‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 124 sur 126 · I. * iO l'îi:^ los instructions · texte numérisé non relu

I. * iO l'îi:^ los instructions

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Dépêche-circulaire des trois Cours alliées d'Autriche, de Russie et de Prusse à leurs missions accréditées près des autres Cours. Vérone, le 14 décembre 1822 •.

652. Lors de la clôture du Congrès de Vérone, les hauts et puissants Souverains d'Autriche, de Russie et de Prusse ont adressé à leurs missions accréditées près des autres Cours, relativement aux résultats de leur entrevue, la dépêchecirculaire suivante, conforme au texte original. La minute de cette dépêche a été signée par les trois ministres de Cabinet prince de Mettemich, comte de Nesselrode et comte de Bernstorff.

Vérone, le 14 décembre 1822.

Vous avez été informé par les documents qui vous ont été adressés lors de la clôture des conférences de Laybach, au mois de mai 1821 , que les Souverains alliés et leurs Cabinets se réuniraient de nouveau dans le cours de Tannée 1822 pour déterminer l'application des mesures arrêtées sur la demande des Cours de Naples et de Turin , et avec Fadhésion de toutes les Cours d'Italie, en vue d'affermir l'ordre et le repos dans la Péninsule après les tristes événements de 1820 et de 1821.

Cette réunion vient d'avoir lieu. Nous nous proposons

* Cette dépêche-circulaire a été, sur la demande du prince de Mctternich, communiquée, sous la forme d'une traduction officielle en langue allemande, à la Gazette politique de Munich ; et ce journal a été chargé de la publier, ainsi qu'il résulte des lignes suivantes, que nous empruntons à une lettre écrite par le chancelier d'État à Munich, le 3 janvier 1823 :

a ... J'ai tenu ce matin une longue conférence avec MM. de Bechberg, Wredc et Zentner, dans laquelle j*ai placé ma grande affaire dans les termes les meilleurs qu'il m'a été possible d'atteindre. Ma présence ici aura fait un ;;rand bien, mais elle excite comme de juste toute l'attention des libéraux. Cette attention a été poussée à son comble par Vinsertion que fai ménagée pour aujourd' hui de la dépéchc'circulaire des trois Cours et de la dépêche de M. de Villèle ù M. de La Garde dans la Gazette de Munich. J'apprendrai encore ce soir le genre de sensation que ces deux pièces auront produite dans le public. »

Cette dépêche a été imprimée, en français, dans le Journal de Francfort du 5 janvier 1823. (iVo/e de l'Éditeur.)

actuellement de vous (aire connaître les résultats qui ont été

atteints.

Aux termes de la convention signée le 24 juillet 1821 , à NoTare, Toccupation d'une ligne militaire dans le Piémont par un corps de troupes auxiliaires avait été fixée provisoirement à la durée d'un an ; mais les Souverains s'étaient réservé de décider 9 lors de la réunion qui aurait lieu en 1822, si Tétat du pays permettrait de supprimer cette mesure ou commanderait de continuer à l'appliquer.

Les plénipotentiaires des Cours qui avaient signé la convention de Novare, agissant de concert avec le plénipotentiaire de Sa Majesté le Roi de Sardaigne, ont procédé à Texamen de cette question y et il est résulté de leur enquête que la présence d'un corps auxiliaire destiné à assurer le repos dans le Piémont n était plus nécessaire. Le Roi de Sardaigne a proposé lui-même les termes qu'il croyait les plus convenables pour l'évacuation successive du pays par les troupes auxiliaires ; les Souverains alliés ont adhéré à ses propositions, et il a été arrêté, aux termes d'une nouvelle convention, que ces troupes quitteraient le Piémont , et que leur mouvement commencerait le 31 décembre de cette année pour finir le 30 septembre 1823 par l'évacuation de la forteresse d'Alexandrie.

