‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 21 sur 123 · ENTENTE AU SUJET DE LA POLITIQUE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

ENTENTE AU SUJET DE LA POLITIQUE ALLEMANDE

l'Autriche. Plas je mets de prix à cet accord, et plus j'apprécie les soins que tous avez pris à cet égard. L'estime particulière qui depuis longtemps vous est acquise de ma part ne s'en trouve que mieux justifiée. En vous en renouvelant l'expression, je suis, Monsieur le prince de Metternich, Votre bien affectionné

Frédéric-Guillaume.

Réponse du prince de Metternich (sans date).

727. La lettre que Votre Majesté a daigné m'adresser a porté le comble à ma reconnaissance pour la justice qu'Elle veut bien rendre aux intentions qui servent de guide à mes travaux. <

Ma vie, Sire, ne connaît depuis longtemps plus qu'un but: c'est celui d'assurer par mes faibles moyens le triomphe de la noble cause que les Monarques ont su faire prospérer pour le salut du monde. La marche de mes pensées est connue de Votre Majesté. Elle sait qu'au moment même où j'ai été appelé au timon des afBûres, j'ai assis ma politique sur la base de l'union la plus entière entre deux États que des errements à jamais déplorables avaient placés sur une ligne de rivalité qu'il n'eût point été au pouvoir' du temps seul d'amortir. Mes /

soins ont été couronnés du succès le plus heureux ; ils ont dû avoir ce résultat sous les règnes de l'Empereur et de Votre Majesté.

Permettez, Sire, qu'en faisant cet aveu sincère je demande la continuation de cette confiance personnelle sans laquelle je ne pourrais rien. En lui demandant cette faveur, qu'Elle daigne agréer avec le même sentiment l'assurance que je resterai placé avec une fermeté inébranlable sur la ligne qui est à un même degré celle de Votre Majesté et de Sa Majesté Impériale. Aussi longtemps que la Prusse et l'Autriche seront unies indissolublement et que cette union sera démontrée clairement, tout bien sera possible en Europe.

Je suis, etc., etc.

180 REGUIIL DE DOCUMENTS (18S3-18S9).

728. Metternick à Esterliaxy, ii Londres (Dépêche), VieDDe, le 17 octobre 1824. — 729. Metternick k Esterkazy, à Londres (Dépècke réserrée). Tienne, le 17 octobre 1824.

798. L^époque assez prochaine du retour de l'Empereur Alexandre dans sa capitale sera marquée indubitablement par la reprise de l'affaire grecque entre le Cabinet de Russie et les représentants des quatre autres Cours. Je croirais manquer à un devoir que m'imposent la g^vité de la question et le grand intérêt que nous portons à la voir tei*minée d'une manière conforme aux vœux de la raison, si je ne mettais pas à profit le dernier moment qui nous reste pour établir par des explications avec le Cabinet britannique un échange d'idées aussi franc que complet.

Vous connaissez trop bien, mon Prince, les vues et les calculs qui ne nous ont point abandonnés un seul instant pendant tout le cours de la fâcheuse complication dans le Levant, pour que je juge nécessaire de me livrer à un travail long et circonstancié. Vous n'avez besoin, pour vous expliquer envers les ministres anglais, que de connaître notre opinion relativement à la position des choses dans le moment actuel, et je ne croirais pas pouvoir vous la tracer mieux que par les aperçus suivants.

La base de notre intervention dans cette question a, de prime abord, été celle d'une confiance entière dans les vues justes et élevées de Sa Majesté l'Empereur de Russie, tant sur sa propre position dans l'affaire que sur la question ellemême. Notre confiance s'est trouvée justifiée par la marche des choses.

L'affaire étant arrivée à une période où il nous a semblé nécessaire de la placer sur des termes absolument clairs et précis, nous avons proposé la séparation des objets qui jusqu'ici étaient restés confondus dans sa poursuite. Ces objets étaient évidemment, d'une part, la lésion, subséquente à Ten-

treprise du Prince Alexandre Ypsilanti, des traités existant entre la Porte et la Russie, et de Tautre, l'insurrection ellemême. L'Empereur de Russie, guidé par ses lumières, saisit ce que notre distinction renfermait de correct. Les autres Cabinets accueillirent notre point de vue, et la reprise des relations diplomatiques de la part de la Russie fut regardée dès lors comme le gage de l'aplanissement du premier de ces objets.

