SÉJOUR A AIX-LA-CHAPELLE ET RETOUR A VIENNE
écrivent, — et, foute d'avoir à parler de la marche des affaires, ils s'amusent à tuer les ministres.
Nos portraits de Lawrence deviennent de véritables chefsd'œuvre. Le mien, qu'il a à peu prés terminé, est un des meilleurs*. Il le portera à Vienne, où je le ferai copier, sauf à ne plus jamais me laisser peindre.
Je suis sûr que Marie vous en parlera de son côté. Vous rirez en le voyant.
Ce 16 novembre.
273. Nos affaires sont signées. L'Empereur Alexandre est parti ce matin pour Bruxelles ; notre Empereur part demain pour Vienne. Je vais après-demain, de grand matin, me mettre en route pour Bruxelles, où m'attendent d'importantes afBaires ; j'y passerai quatre jours entre elles et l'infernale étiquette qui les accompagne naturellement.
Je passerai mes journées à travailler, et tout ce que je puis vous assurer, c'est que je me porte à merveille, et que je ne suis pas encore prêt à devenir fou. Il part ce soir un courrier pour Vienne. Je serai de retour ici le 22 ou le 23 , et je m'y arrêterai deux ou trois jours , parce que la conférence reste en permanence jusqu'à mon retour. Je serai à Vienne du 8 au 10 décembre, et l'Empereur y sera le 2. L'Empereur Alexandre me suit de près ; il arrivera à Vienne le 12.
Ce 21 novembre.
874. J'ai voulu partir demain matin , quand l'impossibilité d'exécuter mon projet m'a été démontrée à la conférence de ce matin. Nous ne saurions nous dispenser d'en avoir une demain malin, et probablement une autre le soir, qui sera la dernière. J*envoie mes voitures en avant demain soir , et je pars avec le duc de Wellington. Nous serons à Bruxelles en
* Le portrait du prince de Mettemich, gravé pour cet ouvrage par le profcMenr Uoger, a été eiécuté d'après le tableau dont il est qnorttion.
{Note d€ r Éditeur.)
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quatorze ou quinze heures de route. Voici mon plan' de
voyage jusqu'à Vienne. Je ne prévois pas qu'il puisse subir
de grands changements.
Le 23 novembre , Bruxelles ; 24, 25 , 26, séjour; 27 , Anvers;
28, Aix-la-Chapelle; 29, Cologne; 30, Coblentz.
1'' décembre, Johannisberg ; 2, Francfort; 3, 4, 5, voyage à Munich; 6, 7^ séjour; 8, Alt-OEttingen ; 9, Wels; 10, Kemmelbacli ou Amstetten; 11 , Vienne.
Vous voyez que je n'aurai qu'un jour d'avance sur l'Empereur Alexandre , ce qui certes n'est pas de trop. Son séjour à Vienne n'étant pas , au reste , un séjour d'afEaires^ le iait même de sa présence me tourmentera d'autant moins que nous sommes redevenus les plus tendres amis. Marie, quand elle nous a vus la première fois, n'en revenait pas; elle ne nous avait jamais vus que brouillés. Elle a dansé, d'ailleurs, force polonaises avec lui , et surtout avec notre Empereur, au dernier bal que le commerce a donné aux Souverains, dimanche passé. L'Empereur a été charmé de la voir, comme s'il avait passé sa vie avec elle : « C'est une des miennes , m'a-t-il dit vingt fois; je l'aime mieux que toutes les autres. »
Nos affaires sont terminées , et notre conférence de demain n'est plus qu'une affaire de rédaction; — tout est arrangé à merveille, et je crois que cela nous fera honneur en Europe. Je n'ni jamais vu d'accord plus parixiit entre les Cabinets; noâ affaires, les scabreuses comme les faciles, ont coulé comme si elles se faisaient d'elles-mêmes. Le résultat a donc été tel que je Ta vais prévu et surtout désiré.
Je ne sais ce que je donnerais maintenant pour avoir enjambé ce qu'il me reste de chemin à faire pour retourner à Vienne. Je ferai ce voyage avec le sentiment d'un postillon qui retourne il vide à son point de départ, et qui vingt fois doit maudire le chemin qui lui reste à faire pour regagner son lit.
Donauwœrth, ce 6 décembre.
