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lU RECUEIL DE DOCUMENTS (18S3M8S9)4
Le Roi de Bavière est un homme tout à fait à part : il est très-débonnaire , parle de tout et dit tout. Il a été pour moi comme un second père, puisqu'il a, en grande partie, surveillé mon éducation. J'ai vécu longtemps chez lui et avec lui, et il me traite encore maintenant comme un tuteur traite son pupille , m'appelle par mon nom de baptême et ne cesse de réveiller en moi des souvenirs qui lui sont plus pénibles qu'à moi.
12 novembre.
718. Les Mémoires de Fain qui ont trait à l'année 1813 méritent d'être lus. Ils contiennent Thistoire de ma vie aussi bien que de celle de Napoléon. Fain, secrétaire de Bonaparte, a fait son devoir en présentant sous de belles couleurs les vues de son maître. J'ai écrit à propos de cet ouvrage quelques notes qui n'ont pour objet que de redresser des erreurs matérielles.
J'avais à reconquérir pour mon pays l'indépendance politique. Pour arriver à ce but, j'avais deux chemins ouverts devant moi : il fallait ou bien déserter le camp devenu ennemi, ou bien procéder loyalement. Dans le premier cas, nous aurions suivi l'exemple du général York; dans le second, nous devions échanger le rôle d'allié contre celui de médiateur. J'ai pris ce dernier parti , et la suite a montré que j'ai bien fait. C'est dans ce sens quil faut lire les Mémoires en question, et particulièrement les documents qui les accompagnent. Napoléon aurait aimé nous voir seconder ses plans comme alliés ; mais ce que nous avons constamment refusé de foire au moment de sa plus grande puissance, c'aurait été folie d'y consentir à l'époque de sa foiblesse.
La situation dans laquelle je me trouvais en 1813 était trèsdifficile. Les démocrates du Nord et, plus tard, les proclamations libérales d'Alexandre ne l'ont pas rendue plus commode. On n'avait pas besoin de foire appel à la fureur populaire ; des hommes d'État calmes et réfléchis auraient suiB pour unir tous les sentiments patriotiques , même sans rappeler les proclamations de 1793 et de 1796, contre la tyrannie étrangère devenue intolérable.
14 décembre.
719. A Toccasion du mariage morganatique du Roi de Prusse, qui a été tenu fort secret, il s'est passé des incidents très-comiques. Entre autres, le général Knesebeck fut invité à dtner le lendemain de la noce. Il trouva à table le père de la mariée et demanda à Tun de ses camarades : « Quel est ce nouveau membre de notre Ordre ? — Eh mais ! c'est le comte de Harrach. — Qui est le comte de Harrach? — Le père de la princesse de Liegnitz. — Qui est la princesse de Liegnitz? — La femme du Roi. » Là-dessus indignation de Knesebeck, qui croyait d'abord qu'on voulait se moquer de lui ; on prétend que sa fureur ne s'est pas apaisée même lorsqu'il apprit la vérité.
30 décembre.
720. La marche que nous suivons est très-droite, et c'est la seule positive. Elle doit ce privilège à des circonstances fort •désagréables. Je prétends n'avoir qu'un mérite : c'est de savoir ce que nous voulons. A Saint-Pétersbourg, on voudrait bien laire ce que l'on ne peut pas ; à Londres , on serait tenté de vouloir ce que la volonté seule ne suffit pas à réaliser, et à Paris on ne sait pas bien ce qu'on veut. Voilà le tableau exact de la situation. Gela n'est pas flatteur pour les contemporains, et ce n'est pas une position bien enviable pour moi, malgré toute la beauté du rôle que je prends.
Du reste, Stratford-Ganning s'est très-bien conduit ici. Dans tous les entretiens que j'ai eus avec lui, je l'ai amené à me donner raison. Quoi qu'il puisse advenir, on peut admettre que Monsieur son cousin (Ganning) sera obligé de me suivre, ou qu'il modifiera ses vues de telle foçon que je puisse marcher avec lui; car jamais je ne ferai, jamais je ne dirai ce qu'il feit et dit aujourd'hui. Lui ou moi , il faut que l'un de nous ait tort.
Stratford va partir prochainement pour Saint-Pétersbourg ; on peut se demander s'il était sage de l'envoyer par Vienne. Voulait-on nous convertir en un tour de main? Nous sommes trop
lourds pour cela; nous nous sommes d'ailleurs bien défendus. Je trouTe que la position de Stratford est à peu près celle d*un général à qui Ton a remis le commandement et qui se fieiit battre ayant d'être arrivé à son quartier général.