OPINION DE METTERNICH SUR LA POLITIQUE DE CANNING
778. Metternicli à Esterhazy, à Londres (E. D.), Ischl, le 7 août 1825. — 779. Metternich à Esterhazy, à Londres (E.D.secr.), Ischl, le 7 août 1825.
778. Je ne veux point vous laisser partir de Londres sans vous mettre à même de vous expliquer, là où vous le trouverez bien et utile, sur plusieurs objets d'une grande et réelle importance.
Ce n'est pas à vous, Monsieur l'ambassadeur, qui avez été si longtemps l'interprète aussi éclairé que zélé des pensées et des vœux de notre Cour près d'un Monarque que les liens les plus forts (parce qu'ils sont à la fois les plus naturels et les mieux fondés dans la marche même de son esprit) attachent à l'Autriche, que je pourrai rien apprendre sur l'immutabilité \ des principes et du système politique de l'Empereur notre auguste Maître. Rien ni dans ces principes ni dans les calculs
de notre Cabinet n'est sujet à varier, car nos principes sont corrects et notre marche est exempte de toutes vues secondaires.
La politique de Sa Majesté Impériale a toute la valeur d'une religion; elle ne connaft ni Tinfluence des passions (TEmpe— reur en est exempt) ni aucune gène dans Tattitude du Gouvernement. Nos calculs ne sont jamais bornés au jour qui court, ou à un besoin du moment. Placés en face de Tavenir, et n'accordant à des embarras momentanés d'autre valeur que celle de symptômes passagers et variables à l'infini, notre point de vue est étendu mais fixe, et notre action est précise et constante vers une même direction.
Vous êtes au feit de toutes les questions qui depuis quinze ans ont agité la société ; vous l'êtes de même de toutes celles qui ont fourni matière à des explications plus particulières entre nous et l'Angleterre. Vous avez été, sur les lieux mêmes, témoin, dans la marche du Cabinet britannique, d'un revirement politique que nous regarderons à jamais comme déplorable. J'ai la certitude que l'opinion personnelle de Votre Altesse ne diffère en rien de la nôtre , ni sur la cause ni sur les effets de ce revirement. Il doit donc me paraître facile de mexpliquer aujourd'hui encore une fois envers vous , avec la certitude absolue que vous saurez saisir, dans son véritable sens , chacune de mes paroles , et que de même vous saurez en foire le meilleur usage.
Deux vérités ont pour moi toute la valeur d'axiomes positifs.
La première est celle qu'il ne saurait exister un sujet de froissement entre les intérêts de l'Angleterre et de l'Autriche ; que, bien au contraire, les grands intérêts politiques leur sont communs.
La seconde est celle que tout ce qui dans la marche de l'administration anglaise actuelle diffère de celle qui l'avait précédée , repose sur une grave erreur. Le mot peut paraître tranchant et dur. Je mentirais cependant à ma conscience si je n'exprimais pas ma pensée dans toute sa simplicité.
D'un autre côté, j'admets comme une des bases de mes calculs qu'il existe une différence tellement fondamentale entre