ASSASSINAT DE ROTZBDUB ET CONSÉQUENCES DE CE CRIME
OORRESPOSDiRCE DE METTERRICO AVEC GESTZ.
335. Genu à Metternich. Vienne, le l**" avril 1819 (Lettre avec deux annexes). — 336. Berstett h Tettenboi-n, à Vienne (DépAchp). Annexe I. — 337. Varnhagen à Tettenborn, à Vienne (Lettre), CarUruhe, le 24 mars 1819. Annexe IL — 338. Metternich à Genu. Rome, le 9 avril 1819. — 339. Gentz à Metternich. Vienne, le 14 avril 1819 (Lettre avec une annexe). — 340. Mûller h Gentz. Leipzig, le 3 avril 1819 (Annexe de la lettre précédente). — 341. Gentz à Metternich. Vienne, le 23 avril 1819.
— 342. Metternich à GeuU. Rome, le 23 avril 1819. — 343. Gentz à Metternich. Vienne, le 25 et le 27 avril 1819. — 344. Metternich à Gentz. Naples, le 7 mai 1819. — 345. Gentz à Metternich. Vienne, le 21 mai 1819.
— 346. Gentz à Metternich. Vienne, le 3 juin 1819. — 347. Metternich à Gentz. Rome, le 6 juin 1819. — 348. Genu à Metternich. Vienne, le 17 juin 1819. — 349. Metternich à Gentz. Perugia, le 17 juin 1819. — 350. Gentz à Metternich. Vienne, le 1» juillet 1819.
Gentz à Metternich. Vienne, le 1«' avril 1819.
335. Votre Altesse aura sans doute appris directement TafFreux évënement qui vient de se passer à Mannheim; elle a
22ft BECUEIL DE DOCUMENTS (1818-18SS).
dû en être instruite plus tôt qu^elIe n'aurait pu Tétre par des lettres venant de Vienne. La nouTelle nous a été apportée hier matin par la Gazette d*Augshourg, et par les dépêches adressées de Carlsruhe à Tettenbom, dépêches dont je joins les copies à la présente lettre* (n** 336 et 337).
Le fait est assurément assez horrible par lui-même ; mais la cause première du crime et sa connexion probable, déjà presque évidente à l'heure qu'il est, avec les maladies et les dangers les plus redoutables de Tépoque actuelle, le rendent bien plus horrible encore et bien plus épouvantable pour celui qui est habitué à voir les choses de haut. Voilà le résultat auquel onl abouti ces « efforts innocents et vertueux de la jeunesse allemande » et « de ses excellents maîtres » , dont on a tant parlé pour nous imposer silence alors que nous osions, pour la première fois, signaler le péril à propos des excès de la Wartburg.
Votre Altesse a suivi avec une attention trop soutenue toute riiistoire de cette gangrène qui a déjà (ait tant de ravages; elle a trop bien vu, trop bien sondé la plaie, pour que j'aie besoin de revenir sur le passé, qui ne nous appartient plus. Des plaintes en Tair ne mènent à rien , et toutes les considérations de personnes doivent s'effacer quand d'aussi grands intérêts sont en jeu. Les catastrophes les plus violentes qui se produisent dans le monde moral aussi bien que dans le monde physique peuvent devenir utiles et même salutaires, sinon pour les victimes qu'elles ont déjà faites, du moins pour ceux qui ont été épargnés, à la condition de faire naître des résolutions et de provoquer des mesures qui, dans d'autres circonstances, n'auraient peut-être été prises que bien plus tard, peut-être jamais.
Voici quelles sont, à peu près, les réflexions pratiques que m'a suggérées le récent attentat :
* « Hier, je n*avais jeté qu'un coup d'œil rapide sur ces documents; je remarque aujourd'hui qu*il n'y en a qu*un (celui qui émane de Berstett) qui mérite le nom de dépêche , et que l'autre est une lettre de Varnhagen ; je crois, toatefois, devoir vous envoyer ci-joint cette dernière, m
{Note de V auteur de la lettre,)
ï' La liaine de la bande révolutionnaire coDlre Kotzebue était invétcrëe; elle avait ëté excitée par bien deti raotifâ et fomentée avec un art diabolique. Mais je sui« intimement convaincu que la cause première de l'iitteulat commis contre sa ne, c'est surtout, c'est exclusivement l'opinion qui l'accuse à tort d'avoir excité l'Empereur Alexandre contre les écrivains populaires de l'Allemagne et contre les universités allemandes, et de l'avoir rendu boslîle aux idées libérales. On sait combien tout le parti comptait jadis sur ce Prince ; il a , du reste , assez montré que l'apostasie du Czar était un coup terrible à ses jeux. Le résultat de la folle provocation adressée à Stourdza, qui semblait devoir mettre fin à toute incertitude, a 6té h ces hommes leur dernière lueur d'espoir; agités tour à tour par la crainte et par la fureur, ils sont tombés dans cet état de frénésie qui pousse aux actes les plus monstrueux. Kotr.ebue a dune été fiappé parce que ces forcenés ont cru, dans leur aveuglement, qu'il était l'auteur de la défection d'un protecteur sur lequel ils avaient Fondé les plus grandes espérances. Celte explication du crime, l'Empereur Alexandre la trouvera sans doute de lui-même. Du reste, II est offensé personnellement par l'attentat commis contre un de ses conseillers d'État, ainsi qu'il l'a été antérieurement par des entreprises dirigées ' contre un autre, ^a conduite tors des excès de la Wartburg, le langage que depuis lors il a tenu en toute circonstance, les principes cl les sentiments qu'il a montrés avant, pendant et après les conférences d'Aix-la-Chapelle, tout permet despérer qu'il agira très-sérieuseinent dans cette affaire. Je suis loin de désirer que l'explosion soit forte et bruyante jusqu'à l'excès; car ce serait peut-être pour nous la cause de bien des embarras. Mais ce sera un bonheur ù mes yeux, s'il commence par faire connnltre fi-anchement sa propre taçon de penser, de voir et de sentir, cl si ensuite il cherche à agir, non pas sur nous, qui, sous le rapport du but h atteindre et de la manière de juger la situation, souscrivons d'avance à tout ce qu'il peut dire ou proposer de plus fort, mais sur la Prusse, sur la Bavière, sur l'Allemagne en général, et s'il procède en cela avec prudence, avec mesure, mais pourtant dans un sens ti-ès-iiet.
dans un sens qui mettrait fin à toutes les irrésolutions et à toutes les demi-mesures.
2* J'espère que , grâce à cet affreux ëvënement et aux conséquences qu'il ne manquera pas d'entraîner, nous échapperons pour quelques années aux discussions sur la liberté de h presse en Allemagne. Car j'ai peine à croire qu'un État de la Confédération puisse être assez impudent pour demander que les Gouvernements qui, jusqu'à ce jour, n^ont pas touIu de la liberté de la presse, l'introduisent à présent chez eux. Et j'ai la ferme conviction qu'il faut que l'Autriche saisisse la première occasion où ce mot sera prononcé à la Diète pour déclarer avec énergie qu'elle considère, une fois pour toutes, comme inexécutable et comme abrogé l'article (cet article à jamais regrettable) du pacte fédéral qui mentionne ou plutôt qui rêve des dispositions semblables relativement à un objet qui touche à l'autorité même du Souverain dans ses droits et dans ses devoirs les plus essentiels, et qu'elle ne consentira plus jamais à prendre part à aucune discussion sur ce sujet.
3° La nécessité de s'occuper de la situation des universités allemandes devient aujourd'hui plus évidente et plus impérieuse que jamais. Ce n'est pas à dire pour cela que la solution de ce grave problème ait fait un seul pas ; je ne sais que trop qu'il n'en est rien. Mais un premier progrès se trouve réalisé : c'est qu'on n'osera plus condamner des négociations engagées sur ce point comme de véritables crimes de lèse-Allemagne. Quant à moi, mon vœu le plus ardent, c'est qu'on ne fasse aucune proposition à la Diète relativement à cette grave affaire, c'est qu'on ne dise et qu'on n'écrive rien d'officiel, c'est qu'en général l'autorité reste muette (malgré tout ce que pourront écrire les libellistes), jusqu'à ce que les premières Cours d'Allemagne (et j'entends ne parler que de l'Autriche, de la Prusse, de la Bavière, de la Saxe et du Hanovre, à l'exclusion de toutes les autres) soient arrivées, à propos des mesures à prendre, à une entente parfaite, absolue, minutieuse, cimentée en quelque sorte par des serments réciproques. Il faudra pour cela beaucoup de temps et de peine ; mais l'effet du dernier coup se fera sans doute sentir encore dans six mois, et le sang de
Kotzebue criera vengeance pendant un peu plus de quarantehuit heures. Le résultat n'est pas facile à obtenir, et il ne suffira pas d'une ou de deux conférences pour l'atteindre. Ce qu'il y aurait de plus funeste, ce seraient des mesures hâtives, prématurées, impuissantes, qui cette fois nous conduiraient inévitablement à la ruine. II est malheureux que des raisons connues de Votre Altesse nous empêchent de réclamer le droit de donner l'exemple de Faction et de prétendre au premier rôle; mais, malgré cela, notre intervention sera féconde et utile.
A Vienne, du reste, le meurtre n'a pas feit grande sensation. Le seul homme qui, d'après ce qui m'est revenu, s'est exprimé sur ce sujet en termes énergiques et dignes , c'est le comte Sedlnitzky*, qui sait sans doute mieux que beaucoup d'autres à quoi s'en tenir sur ce que nous avons à attendre.
J'ai entendu émettre quelques opinions bien décourageantes. Je ne parle pas ici des propos grossiers et inconvenants du baron d'Aspre, parce qu'à mon avis on ne peut s'attendre à mieux de sa part. Mais l'attitude prise par cet homme m'irrite, parce que Votre Altesse l'honore d'une feveurqui (ait bien des jaloux et qu'il devrait, par suite, être plus réservé. Je regrette fort qu'il aille en Italie ; car il raisonne aussi comme un cheval de carrosse sur les affoires de ce pays, et il compromettra horriblement Votre Altesse , si vous ne le tenez pas bien en bride.
Cette lettre vous sera probablement apportée par Kaesar; Lawrence, qui voulait déjà se mettre en route il y a trois jours, n'a pas encore bougé d'ici; il ne pourra done plus être à Rome pour les fêtes de Pâques. — Les arbres commencent à bourgeonner; mais quant à avoir de la verdure pour Pâques, il n'y faut pas songer.
