faire entrer Votre Majesté dans les détails de toutes les négociations dans lesquelles je me suis engagé , j'arrive aux résultats obtenus.

Dans l'annexe (n* 722 ), Votre Majesté daignera trouver un travail que j'engageai le baron de Zentner à me remettre à Tegernsee copime étant sa proposition. J'adoptai comme base de mes négociations ultérieures ce travail , qui est irréprochable au point de vue des idées et qui brille par une remarquable force d'expression. Je voulais compromettre sérieusement la Bavière dans cette affaire et i'empécher de reculer sur le terrain de la pratique.

Dans l'annexe suivante , Votre Majesté trouvera l'adhésion de Bade à la proposition de la Bavière.

J'amenai les Cours de Berlin, de Darmstadt, de Hanovre , de Cassel , de Nassau , d'Oldenbourg , — la seizième Curie , — avec lesquelles j'eus occasion d'entrer en relations directes au Johannisberg , à accéder sans réserve à la proposition delà Bavière et à la déclaration de Bade. Le jour de mon départ du Johannisberg , le Grand-Duc de Weimar vint me rendre visite. Je m'emparai aussitôt de lui et ne le lâchai plus.

Enfin, dans l'annexe III, Votre Majesté trouvera, toute rédigée, la proposition que le présidentde la Diète aura à présenter, et dont le contenu se passe de tout commentaire. Je l'ai basée sur le travail de la Cour de Bavière, que je me suis borné à développer d'une manière plus complète.

Elle n'a plus besoin que de la sanction de Votre Majesté. Les Souverains d'Allemagne Taccepteront sans difficulté et y adhéreront avec un profond sentiment de gratitude.

Pour ce qui concerne son application aux différents États allemands, je n'ai plus qu'un mot à ajouter : c'est qu'en Bavière et à Bade les prochaines assemblées provinciales se réuniront au commencement de l'année 1825, Dans cette session,

les Gouvernements se mettront aussitôt à l'œuvre pour entreprendre les réformes qui devront être basées sur la nouvelle résolution à prendre par la Diète. Dans la réforme du règle^ ment, la publicité des discussions , ce mal capital , le plus grand dans ses effets parmi tous les maux nouveaux, sera supprimée. L'adoption de cette mesure assurera la possibilité de s'occuper de toutes les autres réformes nécessaires , et celles-ci se réaliseront de gré ou de force.

Je prie Votre Majesté d'examiner la proposition présidentielle et de me la renvoyer avec ou sans ses observations. Après la sanction de Votre Majesté , je la ferai immédiatement transcrire au net et je l'enverrai au baron de Muncb. Mon vœu serait de ne pas expédier cette pièce plus tard que le 9 ou le 10 août*.

Metternich, m. p.

Je vous renvoie ci-joint les annexes de ce rapport. Vous pouvez expédier la proposition présidentielle telle qu'elle a été rédigée. Vous n'avez vraiment pas ménagé vos peines pour maintenir dans le monde l'ordre et le repos. Puisse Dieu bénir vos efforts !

François^ m. p.

PerseDbeug, le 5 août 1824.

Gonêidérations sur l.i question Je la proro(;ation des mesures adoptées à Carlsbad. TrsfVail du baron de Zentner **.

(Annexe du n«» 7Î1.)

722. Dans la séance de la Diète du 20 septembre I8I9, ont été prises les résolutions provisoires suivantes :

* Nous nous bornons à reproduire ci-dessous le travail de Zentner. Quant aux autres annexes, elles ne sont pas indispensables pour l'intelligence des faiu. {Note de V Éditeur.)

** Sur la feuille servant d*enveloppe au manuscrit, le prince de Metternich a écrit de sa main la note suivante : « Soumis par le baron de Zentner au prince de Metternich dans la conférence qu'il a eue avec le comte de Rech- Lerg, le prince de Wrede et ledit baron de Zentner. Tegernsee, le 28 mai 1824.*

{Note de t Éditeur.)

!• Un mode d'exécution provisoire a été adopté. Par suite du mode d'exécution définitif établi après les conféreDces ministérielles de Vienne , conformément à une résolution prise par la Diète le 3 août 1820 ^ cette mesure a été rapportée, attendu qu'elle n'avait été adoptée que jusqu'au moment de rétablissement d'un mode définitif. Il ne saurait donc éti*e question ici de cette résolution.

2* A été prise une résolution relative aux mesures provisoires à prendre en ce qui concerne les Universités.

