‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 41 sur 123 · LA MORT DE L*EMPEREUR ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LA MORT DE L*EMPEREUR ALEXANDRE

Mais, de plus, nous connaissons également son successeur, et c'est sur cette double connaissance que je fonde, sans crainte de me tromper, Topinion suivante sur les premiers errements de son règne :

Le grand-duc Constantin a beaucoup d'esprit, un cœur droit et plein de noblesse, les principes politiques les plus corrects; souvent peu d'accord avec la pente d'idées sentimentales et romanesques de son auguste frère, il n'en a pas moins été le soutien le plus fidèle de ses volontés. Personne n'a su mieux obéir que le grand-duc et se faire obéir davantage.

Sa jeunesse a été obscurcie par une fougue de caractère telle, que sa réputation en a souffert d'une manière pénible pour lui. L'âge a beaucoup calmé cette effervescence, et son épouse exerce sur son caractère irascible une influence aussi salutaire que considérable.

Sa politique sera positivement pacifique. La marche de son esprit tendra vers deux buts principaux : en politique, vers le soutien du principe monarchique, et sous le point de vue administratif, vers l'amélioration intérieure de l'Empire. Ou îe me trompe fort, ou bien Y histoire de Russie va commencer là où vient de finir le roman.

J'ai tout lieu de croire qu'il ne s'intéressera en aucune manière au sort des Grecs. Il s'est constamment prononcé contre eux avec mépris comme nation et avec animadversion comme sujets en révolte.

Il est fort dévoué à l'Autriche et à l'union entre les deux Empires. Il déteste les Anglais et méprise les Français. Il regarde la Prusse comme livrée à Tesprit révolutionnaire.

Tel est en substance le tableau que le changement de règne présente à notre pensée. L'avenir seul pourra démontrer si le présage sera confirmé par les errements d'un règne qui, sous une foule de rapports, aura bien des embarras à surmonter. Le premier qui se fera sentir, c'est que les liens de l'obéissance se sont beaucoup relâchés sous le règne doux d'Alexandre, et que, par conséquent, les actes du nouvel Empereur, interprétés par la crainte qu'il inspire, prendront facilement im

caractère de dureté et créeront un sentiment de contrainte que la nation n*a plus éprouvé depuis plus de vingt-cinq ans, c'est-à-dire depuis le laps de temps d'une génération entière.

La chance existe-t-elle que Théritier naturel du trône puisse ne point vouloir accepter la couronne? Bien des personnes le croient. Peu de moments devront nous apprendre quel est le parti qu'en ce moment le grand- duc doit déjà aroir pris. Si le grand-duc Nicolas était appelé à succéder (fiait qui ne pourrait avoir lieu que par un acte formel de renonciation à la couronne de la part du frère aîné), il serait impossible de tirer un horoscope quelconque du nouveau règne.

Quoi qu'il en puisse être, Monsieur le baron, cet événement si inattendu, que la correspondance d'Odessa aura sans doute fait connaître à Constantinople avant l'arrivée de la présente poste, devra produire la plus vive sensation sur le Gouvernement ottoman*

Vous verrez M. de Minciaky fort embarrassé de son attitude ; vous lui témoignerez les attentions les plus recherchées, et vous ne sauriez trop lui exprimer le sentiment de douleur profonde que l'Empereur notre auguste Maitre éprouve de la perte d'un allié qui ,en même temps a été l'ami de sa vie eqtière.

II ne me reste pour aujourd'hui plus rien à vous dire... Il est curieux et déplorable que je doive vous donner des instructions sur un événement qui, avec tous les caractères de l'authenticité, ne porte néanmoins pas encore tous ceux d'une certitude absolue, et auquel, ainsi que vous le remarquerez, nous n*avons pas encore assigné une place dans nos feuilles publiques.

Mctternicb à Lebzeltern, à Saint- Pétersbonr^; (Dép. secr.). Vienne, le 22 décembre 1825.

787. Il serait superflu de revenir, entre Votre Excellence et moi, sur les suites possibles ou probables d*un événement

* Viennent ensaite des conseils relativement à l*attitnde à observer par la Porte. (Note de rÉdite^w.)

ENSEIGNEMENT DONNE AI3X ARCHIDUCS (1825). S6l

aussi inattendu qu^immense dans ses conséquences nécessaires.

Je vous envoie quelques pièces de correspondance qui vous démontreront qu'à Theure quHi est nous ignorons encore lequel des deux frères occupera le trône de Russie. M. de Tatistscheff ne doute pas que dans la première démarche de l'Empereur Constantin ne se trouve un fond de calcul lié à Topinion qu'il regarde comme prédominante sur son compte en Russie. M. de Tatistscheff croit qu'il veut se faire prier de conserver la couronne. Je suspends mon jugement sur un faiit que peu de jours tireront au clair. . .

Une nouvelle ère va commencer. Mon esprit s'y est transporté, et il y vit. . .

Le choix que l'Empereur notre auguste Maître a fait de FArchiduc Ferdinand d'Esté est sans contredit le plus convenable, et il sera à la fois le plus utile aux affaires. Ce prince a le sentiment droit et profond ; il est placé sur la ligne morale la plus conforme à celle sur laquelle nous marchons nousmêmes ; ni son esprit ni ses principes ne laissent craindre la moindre lacune. Il portera à Votre Excellence des instructions qui seront plus faciles à rédiger, attendu que Son Altesse Royale ne quittera pas Vienne avant que nous sachions lequel des deux frères occupera définitivement le trône de Russie.

ENSEIGNEMENT DONNK PAR LE PRINCE DE METTERNIGH AUX ARCHIDUCS FERDINAND ET FRANÇOIS-CHARLES *, EN 1825.

788. Prof>rainme des leçons, d'après ane note autographe de Mettemicb.

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