* Directeur tie la police k Vienne. (Note de FÉditeur,)
S3S RECUEIL DE DOCUMENTS (Igl8-1SM).
Le iMuron de Berstett , ministre badois , au baron de Tettenbom ,
envoyé badois, à Vienne.
(Annexe du n* 385. )
336. En apprenant la douloureuse nouvelle qui suit, et qui vient de m'étre transmise à Tinstant même, Votre Excellence ne sera pas moins consternée que nous ne Tavons tous été.
Extrait du rapport de la direction du cercle du Neckar,
en date du 23 mars 1819.
« Ce soir, à cinq heures, le conseiller d*État russe de Kotzebue a été frappé dans son appartement de plusieurs coups de poignard, et, comme nous Tavons appris depuis, il est mort des suites de ses blessures. Le meurtrier, qui parait être âgé de vingt-quatre ans , est sorti en courant de la maison après avoir commis son crime, et, devant la porte d'entrée, dans la rue, il s'est lui-même plongé le poignard dans la poitrine. Il vit encore à cette heure, mais jusqu^à présent on ne peut pas dire avec certitude quHl ait repris connaissance. D'après un certificat d'inscription à l'Université d'Erlangen , qu'on a trouvé dans la poche de son habit, il s'appelait Charles-Frédéric Sand, et était étudiant en théologie; ce certificat d'inscription est daté du mois de décembre 1818. A l'hôtel où il est arrivé seul, ce matin, suivant le dire de l'hôtelier, il s'est fait passer pour un nommé Heinrichs, étudiant à Erlangen. D'après un papier qu'on a trouvé sur lui, il avait prémédité ce meurtre de longue date, et fait d'avance le sacrifice de sa vie. 11 semble ressortir de là qu'il feisait partie d'une association, ce qui rend ce forfait d'autant plus épouvantable. Nous attendons pour demain des détails plus précis et plus circonstanciés, que nous ne manquerons pas de porter immédiatement à la connaissance de Votre Excellence. »
L'écrit qu'on a trouvé sur le meurtrier , et qui a été aussitôt
ASSASSINAT DE KUTZEBUE (18I9J.
remis aux auloritJs, est une proclamation adressée aux Allemands, ayant les dimensions d'un diplôme de t;rand format, daiifi laquelle il esborte tous les Allemands à s'armer de courage; c'est un tissu d'idëes exaltées comme il ne peut en germer que dans l'esprit malade d'un révolutionnaire fanatique. Le (rrand-Duc a immédiatement donné l'ordre d'ouvrir et de poursuivre sans relâche l'enquête la plus rigoureuse afin d'arriver à découvrir tout ce qui, de prés ou de loin, se rattache au crime ; il veut que la lumière se fasse pour qu'on puisse prendre des mesures générales contre les excès d'un pareil fanatisme, qui menacent l'ordre social des plus grands dangers. Votre Excellence est priée de faire tous ses efforts pour recueillir de son côté des matériaux qui puissent nous aidera découvrir jusqu'où s'étend cette toile conjuration d'imaginalions en délire, qui croit trouver le salut de l'Allemagne dans des entreprises criminelles, enfin de travailler par tous les moyens possibles à provoquer une entente sérieuse au sujet des mesures communes que cet horrible attentat commande impérieusement de prendre aujourd'hui. Sou Altesse Royale est profondément aflligée de ce que ce forfait a été commis sur le sol badois, bien que cette circonstance soit tout accidentelle, et que l'assassin soit un étudiant d'une untversité étrangère. Je prie instamment Voire Excellence de m'informer sans délai de tous les détails qui parviendront à sa connaissance.
Vamhanen von EnM i Trltenbom. CarUriihï, le 14 miirs 1819. (Annexe du n" 335.)
337. Je transmets en toute bâte à Votre Excellence quelques détails sur le drame affreux qui vient de se passer à Mannbeim, et qui, depuis ce matin, remplit tous les cœurs d'horreur et d'épouvante. Un jeune bomme, arrivé dans la matinée d'hier, se fait annoncer vers cinq heures du soir chez M. de Kot/.ebue pour lui présenter ses hommages. M. de Kotzebue le reçoit dans un salon et s'entretient pendant quelque temps avec lui; tout & coup rétrau^er, profitant du
it quel- ^k
tant du jH
234 RECUEIL DE DOCUMENTS (ltl8-18M).
moment où il remet un écrit à son interiocuteur, tire un poi« gnard et en frappe le malheureux, qui tombe et qui expire au bout de quelques minutes. Le bruit attire un domestique, qui voit son maftre gisant à terre et le meurtrier armé de son poignard; celui-ci se met à crier : « Qui est-ce qui a encore envie de mourir ici ? » Grâce à cette menace , il peut sortir librement de la chambre , descend l'escalier en manifestant une joie bruyante ; puis , sous la porte d'entrée , il se jette à genoux, remercie Dieu avec ferveur d'avoir béni sa noble entreprise, et se frappe de deux coups de poignard. Il perd connaissance et n'est pas encore revenu à lui, bien qu'il respire encore; mais il n'a plus qu'un soufHe de vie, car il s'est bien frappé. Ainsi que l'atteste un appel aux Allemands qu'on a trouvé sur lui, il a été poussé à ce crime par un soi-disant amour de la patrie et de la liberté ; il Ta commis sciemment, il Ta prémédité de longue main. Il exhorte le peuple allemand avili à secouer virilement le joug qui l'accable , à tuer tous les mal pensants, à accomplir l'œuvre de la Réformation, à réunir l'Église et l'État; il demande que son exemple trouve des imitateurs, etc. Tout cela dans un langage exalté, désordonné, qui dénote chez l'auteur une forte dose d*extravagance , mais non de la folie réelle. Un autre papier qu'on trouva sur lui contenait ces mots : « Ârrét de mort contre Auguste de Kotzebue, exécuté le 23 mars, à cinq heures et demie du soir, d'après la décision de l'Université de ***... » Ces derniers mots permettent de conclure à l'existence d'une société secrète qui a de quoi terrifier tous les cœurs : que peut-on faire, en effet, contre des hommes qui se tuent eux-mêmes? L'ordre des Assassins ressusciterait-il dans l'Occident, chez nous, en Allemagne? L'impression que fera ce crime sera terrible! Le meurtrier est un étudiant en théologie de l'Université d'Erlangen ; il est âgé d*environ vingt-quatre ans et se nomme Charles- Frédéric Sand; on ne connaft pas le lieu de sa naissance, mais on croit qu'il est originaire de la Gourlande ou du pays d'Anspach.
Le Grand-Duc est tout consterné de cet événement; il veut qu'on s'occupe de l'affaire comme d'une question qui
ASSASSINAT DE ROTZEBUB (1819). 235
intéresse tous les Gouvernements. Mais j^ai bien peur que toutes les enquêtes n'aboutissent à aucun résultat.
L'Empereur de Russie doit être hors de lui; mais que peutil faire avec toute sa puissance? Contre qui veut-il la tourner? Tous ses ministres et tous ses conseillers d'État se croiront menacés. Je ne voudrais pas , en ce moment , être à la place de M. de Stourdza et de bien d'autres ! J'ai été tellement impressionné que je n'ai pas pu dtner; la pauvre Rachel a tant pleuré, elle a eu tant d'attaques de nerfs qu'elle n'en peut plus. Mais aussi c'est un drame épouvantable.
J'ai l'honneur d'être le très-humble et très-dévoué serviteur de Votre Excellence.
Varnhagen von Ense.
MeUemich k Gentz. Rome, le 9 ayril 1819.
338. J'ai reçu la nouvelle de l'assassinat de Kotzebue, et je suis au courant de tous les détails connus jusqu'à présent. Il reste à voir si le Grand^Duc de Bade aura assez d'énergie pour donner à l'enquête la suite convenable, et si, dans ce cas, il trouvera des magistrats assez intègres pour la conduire comme il feut. La situation est telle aujourd'hui qu'on ne saurait, à vrai dire, se l'aire d'avance aucune idée arrêtée sur rien.
Pour ma part , je ne doute nullement que le meurtrier n'ait agi non pas de son propre mouvement , mais à Tinstigation et sur Tordre d'une société secrète. Le malheur réel que nous déplorons ne laisse pas d'avoir son côté utile ; car la triste tin du pauvre Kotzebue nous fournit un argumentum ad hominem que le duc de Weimar, avec tout son libéralisme, ne saurait défendre. Tous mes efforts tendent à donner à l'atlairc la meilleure suite possible et à en tirer le parti le plus avantageux que nous pourrons, et j'agirai énergiquement dans ce sens.
II semble absolument certain que le meurtrier de Kotzebue n'a été que l'émissaire du tribunal vehmique d'Iéna, c'està-dire un véritable haschischin. L'umversité qui devait exécuter le coup a été désignée par le sort ; à la suite de cette
première opération, le sort a désigné le membre de t associa" tion qui devait frapper la victime en faisant d*avance le sacrifice de sa propre vie, et qui, en effet, a été Texécuteur de la sentence. C'est ce qui ressort de bien des données qu'on a recueillies.
Nous ne tarderons pas à voir ce que l'Empereur de Russie dira de la manière aimable dont ses conseillers d'État sont traités en Allemagne.
Or , pendant qu'eu Allemagne on assassine les agents russes propter ohscurationem , d'autres agents russes président en Italie les. clubs des carbonari. Je pense que bientôt on en finira aussi avec ces excès-là !
Jusqu'à présent, notre séjour à Rome a donné d'excellents résultats. L'Empereur est comblé parle Saint-Père d'honneurs et de marques de respect de toute sorte, comme il convient d'ailleurs. Son attitude et sa manière d'être sont parfaites ; le public, qui a fait une véritable ovation au Souverain, commence à rendre uu juste hommage à la valeur personnelle de l'auguste visiteur. Tous les bruits absurdes que tant d'agents de toute espèce et de toute provenance avaient répandus avant notre arrivée sont tombés à l'heure qu'il est, et Ton est en train de comprendre qu'il en est de notre voyage à Rome comme il en a été de notre voyage à Aix-la-Chapelle, c'està-dire que nous sommes les seuls qui n'ayons pas menti relativement au but de ce déplacement.
Je vous prie de répéter simplement à Vienne les choses que je vous mande et qui sont l'expression de la piu*e vérité , et de démentir tous les propos qui tendraient à établir le contraire. Surtout vous pourrez afBrmer que l'Empereur ne ramènera pas un seul Jésuite à Vienne, ce qui ne fera guère plaisir à la Société Penkler*.