D'autre part, Sa Majesté le Roi des Deux-Siciles a fait déclarer aux trois Cours signataires de la convention de Naple> du 18 octobre, que Tétat actuel de son pays lui permettait de proposer une diminution du nombre des troupes auxiliaire* qui occupaient les différentes parties de son Royaume. Les Souverains alliés n'ont pas hésité à adhérer à cette proposition ; aussi l'armée auxiliaire qui occupe le Rovaume des Deux- Siciles sera-t-elle, dans un délai aussi bref que possible, diminuée de dix-sept mille hommes.

Ainsi se réalise, dans la mesure où les événements ont répondu aux vœux des Souverains, ce que ceux-ci avaient annoncé lors de la clùture du Congrès de Laybach, savoir « que, loin de vouloir prolonger leur intervention dans les affaires d'Italie an delà des limites indiquées par la stricte nécessité, ils for-

RÉSULTATS DU CONGRÈS DE VÉRONE (1822). 6r>

nitiient le vœu sincère de voir cesser le plus tôt possible, et pour toujours, Tétat de choses qui leur avait impose ce pénible devoir » . Ainsi tombent les vaines alarmes , les interprétations malveillantes, les sinistres prédictions que Tignorance ou la mauvaise foi ont répandues eu Europe, pour égarer Topiniou dés peuples relativement aux vues généreuses et désintéressées des Souverains. Toute arrière-pensée, toute idée d'ambition, tout calcul égoïste et personnel a été exclu de la résolution que seule une impérieuse nécessité leur avait dictée en 1821 . Tenir tête à la révolution; prévenir les désordres, les man\ et les crimes qui menaçaient de se répandre sur toute Tltalio ; rétablir dans ce pays l'ordre et la paix ; accorder aux Gouvernements réguliers la protection à laquelle ils ont droit : voilà quel était Tunique but des préoccupations et des efforts des Souverains. Dans la mesure où ce résultat a été atteint, ils retirent et continueront de retirer le secours qu'un besoin pressant pouvait seul motiver et justifier; ils s^estiment heureux de pouvoir laisser le soin de la sécurité et du repos des peuples aux Princes que la Providence en a chargés, et d'enlever à la calomnie le dernier prétexte dont elle se servait pour semer des doutes sur l'indépendance des Souverains italiens.

L'objet du Congrès de Vérone, tel que l'avait déterminé une entente positive, se trouvait réalisé gràcé aux résolutions prises en vue de soulager l'Italie. Mais les Souverains réunis n'ont pu s'empêcher de tourner leui's regards vers deux graves complications , dont les progrès n^avaient cessé de les préoccuper depuis le premier moment de leur réunion à Laybach.

Un événement considérable s*était accompli avant la clôture de ce Congrès. Ce que Tesprit révolutionnaire avait entrepris dans la Péninsule hispanique, ce qu'il avait tenté en Italie, réussissait h l'extrémité orientale de l'Europe. Au momeiil même où les insurrections militaires qui avaient éclaté à Naples et à Turin lâchaient pied à l'approche d'une armée régulière, la Révolution lançait un de ses brandons sur l'Empire ottoman. La coïncidence de ces faits ne pouvait laisser place à aucun doute sur l'identité des causes qui les a\'aient

produits. L'apparition du mal sur tant de points difFérents, le fait que partout il se montrait sous les mêmes formes et parlait le même langage, bien qu'il n'éclatât pas toujours sous les mêmes prétextes , indiquait trop clairement le foyer commun où il prenait naissance. Ceux qui dirigeaient ce mouvement s'étaient flattés d'en proBter pour embrouiller les conseils des puissances par la désunion et pour neutraliser les forces militaires que de nouveaux dangers pouvaient appeler sur d^autres points de l'Europe. Celte espérance a été déçue. Les Souverains, résolus à repousser le principe de la Révolution, en quelque lieu et sous quelque forme qu'il se présentât, n'ont pas hésité à le condamner d'une seule voix. Appliqués sans relâche à l'objet de leurs préoccupations communes, ils ont résisté à toute considération qui aurait pu les détourner de la voie qu'ils avaient résolu de suivre ; mais en même temps ils ont obéi h la voix de la conscience et à un devoir sacré, en plaidant la cause de l'humanité en faveur des victimes d'une entreprise irréfléchie autant que coupable.

