‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 40 sur 126 · SÉJOUR A AIX-LA-CHAPELLE ET RETOUR A VIENNE (I8I · texte numérisé non relu

SÉJOUR A AIX-LA-CHAPELLE ET RETOUR A VIENNE (I8I

J^écris à madame Hudelist, et je vous prie de lui envoyer la lettre vous-même , en lui écrivant que j'ai choisi cette voie , convaincu qu^elIe lui rendra sa réception moins pénible. J'espère que l'Empereur fera quelque chose pour elle, d'autant plus que je suis sûr que son mari ne laisse que très-peu de fortune.

J'ai fait avant-hier une course à Spa avec M. et

madame de Nesselrode , le comte et la comtesse de Lieven , Steigentescb, Zichy, Lebzeltem, le Prince de Hesse et Floret. Nous y avons passé la nuit ; nous avons parcouru hier matin les environs de Spa , nous y avons diné , et nous avons été de retour ici à huit heures du soir. Le temps était superbe , et notre course très-bien organisée. Spa est vide ; nous y étions les seuls étrangers; notre effet a donc été complet. Le voyage d'ici à Spa est charmant ; rien n*est beau comme le pays de Limbourg, avec ses prairies et ses habitations sans nombre.

Ce 3 novembre.

871. Nos affaires sont à leur déclin. Je ne crois pas qu'elles puissent aller au delà du 15 de ce mois, jour fixé pour la fin. Si tel est le cas , je serai dans les derniers jours de novembre ou les premiers de décembre à Vienne, et, certes, charmé de m'y trouver.

Le peintre Lawrence, le premier du monde, est ici par ordre du Prince régent, pour faire les portraits des Souverains et des ministres. Celui de l'Empereur est à peu près fini, ainsi que le mien. Je suppose que vous verrez ces deux tableaux, car Lawrence va à Vienne pour peindre le prince de Scbwarzenberg. Je ne crois pas que l'on puisse faire un plus beau tableau que celui de l'Empereur. Mon portrait, je crois, sera excellent. Je tâcherai d'engager Lawrence à peindre Clémentine *.

Notre vie va toujours son même train; nous conférons, nous nous promenons, nous dînons. Je fais ma partie le soir,

* La princesse Clémentîne, fille du prince. (Note de CÈditeur*)

et je me couche. Tous les étrangers nous ont quittés; ils n'y tenaient plus.

Ce ii norembre.

272. Je puis vous annoncer maintenant , ma bonne amie, que nous sommes très-près de notre résultat. La dernière conférence aura lieu , — à moins d*un incident très-peu probable, — le 16 ou le 17. L'Empereur se mettra en route le même jour. Il sera à Vienne le 2 décembre, après s^étre arrêté cinq jours à Munich.

Je compte partir le 18 pour Bruxelles. J^ resterai jusqu'au 23 ou 24, et je serai à Vienne du 7 au 8 ou 9.

Je n'irai décidément pas h Paris. Je ne pourrais y rester que quatre ou cinq jours, qui seraient pris entre tous les Princes et ministres, et je ne trouve pas qu'il y ait un motif raisonnable pour aller s'embarquer de gaieté de cœur dans une pareille galère. Je quitterai donc les enfants à Bruxelles.

Marie se porte à merveille. Elle a ici tous les succès imaginables : ils se bornent à si peu de chose, qu'il est permis de s'en vanter. Elle a été voir l'Empereur, qui, — pour lui plaire, je crois, — a mis un uniforme de chasseur. Elle a passé sa soirée d'hier à danser des polonaises avec l'Empereur Alexandre et le Roi de Prusse , et elle est en ce moment au spectacle, pour voir jouer un nommé Wurm , excellent acteur comique de Berlin, qui l'enchante.

Vous lirez, entre autres, dans toutes les gazettes, que j'ai fait une affreuse chute de voiture et que je suis resté évanoui pendant, je crois, cinq ou six heures. Le fait est que je n'ai pas fait de chute , et que par conséquent je n'ai eu ni accident ni évanouissement. II y a une quinzaine de jours qu'en partant de chez notre Empereur, dans l'un des excellents équipages de la Cour, l'essieu s'est cassé; la voiture pencha de côté; mon laquais a ouvert la portière, je suis sorti de la voiture, et je suis allé à pied à une soirée que nous avions chez madame Gatalani. Le cocher est tombé et s'est fait un bleu. Tous les gazetiers anglais ont des correspondants ici ; or , il faut qu'ils

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