METTERNICH ET LA POLITIQUE DE CANNIN
garder contre ralliance ou Tabandonner, c'est ne pas la comprendre ou ne pas se comprendre soi-même.
Tel est le reproche que je fais à M. Canning, et que Thistoire, toujours impartiale, lui adressera de son côté.
Il suffit de poser la question ainsi que je viens de le faire, pour expliquer les errements des derniers temps. Le principal secrétaire d'Etat a trop de pratique dans les affaires pour pouvoir penser sérieusement à un système d'isolement et de concentration en faveur de ce qu'il est plus facile de nommer les intérêts directs de la Grande-Bretagne, que de prouver la justesse de la qualification ; aussi sa pensée n*a-t-elle certainement jamais porté que sur la séparation de la marche de r Angleterre de celle réputée de l'alliance. Mais c'est ici que tout juste repose l'erreur. Il y en aurait dans l'entreprise de se séparer des principes vitaux de la société, et dans plus d'un cas spécial il y en aurait surtout dans la supposition que l'action des puissances dans toutes les afBaires en instance n^aurait été réclamée que vu l'existence de l'alliance.
Je n'hésite pas à déclarer que, par exemple, d'après ma conviction intime, on trouve à la vérité dans l'affaire orientale les alliés y mais strictement parlant point l'alliance. Son principe fondamental, — celui du respect pour les droits existants et pour la valeur des traités, — sert assurément aussi, dans cette complication, de guide aux puissances continentales; mais pourrait-il ou bien devrait-il en être autrement, et en eût-il été différemment si l'alliance n'eût jamais existé? Ce n*est pas de Londres que je m'attends à une réponse négative ! £t cependant, où trouvons-nous la puissance anglaise dans ce grave conflit? La marche que son Cabinet a suivie dans ces derniers temps n'a-t-elle pas tendu directement à rendre plus difficile la solution d'une complication que ses intérêts les moins douteux devraient faire hâter? N'en a-t-il pas été de même des affaires du nouveau monde?. . .
J'admets que M. Ganning appartienne à la classe des hommes qui souvent cherchent à se frayer des routes nouvelles ou réputées telles; qu'il puisse attacher à certaines clameurs et à certains suffrages plus de valeur qu'ils ne
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méritent en réalité; enfin, quUl puisse croire trouver plus de facilité et de succès dans ce qu'il envisage comme le soutien d'une politique toute nationale! Mais, mon Prince, si tel est le cas, M. Ganning ne £eiit que se tromper, et la suite le lui prouvera.
L*Europe aujourd'hui n'a qu'un besoin véritable, c'est le repos politique ; c'est par lui que prospérera l'élan prodigieux qu'ont pris l'industrie et le commerce. L'A.ngleterre veut le repos tout comme nous le voulons. Elle devrait dès lors ne point caresser ce qui tend à le troubler, et ce qui, sans la constance de notre marche, n'eût point manqué déjà de conduire à de grands malheurs.
M. le comte de Munster m'adresse la question : « Si dans Pétat actuel des choses (il parle de l'afEaire de l'Orient) il ne serait pas^ utile de cimenter plutôt l'union de l'Autriche et de l'Angleterre que de les éloigner l'une de l'autre ? »
Ma réponse à cette question sera aussi courte que précise.
L'Autriche, vu les premières conditions de son existence, a besoin de ne jamais s'écarter des principes qui précisément forment, — ainsi que nous le sentons, — la base véritable et unique de ce que l'usage a fini par appeler l'alliance. Tout ce qui, dans la situation présente des choses et dans la marche actuelle de l'esprit public, tendrait à cimenter une union spéciale entre nous et l'Angleterre, nous perdrait infeilliblement. Ce n'est pas le corps politique, qui se meut sur des principes immuables de leur nature, qui pourrait quitter leur direction, pour en adopter une que ses auteurs mêmes ne sauraient caractériser autrement que de condescendance envers les opinions populaires anglaises, opinions de leur essence précaires comme tout ce qui doit son existence à la seule feveur du peuple. Nous avons le sentiment que par la constance de notre marche et par la force de notre attitude morale, nous continuerons à rendre de grands services au monde et à TAngleterre elle-même. Nous ne dévierons pas de notre ligne de conduite, et nous resterons placés en face de deux chances : ou bien le Cabinet britannique reviendra sur ses errements, vu la mobilité naturelle aux opinions populaires et le danger