Les soins infatigables de lord Strangford, son esprit, ses talents, sont parvenus à conduire l'affaire au premier terme que nous, et nos alliés avec nous, avions envisagé comme le plus nécessaire à amener. II serait superflu d'entrer ici dans une énumération même sommaire des obstacles sans nombre que l'aveuglement et l'esprit de méfiance et de jalousie du Divan avaient jetés dans l'achèvement d'une œuvre toute de salut pour la Porte. Aujourd'hui même, l'évacuation complète de la Moldavie n'est point faite encore.

Afin de placer le Cabinet britannique en entier sur le terrain que notre esprit occupe dans ce moment, qui sert de base à tous nos calculs et qui forme aussi la règle de notre marche politique présente et future dans l'afiEaire qui nous reste à traiter encore, je désire qu'il se pénètre avec nous de la nécessité urgente que les Cabinets se réunbsent sur les principes suivants :

1* Avec la reprise des relations diplomatiques entre la Russie et la Porte, la partie politique de l'affaire est arrivée à son terme.

Je parlerai plus bas des points contestés en Asie. Ils ne dérangent rien à mon calcul.

La forme dans laquelle cette première partie de l'affaire a été traitée a rangé la Russie d'un côté et la Porte de l'autre ; les Cours alliées se sont trouvées placées comme intervenantes entre les deux puissances.

2* La partie de l'afBeiire qui reste à traiter, c'est celle de la pacification des pays insurgés.

Les relations diplomatiques rétablies, l'attitude précédente des puissances a nécessairement changé. La Russie se retrouve

vis-à-vis de la Poile sur la même ligne que ses alliés, et les puissances réunies ne se trouvent pas placées entre le Suhan et ses sujets insurgés, mais plutôt en face de l'un et des autres.

3" Que veulent et que doivent vouloir les puissances? Elles veulent le retour de la paix intérieure de FEmpire ottoman.

Elles ne forment point ce vœu dans une idée abstraite d'ingérence dans les aCEaires intérieures d'un tiers, mais dans leur propre intérêt, dans celui du maintien du repos public et général en Europe.

Les puissances ne se placent point ici en une opposition quelconque avec les intérêts et avec les droits du Souverain ottoman. Elles sont au contraire convaincues de servir les premiers et décidées à ne point attaquer les seconds. Elles servent les intérêts de la Porte en servant ceux de la paix politique, et par conséquent les leurs propres.

En établissant ces positions, en réglant d'après elles le point de départ dans une affaire d'une nature difficile au possible et d'une délicatesse extrême, les Cabinets seront forts de la force de la raison, et le poids de toute force pareille ne saurait être évalué d'avance. C'est en somme sur elle que repose notre seul espoir.

Il me reste encore deux questions à examiner qui ont une grande et baute valeur.

La première est celle de savoir si les Cabinets n'auraient pas pu regarder leur intervention dans les affaires du Levant comme terminée par le fait du rétablissement des relations diplomatiques ordinaires entre la Russie et la Porte.

Nous n'hésitons pas à nous prononcer d'une manière péremptoire pour la négative.

L'insurrection des Grecs en 1821 a reçu son impulsion immédiate par les efforts des hommes du moment. Étouffée dans son principe, elle aurait eu le sort de celles de Napies et du Piémont ; ce que la Porte n'a pas su faire a dû porter des fruits qu'elle peut et qu'elle doit regretter, mais qui n'en existent pas moins.

L'Europe entière, l'opinion publique de tous les pays s'est mêlée de l'afFaire, qui a acquis une popularité générale. Cette <

popularité, nous n^en avons aucun doute, a été le fruit d'une ignorance profonde de la réalité des choses, mais elle a été nourrie et agrandie par des partis pour lesquels les hommes ne sont rien, tandis que le bouleversement est le seul but de leurs pensées et de leurs calculs. Elle s'est accrue encore du concours naturel de beaucoup d^esprits bienveillants, toujours prêts à se livrer à des sentiments généreux, sans avoir dôment examiné ni les faits, ni les positions, ni les conséquences inévitables des illusions qui les entraînent.

Si cette disposition des esprits est plus ou moins prononcée dans les divers États de l'Europe, il a dû en être bien autre* ment encore dans l'Empire de Russie.

Le mérite d'un Souverain qui, placé dans une position telle que celle de l'Empereur Alexandre, a su constamment se maintenir à la hauteur de principes aussi sages que nobles, n'en est que plus éclatant. Soutenir l'Empereur dans sa marche, c'est une tâche imposée à ses alliés par la justice et par une saine politique. Sa Majesté Impériale leur a donné Ses gages de ses intentions dignes de toute reconnaissance. L'honneur et le devoir leur font une loi de servir la cause de la paix de l'Europe, là où cette cause est celle de l'Empereur Alexandre.