* A la fc Société Penkler» appartenaient des hommes qui ayaient des rela* tions suivies avec l'auteur, aussi bien qu*avec le destinataire de la lettre : c'étaient, entre autres, Adam Millier, Frédéric de Schlegel, Zacharias Wemer, Joseph- Antoine Pilât et Frédéric de Rlinkowsirœm. Elle comptait aussi parmi ses membres MM. Zaengerle et Ziegler, qui plus tard devinrent évèques; le professeur Ackermann, le chanoine Schmidt, le conseiller d'État Slift, le
ASSASSINAT DF. KOTZEBOE ((819). 537
L'aspect de Bome est tout différent de l'image que je m'en étais faite. Je me figurais la Ville éternelle comme un sombre amas de ruines. Elle est, au contraire, riante et magnifique. Tout ce que l'antiquité a laissé de grand ici-lias se trouve réuni à ce que le moyen âge nous a légué de grandiose. T. es monuments modernes offrent deux aspects différents. Les deux derniers Papes, c'est-à-dire Pie VI et Pie V!I, ont plus fiiit pour les arts que tous leurs prédécesseurs, en ce qui concerne les études archéologiques. On ne peut se faire aucune idée de la ma(;nificence du Vatican, dont on a fait une suite de galeries. Figurez-Tous vingt salles, toutes grandes et riclies comme le Musée du Louvre, et vous serez, encore loin de vous représenter esaclenient l'immensilé du Vatican actuel et les trésors que renferment ses collections. C'est une richesse dont mon imagination reste confondue. La demeure du Saint-Père, la Cour pontificale esl ce que la puissance séculière peut produire de plus magnifique. Mais c'est à peine si j'ai encore entrevu la magnificence spirituelle. C'est précisément le reproche que je fais à l'église de Saint-Pierre. Elle est, à mon sens, ce qu'il y a de plus merveilleux comme magnificence et comme grandeur; mais elle est aussi ce qu'il y a de moins religieux au monde. Moi du moins, elle n'a jamais pu me porter à la prière.
Je ne sais pas quelle impression elle fait sur Schlegel, car il trouve la cuisine pontificale si parfaite que c'est à peine s'il lui reste quelques heures pour voir ce qui mérite d'être vu.
De même, ce qui reste de l'antiquité dépasse l'imagination. Les dimensions de tous les autres édifice.s de la terre, leurs proportions colossales, leur heaulé plus ou moins achevée, tout cela n'est rien à côté di: ce qui reste de la Rome antique.
docifur Jean-Emmanuel Veith et d'autre! encore. Dei opinion* el itei IPniJancM commun», lr^f-scccDluée« dam le *cni catholique, nnicnèiYnt cei bonimea .^ furmer un cercle, dont le célèbre P. Ciêmmt-Manc tiofbaiier fut regardé comme le n?nlrr. I.a maïton lioiipitalière in baron de Penklcr l'ouvrit pour le> rriinions et |H>ur kl ronrÉrenCE» clei inembie* hi |itiii notable* de la aociété ; c'ni de l.'i iju'eil venu le nul» de ta nucièté ellc-m#m«.
{Nolt de r Éditeur.)
Le palais des Césars, qui couvrait tout le Monte Palatino, toute la surface de la Rome primitive , un palais aussi grand que Vienne jusqu'à la ligp[ie des remparts; le Cotisée , dans lequel quatre-vingt mille personnes au moins pouvaient se tenir commodément assises; les bains de Caracalla, qui pouvaient offrir trois mille cabines à trois mille baigneurs, où il n*y avait que des baignoires en marbre , grandes chacune comme la piscine des dames à Bade; les restes de tous ces monuments dont chaque débris est plus imposant que le plus vaste des palais modernes, et que tapisse la végétation méridionale dans tout ce qu'elle a de luxuriant : tout cela présente un aspect que Ton ne saurait se figurer, lors même qu'on aurait vu ce qu'il y a de plus beau sous le ciel. Comme monde antique et comme monde moderne, Rome est encore aujourd'hui parmi les villes ce que le Chimboraço est parmi les montagnes.
Fa toutes ces merveilles sont accumulées dans un désert qui fait tache sur le plus beau sol de la terre. Les alentours de Rome, ce qu'on appelle la Campagna di Roma, présentent aujourd'hui un des problèmes les plus compliqués que les hommes puissent avoir à résoudre. Comment rendre à la culture tous ces terrains arides? Quelles hypothèses étranges ne fiaudrait-il pas admettre pour conclure à la possibilité d'un pareil résultat?
Il faut tracer des canaux, planter des arbres, labourer des terres, bâtir des maisons. Il y a un demi-siècle environ, un cardinal originaire des Légations a essayé d'établir dans la partie la plus saine de cette région une colonie de trois cents familles; il avait largement pourvu les colons de tout ce qu'il leur fallait pour vivre et pour prospérer. Au bout de deux ans , la malaria avait réduit la colonie au chiffre d'environ vingt personnes. Dans la ville il y a déjà trois quartiers qui ne sont plus habitables. C'est ainsi qu'aujourd'hui les villas les plus splendides, telles que la villa Borghèse, Albani, etc., sont désertes; car une seule nuit qu'on y passerait pourrait devenir mortelle. Et juste à côté d'une de ces demeures empestées s'en élève une autre où règne l'air le plus délicieux et le plus sain. L'eau est excellente.
Kxsar est arrivé cette nuh, «l'apportant votre lettre du 1" avi-il, <jui me prouve que vous voyez l'aftaire Kotnebue des mêmes yeux que moi. Vos réflexion-s sur l'occasion directe <^ue ce crime nous fournit me semblent parfaitement justes. Mais précisément parce qu'elles le sont, elles prouvent que le forfait commis ne peut pas avoir élé l'œuvre d'un individu, d'un studiosus iheotogiœ. Ssnd était un jeune étudiant qui se faisait remarquer, à l'Université d'Erlangen, par la douceur de son caractère et par ta pureté de ses mœurs. F.n 1817, il se rendit à l'Université d'Iéna et joua un rôle dans raffaîre de la Wartburg. En 1818, il retourna à Erlangen et prècba en faveur de la li{;ue des étudiants. 11 était enchanté de la belle vie des Iloninies libres d'Iéna; après avoir prêché arec ardeur, il revint à léiia.
Je vous prie d'insister vivement auprès de Teltenbom pour qu'il presse son Gouvernement de faire une enquête approfondie et de ne pas se laisser rebuter par les difficultés.
Je vous demanderai aussi de revoir tout particulièrement les articles que Pilât recevra de Rome pour être insérés dans V Observateur (le Benbachier], alin qu'il ne s'y glisse pas de capucinades. Je lutte journellement contre des ultras de tout genre, jusqu'à ce que le poignard de quelque fou finisse par m'atteindre n mon tour. Mais si le gaillard ne vient pas m'attaquer par deiTiére, il aura un soufflet dont il se souviendra longtemps, même s'il réussit Ji me frapper.
En attendant , portez-vous bien et continuez à m'écrire.
GenU ^ MeHernieh. Vienne, le \\ avril 1819.
330 ... Parmi les annexes se trouve la copie d'une lettre d'Adam Mûller*, que j'ai reçue la semaine passée. J'apprends qu'il a écrit directement à Votre Alles.se; mais comme je ne vois jamais rien de ce qui passe par la chancellerie d'Etat , j'i^ore si la lettre qu'il m'a envoyée conticnl des indications
• Adam Mullet ^ui[ alors coni.il Général d'AïKriuhd .\ Lcipzù.
autres que celles qui figurent dans le rapport adressé à Votre Altesse , et quelles peuvent être ces indications. Le &it que la nouvelle du meurtre soit parvenue à Leipzig si promptement semble, d'après les renseignements obtenus, nWoir rien de suspect; car il est de feit qu'immédiatement après le crime on a envoyé de Mannheim une estafette au Sénat académique d'Iéna, et que ce courrier est arrivé dans cette ville le 26.
Si Sand ne mourait pas de ses blessures, je déplorerais cela comme un véritable malheur. Il ne peut résulter aucun bien de sa guérison, mais il peut en sortir beaucoup de mal. Je n'attache aucune importance à la déclaration qu'il a iiaite depuis , ainsi que je Tai déjà fait remarquer; on ne pourra certainement pas conclure de ses aveux qu'il existe une conjuration, dans le sens propre du mot, et les gens qu'on aurait le plus d'intérêt à convaincre de leur participation au crime ne se laisseront pas prendre. Le malheur dans lequel la complicité d'autres jeunes gens plongerait peut-être plus d'une famille honnête n'avancerait guère non plus nos affoires. — Par contre , ]'ose à peine penser à ce qui arrivera si Sand ne meurt pas. Si l'on empêche la justice de frapper le coupable , ou si le dénoûment de son procès se fait attendre pendant des années (comme j'ai plus d'une bonne raison pour le croire, et comme je puis presque le prédire avec certitude) , tout l'avantage qu'on pouvait encore tirer de ce triste événement sera perdu. Si l'on entame séneusement l'afEaire et que le meurtrier soit puni suivant toute la rigueur de la loi criminelle, on verra indubitablement, étant donnée la disposition actuelle des esprits, mille et mille partisans s'exalter pour lui jusqu'au fanatisme, le représenter comme un héros, comme un martyr de la bonne cause, comme une victime de l'obscurantisme, en un mot, devenir dix fois plus ardents et plus coupables qu'ils ne le sont maintenant. C'est pour cela que je remercierai Dieu de toute mon âme , si sa main tranche ce nœud gordien.
Du reste , tous les journaux allemands guettent , comme des limiers, le premier mot que V Observateur fera entendre en son nom sur cette triste histoire. Mais je suis convaincu, — et ma conviction est inébranlable, — qu'il faut que ï Observa-
ASSASSINAT DE ROTZEBUE (1819). 241
teur se taise. La manière dont nous envisageons cette affaire ne peut Éaiire l'objet d'un doute pour personne. Nous avons parlé alors que tout le inonde était encore muet. Les articles que nous avons publiés sur les excès de la Wartburg, et qu'on n'a pas encore oubliés , contenaient tout ce qu^on pouvait dire sur ce nouveau fiait , qui était une conséquence naturelle du feit antérieur. Précisément parce qu'il nous serait si facile de tirer vanité de nos avertissements et de nos prédictions , il est plus noble et plus digne de laisser le soin de faire notre éloge à d'autres, qui, du reste, s'en sont déjà chargés en partie. Notre silence, d'ailleurs, imposera beaucoup plus aux criminels que les articles les plus éloquents. Ils ne manqueront pas de croire qu'il y a là-dessous quelque mystère , que nous ne voulons plus parler, parce que nous sommes résolus à agir. Et cela les effrayera plus que les paroles les plus menaçantes, j'en réponds à Votre Altesse sur mon âme et sur ma vie.