Comme les nombreuses communications confidentielles qui pendant cette période , une des plus remarquables dans l'histoire de leur alliance, ont été échangées entre les cinq Cours avaient amené, relativement aux questions orientales, une entente satisfaisante de tout point, il ne restait plus rien à faire, lors de l'ouverture du Congres de Vérone, qu'à constater les résultats de cet accord ; aujourd'hui les puissances amies de la Russie peuvent se flatter d'écarter, grâce à des démarches communes, les obstacles qui s'opposaient encore à la complète réalisation de leurs vœux.

D'autres événements, dignes de toute l'attention des Souverains, ont appelé leur attention sur la déplorable situation où se trouve, à l'ouest de l'Europe, la Péninsule hispanique.

L'Espagne est aujourd'hui victime du sort qui attend tous les États assez malheureux pour chercher le bien dans une voie où l'on ne peut jamais le trouver. Elle parcourt le cercle fatal de la Révolution, d'une révolution que des hommes aveuglés ou malveillants auraient volontiers représentée comme un bienfait, et même comme le triomphe d'un siècle

éclaire. Tous les Gouvernements ont vu avec quel zèle ces hommes ont cherché à persuader à leurs contemporains que cette révolution était le fruit nécessaire et précieux des progrès de la civilisation, et que le moyen par lequel elle a été favorisée et soutenue, était le plus noble élan d'un généreux patriotisme. Si la civilisation pouvait avoir pour but de détruire la société humaine; s'il était possible d'admettre que la force armée, qui est uniquement appelée à maintenir dans les Etats Tordre intérieur et la paix extérieure, put s'emparer impunément de l'autorité suprême, la révolution d'Espagne serait certainement en droit de prétendre ù Tadmiration des siècles, et l'insurrection militaire de l'île de Léon pourrait servir de modèle aux réformateurs. Mais la vérité n'a pas tardé à reprendre ses droits, et l'Espagne n'a fait que donner, aux dépens de son bonheur et de sa gloire, un nouvel et triste exemple des suites inévitables de toute atteinte portée aux lois éternelles de l'ordre moral du monde.

Le pouvoir légal enchaîné et réduit à devenir l'instrument du renversement de tous les droits et de toutes les libertés consacrées par les lois; toutes les classes du peuple entraînées dans le mouvement du torrent révolutionnaire ; l'arbitraire et l'oppression s'exerçant sous les formes de la justice; tout un Royaume livré à des désordres et à des convulsions de tout genre ; de riches colonies qui justifient leur sécession par les maximes mêmes sur lesquelles la métropole a édifié son droit public et qu'elle voudrait en vain condamner dans un autre hémisphère ; les dernières ressources de l'État épuisées par la guerre civile : voilà le tableau que nous présente la situation actuelle de l'Espagne; voilà quelles sont les épreuves qui ont frappé un peuple animé d'instincts généreux et digne d'un meilleur sort; voilà quels sont enfin les motifs de la légitime inquiétude qu'une telle réunion d'éléments d'agitation et de désordre a dû faire naître dans les pays situés dans le voisinage immédiat de la Péninsule. Si jamais une puissance, rompant avec les principes conservateurs, avec les principes sur lesquels repose le concert européen, est sortie des voies de la civilisation, c'est bien l'Espagne dans son état de dissolution artuel.

Les Souverains auraient-ils pu envisager avec indifFérence tant de maux accumulés sur un seul pays, accompa{p[iés de tant de dangers pour les autres États? Ne relevant, dans une circonstance aussi grave , que de leur propre jugement et de leur propre conscience, ils ont dû se demander s'il leur était permis d^assister plus longtemps, en spectateurs désintéressés, au développement d'un mal qui menace de devenir de jour en jour plus terrible et plus dangereux, et même de souflfrir que la présence de leurs représentants donnât Tapparencc d'une approbation tacite aux mesures d'une faction prête à tout entreprendre pour maintenir sa funeste domination. La résolution des Souverains ne pouvait être douteuse. Leurs missions ont reçu l'ordre de quitter la Péninsule,

Quelles que puissent être les conséquences de cette démarche, les Souverains montrent par leur attitude, h la (ace de l'Europe, que rien n'est capable de les £aire faiblir dans une résolution que leur' conscience a ratifiée. Plus est sincère Tamitié qu'ils éprouvent pour le Roi d'Espagne, plus est vif l'intérêt qu'ils prennent au bonheur d'une nation qui, à toutes les époques de son histoire, s'est signalée par tant de vertus et par tant de grandeur, plus aussi ils ont été pénétrés de la nécessité de prendre la mesure ù laquelle ils avaient décidé de recourir et qu'ils sauront défendre.