Cette loi fédérale a été immédiatement appliquée à la lettre , et elle est entrée en vigueur dans tous les États confédérés comme mesure provisoire destinée à remédier aux maux existants, sous la réserve de délibérations ultérieures de la Diète au sujet d'une réforme radicale des Écoles et des Universités. Cette mesure n'a pas été prise pour un temps limité; elle continuera d'être en vigueur jusqu*k ce que la délibération réservée par la Diète au sujet d'une réforme radicale et générale des Écoles et des Universités ait eu lieu, ou bien jusqu'à ce que l'inutilité d'une mesure provisoire de ce genre soit démontrée d'une manière ou d'une autre. La première éventualité ne s'est pas réalisée jusqu'à ce jour; quant à l'inutilité d'une pareille mesure, il faudrait qu^elIe fût prouvée par ceux qui voudraient la voir rapporter.

Ainsi , quand on parle de prorogation dçs mesures adoptées à Garlsbad, il ne saurait être nullement question de la loi provisoire ayant pour objet les Universités, loi dont l'effet n'est pas limité à un espace de temps déterminé d'avance. Tout ce que pourraient faire ceux à qui l'existence de cette loi n'est pas agréable, ce serait de demander à l'assemblée fédérale de discuter, (Tune manière définitive, la réforme radicale et générale des Écoles et des Universités.

Cela pourrait se faire au moyen d'une proposition particulière émanant delà présidence. On pourrait d'ailleurs chercber le principal motif de cette démarche précisémentdans le vœu de tirer les Universités et les Écoles de l'état provisoire où elles sont actuellement, et dans la conviction que , vu les désordres qui se perpétuent parmi les professeurs et parmi les étudiants.

SUR LES RÉSOLUTIONS DE CÂRLSBAD (l824). 123

cette loi provisoire ne peut nullement être considérée comme suffisante. Mais il est bien entendu que ce provisoire durera jusqu'à ce qu'ait eu lieu cette discussion qui, étant données l'importance et la gravité de la question , ne saurait être précipitée. Ainsi il n'y aurait pas lieu de proposer le renouvellement de cette résolution de septembre.

3* Pour ce qui concerne, en troisième lieu, la résolution de l'assemblée fédérale, relativement à la commission centrale instituée à Mayence pour procéder à une enquête sur les menées révolutionnaires qu'on a découvertes dans plusieurs États confédérés, cette résolution n'a pas été non plus prise pour un temps limité, mais elle fixe à la commission d'enquête un but défini. Ce qui décidera donc de la dissolution de cette commission , ce ne sera pas le temps écoulé , mais la réalisation de l'objet qui lui a été proposé.

Cette commission suit la marche qui lui a été tracée; elle trouve toujours des occupations nouvelles, et, outre que par sa seule existence elle réagit d'une manière préventive contre les entreprises auxquelles le parti des novateurs pourrait se livrer en Allemagne , on peut en attendre plus d'un avantage positif.

Sa dissolution ou son maintien ne sauraient donc être mis en question au moment actuel.

4* La quatrième résolution seule, c'est-à-dire la loi sur la presse, devait avoir son effet pendant une durée de cinq ans, et comme cette période finit le 20 septembre de l'année courante, il sera nécessaire que la Diète prenne une nouvelle résolution ayant force de loi, si l'on trouve que la prorogation de la mesure en question soit utile et désirable. Mais , même dans ce cas , le meilleur motif de proposer la continuation de la mise en vigueur de cette excellente loi peut se trouver dans la loi elle-même.

Le dixième paragraphe de cette loi du 20 septembre 18IÎ) dit:

«La résolution provisoire de ce jour aura son plein effet pendant une durée de cinq ans à partir d'aujourd'hui. Avant l'expiration de cette période , on étudiera très-sérieusement à

la Diète de quelle manière on pourrait fiaire entrer dans la pratique les dispositions analogues sur la liberté de la presse « qui sont formulées dans l'article XYIII de TActe fédéral , et Ton prendra , le plus tôt possible , une résolution définitive fixant les limites légales de la liberté de la presse en Allemagne. «