En ce qui concerne l'action , je reconnais bien qu'avant le retour de Votre Altesse en Allemagne on ne pourra rien entreprendre de sérieux. Les universités allemandes sont affectées d'une maladie qui exige des consultations minutieuses; pour réunir les médecins et pour recueillir leurs avis, il faudra d'abord du temps, ensuite il faudra le concours, fortuit ou habilement provoqué, de circonstances ftivorabl es. Dès que je serai un peu au courant de la manière dont Votre Altesse envisage l'ensemble de cette affaire si importante et si délicate , j'essayerai de vous développer mes idées sur la façon dont il faudrait la traiter. Je reconnais parfeitement qu'il feut que la Diète concoure à la solution de la question ; mais si on laisse l'initiative à la Diète, si on lui permet de diriger l'entreprise sans qu^il y ait entre les Cabinets une entente préalable , une entente sérieuse, étroite, systématique , je puis dire en toute certitude que nous n'arriverons à aucun résultat satisfaisant.
Muller à GenU. Lepzig, le 3 avril 1819. (Annexe du H» 339.)
340 ... Je voQS prie de ne pas vous laisser induire en erreur par le journal officiel de Berlin au sujet de TafEBÛre Kotzebue, et de songer que c'est Vamhagen qui a rédigé la fameuse dépêche.
Pour vous convaincre que le coup est parti d'Iéna, vous n*avez qu'à tenir compte de la circonstance suivante :
Le meurtre a été commis le 23 au soir. La nouvelle a été connue à Francfort le 25 ; elle aurait donc dû arriver à Leipzig le 29 , par le premier courrier de Francfort, si elle avait suivi la voie ordinaire. Au lieu de cela, elle a été apportée à Leipzig dès le 27, par deux étudiants d'Iéna ; de plus, elle avait fait un détour considérable en passant par léna. Le samedi 28, le chef de la police de Leipzig et le recteur de rUniversité durent se rendre chez les deux étudiants pour apprendre les détails du crime, attendu qu^il n'était venu ni estafette ni nouvelle d'autre provenance. Il y a d'autres feits qui ne laissent pas d'avoir leur importance : c'est que le meurtrier était connu à léna comme un sectateur fanatique du professeur Luden, et qu'à l'Université de cette ville il a, pendant quinze jours , étudié Tanatomie en vue de Tacte qu'il méditait; qu'immédiatement après la nouvelle de la réussite de l'attentat, l'association des étudiants eut l'air de se dissoudre et qu'elle se constitua en plusieurs corporations simulées d'Alemans, de Marcomans, de Suèves, de Vandales, et ainsi de suite ; enfin que, le 23 mars, on pouvait voir sur le tableau des affiches de l'Université d'Iéna un portrait de Kotzebue, au-dessous duquel on avait attaché une chauve-souris morte.
En outre , n'allez pas croire qu'il se soit agi simplement de faire un exemple et de répandre la terreur , et que la bande homicide se laisse intimider par des mesures quelconques (notamment par des demi-mesures telles qu'on peut les attendre de la part des Gouvernements actuels). L'aberration et l'obsti-
ASSASSINAT DE ROTZEBUE (1819). 243
nation à suivre la mauvaise voie sont plus ^andes que vous ne pouvez vous le figurer.
Ici , dans cette ville paisible , on entend nommer publiquement Sand un Scëvola. La seule satisfaction que nous ayons y c'est de voir que le Grand-Duc de Weimar, Krug et consorts sont dans un grand embarras
Gentz à Metternich. Vienne, le 23 avril 1819. ( Réponse au n* 338. )
341. La lettre que Votre Altesse a daigné m'écrire à la date du 9 courant m'a fait grand plaisir et m'a profondément touché. Malgré tant d'objets intéressants dont vous êtes entouré, et qui absorbent tous vos instants , vous avez pu vous décider à me parler de tant de choses attrayantes ; je vous en remercie de tout mon cœur.
Les raisons sur lesquelles Votre Altesse s'appuie pour ramener l'assassinat de Kotzebue à un complot en règle , qui a peut-éire de vastes ramifications, ont sans doute leur importance, et je souhaite qu'on ne néglige rien de ce qui peut jeter la lumière sur ce point important. Mais je n'en persiste pas moins dans mon idée principale. Le grand point dont il s'agit, nous l'avons étudié et reconnu depuis longtemps. Nous savons comment la jeunesse académique en est venue à ce degré de coupable délire, et nous n'avons pas besoin d'être édifiés davantage à cet égard. C'est la racine du mal qu'il faut attaquer; les ramifications sont chose secondaire et peuvent, tout au plus, faciliter la besogne au bras chargé d'entamer avec la hache le tronc malade; mais il faut que ce bras porte en luimême sa vraie force.
Votre Altesse aura vu sans doute quelle peine se donnent les journalistes pour représenter Sand comme un jeune homme intéressant au dernier degré. Ils ont peut-être raison; que m'importe? Je ne crois même pas que Sand fût une mauvaise nature ; tant pis pour ceux donf l'influence a pu faire tomber au rang du dernier des criminels un homme au cœur bon et généreux! Les vrais meurtriers, ce sont, ce seront toujours
les Pries, Lucien, Oken, Kieser et toute cette engeance dont il faut purger les universités à tout prix, si Ton veut que n'importe quelle autre mesure réformatrice puisse &ire le moindre effet.
Metternich à GenU. Rome, le t3 avril 1819.
342. Je viens d'adresser au comte de BuoI les instructions nécessaires relativement à la régularisation de la situation des universités allemandes. La dernière proposition du duc de Weimar m'a semblé une base très-beureuse ; aussi, quand vous verrez ma dépêche, vous l'approuverez, je n'en doute pas. J'ai trouvé un langage vraiment libéral pour mettre un frein à Tultralibéralisme , et, par une de ces bonnes fortunes dont vous avez eu si souvent occasion de me féliciter, j'ai pu asseoir mon édifice sur le sol de Weimar, et l'enrichir de l'exemple que cet excellent Sand m'a fourni aux dépens du pauvre Kotzebue. Je n'ai plus qu'à vous prévenir, pour vous tranquilliser, qu'il n'y a pas un seul travail de Spiegel qui parte pour Francfort, qu'il n'y a pas une seule vue de Spiegel* dans mon travail à moi, et que Christ**, que j'ai rencontré ici, reconnaît que mes propositions sont éminemment pratiques et est entièrement d'accord avec moi.
C'est, du reste, une des singularités de mon existence, qu'il me faille à Rome travailler des heures entières à propos de la question des universités allemandes; je reçois de tous les Cabinets d'Allemagne des lettres dans lesquelles on me prie instamment d'aller de l'avant pour mettre fin au désordre que chaque Prince allemand a provoqué dans son pays , qu'il a fomenté, et qu'il est maintenant hors d'état d'arrêter. Vraiment un exemple de ce genre devrait suffire à tout homme de bon sens pour porter en lui jusqu'à son comble le mépris du caractère de plus d'un Gouvernement.
* Le comte de Spiegel éuit conseiHer aulique de la chancellerie d*£tat et avait sous aa direction les affaires d* Allemagne. (Note de l'Éditeur,)
** Les renseignements sur Tidentité de cette personne nous font dé£siat«
(Note de rÉditeur.)
ASSASSINAT DE ROTZEBUE (1819). 245
Mon monde est tellement surcharge de travail, que je ne sais si je puis vous adresser par le présent courrier une copie de mes instructions ostensibles et de mes instructions secrètes au comte de Buol. En tout cas, vous recevrez cette copie au premier jour, et «îen ne doit vous empêcher de me faire connaître vos idées, même sans attendre ce document.
Mes propositions portent d'ailleurs exclusivement sur la discipline des universités, et nullement sur les études elles-mêmes : ce sont deux questions qui, sans doute, se tiennent de trèsprès, mais qu'il n'en faut pas moins séparer dans la discussion actuelle. Si nous nous mêlons de la seconde, nous n'arriverons à rien faire ; ce qui me le prouve, du reste, c'est une lettre de Millier, dans laquelle il me parle longuement sur ce même sujet, et où il cherche à démontrer « que les excès universitaires dérivent de la Réformation, que c'est de là que vient le mal, et qu'on ne peut le guérir qu'en détruisant l'œuvre de la Béformation elle-même ». Je ne contesterai ni la proposition elle-même ni la justesse de la proposition. Cependant je ne .puis, du haut du Quirinal, prendre à partie le docteur Martin Luther, et j'espère qu'on pourra néanmoins arriver à de bons résultats sans qu'on ait besoin d'attaquer le protestantisme jusque dans sa source. Du reste, la dernière lettre de Millier, qui renferme cependant des choses excellentes, m'a rappelé malgré moi la proposition de GoloM^kin, qui voulait qu'on recherchât «les causes primitives de la Révolution française 9 .
Notre séjour à Rome tire à sa fin. L'accueil qu'on nous a fait a été splendide , et notre voyage a été fécond en heureux résultats. L'Empereur est on ne peut plus content du Pape. Npn-seulement le Saint-Père n'a pas touché un seul point scabreux, mais encore l'Empereur (dont les principes en matière canonique sont loin d'être suspects) me disait pas plus tard qu'hier, au retour d'une visite de deux heures qu'il venait de faire à Sa Sainteté, « qu'il regrettait que le Pape ne pût être son premier archevêque ; car il ne saurait certainement en trouver jamais un meilleur à opposer aux prétentions exorbitantes de la curie romaine ». C'est ainsi qu'entre autres
choses le Souverain Pontife a affirme à FEmpereur que le défiaiut capital de l'institution des Jésuites était la prétention qu'ils avaient d'être indépendants des évéques, proposition contraire à tout principe de discipline ecclésiastique et qui, par suite , ne pouvait conduire qu'à un désordre sans frein ni mesure. Certainement si nos Chateaubriands ecclésiastiques savaient cela, ils en voudraient à ce pauvre Pie, à ce vieux et vénérable chef de l'Église; aussi, gardez pour vous seul cet énoncé catégorique ; car entre les deux j'aime encore mieux les Chateaubriand que les Benjamin Constant et les Lanjuinais. 11 n'est donné qu'à un petit nombre de suivre la sainte ligne du milieu , et comme c'est là seulement que se trouve la vérité, on la découvre bien rarement.