L'exposé ci-dessus vous donnera la certitude que, dans leurs dernières négociations, les Souverains ne se sont pas écartés des principes auxquels ils étaient restés invariablement fidèles dans toutes les grandes questions qui avaient trait au maintien de l'ordre et à la conservation des États, questions auxquelles les événements de nos jours donnaient une si haute importance. Loin de perdre son caractère primitif, leur union, s'appuyant avec force sur ces principes, devient plus ferme et plus féconde d'un moment à l'autre. Il serait superflu de défendre désormais leurs sentiments de justice et de bienveillance contre d'indignes calomnies, que chaque jour vient réfuter par des faits connus de tous. Il faut que l'Europe entière finisse par reconnaître que le système suivi par les Souverains est parfaitement d'accord avec l'indépendance et

la force des Gouvernements , aussi bien qu^avec Tintérét bien entendu des peuples. Ils ne connaissent d^autres ennemis que ceux qui se liguent contre Fautorité légitime des uns et contre la longanimité des autres pour les entraîner tous en même temps dans Tabime. Les vœux des Souverains tendent uniquement à la paix ; mais cette paix, bien que parfaitement cimentée parTaccord des puissances, ne pourra pas répandre tous ses bienfaits sur la société tant que la fermentation qui agite encore les esprits dans plus d'un État sera entretenue par les insinuations perfides et par les tentatives coupables d'une faction qui ne rêve que révolution et bouleversement ; tant que les chefs et les instruments de cette faction, soit en attaquant ouvertement le trône et Tordre de choses existant, soit en tramant dans Tombre des projets subversifs , en ourdissant des complots ou bien en empoisonnant Topinion publique , ne cesseront pas de tourmenter les peuples en leur faisant des tableaux décourageants et menteurs de la situation présente et en leur inspirant des craintes chimériques pour l'avenir . Les plus sages mesures prises par les Gouvernements resteront stériles, les plus utiles projets de réforme demeureront sans résultat, la confiance réciproque ne pourra pas revenir jusqu'à ce que les fauteurs des plus détestables conseils soient réduits à une complète impuissance , et les Souverains ne croiront pas avoir terminé la grande œuvre du salut social avant de leur avoir arraché les armes grâce auxquelles ils peuvent menacer le repos du monde.

En communiquant au Cabinet auprès duquel vous êtes accrédité les faits et les explications que renferme le présent document, vous rappellerez en même temps ce que les Souverains considèrent comme la condition sine qua non de la réalisation de leurs vœux désintéressés et bienveillants. Pour garantir à l'Europe non-seulement la paix dont elle jouit sous la protection des traités, mais encore ce sentiment de calme intérieur et de durable sécurité sans lequel il ne saurait y avoir de véritable bonheur pour les nations, il faut que les Souverains puissent compter sur le concours fidèle et dévoué de tous les Gouvernements. Ce concours, ils le réclament au nom des inté-

rets les plus élevés, au nom de Tordre social, qu'il s'agit de maintenir, au nom des générations futures. Puissent tous les Gouvernements être pénétrés de cette grande vérité que la puissance confiée à leurs mains est un dépôt sacré, dont ils devront rendre compte à leurs peuples et à leurs successeurs, et qu'ils assumeraient une grave responsabilité en tombant dans des erreurs ou en écoutant des conseils qui leur ôteraient tôt ou tard la possibilité de préserver leurs sujets de la ruine dont ils seraient les premiers auteurs. Les Souverains ont la confiance que partout, dans ceux qui sont revêtus de Tautorité suprême, sous quelque forme que ce soit, ils trouveront des alliés véritables, des alliés qui respecteront non-seulement la lettre et les prescriptions positives des négociations qui forment la base du système européen actuel , mais encore l'esprit et les principes qui les ont inspirées. Ils se flattent que leurs paroles seront accueillies comme une nouvelle confirmation de leur ferme et invariable dessein de consacrer au salut de l'Europe tous les moyens que la Providence a remis entre leurs mains*. <•

>fptternich à Ottenfels, à Constantiiiopic (Dépèche), Venise, le 21 décembre 1822**.

