III
6â6 RECI EIL DE DOCUMENTS (1818-1822).
rimitation servile de celle de Tîle de Léon, il ne saurait en être de même de la révolution piémontaise. Celle-ci a élé évidemment dirigée par les sectaires de Fr?ince , et si des observateurs éclairés avaient dès longtemps su pressentir l'existence d'une vaste association révolutionnaire à Paris, liée à celles de Tétranger, c'est la révolution éclatée à Turin qui a déchiré pour nous le voile qui jusqu'alors avait enveloppé son action.
Il nous parait d'un intérêt positif de s'appliquer à distinguer les différences caractéristiques qui existent entre les deux révolutions italiennes. L'une a été plus locale que Tautre. Le génie des peuples napolitain et piémontais, et jusqu'à la position géographique des deux Etats, ont dû établir et ont effectivement établi une différence notable entre les deux révolutions. Nous ne croyons pas trop avancer en considérant la révolution napolitaine comme l'œuvre du carbonarisme pur et simple, étrangère dans son origine à tout autre moyen qu'à des moyens nationaux, bien qu'elle ait pu être fomentée et soutenue par l'influence espagnole. Tout au contraire, la révolution dans les Etats sardes a été placée sous la direction combinée des révolutionnaires piémontais et des sectaires français. Si une infinité de notions ne venaient à l'appui de cette thèse, nous en trouverions la preuve incontestable dans la situation morale actuelle des deux Royaumes.
Celui de Naples nous parait bien plus éloigné d'un bouleversement pareil à celui de 1820 que ne l'est et que ne le sera encore le Piémont.
L'organisation des sociétés secrètes en France, telles qu'elles existent aujourd'hui, ne nous semble pas remonter plus haut qu'à 1820. Les procédures entamées en Allemagne, en 1819 et en 1820, et les travaux de la commission centrale à Maycnce, ont fourni plus d'une preuve que les révolutionnaires allemands n'entretenaient encore à cette époque que des relations peu directes avec le centre révolutionnaire à Paris. Ce n'est qu'après que les mesures arrêtées à Garlsbad eurent forcé les chefs principaux des associations secrètes en
RÉSULTATS DU CONGRES DE VERONE (l822). 6117
Allemagne à aller chercher un refuge en France, que plusieurs d'entre eux se rendirent à Paris, où ils ne trouvèrent guère moyen de s'entendre avec les libéraux français. La haine contre Bonaparte avait servi de première impulsion aux associations secrètes allemandes ; les sectaires trouvèrent dans ce fait une difficulté à se rapprocher des meneurs français. Le non-sens philanthropique des professeurs et des étudiants teutons les fit mépriser, d'un autre côté, par des factieux trop pratiques pour s'arrêter à des niaiseries. Ce n'est que depuis Tannée 1821 que des relations directes ont pu s'établir entre les révolutionnaires allemands et français, et à la tête des premiers se trouvent des bonapartistes allemands. Les lieux les plus marquants aujourd'hui en Allemagne, sous le point de vue de la combinaison des moyens révolutionnaires allemands et français, sont le Royaume de Wurtemberg, la ville de Francfort et quelques villes de Suisse. Les hommes qui jouent dans ces lieux les premiers rôles, ce sont les frères Murhard, quelques autres hommes de lettres à Francfort, et les rédacteurs de la Gazette du Neckar. L'entreprise de cette feuille est soumise à l'influence directe du comité directeur à Paris, et son rédacteur en chef, le docteur Lindner, a servi pendant plusieurs années comme agent actif de Bonaparte en Allemagne. Le second rédacteur a été commissaire de police sous Bonaparte.
Jusqu'à cette époque, les radicaux français avaient suivi les traces de leur propre révolution.
Plusieurs tentatives faites en France pour soulever les masses ont dû prouver à ces hommes que de pareilles entreprises ne leur offraient pas les chances de succès de 1789 ; en revanche, celui qu'a obtenu la révolte militaire en Espagne n'en a pas moins pu fixer leur attention sur le moyen nouveau qui Pavait préparée, et ce même moyen ayant depuis opéré également , et en trois jours, le renversement du Gouvernement légitime à Naples, les révolutionnaires français ont dû l'adopter comme le plus efficace et le plus, prompt. En ne fisiisant remonter l'introduction du carbonarisme en France qu'a l'année 1820, — et peut-être même au commencement de
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Tannée suivante, — nous croyons d'autant moins nous tromper» que nous découvrons dans Texplosion révolutionnaire en Piémont la trace de deux influences distinctes, qui sans doute n'étaient pas en opposition l'une avec l'autre quant au but, mais qui procédaient d'une manière diCFéren te. La révolte à Turin était manifestement dirigée et préparée par les efforts concertés des révolutionnaires piémontais et français, tandis que celle d'Alexandrie, dont tous les rouages étaient mis en mouvement par le carbonarisme pur, a paru avoir sa marche indépendante de celle de la capitale.
Le secret même des associations du genre de celles dont nous nous occupons leur fait toujours faire des progrès rapides. Aussi voyons-nous que dans toutes les tentatives multipliées qui ont été faites dans le courant des derniers dix mois, dans le but d'organiser en France des révoltes militaires, les instruments du carbonarisme français jouent partout un rôle.