Du reste , chaque jour ne fait qu'augmenter mon enthousiasme pour les merveilles de Rome. On voit ici ce que peut l'homme quand il s'élève au-dessus de lui-même , et si je déteste les anciens Romains comme de vrais bonapartistes, je ne puis m'empêcher, d'autre part, de leur savoir gré, à eux et à leurs successeurs, de toutes les choses grandes et sublimes qu'ils ont léguées à la postérité comme un souvenir impérissable de leur puissance et de leur génie.
Comme botaniste , vous trouveriez ici de bien grandes jouissances. Quelles plantes merveilleuses ! Les fleurs de ce pays sont aux nôtres ce que , comme ville, Rome est à Vienne. J'en rapporte une grande quantité, et je vous donnerai des graines précieuses.
Oentz à Metternicli. Vienne, le 25 avril 1819.
343. ... Il faut que je revienne à tout propos sur la déclaration du Grand-Duc de Weimar comme sur un des documents les plus importants de notre époque. Un des premiers auteurs du mal dont souffre l'Allemagne , un de ceux qui ont le plus aidé à le répandre, a pu, huit jours après un crime qui crie vengeance contre lui et contre ses conseillers plus que contre tout autre, Caire entendre à la Diète, par l'organe de son représentant, des paroles comme celles-ci : « Il faut que la liberté des
ASSASSINAT DE KOTZEBUE (ISlfl).
opinions et de rensei{;nenient soil respectée dans les universités ; car c'est dans la lutte ouverte des o^imonj qu'on (les étudiants !) doit trouver ici la vérité, c'est contre la confiance dans l autorité des maîtres qu'on doit ici prémunir l'écolier, c'est à la hauteur de l'indépendance du jugement qu'on doit l'amener directement (s'il avait du moins dit : l'y ihire arriver par l'éducation) . » — Ils sont tombés si bas, les grands et les puissants de ce monde, qu'ils sont obligés d'avaler de telles niaiseries! Et pas une bouche ne s'est ouverte, pas une voix ne s'est élevée dans l'assemblée! Et nous, — ob! pourquoi faut-il que , moi aussi , je renouvelle cet infanditm doloretn ? — nous sommes forcés de subir le bonteux bonncur d'entendre citer, presque immédiatement avant ces paroles scandaleuses ' (qui sont la quintessence de toule la doctrine révolutionnaire), un passage de ce malheureux discours d'ouverture prononcé à la Diète, — véritable boite de Pandore, où nos ennemis trouveront encore pendant des années le poison dont ils nous abreuveront, — un passage qui ne fait pas, il est vrai, l'éloge des principes criminels du baron de Hendrich , mais qui défend les universités, comme le superbe monument de la supériorité allemande contre les injustes appréciations de l'étranger !
Comme aucun des ministres présents à la Diète n'a eu l'inspiration ni le courage nécessaire pour jeter immédiatement à la face du plénipotentiaire du Grand-Doc de Weimar (ou du Grand Étudiant, comme on l'a nommé d'une manière assez spirituelle) un témoignage public de l'horreur que devaient inspirer de pareilles doctrines, se produisant dans un pareil moment, je suis convaincu plus que jamais que l'heure n'est pas encore venue d'employer les grands moyens et de prendre des mesures radicales. Mais c'est précisément pour cela que je crains par-dessus tout des discussions formelles, et 'particulièrement des discussions publiques, sur ces questions qui viennent s'imposer à notre attention. Quand je considère jusqu'où il faudrait remonter.jusqu'à quelle prufondeuril faudrait plonger le scalpel dans les chairs vives pour opérer une guérison radicale, je trouve que c'est presque folie de croire que dans un corps comme la Diète, que dis-je ! mémedans un
248 RECUEIL DE DOCUMENTS (l818-1822).
congrès .des premiers Souverains de rAUemagne, il puisse se trouver assez d'union , de perspicacité , de courage et de résolution (et toutes ces qualités à la fois seraient nécessaires), pour assurer des résultats non pas seulement favorables, mais capables d'assurer la victoire. Or, dans des maladies d'un caractère aussi pernicieux, rien n'est plus funeste que des expériences avortées ou couronnées d'un demi-succès, c'està-dire avortées à moitié. Je suis fermement convaincu que, dans les temps de révolution, il est plus facile de reconquérir l'autorité tout entière que la moitié de l'autorité seulement. Dans des crises de ce genre, des deminrésolutions font plus de mal que l'inertie complète. Ainsi, du moment que nous avons reconnu que le résultat vraiment utile et décisif ne saurait être atteint , la prudence nous commande de prendre un air indifférent et passif, de n'adopter que les dispositions les plus urgentes et celles qui sont immédiatement réalisables, mais en même temps de ne jamais perdre de vue le but suprême de tous nos efforts ; car si nous poursuivons sérieusement, avec une inébranlable constance, la voie dans laquelle nous nous serons engagés, nous finirons par voir arriver le moment où un grand coup nous délivrera de tous nos maux.
En ce qui touche la question qui nous préoccupe, je comprends sous le nom de demi-mesures tout ce qui tendrait à réformer la discipline dans les universités sans toucher à la personnalité des maitres et des étudiants , et sans agir directement sur l'esprit qui anime toute l'institution. Je fais rentrer dans cette catégorie toutes les tentatives qu'on ferait pour supprimer ou pour restreindre la juridiction académique, tout établissement d'une autorité disciplinaire étrangère aux universités, qu'elle soit plus ou moins élevée, toute immixtion du pouvoir dans les systèmes d'enseignement et dans les méthodes, toute loi qui prétendrait interdire aux jeunes gens toute asso-> ciation, toute réunion en corps, etc., même celles qui sont publiques et inoffensives ; en un mot , toute idée de modification essentielle dans l'organisation matérielle des universités. — Pour décréter des mesures de ce genre, la Diète aurait certai-
nement la compétence voulue et l'autoritë suffisante j i elle airirait enfin k les appliquer, après avoir triomphe de difficultés et de résistances sans nombre, quel avantage aurait-on obtenu? Ceux qui auraient joué «un rôle actif dans l'affaire seraient décriés, flétris, réprouvés, proscrits en Allemagne comme ennemis de la liberté académique. Les principes révolutionnaires (la condamnation de toutes les autorités, l'indépendance du jugement personnel, la libre lutte des opinions, et toutes les belles choses dont il est question dans la déclaration de Welmar) n'en subsisteraient pas moins; ils ne larderaient pas à reparaître sous d'autres formes, relevant la tête plus fièrement que jamais et se moquant de toutes les lois organiques; Vesprit qui s'est emparé des universités ue serait pas détruit, il ne serait pas même dompté; bien plus, irrité par une résistance impuissante, il n'en deviendrait que plus redoutable et plus funeste.
Aussi longtemps que nous ne serons pas assez forts pour déclarer ouverlement la guerre aun principes qui ont créé tous les dangers qui nous menacent, du côté dès universités aussi bien que d'ailleurs, et pour ne traiter les abus universitaires que comme des désordres qui eu accompagnent d'autres plus grauds, toute mesure législative visant exclusivement les universités sera doue vainc et impuissante. Au point oii en sont les choses, il serait bien plus sage de ne pas songer à des moyens de ce genre et de se contenter, jusqu'à nouvel ordre, de prendre des dispositions au moyen desquelles on pût agir simplement sur la personnalité des maîtres et des étudiants, sans introduire des modificatious essentielles dans la forme extérieure du corps.
J'ai vu h ma grande satisbctîon qu'Adam Muller a considéré tout h fait au même point de vue que moi cette question, sur laquelle il peut se prononcer avec autorité; il partage mes idées sans qu'il y ait eu entente entre nous; même il avait peur que je ne fusse d'un tout autre avis que lui. 11 proteste, comme moi, contre toute mesure législative, et propose les deux moyens que voici :
1* La nomination d'un curateur pour ch.ique université. Il
conviendrait de. choisir un homme considéré {N. B. convenablement décoré) , ayant Texpérience du monde , n^étant pas étranger aux sciences (sans avoir besoin, pour cela, d'être un savant), d'un caractère biweillant et de formes agréables. Le curateur serait responsable pour toute Funiversité, et serait, par conséquent, obligé de résider dans le ressort académique. Ne trouverait-on pas en Allemagne huit ou dix hommes qui consentiraient à accepter des fonctions si honorables et qui seraient devenues plus honorables encore par les difficultés mêmes de l'emploi ? Et s'il s'agissait d'écarter des obstacles économiques en attribuant au fonctionnaire en question un traitement suffisant et même splendide, l'État trouverait-il jamais à iaire une dépense plus utile et plus noble que celle-là?
2* Une épuration des chaires , entreprise sans bruit et sans passion ; on confierait au besoin aux professeurs sujets à caution d'autres emplois civils dans lesquels ils ne pourraient pas faire de mal. Les meneurs sont connus; ils ne sont pas nombreux. Si Ton peut les faire disparaître sans esclandre e4 les remplacer par des savants paisibles et honnêtes (pour ce qui concerne le talent, il n'en est pas pn dans la catégorie des hommes dangereux qu'on ne pût remplacer par un mattre bien plus distingué) , on aurait (ait un très-grand pas dans la voie de la réforme intérieure des universités.
Ces deux mesures n'auraient pas besoin d'être l'objet de discussions formelles; on pourrait se contenter de les décider sans bruit au moyen d'une entente à l'amiable entre la Prusse, la Saxe, le Hanovre, la Bavière et Bade. Avant peu, tous les gens bien pensants les béniraient. Quant à léna, il ne faudrait régler la situation de son université qu'après avoir mis tout le reste en ordre. Pour punir le Grand-Duc de ses méfaits antérieurs,— et ce serait la peine la plus légère à- lui infliger, — il faudrait d'abord ne pas l'interroger, ni même le consulter, mais surtout ne pas lui laisser prendre le premier rôle, comme il l'a fait à Francfort. Il feudrait qu'il se soumit aux résolutions prises par les autres Cours; au pis aller, on lâcherait contre lui l'Empereur de Russie, ou bien, par une mesure d'ordre
ASSASSINAT DE ROTZEBUE (1819). 251
général, on mettrait formellement léna, comme université, en interdit.
