L'EXPÉDITION FRANÇAISE EN MORÉE
de mon esprit est trop pratique pour que je ne sois pas con-' yaincu que Texistence de lord Dudley est liée à tout un ordre de choses, et que par conséquent il disparaîtra ou triomphera avec lui. Mais c'est tout juste à cause de cela que je dois attendre avec impatience que le département qui influe si directement sur les relations de la Grande-Bretag^ne avec l'Europe entière tarde le moins possible à représenter dignement les nobles et utiles pensées du chef de Tadministration
actuelle
J'aurai incessamment l'honneur de revenir sur tous ces objets, et je prie Votre Altesse d'user envers M. le duc de Wellington de la franchise la plus entière *.
l'expédition française en MORÉE.
899. MeCternicIi à Trnuttmansdorfr, à Berlin (E. D.), Vienne, le 13 août 1828.
899. . . . L'opinion que M. Ancillon vous a exprimée sur l'expédition française en Morée est entièrement partagée par moi. Cette entreprise offre une somme immense de compro-
* La mission de lord Heytesbury, ambassadeur d'Angleterre à SaînU Pétersbourg, au quartier général de l'empereur Nicolas, a quelque rapport avec cette dépêche; peut-être même a-t-elle été inspirée par elle. Cette mission était motivée par l'intention secrète de se détacher de la triple alliance et de frayer la voie à une entente commune avec l'Autriche, a Je n'ai point né^llçé d'exprimer à lord Heytesbury le fond des idées de notre Gouvernement, qui se basaient sur une marche combinée et d'accord avec t Autriche, et non avec la Russie, à laquelle nous ne tenons que par ce déplorable traité. • C'est par ces mots^ empruntés à un rapport d'Ësterhazy, que lord Aberdeen expliqua à l'ambassadeur d'Autriche l'envoi de lord Heytesbury au quartier général de Tempereur de Russie. Du reste, à Londres, on n'était pas satisfait de la conduite de Heytesbury et des résultats de ses négociations. Le diplomate anglais se laissa prendre au langage insinuant de l'empereur Nicolas et écouta tranquillement ses sorties contre l'Autriche et contre le prince de Mettemich, sans protester énergiquement, comme le lui commandait l'esprit de sa mission. C'est à ce fait que se rapportent aussi les explications données par Metternich à Gentz, dans la lettre (n^ 887) dont le lecteur a pris connais- !>ance. Voir aussi n» 904. ( Note de F Éditeur. )
missions pour la Cour qui la tente, pour celles qui Ty ont autorisée» et enfin pour Tordre social tout entier. Il devra me suffire, pour justifier la dernière de ces opinions, de vous rendre attentif à Tusage que les feuilles publiques françaises font déjà d*un événement qui ne fieiit encore que se préparer, et au parti que les factions désorganisatrices cherchent à en tirer. Je pourrais peut-être ailleurs traiter avec un certain mépris le mouvement que se donnent les folliculaires, mais une bien regrettable expérience nous a appris à ne point passer légèrement par-dessus les élucubrations des gazetiers français. L'expédition en Morée servira immanquablement de complément aux violations de principe de tout genre qui ont signalé Tafiaire trilatérale depuis sa première origine ; elle servira peut-être même de point de départ à un nouveau mouvement politique.
L^affaire grecque n'est et n'a jamais été en France qu'un manteau pour couvrir un bien autre jeu ; le philbellénisnie dans ce royaume a eu la valeur de Torganisation d'un club politique avoué : le Gouvernement nous parle aujourd'hui d'une force majeure qui le pousse en avant ; et c'est lui-même qui a créé cette force, à laquelle il ne sait plus résister. Le saura-t-il davantage quand, par sa condescendance, il aura donné aux factions de nouveaux gages de son obéissance pas* sive? La chose me parait aussi peu douteuse que l'est la tendance que suivent les partis en France. Tous se rencontrent plus ou moins aujourd'hui dans un même objet ; cet objet, c'est l'extension des frontières. La France se place dans la direction des conquêtes, et les mobiles qui ont lancé et la République et l'Empire dans une aussi dangereuse carrière, viennent de nouveau se réunir dans le sentiment prédominant. Ces mobiles furent le désir des meneurs, du temps de la révolution flagrante, d'occuper la masse des Français par des événements au dehors, et, sous l'Empire, la soif de la gloire. Ils agissent aujourd'hui avec une égale force sur les partis les plus opposés, et chacun d'eux croît y trouver son avantage. Notre prédiction si ancienne sur les maux qui nécessairement viendront accabler le corps social par suite du premier coup de canon poli-^