‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 105 sur 126 · MISSION DE METTERNICH, ETC · texte numérisé non relu

MISSION DE METTERNICH, ETC

j'aurai à jouer ici sera donc nécessairement très-restrcint : je devrai me borner à foire l'office d'un ami de la l)onne cause, ami tout h fait désintéressé et raisonnant froidement les choses. La connaissance personnelle que j'ai de la négativité de lord Liverpool, qui n'est que trop grande malheureusement, mais qui s'allie toutefois à des talents incontestables, me ferait regarder comme une véritable bonne fortune la retraite de ce ministre et la reconstitution d'un ministère tel que les circonstances le réclament, sous la présidence de lord Londonderry. Notre situation politique ne pourrait que gagner à ce que l'Angleterre jouât un rôle plus actif dans les affaires du monde. Je crois devoir me borner, en attendant, à foire connaître à Votre Majesté la position que j'ai prise ici relativement aux alf.iires du moment, d'autant plus que la solution ne tardera guère...

L'attachement du Roi à la personne de Votre Majesté et à tout le système autrichien dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Il a la ferme intention de venir Tannée prochaine à Vienne, et lord Londonderry partage et appuie ses idées. A moins de conjonctures impossibles h prévoir, il arrivera certainement à Vienne au mois de juin, pour se rendre à Carlsbad au mois de juillet et retourner ensuite en Angleterre par Berlin, Hanovre et Paris.

A la suite de la lecture de ce rapide aperçu, Votre Majesté daignera se convaincre que les résultats de mon séjour ici comblent tous mes vœux, sous le point de vue politique comme sous tous les autres rapports.

Kn traversant la Haute et la Basse-Saxe dans toute leur étendue, j ai pu m'assurer à chaque pas que le maintien de Tordre dépend tout à fait des Gouvernements. Les associations d'étudiants se sont rendues ridicules au point que la tendance politique des universités disparaîtrait entièrement si Ion agissait, avec une énergie même relative, contre quelc|ues professeurs dangereux. Mais ces derniers mêmes sont considérés dans la foule comme des réprouvés. Si la question grecque se dénoue heureusement, nous y aurons gagné pour le moment de pouvoir plus facilement travailler au bien.

Les regards de tous Jes gens bien pensants sont tournes vers l'Autriche; chacune de nos paroles porte coup, et si nous profitons du premier jour où la crise politique actuelle subira un temps d'arrêt pour poursuivre ënergiquement en Allemagne notre système, nous pourrons obtenir beaucoup de bons résultats. Je suis à même de l'affirmer d'autant plus hautement qu'aujourd'hui les Princes et les ministres accourent vers moi de tous les côtés pour me demander bien plutôt des ordres que de simples conseils.

Je ne suis pas encore fixé sur l'itinéraire que je suivrai pour mon retour. En tout cas, j'arriverai k Vienne dans la première quinzaine de novembre*.

MettemicK h TEmpereur François (Rapport), Hanovre, le 29 octobre 1821.

— Résolution souveraine de Sa Majesté.

556. Le Roi d'Angleterre s'est mis en route aujourd'hui pour retourner dans ses États. Il passera par Cassel, Marburg, Wetziar, Coblentz et Bruxelles. Sa santé est parfaitement rétablie.

Je crois avoir entièrement atteint le but de mon voyage.

Mon entente avec lord Londonderry est complète. L'Angleterre se place sur le même terrain que nous, et cela dans le sens que voici :

P Les deux Cabinets regardent le mciintien de la paix entre la Russie et la Porte comme le but principal de leurs efforts communs. Afin d'arriver plus facilement à ce résultat, ils ne négligeront rien pour éclairer la Russie sur les dangers d'une rupture, pour inviter la Porte à exécuter fidèlement les traités, pour l'engager à être modérée, enfin pour la maintenir dans ces voies.

2* Comme il y a un grand moyen de salut dans la concordance des déclarations des deux Cours qui ont le plus d'influence directe sur la Porte, les deux Cabinets ont rédigé un

Sur la mission de Metlernicli à Hanovre, voir aussi la lettre n« 543.