Toutefois , si Ton se contente jusqu'à nouvel ordre de ces premières dispositions , Futilité , que dis-je ! la nécessité d'une discussion approfondie du grand problème universitaire entre les principaux Gouvernements d'Allemagne subsistera , selon moi, tout entière. Mais si une discussion de ce genre a lieu, — et il faudrait qu'elle fût menée discrètement, aussi secrètement que possible, — on devra bien considérer avant toute chose que la question des universités ne saurait se traiter isolément, et qu'elle né peut être séparée des questions relatives à la libellé de la presse et, jusqu'à un certain point, des questions constitutionnelles. Je ne puis exposer ici, vu que cela m'entraînerait trop loin , dans quelle mesure ces dernières doivent intervenir dans la. discussion dont je parle; mais je me réserve de faire ultérieurement des observations à cet égard.
Je me résumerais donc ainsi :
1* Pour commencer, point de discussion législative en commun , ni à Francfort ni ailleurs ;
2* Accord verbal , sous la forme confidentielle , quant aux mesures les plus urgentes à prendre en attendant, à l'exclusion de toutes celles qui pourraient attaquer l'organisation matérielle des universités ;
3* Conférences entre les délégués des principales Cours allemandes, conférences où l'on tâcherait, autant que possible, d'épuiser toutes les questions relatives aux universités, à la liberté de la p resse, et même aux institutions politiques en Allemagne. Lors même que ces conférences n'amèneraient pas une seule résolution effective , elles auraient encore une grande importance : elles seraient toujours un moyen de s'entendre , de s'éclairer et de s'orienter.
Sans doute ce plan ne donne aucun rôle à l'assemblée de Francfort. Mais comme je ne connais absolument aucun rôle utile que ces messieurs pourraient remplir; comme, au contraire, je prévois des inconvénients, des difficultés et des dangers incalculables à propos de toute discussion qui aurait lieu à Francfort, je regarde comme inopportun d'y songer.
Ce que je propose ad 2* pourrait peut-être se faire de la manière la plus commode et la plus expéditive cet été, à Garisbad ; peut-être même suffirait-il pour cela d'une simple correspondance, si tout le monde montrait des dispositions convenables.
Le n* 3 , par contre , a plus d'importance : pour réaliser ce que je propose, il faut du temps, du calme, de sérieuses réflexions. Si Ton décidait que des conférences de ce genre auraient lieu, il faudrait nécessairement choisir Vienne comme point de réunion et ne pas ouvrir cette espèce de congrès avant Tliiver prochain.
Post-scriptum du 27 avril.
La lettre que Votre Altesse a daigné m'écrire le * m'est
arrivée il y a une heure, au moment où j'allais expédier le rapport ci-dessus , que j'avais terminé dès avant-hier. Ce que vous me dites me fait craindre que vous n'approuviez pas entièrement mes propositions ; mais comme je ne connais pas encore les communications que vous avez adressées aux Cours, il se pourrait néanmoins que mes idées ne fussent pas absolument inconciliables avec les vôtres. En tout cas, il importe beaucoup que je puisse, dans une affaire aussi grave, soumettre mes vues à Votre Altesse sans rien Lui en cacher, et, malgré les nombreuses raisons que j'ai de regretter d'avoir été loin de vous juste en ce moment, je suis heureux d'avoir écrit ce que je pensais avant de bien connaître votre propre opinion. Car il me sera plus facile de me rendre à l'autorité de vos lumières et de vos convictions que de renoncer aux miennes.
Il y a quelques jours, Pilât a reçu une lettre le menaçant de mort, pareille à celle qui m'a été adressée il y a peu de temps. A ce que j'apprends, on a même écrit au Prince héritier des lettres anonymes accompagnées de menaces. On traite Pilât d'infâme scélérat ; on lui dit qu'il est sûr de périr
* La date est restée en blanc; ces lignes sont probablement une réponse au no 3*2. {Note de C Éditeur.)
ASSASSINAT DE KOTZEBUE (l819). 253
s^il ne cesse de propager ses funestes principes. Il se peut que la lettre qui m'est parvenue n'ait été qu'un poisson d'avril ; mais si ces choses-là se renouvelaient, il y aurait lieu de s'en préoccuper sérieusement.
Metternicb à Gentz. Naples, le 7 mai 1819. ( Réponse au n9 343. }
344. D'après votre lettre du 25 et du 27 avril , j'espère que nous nous entendrons au sujet de la question des universités.
Je vous ai dit depuis longtemps que la Diète ne me paratt pas faite pour diriger cette affaire. Mais, après tout, il n'y a pas d'autre point central , et si vous saviez (comme je ne le sais que trop) combien les Gouvernements allemands sont faibles, vous seriez persuadé que des discussions ayant un caractère privé ne conduiraient à n'en. Car aujourd'hui chaque Souverain allemand, lors même qu'il est hostile à la Confédération , comme la Bavière, par exemple, prétend trouver dans l'union fédérale la force qui lui fait dé&ut chez lui et qu'il lui faudrait pour prendre de semblables mesures.
D'autre part , il n'y a pas de temps à perdre ; car aujourd'hui les Gouvernements ont assez peur pour vouloir agir; bientôt leur peur grandira au point de les paralyser. 3i l'on n^agissait pas en ce moment, les perturbateurs se montreraient deux fois plus audacieux, et, à mesure qu'ils s'enhardissent, s'éteignent les dernières étincelles du courage des Gouvernements. Vous aurez vu par mes dernières communications que, pour Francfort, je réduis en attendant la question à quelques points préliminaires essentiels.
J'ai pris note des vues de Mùller; j'y ai fait encore quelques additions, qui certainement ne sont pas moins importantes que ce qu'il dit. Je citerai entre autres la suppression de la juridiction universitaire, et Tarrété portant que des professeurs destitués ne pourront être replacés dans d'autres universités.
Du reste , je crois avoir bien fait en adoptant pour base la proposition du Grand-Duc de Weimar. Ce n'est pas par le
mépris qu'on punit C étudiant émérite weimarien. Il est habitué à être traité de la sorte. Il me parait, au contraire, bien plus sage d'interpréter en bien ses projets insensés et de le vaincre ou de lui donner un démenti sur son propre terrain.
Je n'ai pas oublié l'Empereur de Russie. Je donne aujourd'hui à Stùrmer l'ordre de vous communiquer une lettre que j'ai envoyée au comte de Nesseirode par un courrier spécial ; vous verrez par cet écrit que j'engage très-vivement le Czar k agir, mais en évitant de commettre quelque méprise au point de vue de la politique allemande.
Je serai certainement à Carlsbad pour la mi-juin. Je ne sais pas si vous pensez encore à votre voyage en Suisse. Le moment ne me semble pas bien choisi. Dans le cas où vous renonceriez à cette excursion, je serais heureux de vous voir à Carlsbad. Je le désire d'autant plus que j'y ai donné rendezvous à un des Prussiens, et qu'il se pourrait bien que d'autres Allemands y vinssent aussi.
On me demande de différents côtés des renseignements sur des complots formés contre l'Empereur en Italie, Si quelque bruit de ce genre arrivait à vos oreilles , affirmez nettement que c'est une de ces coupables inventions du parti révolutionnaire. L'Italie est parfaitement tranquille. Les événements qui se passent en France et les farces constitutionnelles qui se jouent en Allemagne encouragent les espérances des partis , qui, d'ailleurs, ne se manifestent jamais en Italie que parla formation de sociétés secrètes. Toutefois , tant qu'il ne se passera pas un grand événement politique en Europe, il n'y aura pas à songer à un mouvement quelconque en Italie. Dans le pays de Naples en particulier, la population est positivement contente de la marche suivie par le Gouvernement, et comme les errements de celui-ci sont tout autres que par le passé, nous éprouvons l'heureux contre-coup de ce changement, car le public croit que nous n'avons pas été étrangers à l'attitude prise par le Roi, et le public a raison.
S'il n'y avait pas toujours de ces agents russes qui battent l'Italie en tous sens et qui cherchent à enflammer les espérances des partis en leur parlant du libéralisme de l'Empe-
reur Alexandre, il n'y aurait guère d'agitation permanente dans les esprits. II y a eu de tout temps des mécontents en Italie. L'Italien crie beaucoup , mais il n'agit pas. On en trouve la preuve dans l'histoire des trente dernières années , pendant lesquelles , malgré toutes sortes de menées , il n'y a jamais eu en Italie de mouvement révolutionnaire dans le sens propre du mot. Chez l'Italien, à vrai dire, la haine ne se manifeste jamais contre une chose, mais toujours contre une personne. C'est ainsi qu'en Italie on se déteste de province à province , de ville à ville , de famille à Camille , d'individu à individu. Si le désordre éclatait à Florence, l'habitant de Pise ou de Pistoie se déclarerait pour le parti contraire, parce qu'il hait Florence; c'est ainsi que Naples en veut à Rome, Rome à Bologne, Livoume à Âncône, Milan à Venise.
Au demeurant, je compte mettre bientôt un terme aux menées russes. J'ai fait à cet égard quelques démarches trèscatégoriques.
En attendant, portez-vous bien.
Gentz à Mettemich. Vienne, le Si mai 1819. (Réponse au n<> 344. )
34«S. J'ai reçu hier soir la lettre que Votre Altesse a daigné m'écrire le 7 courant, et bien que je sois très-heureux de savoir que vous jouissez vivement de votre séjour à Naples , j'aime à me dire que ces lignes vous arriveront au moment où vous serez déjà en route pour revenir en Allemagne .
Gomme Votre Altesse rend pleine justice aux raisons que j'ai invoquées contre la discussion de la question des universités à la Diète , toute autre plainte sur la marche qu'on a résolu de suivre serait superflue. L'argument que vous m'opposez est écrasant, il est vrai, mais il est en même temps frappant et décisif. Du moment que les Cours allemandes sont trop faibles pour que des pourparlers non officiels puissent amener un résultat sérieux (et malheureusement je n'ai pas de peine à croire qu'elles en sont là), il ne restait sans doute d'autre parti à prendre que de faire une tentative à Francfort
Relativement à ce point, qu'on adopte comme base la pro« position du Grand-Duc de Weimar, je n'arrive pas à me tranquilliser, malgré Textréme sagacité avec laquelle vous avez expliqué Tafiaire.