Après avoir montré dans cette esquisse rapide l'influence pernicieuse qu'ont exercée les sectes sur les grandes secousses politiques des dernières années, nous n'hésiterons pas à établir en thèse que ces sociétés sont une maladie qui ronge le corps social dans ses parties les plus npbles ; que ce mal a déjà jeté des racines profondes et étendues; enfin, que si les Gouvernements ne prennent pas des mesures elficaces, nonseulement pour en arrêter les progrès ultérieurs, mais pour le refouler dans les limites au delà desquelles il n'est plus pos- , sible de l'atteindre, l'Europe court risque de succomber aux atteintes sans cesse répétées que ces associations lui portent. Or, pour que le remède soit efBcace, il faut se placer en face du danger; et puisque le mal se cache dans les ténèbres, il faut aller l'y attaquer. Enfln , pour que l'entreprise réussisse, il faut que la partie soit entamée avec une force égale.
Les factions emploient aujourd'hui deux moyens :
L^un se trouve dans la forme des sociétés secrètes et de toutes les sectes ; celle qui est la plus pratique, c'est le carbonarisme. Cette institution, née chez un peuple peu civilisé.
mais passionné, porte Tempreinte du caractère de cette nation ; prompt à concevoir, ritalien du Midi exécute avec une égale facilité. Un but clairement énoncé dans les hauts g^rades de Tassociation ; des moyens de conduite simples et dégagés du fatras métaphysique de la maçonnerie ; un gouvernement véritable réservé aux chefs; un certain nombre de grades pour classifier les individus; le poignard pour punir la désobéissance, l'indiscrétion ou les ennemis: — tel e^t le carbonarisme^ qui de toutes les sectes parait avoir approché le plus près de la perfection dans l'organisation pratique des sectes politiques.
Les factieux ont trouve un second moyen dans la fiision de leurs intérêts et dans rétablissement d'un point central de direction.
La nationalité, les limites politiques, tout a disparu pour la secte. C'est sans aucun doute à Paris qu'est établi aujourd'hui le comité directeur des radicaux de l'Europe entière, et chaque jour contribuera davantage à démontrer la vérité de ce fait.
Quels sont maintenant les moyens que les Gouvernements [)euvent opposer à ce mal ?
Nous n'en connaissons que deux :
En premier lieu, ils doivent faire cause commune et réunir comme en un faisceau l'intérêt que chacun prend à sa propre conservation.
Le' second moyen est l'étabhssement d'un centre de lumières.
La faction en veut à un degré égal à tous les États ; monarchies pures, monarchies constitutionnelles» républiques, tout est menacé par les niveleurs.
Jamais le monde n'a offert des preuves d'union et de solidarité entre les grands corps politiques comparables à celles dont la Russie, l'Autriche et la Prusse ont donné l'exemple dans le cours des deux dernières années. En séparant avec soin l'intérêt de la conservation de celui d'une politique ordinaire, et en subordonnant à l'intérêt commun et général ioxxs les intérêts particuliers, les Monarques ont trouvé le moyen véritable de
maintenir leur sainte union et d'opérer le bien immense que déjà ils ont opéré. La France paye cher aujourd'hui les illusions auxquelles ses dernières administrations se sont livrées. Le ministère actuel semble suivre une marché qui tend à le rapprocher du principe de Talliance. L'Angleterre, à l'égard de la question qui nous occupe, devra constamment être rangée dans une classe à part. Quelles que puissent être les lumières et la franchise des intentions de son Gouvernement, jamais sa politique, sur aucun des points de vue présentés dans ce Mémoire, ne pourra s'identifier entièrement avec celle des puissances continentales.
Cette solidarité existant entre les trois Cours du Nord, il est essentiel d'y foire entrer le plus que foire se pourra \o Gouvernement français. On y parviendra plus aisément pai* une marche défait que par des développements et des raison-nements sur la nécessité de cette solidarité! Cette marche de fait, nous croyons l'entrevoir dans la création d'un centre ctin^ formations réciproques,
Nous proposons h cet effet la mesure suivante :
Que l'Empereur de Russie et le Roi de Prusse délèguent chacun un individu de toute confiance à Vienne,
L'Empereur d'Autriche désignera de son côté un employé de son Gouvernement. Ces trois individus formeront un comité secret. Ce comité sera destiné à former un point central d'information. Chaque (gouvernement prendra à cet effet des mesures pour porter à la connaissance de ce comité toutes les traces de conspiration qu'il découvrirait.
La commission d'enquête centrale, établie à Mayence, continuera ses fonctions conformément au vœu presque unanime des membres de la Confédération. Les travaux de cette commission seront mis sous les yeux du comité.
Les moyens que les Gouvernements auraient à leur disposition seraient bien autres que ceux dont peut disposer l'association qu'il s'agit de terrasser. Les Gouvernements, forts do tous les ressorts d'une administration vigilante, auraient moins à redouter les machinations de la secte, bien plus fociles à déjouer; tout complot découvert perd son caractère de danger
et prête des armes ofFensives au pouvoir légal .En veillant à leur existence et au repos de leurs peuples, les Gouvernements se maintiendront enfin sur le terrain du bon droit, ce qui ne peut jamais être le cas des sectaires, quel que soit le masque dont ils se couvrent.