633. Il me serait difficile de rien ajouter en fait d'instruction à mes dépêches précédentes. Les protocoles de nos confé-

* Le Cabinet français adhéra aux principes énoncés dans la dépèchecirculaire ci-dessns, ainsi que le prouve une dépèche envoyée de Paris, le 25 décembre 1822, par le comte de Villèle au comte de La Garde, plénipotentiaire français à Madrid. Aux termes de ce document, ce dernier devait a faire savoir au Cabinet de Madrid que le Gouvernement du Roi de France était entièrement d'<iccord avec ses alliés, et qu'il était fermement résolu à combattre, par tous les moyens, les principes et les mouvements révolutionnaires; qu'à cette Hn, il irait jusqu'à rappeler sa mission de Madrid et pourrait même avoir recours, pour assurer sa sécurité, à des mesures plus efficaces, si l'on ne cessait pas de compromettre ses intérêts les plus essentiels, etc. »

** Indépendamment des principales questions agitées par le Congrès, les conférences qui avaient été ouvertes au mois de juillet, à Vienne, relativement à la question d'Orient, furent continuées à Vérone sous forme de discussions confidentielles, auxquelles prirent part l'Empereur Alexandre, Metternich, Nesseirodc, Tatistscheff et lord Strangford.

{Note de VÉditeur,)

RÉSULTATS DU CONGRES DE VÉRONE (18S2). 6àl

rences à Vérone disent tout, et les dernières conditions auxquelles un arrangement est possible y sont consignées. Ces conditions se bornent en dernier résultat aux suivantes :

V Que la Porte fasse une démarche de courtoisie vis-à-vis de la Russie pour lui annoncer les déterminations que déjà elle a prises et exécutées à l'égard des deux Principautés.

2^ Qu^elle s'arrange à Tamiable avec les Cours qui demandent la navigation de la mer Noire, à moins qu'elle ne préfère maintenir les abus auxquels le pavillon russe , accordé à tant de bâtiments étrangers, avait prêté jusqu'à présent. Entre les deux, la Porte doit préférer la première de ces alternatives, laquelle ne lui offre que des avantages, et que, par ce (ait même, il est heureux de voir placer par la Russie sur une même ligne que Tusagc plein d'inconvénients des dernières années.

3* Que la Porte, enfin, pacifie elle-même la Grèce.

Tout se borne à ces trois points; car la reprise des relations diplomatiques ordinaires ne mérite pas d'occuper sérieuseiront notre pensée ; l'avantage de cette reprise est tellement placé du côté de la Russie, que l'intérêt fera ici, et à lui seul, tout ce que les puissances peuvent se dispenser de foire

Je vous recommande Taccord le plus parfait avec lord Strangford. Cet ambassadeur doit avoir appris à connaître la vérité dans les situations, car il les a vues de près. Arrivé à Vienne sous les auspices les plus défavorables pour sa personne, il a quitté Vérone muni de la confiance indubitable de l'Empereur de Russie. J'ai pour ma part contribué à ce fait autant qu'il m'a été possible. Lord Strangford le sait, et il doit m'en savoir gré. Il doit être convaincu de deux grandes vérités que jamais il ne saurait avoir trop présentes, savoir : que l'Empereur Alexandre désire franchement voir arriver la fin des embarras en Orient ; que, d'un autre côté, il a le sentiment très-juste des difficultés innombrables qu'offrirait à la réalisation de ses intentions pacifiques toute grave erreur que commettrait le Divan.