Le comte Sedlnitzky m'a communiqué les documents qui se rapportent à la question des universités. Ils se composent d'un projet de constitution générale du corps des étudiants, d'un protocole de l'assemblée des délégués réunis à léna en mars et avril 1818, et d'une adresse à toutes les universités associées, qui est relative à ce protocole , enfin de la cbarte consacrant la constitution du corps des étudiants allemands, cbarte rédigée d'après le projet en question et signée à léna, le 18 octobre 1818. Il ne serait pas possible de faire imprimer ces pièces sans les accompagner de commentaires, même s'il ne fallait pas procéder avec tant de mystère. Mais je n'entreprendrais jamais , en l'absence de Votre Altesse , une afiaire aussi grave, à propos de laquelle, du reste, il n'y a aucun periculum in mora. L'association générale des étudiants est , du reste, par elle-même et saris avoir égard aux abus auxquels elle a déjà conduit et auxquels elle peut conduire encore , une institution tellement condamnable , créée dans des vues si dangereuses et si coupables, qu'il ne peut en rester pierre sur pierre, et qu'il £aut l'interdire sous les peines les plus sévères , si Ton veut conserver les universités. Je le prouverai jusqu'à l'éWdence quand le moment sera venu.
Du moment que j'ai l'espoir de pouvoir être utile ou seulement agréable à Votre Altesse, de quelque manière que ce soit, je suis tout prêt à renoncer pour cette année à mon voyage en Suisse et à retenir un appartement à Garisbad
Agréez, je vous prie , mes bommages respectueux.
Gentz à Metternich. Vienne, le 3 juin 1819.
346. J'envoie tout d'abord à Votre Altesse la copie d'une lettre de Mùller, et je prends la liberté d'accompagner cet envoi des réflexions suivantes :
1* Ce que Millier dit de plusieurs coryphées de la secte révo-
ASSASSINAT DE KOTZCBtlE llSt»].
lutionaaire *, de leur sUuatioii précaire et désespérée, de l'indifFërence du public et même de la jeunesse à l'égard de leurs écrits, montre nettement quels résultais on pourrait obtenir si l'on s'imposait d'avoir l'œil suri|uaraiite ou cinquante, — pas davanta(;e, — des hommes les plus daDjjereux de l'Allemagne, et si l'on travaillait sérieusement et avec suite ou bien à les dérouter par un brusque cbangement du leur situation , ou bien à les gagner par l'espérance , ou encore à les effrayer par l'appareil de la force, bref à les désarmer d'une laçon adroite. Ce sei-ait là un des attes diplomatiques les plus méritoires de notre époque. Or, pour cela il nous faudrait avoir, sur un point central comme Francfort, un Lomme considérable, qui fût tout k fait à la hauteur de celte tache. Mais où trouver un pareil homme, et quelle sphère d'activité ostensible lui assigner?
2* C'est incontestablement un fait très-remarquable que l'évolution de tant de gens, jeunes pour la plupart, qui passent du fanatisme politique au mysticisme religieux"*. Je ne regarde pas cela comme un avantage. C'est un fait qui réclame la plus grande attention. Il est évident que la maladie change de forme; il faut donc l'attaquer par d'autres remèdes. Ici nous touchons sans doute à l'extrême limite des mesures de jiolice, et si nous ne parvenons pas à agir sur les esprits et à saisir le mal jusque dans ses racines lesplus profondes, il faudra uous avouer vaincus. Une union étroite, une véritable coalition des hommes les plus éminents et les plus sages de l'Allemagne,
* Adam HuIIlt pdrle daiis aa leurs de Kries, do Wieland, d'Okcn et (le Froriep. (A'ote Je t'Édilvur.)
'* Adam Huiler allègiiG cuintne preuve, qu'i Halle on ruil loui let joura dei éliidianla quitter d'autrei facullfi pour Faire do la ttiéoja|;ie , el que le vieil et dérol Knape ne u!t plui où donner de la [ète, latil il vient d'tudileur) i tel couri! A Elalle, dit-il, le luccû ilo ce myitique iccipare la fuule, et le i Schubert, qui ■ une certaine artinûn d'eipril avec lui, y a inilallé u
chaire. A Bonn , le médecin Windiivhmani
n présence
de loua le* prateueura, par an ditcoun où une «érte de tal>leaut vaguca de l'hiitoire du tempi, inapir» par ti philoaophie naturelle, le lertninB par la déclaration luivaule : • Ce ti'eil <jur dani lei rêvélaliuni du Jëiut-Ctuiit qu'on peut trouver de quoi tranquillïaer la conK-iL'ncc el la icience , etc. •
(Sote de t Éditeur.)
une ligue vivante, une association sans cesse délibérante et sans cesse agissante des premiers hommes d'État et des savants les plus distingués, voilà les seuls moyens capables de résoudre cet effrayant problème.
S"" Les écrits qui ont été publiés sur l'assassinat de Kotzebue n'ont guère fait sensation. Gela était aisé à prévoir; car, à l'exception d'un seul, ils ne méritent pas qu'on s'y arrête. Krug est un bavard du dernier vulgaire, sans esprit ni talent, capable tout au plus d'amuser une tabagie de bas étage. Gœrres est resté fidèle à une vieille et chère habitude ; il a lancé des menaces creuses et des prophéties sinistres : au Seiit, il n*a voulu que faire entendre que les Gouvernements seuls étaient la cause de tout le mal; mais il n'a pas motivé cette accusation, il ne Ta pas même nettement formulée. A mes yeux, son écrit n'est pas seulement mauvais, il est condamnable au dernier degré et tombe presque sous le coup de. la loi. L'allocution de Beckedorf aux étudiants est animée d'un bon esprit, mais elle ressemble trop à un sermon, et, pour un essai purement oratoire, elle n'est pas assez bien écrite. La Motte* Fouqué s'est démené comme un danseur de corde dans de méchants vers; c'est un fou qui a jeté son feu depuis longtemps. Sleffens seul s'est élevé jusqu'à un certain point à la hauteur du sujet. C'est un apôtre de la philosophie naturelle, qui a donné dans toutes les fausses tendances de l'époque ; on ne pouvait donc attendre de lui quelque chose d'absolument correct, et par-ci par-là le diable , auquel il a livré son àme, montre le bout de l'oreille. Mais le jugement qu'il porte sur le crime est parfaitement clair, net et digne; il offre le plus beau contraste avec les apologies déguisées, les théories perfides et doucereuses, les sophismes méprisables qui, à la honte de l'Allemagne , s'étalent dans toutes les feuilles publiques. Steffens est un homme dont le parti révolutionnaire a peur parce qu'il lui reconnaît une grande supériorité , et Mùller a tort de croire que ses paroles n'auront pas grand poids.
4* L'histoire des trois mille exemplaires du livre de Graîvel, qui se sont vendus en Autriche , est parfaitement vraie ; elle
ASSASSINAT DE KOt^EBUB (1819). ^59
est bien mortifiante pour notre public, et le rend, hélas! bien ridicule*. Mais il faut connaître (l'ensemble de Tafiaire pour comprendre ce phénomène. Ce mâchant bouquin publié par Gerold a trouvé (Dieu sait pourquoi!) d'ardents protecteurs dans la personne de différents messieurs de la haute police , qui Tont recommandé dans toutes les provinces et répandu par tous les moyens possibles, tant o&tensibles que secrets ; j'ai pfesque envie de croire que le comte de Saurau a été pour quelque chos& là dedans. La protection de ces messieurs alla si loin qu'un compte rendu sommaire, où Pilât avait traité quelques grossières erreurs déistes de misérable rabâchage, fiit biffé dans ï Observateur par la censure. Pour moi, du reste, Thistoire n'ena psâ moins un côté sérieux et un côté réjouissant; elle prouve ce dont l'autorité est encore capable chez nous quand elle s'octupe d'une affaire avec zèle
et con amore
C'est une chose étrange au plus hait point que le profond silence gardé par l'Empereur de Busde à propos des attentats commis contre Stourdza et contre Kotzebue. Je ne puis pas dire quej'en sois fort tourmenté; car son intervention n'aurait pas fait grand bien, même s'il eût trouvé la véritable ligne à suivre; or il avait cent chances contre une de lamanquer. Mais je suis extrêmement curieux de voir comment ci silence s'expliquera un jour. Si Votre Altesse sait là-dessus «uelque chose dont elle puisse me faire part, soyez assez bon pour penser à moi.
MeUernick à GenU. Ronie, le 6 juin i819.
347. La commission a ouvert ses séances à Francfort. J'ai re<;u de tous côtés des lettres de remerciment au sujet de l'initiative que nous avons prise.
Je vous prie de ne pas croire d'une manière absolue que
* Adam MiJlIer écrit à ce propos : « La grande nouvelle du monde de la librairie, qui forme un vrai scandale pour Vienne et pour l*Au(ricl>e en {{énéral , c*est l'histoire des trois mille exemplaires du bouc|uin connu ; C Homme de Grœvel , qui se sont vendus nen qu'en Autriche. »
(Noie de r Éditeur,)
S60 RECUEIL DE DOCirMEIlTS (1818«18SS).
notre proposition soit basée sur celle de Weimar; n'allez pas, sous ce rapport, plus loin que moî-méme, c'est-à-dire n'en concluez pas que les idée^ venues de Weimar soient prises pour les véritables objets de la délibération. Il n'en est pas ainsi : la démarcbe faite par Weimar n'a été pour nous qu'un prétexte immédiat pour proposer des mesures , que la première base des discussions ultérieures. Figurez-vous une forêt où un brigand, enchaîné et réduit à l'impuissance, crie au secours ; j'accours, non pour l'aider à fuir, mais pour l'empécher, autant que possible, de s'échapper.
Du reste, la clique de Weimar est en proie à une vive anxiété. léna commence à fe vider, les inscriptions et les recettes diminuent. Les enragés de ce pays -là crient contre l'impardonnable démarche du Grand- Duc , qu'ils appellent un acte de trah'son envers la bonne cause. Pourquoi n'exploiterions -nouf pas ce thème ? Du moins nous ne pourrons pas être accusés d'obscurantisme si, au lieu de parler par des motifs personnels, nous nous fondons sur les plaintes du Grand-Duc Tibéral, déplorant les embarras où il se trouve. Ce premier pat, d'ailleurs, marque la fin du rôle du Grand-Duc, car nous 'énonçons tous à son concours.
J'attends, du reste avec une véritable ^èvre d'impatience le moment où j'arriverii à Garlsbad; car ici je suis trop loin du champ de bataille. £ntre le 15 et le 20 juillet, je serai certainement sur les lieux. Prenez vos dispositions en conséquence.
J'espère que vous n'aurez pas cru un moment à mon voyage à Paris, dont retentissaient tous les journaux.