L'Autriche, mon prince (et ce n'est pas à vous que je crois devoir le dire), ne court pas après les affaires. Si celle que je traite était à laisser ou à prendre, nous nous déciderions sans hésiter pour le premier de ces partis. Le jour où il nous est démontré que telle n'est pas la nature de l'afiaire, nous Tabordons, afin qu'elle puisse être réglée dans ses bases et dans son point de départ. C'est du choix de celui-ci que dépendra celui de l'arrivée.

La seconde question que je me suis réservé d'examiner est celle des points qui en Asie sont restés en contestation entre la Russie et la Porte depuis l'année 1812.

Cette question est, de son essence même, étrangère à l'affieiire du jour. Les soins des puissances n'ont jamais porté, et ils n'ont en justice pas pu porter sur l'accomplissement rédproque des stipulations de tous les traités existant entre

les deux puissances voisines* De quel droit les Cours auraientelles pu donner une extension pareille à Tintervention qu'elles ont exercée depuis 1821? Aussi, loin de jamais élever une objection contre les réserves que le Cabinet de Russie a Eeiit entrer sur cette question dans ses pièces diplomatiques ^ les avons-nous pour notre part constamment admises et reconnues comme justes et, je Tavouerai franchement, comme utiles.

Les afiaires difficiles de leur essence ne gagnent rien à être compliquées par des questions incidentes. Jamais les Cours n'ont parlé que du retour aux stipulations des traités, violées par suite des événements du mois de mars 1821.

Elles n'ont point généralisé le principe ; elles Font au contraire resserré dans ses limites connues et faciles à définir. Ce qu'elles n'ont point iait dans le passé, elles ne devront pas le faire dans l'avenir.

L'idée de mêler les questions d'Asie avec celles qui leur sont étrangères est turque. Elle est fausse en tous les points :

Parce qu'elle tend à amalgamer des objets d'une nature . différente ;

Parce qu'elle n'est qu'une arme que la peur de toutes choses a appelée h son secours ;

Parce qu'enfin la prétention sur laquelle elle repose est inadmissible. Le Divan prétend que les mêmes soins employés par les Cours de l'Europe depuis 1821 dans l'intérêt de la Russie tournent aujourd'hui également en faveur de la Porte. Or, nous avouons en conscience que si nous avons le sentiment d'avoir pour notre part beaucoup Gedt pour le maintien de la paix politique en Europe, nous n'avons pas celui d^avoir fait pour la Russie plus que pour nous-mêmes, et bien moins que ce que nous avons fait pour la Porte. Ce n'est pas, selon les règles ordinaires, pour la puissance forte que se prononcent les avantages de la paix ; c'est celle qui est faible qui en jouit plus particulièrement, et si la Porte veut bien reconnaître que le maintien de la paix entre elle et son puissant voisin pourrait être dû en partie à l'influence des puissances de l'Europe, c'est à elle aussi à sentir que, sans cette influence

salutaire, elle se serait trouvée entre le feu du canon russe et celui de l'insurrection grecque.

Appeler dès lors le maintien de la paix un service rendu à la Russie , serait à la fois une erreur et une assertion ridicule.

Les conférences vont être reprises après le retour de TEmpereur à Saint-Pétersbourg. Notre vœu le plus sincère serait que les Cabinets voulussent bien, quant au principe de intervention, se placer sur notre ligne de pensée. Je viens de la tracer avec précision et clarté. Si nous nous trompons sur les principes, nous serons charmés en conscience d'être mieux éclairés. Ce qui est hors de doute, c^est la nécessité de fixer la marche à suivre dans cette affaire, et cela ne peut avoir lieu que moyennant des instructions claires et précises pour les représentants des Cabinets appelés à y concourir.

Mettemich à Esterhazy, à Londres (Dépêche réservée), Vienne, le 17 octobre 1824.

729. J'ai renfermé dans un cadre restreint et en style officiel les principes que nous regardons comme devant servir de base à la prochaine négociation relative à la pacification de la Grèce. II me reste à ajoutera ma dépêche précédente quelques considérations qu'il ne me serait pas possible de faire valoir autrement que dans les formes les plus confidentielles.