Quant au point de vue de notre Cabinet, lord Strangford doit avoir emporté la conviction que rien n'est clair et désin-

6ââ RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-1822).

téressé comme tout ce que nous redoutons et désirons. G^est clans votre marche personnelle que se trouveront pour nous» de véritables facilités. Unissez -vous franchement dans la poursuite d'un même but avec Tambassadeur britannique, et fournissez-moi avec soin toutes les preuves possibles du zèle <|ue vous mettrez à soutenir les conditions que la Russie a présentées comme autant de clauses définitives,

L^Emperenr François au Roi Maximilien-Joiepb de BaTÎère (Lettre),

Innsbruck , le 30 décembre 1822.

634. Monsieur mon Frère et Beau-Père, j'ai pensé qu'il pourrait être agréable à Votre Majesté d'être mise au fait des détails des affaires qui viennent d'être terminées à Vérone. .Vai ordonné, en conséquence, au prince de Metternich de passer par Munich en retournant à Vienne. Il rendra compte à Votre Majesté des résultats auxquels le Congrès s'est arrêté et de mon point de vue sur le bien qui résulterait pour la fédération de l'application des mêmes principes à l'^lemagne. Les vues et les sentiments de Votre Majesté étant conformes aux miens, je ne doute pas qu'Elle n'éprouve une satisfaction véritable de tout ce qu'Elle apprendra par mon chancelier.

J'éprouve en mon particulier un regret sincère de ne pas voir Votre Majesté à l'occasion de mon retour en Autriche. La saison rigoureuse et la nécessité de mon arrivée dans ma capitale me privent d'une satisfaction que je rechercherai à la première occasion favorable.

Veuillez recevoir les assurances de l'amitié sincère et de la (!onsidération distinguée avec lesquelles je suis de Votre Majesté le bon frère et gendre

François, m, p.

Le Roi Maximilîen-Joseph de Bavière à l*Einpereur François (Réponse),

Munich, le 3 janvier 1823.

63S. Monsieur mon Frère et Beau-Fils, le prince de Metternich m'a remis la lettre que Votre Majesté Impériale a

llÊSrLTATS DU CONGRÈS DE VÉRONE (1822). 62:i

bien voulu m'écrire d'Innsbruck , et il s^est empresse de me mettre au fkit des attires importantes qui ont été traitées sous les auspices bienfiaisants de Votre Majesté h Vérone.

C'est avec un plaisir renouvelé que j'ai causé avec son chancelier, qui a si essentiellement influé sur les grands résultats des travaux du Congrès , et aux soins duquel F Europe doit le maintien de la tranquillité dont elle a joui dans ces dernières années. Il vous rendra compte, Monsieur mon Frère, de mes sentiments et de la conformité de mes vues relativement à TAllemagne dans Tapplication des principes professés par les puissances alliées à la suite du Congrès.

Votre Majesté Impériale concevra les regrets que j*ai éprouvés de n'avoir pu la voir à son passage par mes Etats ; sans la rigueur extrême de la saison, j'aurais cherché à la rencontrer; je ne puis m'en consoler qu'en nourrissant l'espoir ({u'unc occasion prochaine compensera la privation qui m^i été imposée.

Veuillez recevoir les assurances de l'amitié sincère et do la considération distinguée avec lesquelles je suis, Monsieur mon Frère et Beau-Fils, de Votre Majesté Impériale le bon frère et beau-père.

Maxjmilien-Joseph, m. p.

Metternich à rEuipercui* Alexandre. Mémoinï secret sur la création d\iii comité central des puissances dn Nord a Vienne. Véi*one (sans date).

636. De tous les maux qui affligent aujourd'hui le corps social, celui qui mérite de fixer plus particulièrement Tattention des Gouvernements est le jeu criminel des sectes.

11 faut conq)ter parmi lès côtés faibles de l'esprit humain le penchant qui, dans tous les temps, Ta entraîné dans le champ vague du mysticisme. Il est une foule d'esprits inquiets que le besoin de se créer une occupation tourmente, et dont l'activité, inhabile à se fixer sur des objets d'une utilité définie, les pousse vers de stériles abstractions. Dupes de leur ima-

gination désordonnée, dupes de quiconque veut fiaire servir leur manie à des projets pervers, ces hommes ont constamment été pour les sociétés secrètes comme une pépinière d'adeptes.

