RÉSUMÉ
En considérant Tensemble des données recueillies relativement à Tétat moral de tous les Gouvernements italiens (à Texception du royaume Lombard-Vénitien) , nous arrivons aux résultats suivants :
Nous constatons que le mécontentement est général dans ce pays; que, s'il était une suite naturelle des souffrances amenées par une série de mauvaises années, il doit être aussi attribué à la déplorable administration des Gouvernements; qu'en Italie, surtout dans la partie méridionale, ainsi qu'à Bologne et à Gênes, il règne une grande agitation dans les esprits; que cette fermentation est entretenue par les différentes sectes, dont la tendance est inquiétante sans doute , mais qui pourtant , faute d'une direction centrale , de chefs connus , d'un plan concerté et suivi , sont bien moins dangereuses qu'on ne pourrait le craindre ; que, malgré l'existence de cet élément d'agitation , il n'y a pas de mouvement révolutionnaire à redouter en Italie tant que les agitateurs ne seront pas poussés et soutenus par une puissance étrangère; enfin que présentement aucune puissance ne peut nous inspirer de sérieuses inquiétudes à cet égard.
Si ce tableau est loin d'être satisfaisant, nous y trouvons néanmoins, d'autre part, des conditions favorables dont nous pourrions tirer parti pour rendre le Gouvernement autrichien populaire en Italie et pour gagner à notre cause l'opinion, et peut-être même l'attachement des peuples voisins, dont aucun n'est content ni de son sort actuel ni de son Gouvernement.
RECUEIL DE UOCUHEHTS (18)6 ET IglT).
Même les partisans les plus zélés du dernier Gouvernement reconnaissent que l'administration du royaume Lombard-Vénitien présente des avantajjes marqués sur celle de tous les autres Etats ilnliens. Us accordent qu'en Lumbardic et dans les provinces vénitiennes seulement toutes les classes de la population sont é{;alement soumises aux lois, que les nobles et les riches n'y sont \ms les maîtres , que les prêtres y sont maintenus dans l'obéissance, que les changements de propriété sanctionnés par la loi y sont respectés, et que le voile de l'oubli y couvre le passé, c'est-k-dire que personne n'y est exposé à la persécution, soit ouverte, soit cachée. Ahsiraclion taite de la justice qu'on rend, à cet égard, aux principes de l'administration autrichienne , on serait pourtant dans l'erreur si l'on concluait de ce fait que le mécontentement général ne s'étend pas jusqu'aux provinces soumises au sceptre de Votre Majesté. Vous êtes instruit. Sire, de cet état de choses par les gouverneurs des provinces et par le président de la police impériale; Votre Mujesté n'ignore peut-être pas que la lenteur apportée à l'expédition des aftaires, l'intention qu'on Lui prête de germaniser entièrement les provinces italiennes, la composition des tribunaux, la nomination journalière de magistrats allemands aux emplois judiciaiies, sujet continuel d'irritation pour les Italiens, enfm la durée indëtinie des contestations qui ont surgi entre la Gourde Vienne et le Saint-Sîége, sont les causes principales auxquelles on attribue ce mécontentement. Comme elles me jiaraissenl toutes plus ou moins de nature à pouvoir élre écartées; comme, à cet égard, je connais depuis longtemps les vues paternelles de Votre Majesté, je juge qu'il est de mon devoir de répéterict cequej'aieudéjà l'honneur de Lui dire , savoir, combien il serait important, au point de vue politique, de faire disparaître au plus tôt les défectuosités et les vices de l'administration dans cette partie si intéressante de la Monarchie, d'introduire plus d'activité dans la marche des aftaires, défaire des concessions à t esprit public et à ramour-
propre de la nation en donnant à ces provinces une administration qui prouve aux Italiens qu'on ne veut pas les traiter tout à fait sur le même pied que les provinces allemandes de la Monarchie et, pour ainsi dire, les fondre avec elles ; en nommant , surtout dans la ma{j[islrature , des sujets capables , des Italiens plutôt que des hommes étrangers au pays , en s'efForçant avant tout de gagner le clergé et les écrivains, qui exercent la plus grande influence sur Topinion publique. Je ne doute pas qu'il ne soit possible d'obtenir cet important résultat sans avoir à lutter contre de grandes difKcultés et sans nous exposer à dévier des principes qu'il faut incontestablement maintenir dans Tintérét du bien commun , mais dont l'application toutefois peut être modifiée dans les formes.
Je nourris enfin Tespoir que, le jour où Votre Majesté voudra bien réaliser les vues fécondes que depuis longtemps Elle se proposait de mettre en pratique, afin d'asseoir sur des bases durables la prospérité de ces provinces, l'opinion publique se déclarera hautement pour l'Autriche, que le mécontentement disparaîtra avec les causes qui l'avaient produit, et que les Italiens finiront par regarder l'Autriche comme le seul Gouvernement qui puisse leur garantir le maintien de l'ordre public. Ce jour-là, l'influence étrangère ne sera pi us à craindre, et nous jouirons chez nos voisins d'une influence bien plus grande, de celle que donne l'opinion publique.
Metternicb à FEmpereur François. Graetz, le 3 novembre 1817.