271>. ... J'ai retrouvé à Aix-la-Chapelle le prince de Har- Jenberg; j'ai travaillé avec lui toute une journée. J'ai passé
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une nuit et une matinée au Johannisberg , où j'ai vu une quarantaine de superbes tonneaux rangés dans la plus belle cave du monde. Le vin sera excellent, et il y aura là pour douze mille ducats à vendre demain. 11 en vaudra vingt mille dan^ cinq ans. Je n'aurai ni cesse ni repos avant que vous ayez vu ce lieu, qui est véritablement une glorieuse possession. Rien ne ressemble à sa beauté, et l'habitation n'exige qu'un peu de soins pour devenir très-belle. Il n'y aui-ait qu'une cabane, que le monde semblerait lui appartenir.
Je m'arrêterai le 8 à Munich , et je serai à Vienne le 11 au soir, ou plus probablement le 12 au matin. Vous serez pré-p venue de mon arrivée par l'une de mes voitures que j'enverrai en avant de la dernière couchée que je ferai à Wels ou à Enns.
... Bon Dieu! tout ce qui est mort chez nous! J'ai appris toutes ces catastrophes d'une manière qui serait plaisante si elle portait sur un autre sujet. J'ai vu à Coblentz le comte d'Ëltz, — revenu du Brésil. Il y est pour affaires de la succession de son père, qui vient d'y mourir d'une mort affreuse. Un cancer lui avait rongé plus de la moitié du visage. Je lui fis mes condoléances , et je lui demandai des nouvelles de Vienne; j'en avais manqué depuis plus de huit jours, car mes lettres m'attendaient à Francfort, a On a coupé la jambe à Jean Palffy, me dit-il , mais son frère est encore plus à plaindre, car il perd une partie de son corps après l'autre dans son voyage en Italie. — C'est affreux, lui dis-je. — Oui, deux jours avant la mort du comte de Wallis. — Gomment ! il est mort? — On a enterré le comte de Kuefstein. — Comment ! lui aussi ! — Et l'on a administré le maréchal Collorcdo ; son frère le maréchal Wenzel est à l'agonie. » — Je l'ai prié de se taire , car il avait l'air de ne pas avoir tout dit.
Mettemich k sa fille Marie. Vienne, ce 17 dét:eml>re.
87tt. Me voil:"^, ma bonne Marie, au milieu des nôtres; mais vous n'y êtes pas, et je vous réponds que vous me manquez beaucoup. Nous sommes infiniment plus occupés de vous
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que de nous. Nous suivons tous vos pas , et je suis sûr d'en deviner beaucoup.
J'ai trouvé, à mon arrivée, maman et les entants dans le meilleur état de santé. Victor est grand comme un homme qui n'est pas petit. Clémentine est embellie. Je ne trouve pas Léontine fort grandie. Herminie est véritablement aussi bien que possible. Maman vous mandera la plaisante erreur que j'ai commise k mon début , où je pris Léontine pour Herminie. Je lui ai demandé des nouvelles de sa jambe; elle m'a cru en démence. Elle était couchée dans sa nouvelle chambre, à la place de sa sœur; je Tai trouvée inconcevablement (prandie, mais n'importe. Les pensées fourchent quelquefois comme la langue , et l'on n'en sort plus.
Nous sommes ici , non dans les fêtes , car l'Empereur Alexandre n'en veut pas , mais dans de douces et paisibles petites jouissances de Cour. L'Empereur Alexandre a enfin fait connaissance de Madame sa tante*; il pas<ie ses journées à lui baiser la main et à l'appeler ma chère tante, La présentation a eu lieu avant le diner par l'Impératrice ; au moment où l'Empereur a baisé la main à sa très-chère tante , j'ai pensé à Herminie, et j'ai trouvé comme elle que la tante Pauline est la tante de tout le monde, faute d'être celle du monde. Il ne lui manque plus que ce dernier titre.
Adieu , ma bonne chère Marie. Le voyage d'Italie est décidé, mais il y a un changement qui vous est favorable. L'Empereur partira le 13 février, et il sei*a dans les premiers jours de mars à Florence au lieu de Naples; c'est-à-dire qu'il commencera par passer à peu près trois semaines du mois de mars en Toscane; de là , il ira pour la semaine sainte à Rome , et puis enfin , vers le 17 ou le 18 avril , à Naples.
Ce 25 décembre.
277. J'élais sûr que Paris conviendrait beaucoup à Pepi. Il a du goût et il est accessible à de bonnes impressions. Paris
* La duchesse Pauline de Wurtemberg, sœur du prince de Mettemich.
(Âofe de V Éditeur,)