METTERMICH ET LA POLITIQUE DE CANNING
des extrêmes auxquels elles conduisent bien vite, et dès lors il viendra, après un long circuit, nous rejoindre là où. il nous a abandonnés ; ou bic^n la pente sur laquelle il s'est placé Tentratnera à une distance qu'il ne nous est pas donné de parcourir et bien moins encore de jamais pouvoir atteindre; dans cette chance, — que nos vœux pour la cause que nous regardons comme la bonne nous font répugner d'admettre, — nous serons encore forts des antécédents et de l'essence même des principes que nous avons invariablement soutenus. Ce calcul ne présente, à notre avis, pas un seul côté faible, car notis sommes entièrement convaincus qu'en somme la saine politique de l'Angleterre ne veut pas et ne pourrait jamais vouloir autre chose que ce qui est de l'intérêt véritable et permanent de la société. Si je ne me trompe, M. Canning appartient à cette classe d'hommes qui parfois entrent dans des associations, sans pour cela attacher leurs vœux sincères à leur succès; ces hommes spéculent sur les profits du moment et ne tâchent pas moins d'assurer leur capital en dehors de l'entreprise. De pareilles spéculations réussissent rarement, et ce n'est pas nous qui. en aucune supposition, pourrions nous y Hvrer. Il est bien inutile, sans doute, que je vous prémunisse, mon prince, contre toute idée qui pourrait faire admettre que nous ayons fait allusion dans ces observations aux soutiens véritables de la vieille et noble Angleterre et aux pensées du Monarque que l'Empereur regarde comme le plus constant, le plus sûr et le plus éclairé de ses alliés et de ses amis.
Metteroich à Esterhazy, à Londi^es (E. D. secr.), IscLI, le 7 août 1825.
779. J'abandonne l'usage de la dépêche précédente (n"" 778) à TOtre discrétion. Si vous croyez que son contenu puisse être lu au Roi, au duc de Wellington et au comte de Munster, vous en serez le mattre
Le tableau que je fais de la politique de M. Ganning est conforme à la voix de ma conscience. Ce que j'admets comme servant de base à ses calculs et comme formant celle de sa
marche journalière est sans aucun doute conforme à la vérité. Je n*ai pas dû chercher loin la comparaison que j'établis entre lui et ces spéculateurs qui sont à la fois dans certaines entreprises et en dehors d'elles ; la vérité de la comparaison est démontrée par le contraste, évident pour ceux qui connaissent la marche des affaires, qui existe entre l'appui que M. Canninç a prêté à l'émancipation des catholiques d'Irlande, au triomphe des insurrections américaine et ^ecque, et les vœux intimes de ce ministre pour la non-réussite de ces mêmes entreprises. M. Ganning nous a, d'un autre côté, fourni la preuve, par la direction qu'il a donnée à l'arrangement entre le Brésil et le Portugal, qu'il n'est en aucune manière en doute sur ce que comportent des principes sains et corrects, et combien il est décidé à ne pas les abandonner, aussi souvent que ce qu'il juge être de l'intérêt de l'Angleterre et du sien propre se trouve en accord avec leur soutien. M. Ganning use, selon l'occurrence, de deux poids et deux mesures ; je crois que par ce seul fait il sert mal les intérêts permanents et les seuls réels de son pays; ce qui d'un autre côté est certain, c'est que nous ne pourrions en faire autant sans nous perdre incessamment
La tournure que prennent les affaires en Grèce est bien faite pour donner à penser au Cabinet britannique. Nous sommes arrivés au moment de' la solution. Les Grecs, dont les véritables intérêts eussent pu être sauvés par un accord entre les puissances, succomberont tout à fait, ou bien la Russie entrera en guerre avec la Porte ; chance à mon avis peu certaine encore, mais qui en aucune manière n'eût été admissible si l'Angleterre eût voulu lier la partie avec les Gours. Le juste milieu entre le mal réel et le bien chimérique eût pu être évité; c'est M. Ganning qui n'a pas voulu s'y prêter. Le bien qui se fera, on nous le devra.
La corde qui me semble la meilleure à faire résonner près du Roi directement est celle du regret fort sensible de l'Empereur d'avoir été abandonné par l'Angleterre dans l'œuvre de la pacification du Levant. Le fait est tellement inexcusable, il est si contraire aux intérêts les moins contestables de la