Le Cabinet britannique partagera avec nous la conviction que dans Taflaire qui nous attend il existe deux vérités évidentes et incontestables. L'une est que la bonne foi et la firanchise la plus entière doivent présider à toutes les démarches qu'exigera la tentative des puissances; l'autre, que, vu la position des choses et le caractère des hommes qu'il s'agit de conquérir par des paroles raisonnables et pacifiques, cette tentative, quelque bien préparée et exécutée qu'elle soit, ne nous ofFre que de bien fedbles chances de succès.

L'afiaire n'en doit pas moins être abordée, parce qu'il suffirait qu'elle ne le fût pas pour livrer l'Empereur de Russie k des influences tellement fortes et dangereuses, que la sagesse

et la pureté de ses intentions reconnues ne suffiraient pas pour empêcher un éclat entre la Russie et la Porte. Je désire beaucoup que le Cabinet britannique attache la même valeur que nous à la classification des objets telle que nous Tayons de tout temps établie dans nos explications avec le Cabinet de Saint-Pétersbourg; savoir, que le jour où la première partie de la négociation longue et compliquée qui nous occupe depuis plus de trois ans, — cette partie que nous caractérisons de politique, — serait arrivée à son terme, par le Éait du rétablissement des relations diplomatiques entre les deux Empires voisins, la Russie se regarderait, pour le complément de Taffeire, comme rentrée dans le rang de ses alliées et rangée sur une même ligne avec eux. Cette forme, — et elle est bien plus qu'une distinction purement logique, — lie la Russie à la partie ; elle sert et renforce l'attitude morale de son Monarque; elle lui offre et lui assure la faculté de modérer Télan naturel des diverses classes de la nation russe en faveur d'une rupture avec la Porte.

Ttous ne nous cachons pas qu'il est plus que douteux que la pacification de la Grèce soit jamais amenée à un terme satisfeisant, dans les voies d'une négociation au succès de laquelle se refusent les éléments mêmes qu'il s^agirait de rapprocher.

La Porte, comme les Grecs, ne se rendra guère à des propositions, quelque justes et sages qu'elles puissent être. Le Divan s*y refusera par suite de ses habitudes, de son indomptable orgueil, de cet esprit de jalousie qui lui est propre et qui l'empêchera constamment de regarder les services mêmes que les puissances voudraient lui rendre, autrement que comme une prétention de leur part de lui dicter des lois pour l'administration de ses affaires intérieures, ou comme un masque couvrant des vues occultes et ambitieuses. Les Turcs, en un mot, verront toujours dans l'afEaire ce qui n'y est pas, et jamais ce qui s'y trouve en réalité. Les Grecs, d'un autre côté, n'écouteront pas une proposition qui ne serait point appuyée sur la base de leur indépendance politique, ou, — ce qui revient au même, — qui ne partirait pas de la détermina*

tion des puissances de regarder l'Empire ottoman comme ëteint en Europe.

Mais tout en reconnaissant ce qu'il y a de £àcbeux et de pénible dans cet état de choses, nous sentons aussi à quoi nous exposerait un découragement fatal. Quand même un arrangement définitif des affaires de l'Orient serait contrarié par des obstacles insurmontables, il serait encore de la plus haute importance de prévenir les nouvelles et funestes complications qui se présenteraient dans un avenir peu éloigné, et que l'action réunie des puissances alliées peut seule empêcher de se réaliser.

Par une conduite forte et correcte de la négociation, l'Empereur de Russie, qui, d'après notre conviction intime, ne vise ni à des conquêtes ni à l'émancipation pure et simple des Grecs et à l'établissement d'une nouvelle puissance essentiellement révolutionnaire, condamnée par sa nature et ses éléments aux vicissitudes incalculables d'une anarchie orageuse, — trouvera les moyens de se justifier par des arguments tirés d'une saine politique, de ce que la voix populaire en Russie ne manquera pas de taxer d* indifférence pour des intérêts éminemment russes et d'abandon de coreligionnaires. Si l'Empereur n'était pas fortement appuyé par les conseils et le langage de ses alliés, cette voix finirait par l'emporter sur les intentions les moins douteuses de Sa Majesté Impériale. Toute attitude fausse que prendraient les Cours, toute apparence même d'indécision dans le choix de cette attitude, offrirait des facilités dangereuses au jeu des partisans trop nombreux d'une guerre entre la Russie et la Porte.