(iVo/e de C Éditeur,)

MISSION DE METTERNICH, ETC. (182l). 523

projet d'expédition pour Saint-Pétersbourg et un autre pour Constantinople, projets dans lesquels les vues exposées cidessus sont développées avec beaucoup de force. Ces dépêches sont en voie de préparation; elles ont été rédigées avec toute la précaution voulue, afin d'ôter au Cabinet russe l'illusion qu'il ait iailu des pourparlers particuliers entre les ministres pour arriver à s'entendre sur la base de l'accord à conclure. En conséquence, les instructions données par lord Londonderry s'appuient généralement sur des arguments anglais , comme les miennes reposent surtout sur des arguments autrichiens. Des deux côtés, la conclusion, c'est le maintien de la paix par la Russie, attendu que dans la situation générale, dont les difficultés sont incontestables, toute guerre politique entraînerait nécessairement à sa suite des maux incalculables.

Les deux puissances useront de toute l'influence qu'elles ont sur la Porte pour atteindre ce premier but, le plus important de tous ; d'autre part, il ne convient pas à ces puissances de prêter leur concours à des plans qui pourraient se trouver en opposition avec ce but ; enfin les vues que la Russie pourrait avoir, vues qui tendraient à affermir autant que possible les relations amicales entre cette puissance et la Porte, pourront se produire sous la forme d'une proposition faite par la Russie, mais elles ne devront en aucun cas être présentées par les alliés. Voilà les points qui servent de base à notre entente avec rÂngIeterre,et sur lesquels Votre Majesté trouvera cette puissance parfaitement d'accord avec nous. Mes entretiens avec lord Londonderry ont eu l'heureux effet d'influer puissamment sur ses rédactions. Votre Majesté connaît trop bien le ministère anglais pour ne pas se dire que les instructions adressées àBagot et à StrangFord n'auraient pas été, à beaucoup près, rédigées d'une manière aussi précise qu'elles le sont, si je n'y avais mis la main. Aussi cela me vaut-il l'avantage de pouvoir prouver à la Russie à quoi Ton peut arriver avec l'Angleterre quand [on s'entend à parler son langage.

Pour ce qui concerne la grande question du moment, je considère le résultat de mon voyage comme étant décisif, d'autant plus que le comte de Lieven, qui est arrivé ici hier, vient

331 RECUEtL DE DOCUMENTS t181B-lB3«).

(le (juilter l'Empereur Alexandre, et qu'à la suite du premeîr entrelien que Londonderry et moi nous avons eu avec lui, nous prtmes couâtaler que cet envoyé ëlaît entièrement convaincu que l'Empereur de Russie veut positivement conserver la paix. Tout ce que j'ai entendu dire au comte de Lieven me prouve qup l'Empereur Alexandre est encore aujourd'hui dans le» dispositions qu'il avait à Laybach.

Sous un autre rapport, ma présence à Hanovre aura de très-heureuses conséquences. En effet, j'ai la conviction l'annëe prochaine nous aurons lord Londonderry au congre* qui se réunira en Italie.

Pour ce qui concerne les affaires intérieures de l'Angleterre^, je crois avoir fajt cesser bien des embarras. J'ai parlé Irésouvertement au Roi, et j'ai fidèlement soutenu le ministère. Je ne crois pas que lord Liverpool puisse se maintenir; si son maintien n'est pas possible, — et sa retraite, s'effeciiianl une forme convenable, serait un bonheur pour l'Angleterre et pour l'Europe, — le Roi continuera du moins à avoir «n* situation correcte. Si cette éveutualîté se réalise, lord Londonderry m'accordera tout le iiiérile du succès, ce qui, endé- Ënitive, ne peut qu'améliorer notre situation politique future...

La présence du Roi aura produit sous bien des rapport* d'heureux résultais, bien que la conduite de ce Prince n'ait pas toujours été telle qu'elle aurait di\ l'être. Il y a tant Je bizarrerie dans son caractère et dans sa manière d'être, qu'il gagnerait beaucoup en considération s'il pouvait renoncer k ses singularités.

Pour ce qui est de son attachement h la personne de Votre Majesté et au système de l'Autriche, je n'ai rîen de plus k souhaiter. Non-seulement il ne laisse passer aucune occasion de le feire éclater, mais encore il va peut-être trop loin sou» ce rapport. Dans tous les dîners qu'il a donnés, la première santé que portait le duc de Cambridge était, comme de raison, celle du Roi ; le second toast était porté par le Roi à Votre Alajeslé; au premier, la musique jouait l'air de God save tkt King; au second, celui de Dieu conserve fEmpereur. Auxi dîners d'apparat, lorsque le peuple était rassemblé sous h

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