Les sociétés ont toujours été influencées par l'esprit variable des siècles. S'il en est parmi elles qui soient restées fldèles à certaines bases de leur institution primitive, le plus grand nombre est toujours prêt à en dévier et à céder aux grandes impulsions du moment. C'est ainsi que dans des temps d'exaltation religieuse, les associations secrètes se sont armées pour le soutien de tels ou tels dogmes. Aujourd'hui que l'esprit du siècle est dirigé vers la réforme des modes de gouvernement, c'est sur le champ de la politique que nous voyons ces mêmes associations déployer toute leur turbulente activité.

Là où les sociétés secrètes ne vont pas au-devant des factions, celles-ci, sachant tout le parti qu'elles peuvent tirer des sectes, ne tardent guère à aller les rechercher.

Il est nécessaire d'indiquer trois époques principales d'où date l'extension extraordinaire que les sectes ont acquise dans les derniers temps,

La Révolution française, à son début, avait fait suspendre le travail des sectes. L'arène était ouverte à toutes les aberrations de l'esprit humain comme à toutes les ambitions; qu'auraient gagné les adeptes à de mystérieux conventicules? Ils se sont lancés dans la carrière qui, tout en flattant les rêves de leur imagination , leur offrait la perspective d'une fortune brillante. Aussi les administrations révolutionnaires en France se sont-elles recrutées dans les rangs des sectaires, et les loges maçonniques se sont trouvées dégarnies ; de même que nous avons vu l'armée révolutionnaire à Naples compléter ses cadres par les malcontenti.

C'est sous l'Empire, et à la suite des épurations que Bonaparte avait faites dans les administrations , que les sociétés secrètes ont commencé à se reconstituer. Fort de sa volonté, Bonaparte calcula qu'au lieu d'employer d'inutiles eCForts à empêcher leur réorganisation, il lui serait plus aisé de les

contenir en les assujettissant à une surveillance sévère, et même de les (aire servir utilement à ses desseins. Dès lors, tout en les couvrant de ridicule, il travailla à se ménager un moyen de police actif dans les associations qui lui parure ntsusceptibles d'être guidées ; il déploya au contraire une inflexible sévérité contre toutes les autres.

La chute de Bonaparte délivra le monde d'un poids immense ; mais ce poids ayant pesé à la fois sur le bon et le mauvais, le bien et le mal se sentirent en même temps libres des entraves qui les comprimaient. Malheureusement , les éléments du bien furent ou dénaturés ou paralysés, tandis que ceux du mal ne restèrent pas dans l'inaction , et nous vîmes bientôt Tesprit révolutionnaire reprendre un nouvel essor.

Cependant, les factieux eux-mêmes durent ne pas tarder à s'apercevoir que les peuples, fatigués de tant de secousses violentes, ^n'étaient plus disposés à servir activement et en masse leurs desseins. Il était réservé au pays le plus reculé en fait de civilisation, et malheureusement le plus remué dans son intérieur, de créer un mode nouveau pour amener des bouleversements.

Un malaise général régnait en Espagne ; aucun peuple cependant n'était plus éloigné d'un soulèvement que le peuple espagnol. Aussi la révolution de 1820 a-t-elle été Tceuvre directe d'une conspiration ourdie dans les ténèbres, préparée et combinée dans les voies d'une association secrète. S'il pouvait exister un doute sur la vérité de ce fait, il serait levé par les aveux indiscrets que l'un des instruments les plus actifs et à la fois les plus éhontés de la révolte militaire dans l'Ile de Léon a rendus publics.

Ce que le crime avait enfanté, un Gouvernement dans l'état de la plus complète nullité n'a pu le détruire. La réussite du complot de l'ile de Léon marque la seconde époque de l'élan qu'ont pris les sociétés secrètes.

Les révolutions de l'Italie en 1820 et surtout en 1821 nous semblent indiquer la troisième.

Si l'on ne peut voir dans la révolte militaire de Naples que

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