J'avoue, mon prince, qu'avec le sentiment que j'ai de l'extrême difficulté de l'affaire qui nous attend, c'est la conviction seule que la paix politique de l'Europe serait arrivée à son terme, si le maintien n'en était point abordé sérieusement, qui ait pu me décider à fixer sur elle les pensées de notre Cabinet, et par suite celles de nos alliés. La guerre entre la Russie et la Porte sera-t-elle évitée avec certitude par les démarches diplomatiques auxquelles nous nous portons? Je n'oserais pas me prononcer sur cette question ; mais ce qui m'est démontré^

138 BECUEIL DE DOCUMENTS (18S8-1839).

c'est que, par un accord firanchement établi entre les puissanceSf les dangers seront diminués, les chances du maintien de la paix augmenteront, celles de la guerre deviendront beaucoup moins redoutables, et qu'enfin , par une marche bien concertée, les Cours conserveront une hberté de décision et d'action qui se trouverait fortement compromise si la seule puissance préparée à rompre avec la Porte était réduite à ne plus consulter que ses propres intérêts et ses propres embarras.

C'est avec satisEaiction que nous avons vu le Cabinet de Londres se prêter à entrer en conférence avec celui de Russie et avec les trois autres Cabinets ; nous regrettons, dVn autre côté, que ses premières déclarations à ce sujet aient été accompagnées de l'assurance que, si les résultats devaient ne point répondre à l'essai, la Russie serait regardée par l'Angleterre comme maltresse de ses mouvements, et que la Grande-Bretagne ne s'en mêlerait pas. Une assurance de ce genre ne sert pas la cause que l'Empereur Alexandre regarde heureusement encore comme la sienne, — celle du maintien de la paix politique. Ne privons pas d'avance ce Monarque de l'appui qu'il pourra chercher un jour dans la solidarité d'une politique toute pacifique entre lui et ses alliés. Le jour où le feu de la guerre éclaterait dans le Levant, où la puissance ottomane serait menacée d'être refoulée en Asie, et où une longue série de convulsions serait la suite inévitable d'un bouleversement qui changerait les circonscriptions territoriales actuelles, qui altérerait une foule de relations poUtiques, maritimes et commerciales,— ce jour-là, l'Angleterre se réduirait-elle au r6le de spectatrice bénévole et nullement intéressée à d'aussi vastes changements? Nous croyons non-seulement qu'elle ne le voudrait pas, mais nous sommes tout à fiait convaincus qu'elle ne le pourrait pas.

C'est ce jour de crise que nous voudrions prévenir, c'est à cela qu'ont tendu depuis des années nos soins et nos efforts assidus; c^est vers le même but qu'ils continueront à être dirigés, et c'est afin d'y arriver que nous demandons à nos alliés de nous seconder de tous leurs moyens.

Quant aux questions de détail et d'exécution, nous avons donné à notre envoyé à Saint-Pétersbourg les directions qui nous ont paru nécessaires et suffisantes pour Touverture et la première époque des conférences. Nous ne pouvons cependant pas nous dissimuler qu'un autre travail non moins important et peut-être plus difficile nous attend. Il est à prévoir que, dès la reprise des conférences, le Cabinet de Russie demandera Favis des Cours alliées sur le plan de pacification qu'il leur a communiqué au mois de février dernier. Le Gouvernement britannique ayant annoncé l'envoi de M. Stratford- Canning, dans le but exprès de le fiare assister à ces conférences, nous sommes fondés à croire qu'il le munira d'instructions relatives à cette partie essentielle des délibérations ; et si tel est le cas, comme nous n'en doutons pas, il serait pour nous d'un grand intérêt d'en être informés à temps, pour pouvoir juger jusqu'à quel point ces instructions se rencontreraient avec celles que nous adressons nous-mêmes à notre représentant, sous forme d'observations sur le Mémoire, du Cabinet de Russie.

Je vous autorise, mon prince, à donner lecture de la présente dépêche à M. Canning, et à lui demander le secret sur son contenu. Vous pouvez comprendre la valeur toute particulière que nous devons attacher à une réplique de sa part qui nous mette à portée de juger, avec une entière connaissance de cause, des pensées du Cabinet britannique sur une série de questions aussi dignes de son intérêt que du nôtre. Nous nous expliquerons dans les termes de la dépêche précédente envers les Cours de Russie, de France et de Prusse. Si je demande au principal secrétaire d'État le secret sur les ouvertures confidentielles renfermées dans la présente dépêche, il serait superflu de prendre envers lui l'engagement d'une réciprocité de discrétion entière de notre part ; elle s'entend d'elle-même, et elle est dans nos habitudes.

Page 1