‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 55 sur 126 · LES RÉSULTATS DIT CONGRÈS D'AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

LES RÉSULTATS DIT CONGRÈS D'AIX-LA-CHAPELLE

suspendu, mais non terminé le mouvement révolutionnaire en France, l'a réveillé dans les autres États. Tous les éléments sont en fermentation, tous les pouvoirs sont menaces de perdre leur équilibre; les iuslilulions les plus solides sont ébranlées dans leurs fondements, comme les édifices d'une ville attaquée par les premières secousses d'un tremblement de terre qui dans peu d'instants va tout détruire. Si dans cette crise eHi'ayante les principaux Souverains de l'Europe étaient désunis de principes et d'intentions ; si Tun approuvait ce que les autres condamnent; si un seul parmi eux pouvait chercher dans les embarras de ses voisins le moyen d'avancer ses propres intérêts, ou s'il regardait le spectacle qui l'entoure avec une indifférence aveugle ou criminelle ; si tous enlin n'avaient pas les yeux ouverts sur les révolutions qui se préparent et sur les ressources qui leur restent pour en empêcher un pour en retai'der l'explosion, nous serions tous emportés dans un tré»petit nombre d'années. Mais telles ne sont heureusement pas les dispositions des Princes, protecteurs el conservateurs de l'ordre public; leur union intime, n calme et constante dans son action * , est le contre-poids du mouvement désordonné que tant d'esprits turbulents, sortis de leur sphère, voudraient imprimer aux affaires humnines ; le noyau des forces organisées que présente cette union est la digue que la Providence parait avoir élevée elle-même pour conserver l'ancien ordre de la société, ou pour en i-alcntir et en adoucir au moins les changements devenus indispensables. Or, cette union vraiment sacrée, dont la Sainte- Alliance n'est qu'un symbole incorrect et défectueux, ne s'est jamais manifestée d'une manière plus rassurante qu'à l'époque des conférences d'Aix-la-Chapelle. Non pas que l'on y ait entamé aucune de ces questions dangereuses, objets ou prétextes de l'agitation générale; on n'y a discuté ni la forme des Gouvernements, ni le système représenialif, ni le maintien ou la modification des privilèges de la noblesse, ni la liberté de la presse, ni rien de ce qui touche aux intérêts de la religion. On a soigneusement évité de donner prise à la malveillance et à l'indiscrétion, en consignant dans les actes formels des aveux ou des déclarations dont chacun

portait le principe dans son âme, mais dont Ténoncé aurait pu provoquer des commentaires fâcheux et des critiques hostiles. On a fait mieux que cela. Les Souverains et les ministres ont compris ce que leur dictait le salut commun. Ils ont vivement senti le besoin d'une confiance réciproque et d*un concert plus étroit que ceux que des traités peuvent établir ; ils ont sacrifié des intérêts secondaires, qui auraient pu les diviser dans des circonstances moins graves, à l'intérêt transcendant de défendre, par des efforts concentrés, le dépôt que la Providence leur a confié en commun, et ont fait taire toute autre considération devant le devoir supérieur de préserver Tautorité du naufrage, en sauvant les peuples de leurs propres égarements. Sans entrer dans des engagements superflus, ils se sont étroitement entendus sur la marche à suivre au milieu de la tempête ; et le seul titre qu'ils aient solennellement produit pour justifier et légitimer cette marche, est celui qu'ils ont revendiqué en déclarant que la justice, la modération et la concorde présideraient sans cesse à leurs conseils.

C'est ainsi que le Congrès d'Âix-la-Chapelle a rempli sa haute mission. L'impression générale qu'il a faite en Europe en est le premier témoignage. Tout en gardant un silence entièrement convenable à sa position et à sa dignité, et qui n'a été interrompu que par un petit nombre de publications, il a encouragé les amis de l'ordre et de la paix dan3 tous les pays, et alarmé partout les novateurs et les factieux. Une assemblée diplomatique ne peut pas, comme telle, changer les destinées du monde ; mais elle peut les enrayer, elle peut les modérer, elle peut prévenir une foule de maux qui les aggraveraient; et si les effets que Ton doit raisonnablement attendre de la dernière réunion des Souverains étaient paralysés par des événements au-dessus des calculs humains, elle conserverait encore la gloire d'avoir été l'appui et la consolation des gens de bien.

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