METTERNICH ET LA POLITIQUE DE CANNING
la situation du Gouvernement britannique et celle des Gouvernements du continent, qu'exig^er souvent du premier ce qui peut et doit être attendu des seconds, c'est se livrer à une entreprise vaine et qui ne prouvera jamais que l'ignorance de ceux qui s'y abandonneront. La part que je fois à cette différence et aux besoins qui en ressortent pour la direction des affaires, n'est pas restreinte; elle est au contraire large et motivée par une forte conviction. Si j'admets cette vérité, je me sens d'autant plus en droit de ne pas craindre qu'on puisse accuser mon jugement de manquer de vues pratiques.
Un homme s'est élancé, en Angleterre, au timon des affaires. Il a visé à asseoir son pouvoir sur le culte de préjugés populaires dans son pays. Il a jusqu'à cette heure réussi dans son entreprise; mais a-t-il servi par là et sa patrie et la cause générale, qui est sans contredit en même temps celle de l'Angleterre? Je ne suis pas en doute sur la nature de la réponse , et le développement des événements démontrera que mon opinion ne recevra point de démenti. Je n'ai plus besoin même d'en chercher la justification dans un avenir éloigné ; les faits de tous les jours viennent déjà à son appui.
Sa position insulaire sépare l'Angleterre des autres parties du monde civilisé. Elle a tiré et elle tirera de cette position matérielle des avantages prononcés, aussi souvent que son Gouvernement n'étendra pas cette séparation aux intérêts moraux communs à tous les États.
La science des ministres anglais consiste à distinguer à laquelle des deux classes appartient l'objet du jour qui réclame leur intervention; c'est dans cette distinction que dans ces derniers temps il s'est glissé de l'erreur, et les suites en seront d^une grave conséquence et pour ce Royaume lui-même et pour le monde entier.
La source première de cette erreur, — même en faisant abstraction de ce qui dans la marche de l'administration politique anglaise des dernières années doit être attribué à des considérations personnelles à un ministre , — consiste dans la manière dont on y a saisi V esprit de l' alliance.
En touchant cet objet , je me sens appelé à foire des con-
cessions explicites au Cabinet britannique. Je lui abandonne ainsi la part entière des embarras et des difficultés que plus d*une fausse interprétation et que plus d'un essai d'applications directes , forcées et erronées de ce même esprit , que peuvent s'être permis des Cabinets du continent, a pu lui causer d'inquiétudes et créer même d'embarras véritables. Il n'est pas» une des occurrences auxquelles le reproche serait applicable, qu'en mon particulier il ne me serait facile de dési(]^er, car il n'en est point que notre active sollicitude pour la conservatiou des bienfaits réels de l'alliance et pour les relations les plus intimes et les plus suivies entre les puissances et l'Angleterre, n'ait pressentie en temps utile, qu'elle n'ait combattue, et que plus d'une fois elle ne soit parvenue à modifier plus ou moins essentiellement.
Mais c'est en faisant cette concession que je me vois plus particulièrement encore appelé à distinguer ce qui dans l'esprit et dans le fait de l'alliance est de la réalité et ce qui n'est qu'illusion; ce qui, en un mot, est la chose et ce qui n'en serait que l'abus.
L^essence morale de l'alliance repose sur les seules bases du principe de conservation de toute chose légalement existante, et d'une heureuse union entre les premières puissances sur ce principe. Si tel est l'esprit de l'alliance, son application active à des cas spéciaux doit subir la loi commune. C'est à la prudence (et l'évaluation des possibilités en est certes une des premières conditions) à peser, chaque cas échéant, la nature de l'objet auquel pourrait et devrait s'appliquer une action qui, sans ces conditions premières, tournerait contre son objet. Vu de près, le principe est celui de la vie de tous les États; il étaye le premier des besoins de la société, la sûreté de la propriété; il vit et existe partout et ne perd rien ni de sa correction ni de la nécessité de son application, sous quelque forme particulière que puisse être placé un Gouvernement. Si le principe a été prononcé plus explicitement, le fait n'est dû qu'aux attaques que des partis frénétiques ont livrées au corps social et qu'ils ne cessent de lui livrer encore. Attaquer le principe de l'alliance, c'est attaquer la société. Se