‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 54 sur 123 · LA POLITIQUE AUTRICHIENNE EN ORIENT · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE AUTRICHIENNE EN ORIENT

interruption ses engagements, et le respect scrupuleux avec lequel elle a observé ses traités, nous rendent, à la vérité, son voisinage utile et même commode. La Turquie européenne offre en réalité à rAutriche tous les avantages négatifs d'une frontière de mer.

Le jour, néanmoins, où un grand État chrétien indépendant remplacemit la domination ottomane, cet État deviendrait notre allié naturel et actif. Placé entre deux grands et puissants voisins, ce ne sont certes pas les empiétements de celui qui ne vise à aucune extension et qui, vu les conditions physiques et morales de son existence, ne saurait jamais y viser, ce n'est pas FAutriche, en un mot, que redouterait le nouvel Empire grec ; sa tendance nécessaire irait vers la recherche et le culte de son amitié.

Nous présenter comme les ennemis irréconciliables des Grecs et chercher les motifs de notre haine dans les craintes que nous inspirerait leur indépendance pour nos intérêts politiques, ce serait donc se livrer à une erreur gratuite , ou se rendre Fécho de tant de méprisables libelles dont nous jugeons au-dessous de notre dignité de relever les mensonges.

Mais s'est-il jamais agi entre les Cabinets de l'expulsion des Turcs de l'Europe, de l'établissement d'une Grèce libre et politiquement indépendante? Il est de fait que non. L'exaltation des esprits en Europe n'en repose cependant pas moins sur cette base ; les calomnies les plus atroces sont dirigées dans ce sens contre les Gouvernements ; l'Autriche, en son particulier, est plus que nul autre le point de mire journalier des factieux qui visent à des buts bien opposés à ceux que pourraient jamais avouer une saine politique et le calcul même des possibilités matérielles. Loin que jusqu'à cette heure nous ayons vu les Gouvernements s'opposer à ce torrent, nous n'avons malheureusement été que les témoins d'un système de tolérance et même d'action tout contraire.

Qu'a voulu, que peut et que doit désirer notre Cour? Elle a désiré et elle désirera constamment que les causes premières de tant de mouvement, d'un jeu aussi détestable que

dangereux, viennent à cesser dans le délai le plus bref possible. Elle ne voit de remède au mal que dans la pacification des pays insurgés.

Cette pacification ne peut s^opérer que dans Tune ou Tautre des trois Yoies suivantes : la soumission volontaire des Grecs à la puissance ottomane ; la réduction définitive de tous les pays insurgés par la force des armes turques ; enfin un arrangement à Tamiable, sous Tinfluence des puissances, entre le Sultan et ses sujets révoltés.

G*est cette dernière chance qui depuis cinq ans a occupé les soins de notre Cour

Aujourd'hui que, par suite de la transaction du 4 avril, nous avons acquis le sentiment de toute notre liberté d'action, nous regardons comme conforme à l'intérêt de la cause générale et peut-être même à notre honneur de tirer une ligne entre le passé et Tavenir. Personne ne court moins après les af&dres que l'Empereur notre auguste Maître ; nul moins que lui n'est jaloux de les voir arrangées sans son concours. Que le bien se fasse et que le mal soit évité, c'est en cela que se concentrent tous les vœux de Sa Majesté.

Comment le but pourra-t-il être atteint dans la position actuelle des choses? Ce, n'est heureusement pas nous qui avons la tâche ni d'en fixer ni d'en proposer les moyens. Il ne nous reste qu'à attendre et à accueillir, avec tout l'intérêt que nous attachons à cette question, ceux que pourraient proposer les deux Cours qui se sont particulièrement engagées à la résoudre

Veuillez, mon prince, vous pénétrer de l'esprit de la présente dépêche ; elle exprime en peu de mots l'ensemble de nos pensées sur l'affeire orientale ; elle est conforme à la vérité historique, conforme à celle des positions dans lesquelles se trouvent et les puissances et les deux parties contendantes. Vous. vous expliquerez dans ce même esprit, et le plus que foire se pourra, avec nos propres paroles envers M. le principal secrétaire d'État. C'est à vous que nous abandonnons le soin d'y puiser les explications nécessaires pour faire comprendre au Cabinet britannique :

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