‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 92 sur 123 · L'EXPÉDITION FRANÇAISE EN MORÉE · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION FRANÇAISE EN MORÉE

tique qui serait tire en Europe, à quel point ne s'est-elle pas déjà vérifiée et combien ne se vérifiera-t*elle pas peut-être encore?

L'attaque semble dirigée contre Tltalie. Les partis en France, — et je n'en excepte même pas un grand nombre de royalistes, — désireraient remplacer ce qu'ils appellent l'influence de l'Autriche dans la Péninsule par l'influence française. Certaine que sans des conquêtes consolidées par le temps, et la toute première devrait être celle d'un royaume limiti^ophe, la prépondérance matérielle de la France ne saurait rien gagner sur notre calme réfléchi, sur notre marche politique toute conservatrice et franchement appréciée comme telle parles Princes de d'Italie, c'est aux peuples que s'adresse l'ambition de la faction. On leur promet un régime que la grande majorité repousse dans la Péninsule. Le jeu est clair, et il est même poussé jusqu'à l'indécence. Il ne nous fera point quitter notre ligne de conduite inaltérable. Si jamais ce jeu devait sortir de ses limites actuelles, s'il devait être suivi de faits, nous saurons leur résister, et j'espère que nous y réussirons dans l'avenir comme nous y avons réussi par le passé.

C'est ce que les Français ont pris une longue habitude de qualifier de leurs frontières naturelles, que la masse vise à atteindre, et ce que les plus prudents parmi les imprudents cherchent encore à masquer.

La question majeure et décisive se trouve donc toujours être celle-ci : savoir, si la campagne russe de 1828 finira la guerre. Si tel devait être le cas, et c'est assurément l'objet de tous nos vœux, les choses, au moins pour un certain temps, rentreraient dans l'ordre. Bien des plans seraient déroutés, et il faut du temps pour en créer de nouveaux, pour se préparer à les exécuter, et pour rassembler les éléments nécessaires à leur exécution. Si au contraire le printemps de l'année prochaine est destiné à voir la guerre se renouveler, l'Europe alors verra ce que lui vaudra et la guerre russo-turque et l'exemple d'une armée française qui va porter la liberté et l'émancipation à un peuple étranger, • Au milieu de ce dédale politique, l'Autriche n'arme pas;

ce que nous faisons, c'est de compter nos forces disponibles et celles qui ne le sont pas. Aussi le Gouvernement français est-il tout aussi peu inquiet de ce que nous feisons que de ce que nous ne faisons pas. Il sait Tun et Tautre, et il sait trèsparticulièrement que nos regards ne sont point tournés vers rOrient. Les factions ne sont pas plus inquiètes, mais elles font du bruit, et elles injurient la puissance qui les gène. Tout cela est dans Tordre naturel des choses, et je vous avouerai franchement. Monsieur le comte, que je serai plus inquiet de notre situation individuelle, le jour où je verrai que les partis se taisent sur notre compte, que je ne le suis lorsqu'ils se permettent de penser tout haut. Ce qui m'inquiète, c'est l'avenir de l'Europe, et ce qui m'accable, c'est le compte que je ne puis m'empècher de me rendre jour par jour des causes qui ont amené un état de choses aussi effroyable, et de celles qui, aujourd'hui encore que le mal est déjà si flagrant, mettent obstacle à la plus nécessaire des ententes entre les puissances dont la Providence avait si longtemps couronné lès efforts en faveur du maintien de la paix générale.

J'ai été provoqué à entrer dans ces explications par l'uniformité de pensée que chaque jour me prouve exister si heureusement entre les deux grandes Cours intermédiaires, et dont le peu de mots que vous a dits naguère M. Ancillon nous a fourni une nouvelle preuve.

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