A HANOVRE
555. Mettemich à TEmpereur François (Rapport), Hanovre, le 24 octobre 1821. — 556. MetternicK à TEmpereur François (Rapport), Hanovre, ]e 29 octobre 1821. — Résolution souveraine de Sa Majesté.
555. ... Gonformëment à mon itinéraire, je suis arrivé ici 'en temps opportun le 20. J'avais déjà appris à Brunswick que le Roi (d'Angleterre) souffrait de la goutte, et qu'il gardait le lit. Â mon arrivée, on me dit que l'accès n'était pas grave et qu'il était la suite d'un refroidissement que Sa Majesté avait pris en passant la revue des troupes.
J'ai trouvé tout prêt pour ma réception; le Roi avait fait prendre à cet égard toutes les dispositions nécessaires. J'ai parlé immédiatement à lord Gastlereagh, et je me suis convaincu que le Roi et lui étaient parfaitement d'accord pour désirer que, dans la crise du moment, une entente complète s'établit entre les deux Cours. Cette première conversation suffit pour me donner la certitude que l'entente s'établirait facilement.
Le lendemain, le Roi me fit appeler. Il babite à la campagne un château qui n'est guère plus éloigné de Hanovre que Schœnbrunn ne Test de Vienne.
Je trouvai que le Roi avait meilleure mine que je ne m'v attendais. Un remède anglais, héroïque, connu sous le nom de « remède de Wilson » , avait diminué l'intensité de son accè?» de goutte. Le Roi était étendu sur une cbaise longue, enveloppé dans une capote de hussard autrichien, d'une coupe passablement fantaisiste. Il portait sur le côté la brochette des ordres autrichiens.
11 m'accueillit avec toutes les marques de la joie la plus expansive, et entama aussitôt la conversation en m'assurant que Votre Majesté lui avait accordé deux grandes faveurs dans sa vie : Tune, en lui conférant l'ordre de la Toison, qu'il me
MISSION DE METTERNICH, ETC. (18âl). 519
montra du doigt en ajoutant : « Je le porte toujours» ; Tautre, en m'envoyant auprès de lui.
Ensuite il commença un discours qui dura certainement une demi-heure pour m'exprimer les sentiments d'attachement qu'il éprouve pour Votre Majesté. Jamais il ne prononce votre nom, Sire, sans dire : Notre Empereur. Puis il se mita foire Téloge de ma personne, mais en termes qui ne pouvaient qu'embarrasser celui qui en était l'objet; il ne manqua pas d'entremêler ses compliments de sorties violentes contre l'Empereur Alexandre et de sorties plus violentes encore contre le comte Capo d'Istria.
Après ces effusions et ces sorties, il se mit à parler des motifs de ma présence à Hanovre. II commença par une longue récapitulation des événements des dernières années, où l'Autriche seule avait joué le beau rôle, selon lui, et il termina par une épouvantable sortie contre son propre ministère, et particulièrement contre lord Liverpool. II fit toutefois une exception en faveur de lord Gastlereagh, qu*il représenta comme un ^ homme loyal, énergique, tout à foit dévoué à la bonne cause, et il conclut à titre de preuve par l'argument suivant : « Il vous comprend, et il est votre ami ; c'est tout dire. »
Lorsque le Roi eut fini de parler (et je me gardai bien de rinterromprc), j'eus soin de revenir sur tout ce qu'il avait dit. Je ne relevai pas ce qu'il y avait eu d'exagéré dans ses paroles, et je tâchai de le rendre attentif au véritable état des choses.
En fin de compte, nous vîmes que nous avions tout à fait les mêmes idées; le Roi se calma, et il devint, dans le sens rigoureux du mot, extrêmement correct dans ses appréciations.
Après un entretien qui avait duré plus de trois heures, il me congédia en m'invitant à venir le voir quand et comment je le jugerais à propos; il se réserva expressément de me développer plus amplement ses vues relativement à la situation extérieure aussi bien qu'à la situation intérieure.
Alors seulement j'entrai dans une discussion d'affaires régulière avec lord Londonderry (Gastlereagh) . Mon courrier de Vienne était arrivé; il apportait les copies mises au net des dernières dépèches que j'avais envoyées à Gonstantinople et à
Saint-PétersLourg; ce sont ces documents que j'ai piopoes pour base de notre entente. J'ai la satisfaction de pi rei- à Votre Majentc que lord Londonderry, api'c« avoir entendu mes explications, a trouvé cette base si claire et si naturelle qu'il l'a adoplée sans réserve^ comme elant lii seule t-nisonnable et pratique.
La mission que j'ai à remplir ici comprend deux parties. La marcbe à suivre au milieu des con/plîcatiuns de la question turque sera arrêtée ici de telle sorte tjue nous donnerons cerlainement aux perturhaleurs beaucoup de fil à retordre. Lord Londonderry et moi, nous avons envoyé un courrier au comte de Bemstorffpour le prier dequîtterle Mecklerabourg, où il se trouve en ce moment, et de nous rejoindre ici. Dans le cas où il ne pourrait se rendre à cet appel, j'espère le renconlrer lors de mon retour.
Le comte de Lieven, par suite de raisons que nous ignoroas absolument, n'est pas encore arrivé à Hanovre, Nous savons qu'il a quitté Saint-Pétersbourg le 35 septembre, mais qu'au premier relais il a trouvé une invitation de FEnipereur, qui le priait de se rendre auprès de lui à Witepsk et d'assister à la revue de la garde. Comme cette excursion peut bien l'avoir arrêté de dix à douze jours, nous l'attendons d'une heure k laulre ; quant à moi, je désire vivement son arrivée.
La deuxième question que je tiens à résoudre ici, c'est Ift question intérieure. Il s'agit de maintenir le ministère, cela n'était pas Ensable, d'assurer du moins la rccomposittou d'un ministère sous la présidence de lord Castlereagh, d'uB ministère qui soit dévoué à la cause commune ou, ce qui i vient au même, qui nous suit dévoué.
Dans cette question épineuse, je me trouve entièrenu d'accord avec lord Castlereagb, dont les vues sont parfoite^ ment correctes et raisonnables. J'espère pouvoir appuyer efficacement auprès du Roi les idées de cet homme d'État. Toi»« tefois, je me trouverai enfermé dans des limites trés-neltemenf tracées ; cola tient à la nature des choses, car il ne peut jamaij être conforme au vérilable intérêt d'un État d'intervenir les embarras intérieurs d'une troisième puissance. Le rôle qu«