‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 53 sur 123 · LA POLITIQUE AUTRICHIENNE EN ORIENT · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE AUTRICHIENNE EN ORIENT

Depuis longtemps, et peut-être même dans tous les temps, il a existé sur la possibilité d'un rapprochement de la Russie et de la Porte une différence totale de jugement entre notre Cabinet et celui de Londres. Le procès a été jugé par les parties directes, et Tévénement a prouvé que nous ne nous étions point trompés dans nos pressentiments.

Nous n'avons jamais été en doute sur les points fondamentaux suivants, savoir :

Que les Monarques russes (le dernier comme le présent), loin de désirer la rupture avec la Porte, ont depuis Torigine de Tinsurrection regardé la guerre comme la chance la plus redoutable pour eux-mêmes ;

Que l'arrangement des différends directs entre la Russie et la Porte, et une interprétation du traité de Bukarest qui conduirait à vider l'embarras relatif à la rétrocession (voulue par ce traité) de l'un ou de l'autre point de l'Asie, — que l'arrangement sur cet objet a constamment occupé la première place dans leur pensée ;

Que les arrangements relatifs au sort de la Morée et des iles n*ont eu pour eux qu'une valeur secondaire, et cela,

1* Vu l'impossibilité absolue que la Russie puisse jamais vouloir de l'indépendance politique des Grecs ;

2* Vu l'impossibilité où cette puissance se trouverait de jamais regagner sur eux son ancienne influence ;

3* Vu, enfin, qu'un état de dépendance quelconque de la Porte devant nécessairement être imposé aux Grecs, au lieu de cette indépendance politique pour laquelle ils ont fait tant de sacrifices, la part active que prendrait la Russie à ce retour à la dépendance, loin de satisfaire l'opinion publique et de répondre ainsi à la plus forte des considérations qui attachait cette puissance à la cause des Grecs, serait tombée bien plutôt à la charge du Monarque russe ;

Que toute autre fin de la pacification de la Grèce que celle amenée de force par le cours naturel des choses, ne saurait être atteinte que par les efforts moraux réunis des principales puissances de TEurope, et en particulier par ceux de la Russie, de l'Autriche et de l'Angleterre. >

Je TOUS livre ici des vérités indubitables , mon prince» et je vous les abandonne en entier. Tirez-en le parti que vous jugerez le plus utile pour éclairer la conscience du Cabinet britannique sur notre compte ; je ne crains pas de me compromettre, car ce que je viens d'écrire, c'est de l'histoire !

La négociation isolée entre la Grande-Bretagne et la Russie, et l'assentiment du Sultan aux premières propositions de l'Empereur Nicolas, ont tiré une ligne marquée entre le passé et l'avenir ; les droits de l'historien commencent avec les séparations décidées entre les périodes.

L'afEaire orientale est arrivée à la fin de l'une de ces périodes. Il n'est pas douteux pour moi que la Porte et la Russie ne parviennent à s'entendre.

Que deviendra l'autre partie de l'affeire?

Pour répondre à cette question, je dois vous rappeler les points de vue sous lesquels nous avons toujours envisagé l'affaire grecque.

Il est difficile de se rendre un compte exact de ce que l'on peut entendre par la Grèce, Entend-on parler du Péloponèse et des fies, ou bien de toutes les parties de la Turquie européenne qui renferment une majorité de population chrétienne? Si le Péloponèse, soit seul, soit avec ses lies, ofifirait, — ce que nous n'admettons pas, — les éléments indispensables pour constituer un État politiquement indépendant, l'existence d'un tel État suffirait pour rendre problématique celle d'une puissance ottomane en Europe ; la réunion de tous les pays habités principalement par des Grecs la rendrait impossible. Ainsi, dans l'une et l'autre hypothèse, l'établissement d'une Grèce indépendante serait synonyme de l'expulsion des Turcs de l'Europe.

Si, — abstraction faite de toute considération de droit et de justice, — les moyens nécessaires pour l'expulsion des Turcs de l'Europe, et de l'autre côté les conditions pour le rétablissement à leur place d'un grand État chrétien, pouvaient être regardés comme existants, de toutes les puissances» l'Autriche aurait le moins à perdre à un revirement pareil.

La fidélité éprouvée avec laquelle la Porte a rempli sans

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