846. En adressant à Votre Majesté les pièces qui accompagnent l'exposé ci*dessus, j'ai l'honneur de Lui soumettre les résultats des travaux que j'ai entrepris et des observations que j'ai faites en Italie *. Je garantis que mon travail principal (n* 245), que je joins au présent rapport, est absolument conforme à la vérité, et qu'il présente le tableau fidèle de l'état de choses actuel en Italie.
* Le rapport est encore accompaj^né d'autres documenta, qui traitent d*affoires spéciales h Fltalie. {Note de VEditeuv.)
94 RECUEIL DE DOCUMENTS (1816 ET iSll).
En étudiant la situation de la Péninsule, je suis arrivé à Tin* time conviction que le Gouvernement autrichien n'a qu'à suivre une marche prudente et mesurée pour jouer dans ce pays le rôle auquel Votre Majesté est appelée sous totis les rapports. Par les changements qu'Elle introduira dans le gouvernement du royaume Lomhard-Vénitien, Elle inaugurera une ère nouvelle. A la suite de ces mesures, 'opinion publique se déclarera d'une manière tout à Eeiit favorable à Votre Majesté ; elles renferment, en eflFet, tout le bien qu'on est fondé à attendre de mesures administratives, car elles donneront pleine satisfaction aux aspirations légitimes d'une nation, et elles sont de nature à fortifier l'action du Gouvernement. Du reste, on peut toujours arriver à ce résultat en suivant des voies éclairées.
Dans nos provinces italiennes règne en ce moment le mécon* tentement le plus vif, à propos d'une mesure d'ailleurs toute naturelle et justifiée par les raisons les plus sérieuses, je veux dire l'application à ces pays des lois douanières générales. En soumettant ces provinces au régime douanier de l'Empire, on a tenu compte des besoins particuliers et de la situation particulière de chacune d'entre elles ; il n'y aurait donc rien à dire contre cette innovation. Mais où (aut-il donc chercher la cause de cet état de malaise, que j'attribuerai toujours à des sujets de mécontentement tout naturels et faciles à prévenir? Un entretien que j'ai eu par hasard avec le président de la Commission aulique du commerce m'a renseigné sur ce point.
Il y a peu d'esprit industriel dans le royaume Lombard-Vénitien. Malgré l'étendue des besoins de la consommation, l'Italie demande à l'étranger la plupart des objets nécessaires à la vie de tous les jours. La France et l'Angleterre, par contre, sont très-avancées en ce qui concerne la production des objets manuËBicturés. Ces deux États pourvoient tous les marchés d'Italie de leurs produits avec l'activité qui leur est propre. En Autriche règne également une certaine vie industrielle ; mais notre activité sous ce rapport est inférieure à celle des deux pays que je viens de nommer. Nos manufactures ne cherchent
SITCATtOM INTÉRIKUBE DE LITAME, ETC. ClRn). 95
e à se feire connaître à l'élranger, et, à ce point de vue, les provinces italiennes ont été et sont encore aujourd'hui tétrangtr pour la Bohême, l'Autriche, etc. Actuellement, la (iTobibition est proclamée, et aucun de nos fabricants n'est connu rn Italie. Dans ces circonstances, le consommateur croit, comme de raison, que de l'autre cùté des Alpes il ne trouvera rieo <iui réponde à ses besoins. Frappée des inconvénients que présente cet état de choses, la Commission aulitjue du commerce prend aujourd'hui des mesures pour envoyer des échantillons en Italie.
Knvover des échantillons, nouer des relations entre lesmarcban<is au détail de ISfilau et les fabricants de Bohême, voilà par quoi l'on aurait dû commencer. Le Gouvernement aurait Au veiller à ce que l'acheteur italien trouvât, au moment de la prohilHtinn, des marchandises t/'aufii fronne qualité et à aussi IfOH marché dans bien des cas, sinon moins chères encore. Assurément, la prohibition des produits étrangers serait eiiKutle Tenue tout naturellement, et les cris provoqués par celte inlerdiction se seraient réduits h coup stir aux proportioa» d'une critique vaiue et injusiidabic, diri{;éc contre le tiouveroemeLi; par quelques malintentionnés.
Je me permets encore de parler d'une autre question, qui toDche au vif les sujets italiens de Votre Majesté.
Votre Majesté connaît trop bien la situation de l'Italie pour ignorer ijue c'est un usage reçu parmi les classes élevées et in»truites de presque toutes les parties de la Péninsule, d'en- Toyer en Toscane, pour y apprendre ta langue, les enfants que l'on destine aux affaires ou à des carrières libérales. Si Vutre Majesté daignait ordonner que les administrations localfH plissent délivrer directement dos autorisations aux terme» desquelles les entants de six à dix ou douze ans seraient admi-t, %ur la demande de leurs parents, à lâire leurs humanités en Toscane, cette mesure serait on ne peut mieux vue du public éclairé (car je ne parle que de celui-là). D'autre part, jr luis fiAr que le Gouvernement obtiendrait les plus heureux r<«Dllat> en provoquant, dans les limites du possible, l'immigration d'hommes d'alïaircs rompus à la langue italienne.
L'idée que je soumets à Votre Majesté est d'autant plus juste que le rèjjlement des études, tel qu'il existe dans la Monarchie, défend aux jeunes gens ou les empêche non-seulement de voyager, mais encore d'avoir recours à des professeurs étrangers.