Mais comme on connaît la marche des discussions à la Diète ; comme cette marche dépend, dans une matière aussi grave, des instructions que chaque envoyé demande à son Gouvernement, et que, par suite, il est impossible, d'ici au 20 septembre, de prendre une résolution définitive de ce genre; comme, d'autre part, si Ton voulait laisser tomber tout d'un coup la loi provisoire sur la presse sans la remplacer par autre chose , on sentirait inévitablement Teffet d'une lacune dans la législation , lacune qu'on avait si bien reconnue jadis , et qui réagirait de la manière la plus funeste sur la condition fondamentale de la Confédération , c'est-à-dire sur l'union des confédérés; comme les excès de la presse politique ne sont nullement en train de décroître au point que la surveillance exercée sur les journaux puisse être reconnue comme superflue; enfin, comme on ne peut dire que cette loi ait été ' réellement en vigueur pendant cinq ans , attendu qu'elle n'est entrée en vigueur qu'au mois de mai 1823, et que, par suite, on n'a pu faire une expérience capable de servir de règle sûre pour la confection d'une nouvelle loi définitive sur la presse, l'opinion suivante s'impose d'elle-même : c'est que la loi provisoire qui existe aujourd'hui, et qui répond on ne peut mieux aux besoins de la situation, doit être nécessairement prorogée, ou bien pour une nouvelle série d'années fixée d'avance, ou bien, ce qui paraîtrait plus opportun, jusqu'à ce qu'on se soit accordé sur une résolution définitive.

Si l'on s'entend à cet égard sur le point essentiel , une autre question se présentera, celle de savoir en quelle forme la résolution de la Diète devra être prise.

L'article XIII de l'acte final du Congrès de Vienne dit :

« Sur les objets suivants :

« 1^ Adoption de nouvelles lois fondamentales ou modification des lois fondamentales existantes ;

«2^ Dispositions organiques, c'est-à-dire institutions permanentes , considérées comme moyen de réaliser les diverses fins de la Confédération, telles qu*elles sont formulées dans le pacte fédéral ;

« 3* Admission de nouveaux membres dans la Confédération ;

a 4* Âfiaires religieuses ,

a Nulle résolution ne sera prise à la majorité des voix. »

Comme, d'après l'article XI de l'acte en question, la majorité des voix est la règle générale , il s'ensuit que , pour tous les autres objets dont il n'est pas Êiit mention dans l'article XIII, mais qui n'en sont pas moins de la compétence de l'assemblée fédérale, les résolutions de la Diète peuvent être prises à la majorité des voix.

Il est donc hors de doute que la loi provisoire ci-dessus, qui est commandée par la sécurité de la Confédération , n'étant pas de celles exceptées par l'article XIII, peut, d'après l'article XI , être convertie en résolution valable par la majorité des suffrages, d'autant plus que même une déclaration de guerre peut être décidée per majora,

Metteraich au baron de Munch, à Francfort (E. D.), Ischl, le 8 aoât 1824.

725. Sa Majesté l'Empereur a daigné me renvoyer le projet de proposition présidentielle relativement à la prorogation des résolutions prises le 20 septembre 1829 par la Diète. Nonseulement Elle n'a trouvé rien à reprendre à cette pièce, mais encore Elle a exprimé la satisfaction extrême et toute particulière qu'EIle a éprouvée en prenant connaissance de Tensemble de ce travail.

Aussi Votre Excellence pourra-t-elle désormais terminer librement cette affaire et fixer à son gré le jour qui lui paraîtra le plus convenable pour la conclure

Pour ce qui concerne la publication du rapport présidentiel , je me suis convaincu toujours davantage de la nécessité de cette mesure. Bien que je sois grand partisan du principe qu'il faut diminuer, autant que possible, le nombre des actes

imprimés à la Diète , je ne puis croire qu'il soit possible de rappliquer à un document d'une importance aussi considérable que celui dont je parle. De plus , ce rapport contient des vérités qu'on ne saurait assez répandre, et le langage si clair et si franc dans lequel elles sont exprimées ne manquera pas de frapper les gens bien pensants aussi bien que les malintentionnés. Ajoutez à cela qu'il est à peu près impossible de tenir longtemps secret un document de ce genre, qui, pour être communiqué aux Gouvernements allemands grands et petits , exige forcément un grand nombre de copies, et qui d'ailleurs intéresse à un si haut point le bien public; en outre, nous risquons de voir, tôt ou tard, ce rapport imprimé dans les journaux français ou anglais, sous la forme de quelque traduction infidèle , tronquée ou à peine intelligible. Pour toutes ces raisons, je regarde la publication du rapport présidentiel non -seulement comme utile, mais encore comme indispensable; je prie donc Votre Excellence de prendre au plus

tôt les mesures nécessaires à cet effet

J'attends , du reste , avec une vive impatience , le rapport de Votre Excellence sur l'issue de cette importante négociation*.

