A€X EAUX DE LUCQUES
nir fort et la mer grossissant beaucoup , nous nous sommes rembarques sur notre frêle bâtiment , et nous sommes rentrés dans le port.
La mer ayant été bonne toute la soirée , personne de la suite de la princesse n'a été malade , excepté Tune de ses femmes de chambre que nous ne pourrons probablement point laisser la suivre. Le vent est contraire, les immenses quantités d'etfets et de ballots doivent être rangés et mis en ordre , de sorte que Tescadre ne mettra pas à la voile avant vingt-quatre heures. Je retournerai demain à bord, et je partirai à trois heures pour mes bains. Avant de monter en voiture , je vous écrirai encore un mot. La seule personne à plaindre ù bord , c'est madame de Lodron. Elle ne peut se tenir debout que dans les interstices des poutres qui forment le plafond des ca-
* bines. Son lit est trop court , de sorte qu'il serait difficile qu'elle n'arrivât pas courbée par les circonstances , (aute de l'être par Fâge, au Brésil. Jugez de ce qu'elle sera au
, retour .
Bains de Lucques, ce 16 août.
252. J'ai pris congé de mon Archiduchesse. L'escadre a mis à la voile hier matin , à cinq heures et demie ; avant dix heures on l'avait perdue de vue: voilà donc nos pauvres dames livrées à leur destinée. Marie-Louise est partie hier de Livourne après le départ de sa sœur. Elle est arrivée ici à midi ; elle a dîné chez moi et est allée coucher à Marlia, d'où elle est repartie ce matin par la route de Pontremoli , qu'elle veut inspecter, parce qu'on va la construire à travers une grande partie de son duché. Une route qui n'est que sur le papier n'est pas commode pour les voyageurs; aussi aura-t-elle plus de cinquante milles à faire à cheval. J'irai un de ces jours par Sarzana au golfe de la Spezia. Il £oiut trente heures pour cette excursion , qui aura pour moi un intérêt d'affaires et de curiosité : le premier, de voir le tracé de cette même route , qui est d'une importance très-grande pour nous, et le second, de voir en passant les carrières de Carrare. J'irai coucher à Massa, et
le lendemain je serai de retour ici; je choisirai à cet efEet une de ces journées d'interruptions commandées dans toute cure.
Ce Î9 août.
233. Je partirai d'ici demain matin ; je coucherai à Massa après avoir vu Carrare dans la journée. Après-demain 31 , je partirai de grand matin pour Lerici, où je verrai le golfe de la Spezia, puis je reviendrai dfner à Massa et coucher à Pistoie. Le !•', j'irai à Modène. Le 2, je coucherai à Parme , où je resterai le 3. Le 4, je vais jusqu'à Vérone , où j'ai un rendezvous d'affaires avec Saurau et Goëss. A Vérone , je me déciderai , selon le temps , pour la route de Bozen ou pour celle de Ponteba ; je pourrai de là également vous prévenir du jour précis de mon arrivée , qui ne sera pas avant le 1 1 et pas plus tard que le 12 septembre.
Mon séjour ici a eu les meilleurs résultats pour toutes les affaires qui m'ont amené en Italie , et pour celles que je n'y avais pas attendues , mais qui se sont présentées par le fait de mon séjour. Je ne regrette rien dans tout mon changement de projets , bien involontaire et très-heureux comme résultat. Je (|uitte un petit pays fort intéressant sous tous les rapports , et d'où j'emporte un souvenir bien doux à mon cœur. J'ai eu le bonheur d'y réparer beaucoup de fautes et de sottises, et j'ai empêché qu'on en commette de nouvelles dans un avenir plus ou moins prochain , ce qui est très-important pour un pays qui va passer sous un autre gouvernement. J'ai eu de nouveau la conviction que l'on ne fait bien que ce que l'on fait soi-même, et qu'il faudrait être partout pour bien (aire.
Ma société se disperse dans toutes les parties de l'Europe. Golowkin est parti ce matin pour sa retraite en Suisse. Wallmoden est revenu ici de Livourne hier. Il partira demain pour Florence , afin de passer en revue les troupes qui y défilent de Naples. Kaunitz m'accompagnera au golfe , et nous nous quitterons après-demain à Lucques.
Voilà le résumé exact de mes fiaits et gestes. Je quitte ces lieux avec de véritable* regrets, mais je vais vous retrouver
FIN DK LA CURE DK METTBRNICH A LDCQUES (1817). 47
avec infiDiment plus de plaisir que je n'éprouverai de peine ; le compte se trouve ainsi soldé en ma faveur. Il fiaut avoir vu ce pays pour savoir qu'il en existe un pareil , et cette convietion est une véritable consolation.
FIN HE LA CURE DE METTERNIGH A LCJCQUES. SS4. Mettemich à TEmpereur François (Rapport), Lucques, le 29 août 1817.
234. La cure d'eaux que j'étais venu faire à Lucques est entièrement terminée ; elle a eu jusqu'ici les résultats les plus heureux pour ma santé ; aussi repartirai -je demain pour Vienne.
Mon premier soin après mon retour sera de rendre compte à Votre Majesté de l'ensemble de mon voyage en Italie , en ce qui concerne Rome, Naples, Florence et Lucques (n* 245). J^ai la satisfaction d'avoir bien employé mon temps , d'avoir mis à proRt toutes les circonstances et d'avoir toujours agi en serviteur éclairé de Votre Majesté. II ne me reste aujourd'hui, Sire, qu'à mettre à Vos pieds l'expression très-respectueuse de ma reconnaissance pour la grâce que Votre Majesté a daigné m'accorder en me permettant de consacrer quatre semaines entières aux soins qu'exigeait ma santé. Grâce à cette haute faveur, je serai de nouveau en état de servir Votre Majesté avec un dévouement absolu, et je pourrai Lui donner de nouvelles preuves de l'attachement sans bornes que je Lui ai voué.
METTERNICH,m. p.
Je vois avec plaisir que les eaux de Lucques vous ont &it du bien. Je prends bonne note du reste.
François, m. p.
Fogarasy le 12 septembre 1817.