LES NOUVELLES DU THÉÂTRE DE LA GUERRE
hauteurs et s'est avancëe jusqu'à la limite des fortifications de campagne ottomanes. L'armée russe était occupée à couvrir sa position par des redoutes ; quelques corps avaient été poussés dans les défilés des Balkans, dans la direction des communications du camp turc avec Ândrinople. Au camp russe on évaluait les forces d'Hussein-Pacha à quarante mille hommes, dont moitié en cavalerie.
Le Pacha se tenait tranquille; à l'exception de quelques partis qu'il a poussés en avant, aucun fait d'armes n'avait eu lieu. L'un de ces partis, fort de deux mille chevaux, s'était jeté sur les communications de l'armée russe et y avait fait du mal.
Les gardes russes ont passé le Danube. Elles s'avancent dans la direction de Varna. Le troisième corps d'armée, sous le général Scherbatow, s'avance en Moldavie. On le dit destiné à relever celui du général Both, qui doit aller renforcer l'armée devant Schumla. La voix publique évalue à soixante mille hommes les renforts que l'armée agissante recevra par les différents corps qui sont en marche pour le rejoindre.
Le corps d'armée placé près de Widdin doit avoir reçu un renfort de douze mille Albanais. Il a fait une pointe dans la petite Valachie, où les Busses n'ont que peu de troupes. Le comte de Langeron, ayant pris le commandement en chef des deux principautés, a quitté à la hâte Bukarest, en appelant à lui ce qu'il pouvait ramasser pour aller au-devant de l'ennemi. On disait le 22 août (dernière date de nos rapports de Bukarest) que Tennemi avait été ramené dans sa position de Ralafat.
Le général Menczikoff, que l'Empereur a chargé du siège de Varna, a refoulé dans cette place les Turcs, qui s'étaient avancés de plusieurs côtés. Quelques barques canonnières ont été prises devant Varna par la flotte que commande l'amiral Greigh
Silistrie fait une défense vigoureuse. L'ennemi a essuyé des pertes notables devant cette place. Giurgewo, n'étant que faiblement observé, pousse des partis dans toutes les directions.
Les vivres en Boumélie sont rares ; l'armée, en conséquence,
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est eo souffrance. Elle éprouve surtout un manque d'eau pénible. Les hôpitaux sont encombrés.
Les corp» disséminés dans les Principautés sont également affligés de maladies. La peste a cessé à Bukarest.
L'ensemble du tableau se résume ainsi :
L'armée russe, qui a commencé la guerre, s'est trouvée trop fiaible pour obtenir des succès décisifs. Il est clair que la guerre avait été entreprise et calculée sur la supposition que la Porte céderait aux inspirations de la terreur. Cette supposition ne s'étant point réalisée, les grandes opérations ont dû être suspendues jusqu'à l'arrivée de renforts.
Le plan de campagne des Russes offre des lacunes qui auraient pu déjà conduire aux résultats les plus funestes, si l'attitude des Turcs n'avait point été purement négative. Je me sers de ce mot, car celui de défensive ne serait point le terme propre. La défensive raisonnée n'exclut jamais V offensive indiquée par les circonstances.
La position de l'armée envahissante est en contradiction avec toutes les règles militaires. Ne s'assurer que d'un seul passage sur un fleuve tel que le Danube ; choisir ce point sur la ligne la plus éloignée ; avoir pris avec de grands sacrifices en hommes Braïla, au lieu de s'assurer de Rustschuk et de Silistrie ; ne point garnir la Valachie de forces imposantes et laisser l'ennemi maftre de toute la rive gauche du fleuve ; s'engager ainsi de gaieté de cœur dans un défilé créé à plaisir et d'une extrême longueur ; faire tout cela, ce n'est pas fiùre une guerre bien entendue, c'est compter sûr les fautes que fera l'ennemi et ne chercher d'autres chances de succès que dans ces mêmes fautes.
Rien ne nous prouve néanmoins que les Turcs n'aient pas déjà commis toutes les fautes que les Russes espéraient de leur part; il ne nous reste plus qu'à voir s'ils en compléteront la mesure jusqu'au dernier terme de la campagne. Il est indubitable qu'une opération combinée entre l'armée de Widdin, les garnisons nombreuses des places sur le Danube et Hussein- Pacha, aurait immanquablement déjà reconduit les Russes au delà du bas Danube et balayé les Principautés. Le moment