Metternich k Munch, à Francfort (D.), Isclil, le 20 août 1824.

724. J'ai vu avec une vive satisfaction, par le rapport préalable que Votre Excellence m'a adressé le 16 de ce mois , que la proposition présidentielle, relative à la prorogation des résolutions prises par la Diète le 20 septembre 1819 , a eu le résultat souhaité , et que les résolutions qui y sont proposées ont été adoptées sans opposition et sans modification par l'assemblée fédérale.

En nous félicitant, Votre Excellence et nous-mêmes, de ce résultat, qui atteste une fois de plus, par un fait éclatant, l'habileté de votre direction, je me hâte de vous mettre k

* Noos croyons pouvoir nous dispenser de reproduire le rapport présidentiel, qui a déjà été livré à la publicité, car le lecteur connaît, par le travail de Zentner, ce <]ue ce document contient d'essentiel.

(Note de t Editeur.)

SUR LES RÉSOLUTIONS DE CARLSBAD (l824). 127

même d'exprimer, avant la fin des séances, les sentiments qu'a inspirés à notre auguste Mattre le témoignage de reconnaissance envers Sa Majesté Impériale, qui a été consigné dans le protocole de la Diète à Toccasion de cette grande mesure.

A la fin de la session, Votre Excellence voudra bien faire, dans la forme qui lui paraîtra convenable , la déclaration suivante à la Diète :

« Les résolutions prises par rassemblée dans la séance du. . . ont encore une fois donné à Sa Majesté la douce certitude que parmi les Gouvernements éclairés de TAllemagne règne l'accord le plus complet et le plus heureux sur les règles et sur les principes au maintien desquels sont liées étroitement, on ne saurait le nier, non-seulement la sécurité, la paix intérieure et la véritable prospérité de chaque Etat de la Confédération , mais encore la durée et la solidité de TUnion qui embrasse toutes les forces et tous les intérêts de l'Allemagne . Cette con- Tiction , que Sa Majesté nourrissait depuis longtemps , et dans laquelle Elle vient d'être confirmée une fois de plus, a pu seule lui inspirer le courage et la confiance avec lesquels Elle a constamment marché en avant, jusqu'à ce jour, dans toutes les affaires soumises aux délibérations de la Diète, ensuivant une ligne de conduite invariable, c'est-à-dire celle que lui traçait la conscience des intentions les plus pures et que lui commandait exclusivement le bien public, et en ne se laissant arrêter par aucun obstacle ni troubler par aucune considération secondaire. Sa Majesté ne manquera pas de persévérer, à l'avenir, dans les sentiments qui l'animent , aussi longtemps qu'Elle pourra compter sur la fidélité et sur le concours énergique qui, jusqu'à présent, n'ont jamais fait défaut à ses efforts et à sa loyauté; Elle s'estimera heureuse de pouvoir répondre, en toute circonstance, à la confiance flatteuse de ses nobles Confédérés , confiance qu'Elle désire on ne peut plus vivement d'avoir et de garder toujours. »

J'attendrai que vous m'ayez envoyé d'autres rapports et que je sois revenu à Vienne, ce qui ne peut guère tarder, pour vous communiquer les observations qu'il y aurait encore à

Itg RECUEIL DE DOCUMENTS (18t3-18S9).

feire ou les mesures qu'il y aurait à prendre à propos de eelte afEaire si heureusement terminée.

Metteroich à Gento. PerscDbepg, le 26 août 1824.

725. L'accueil dont l'Empereur a daig^né m'honorer était bien fait pour me réjouir, surtout parce qu'il me prouve la grande importance que Sa Majesté attribue à Taffaire arrangée au Johannisberg. Pour attacher tant de prix à une chose^ il faut la connaître à fond, et c'est ce que fait certainement l'Empereur. Il m'a dit, à propos de la situation générale de l'Europe, quelques mots qui équivalent à des coups de massue. Il sait toujours mettre le doigt sur la plaie. C'est aussi pourquoi sa position à lui est si forte.

Il y a quelques heures, Leiden m'a apporté de Francfort le compte rendu imprimé de la séance de la Diète et la traduction française de la proposition présidentielle. Je vous envoie , sans perdre de temps, l'un et l'autre, afin que la version allemande paraisse le plus tôt possible dans V Observateur,

ENTENTE DE LA PRUSSE ET DE L AUTRICHE AU SUJET DE LA POLmQOE

Page 1