Les libéraux crieront à Tabomination en apprenant l'élévation de l'Ârchiduc Rodolphe au cardinalat. Les indépendants italiens se réjouissent de l'événement ; car ils prétendent que TArchiduc deviendra Pape, qu'il prendra femme et qu'il se fera proclamer Roi d'Italie. Je vois dans l'affaire un chapeau rouge et une paire de bas rouges, et, de plus, la preuve de bonnes relations politiques entre la première puissance catholique et l'Église.
Vous pouvez me croire sur parole quand je vous dirai que
ASSASSINAT DE ROTZEBUE (1819). 261
notre voyage en Italie répond en tout point aux espérances que j'avais fondées sur cette expédition morale.
P. S. Dites à Pilat que l'Etna offre en ce moment le spectacle d'une épouvantable éruption et que Catane a couru de çrands dangers. Du Vésuve s'échappe également un immense torrent de lave qui coule dans la direction de Pompéi. Je regrette de ne pas être là. Dans les environs de Viterbe on a ressenti de fortes secousses de tremblement de terre. Comme Pilat a le monopole de la description des tremblements de terre , il sera enchanté d'apprendre ces nouvelles.
L'Empereur a remis son départ d^ici jusqu'au 11 de ce mois, parce que TÂrchiduchesse Caroline souffre d'une légère indisposition. Je suivrai TEmpereur le 12.
Gentz à Metternicb. Vienne, le 17 juin 1819. (Réponse au n» 347.)
348. Je suis tout heureux d'apprendre par la lettre que vous avez daigné m'écrire à la date du 6 courant, que vous n'avez pas renoncé à votre voyage à Carlsbad , comme quelques sceptiques voulaient le prétendre ici , et que vous y attachez même une certaine importance. Votre séjour à Carlsbad peut certainement amener d'excellents résultats ; en tout cas , il fournira matière à des observations et à des combinaisons qui ne seront pas perdues pour votre esprit si fécond. J'ai retenu mon appartement à partir du 15 juillet.
J'attends avec impatience le moment où je pourrai de nouveau puiser à cette source qui ne tarit pas pour rectifier et pour fixer toutes mes idées. J'espère que Votre Altesse daignera me tenir au courant de ses projets de voyage ultérieurs.
Metternich à Gentz. Perugia , le 17 juin 1819. ( Réponte au n<* 346. }
340. Je vous remercie pour l'intéressant rapport que vous m'avez adressé le 3 juin dernier. Je partage entièrement les
▼ues d'Adam Mnller et, en les partageant, je me sens plus fort pour poursuirré la marche que j*ai adoptée.
Je ne suis pas étonné d'apprendre que la folie universitaire est en décroissance ou qu'elle se tourne d'un autre côté que le côté politique. Cela tient à la nature même des choses. L'étudiant considéré en lui-même est un emfant, et l'association des étudiants est un jeu puéril qui n'a rien de pratique. Aussi n'ai-je jamais parlé d'étudiants, tous le savez mieux que personne; mon attention s^est, au contraire, toujours portée sur les professeurs. Or, il n'y a pas de conspirateurs plus maladroits que les professeurs, pris isolément ou en masse. On ne conspire avec fruit que contre des choses, et non pas contre des dogmes. Sans doute ceux-ci peuvent acquérir une certaine puissance ; mais tel ne sera jamais le cas, en dehors de la sphère de la théologie. Quand il s'agit de dogmes politiques, il faut qu'ils soient appuyés par l'action; or l'action, c'est le renversement de toutes les institutions existantes et l'application du principe : « Ote-toi de là que je m'y mette. » Ce métier, les savants et les professeurs ne savent pas le faire ; ceux qui s'y entendent le mieux, ce sont les avocats. Je ne connais presque pas de savant qui sache la valeur de la propriété; par contre, la caste des avocats est constamment occupée à fouiller dans la propriété d'autrui. Indépendamment de cela, les professeurs sont à peu près sans exception des théoriciens , tandis qu'il n'y a pas de gens plus pratiques que les avocats.
Je n'ai donc jamais craint que la révolution se produisit dans les universités. Mais, d'autre part, il me parait certain qu'il s'y formera toute une génération de révolutionnaires , si Ton ne parvient à enrayer le mal. J'espère qu'on fera disparaître les symptômes les plus alarmants de la maladie qui ronge les universités. Ce qui contribuera à hâter cet heureux résultat, ce seront peut-être moins les mesures prises par le Gouvernement que la lassitude des étudiants eux-mêmes , l'intimidation des professeurs et la direction nouvelle que les études prendront tout naturellement. Toutefois ce sentiment n'arrêtera pas ma marche; je continuerai d'agir de haut en bas, et.
ASSASSINAT DE ROTZEBUE (1H19). 263
les mesures qui me paraissaient les seules possibles pour réussir en cela sont déjà prises.
Quand nous serons ensemble , je pourrai tous donner sur la marche de TafEaire bien des renseignements propres à vous tranquilliser. Il m'est impossible de vous les communiquer de loin sans m'engager dans une correspondance qui n'en finirait pas , et , même si je pouvais tous les transmettre par écrit , ils seraient forcément superficiels au dernier point et très-incomplets.
Le plus grand mal, le mal qu'il est le plus urgent de combattre aujourd'hui , c'est la presse. Je compte soumettre au ' Congrès de Carlsbad des mesures relatives à cette question; je vjus en fais part d'autant plus volontiers, que je désire que vous me disiez franchement votre opinion sur les idées qui servent de point de départ à mes propositions, et que vous vous mettiez en mesure de me seconder activement à Carlsbad ; il faut que l'affeire s'y engage immédiatement, pour que nous arrivions à une prompte solution.
Voici , en peu de mots , ce que je propose : Toutes les Cours d'Allemagne devront s'entendre au sujet des mesures qu'il leur paraîtra nécessaire de prendre pour assurer le maintien du repos public ; elles le feront conformément au principe de l'appui réciproque, qui est la base de la Confédération germanique.
Elles prendront pour point de départ l'idée fondamentiile sur laquelle repose la Confédération, savoir, que V Allemagne se compose d'États souverains qui se sont promis aide et assistance mutuelle, et qui, tout en étant </iV/mc/5 les uns des autres au point de vue administratif, forment, à l'égard de l'étranger, une puissance unique et compacte.
Le repos intérieur de la Confédération peut être compromis et même troublé par les empiétements matériels de l'un des États allemands sur les droits souverains de l'autre. Mais il peut l'être aussi par ï influence morale exercée par un Gouvernement sur d'autres, ou bien par les intrigues d'un parti quelconque. Si ce parti est soutenu par un État allemand, ou même s'il n'est que protégé par lui; si, grâce à cette protec-
tion , il trouve dans TÉtat voisin un point d^appui pour agir contre d'autres États , le repos intérieur de la Confédération est menacé, et le Souverain qui autorise le désordre dans son pays se rend coupable de félonie envers la Confédération tout entière.
Tous les Gouvernements d'Allemagne ont acquis la conviction que la presse est aujourd'hui Tinstrument d'un parti qui mine tous les Gouvernements établis. La nationalité commune à toute TÂllemagne feit qu'il n*est pas au pouvoir d'un État en particulier de préserver ses frontières de l'invasion du mal. Si cela est vrai de tel ou tel Gouvernement pailiculier, cela ne l'est pas moins de tous les Gouvernements de l'Allemagne, dès qu'un seul État allemand, fût-il le plus petit de tous , voudrait décliner toute participation à l'adoption de mesures communes prises dans le but de maintenir le repos général.
La Confédération a le droit d'exiger de chacun de ses membres qu'il s'acquitte des devoirs communs. Dans le cas où il ne serait pas disposé à le faire , la Confédération a le droit de l'y forcer. '
Du reste , il résulte de la nature même des institutions fédérales que tout ce qui est possible dans les différents États souverains de VEurope ne peut pas toujours être admis dans les États souverains de la Confédération germanique.
C'est ainsi que la France et l'Angleterre , par exemple , peuvent certainement accorder toute liberté à la presse et même poser en principe que cette liberté forme une condition sine qua non du vrai système représentatif.
En France et en Angleterre, on peut faire des lois qui restreignent l'abus de la liberté de la presse au point de vue de la constitution de ces deux États.
Je doute cependant que l'un ou l'autre de ces deux États admft comme une des conditions fondamentales de la liberté de la presse la faculté de publier tous les ouvrages qui, dans l'un ou dans l'autre État, seraient fabriqués systématiquement par un parti hostile à la constitution, dans le but de saper les institutions de TÉtat voisin, et qui, à force d'être répandus,
iraient jusqu'à provoquer une insurrection. Dans ce cas, le Gouvernement anglais ne manquerait pas de se plaindre au Gouvernement français (et vice l'crsa) de la latiludc laissée à des agitateurs itrcngers de conspirer contre un Ëlat ami. Si le Gouvernement incriminé ne faisait pas droit h ces justes rédamations, le Gouvernement plaignant aurait le droit absolu de lui déclarer la guerre et de se ÎMre justice luimême, ou du moins de suspendre toutes relations entre les deux Étals.
Ces moyens de défense fondés sur le droit des gens ne sauraient être employés en Allemngne. Les délits qui peuvent donc, qui doivent même donner lieu à des mcsurts de répression, quand il s'agit de puissances européennes, il Eàut que des lois préventives les empêchent dans ta Confédération germanique.
Ces idées ne sont pas inspirées par l'obscurantisme ; aussi sont-elles inattaquables sous ce rapport. Du reste , les agitateurs eux-mêmes jugent ainsi la situation, et ils n'essayeront pas de réfuter ma thèse. Sans doute ils peuvent crier partout qu'un pareil état de choses ett un grand mal pour VAUema/jne et manifester le désir de le voir cesser par l'emploi de l'unique moyen que je connaisse: la réunion de l'Allemagne en un corps unique et compacte. Aussi bien ce vœu forme-l-îl déjà la base de l'association des révolutionnaires allemands pratiques.
Toutefois, comme ce vœu ne poun'alt se réaliser qu'à la condition de créer une seule Monarchie allemande ou une seule République allemande, il est à supposer qu'il ne se trouvera pas un Gouvernement allemand qui, par esprit germanique, consente à se laisser mettre à la porte. Or , pour assurer la mise en pratique de cette idée, un pareil sacrifice serait absolument nécessaire.
Les moyens d'arriver au but me semblent être les suivants:
1" On fera une diiTérence lue» nelte entre les livres formant de vrais ouvrages et les écrits périodiques, brochures, etc.
Ce qui caractérise les premiers, c'est /a ndiucc scientifique de la matière traitée et, lorsque cetle-ci ne peut être constatée, le nombre des J'euilles. Ainsi , par exemple , j'admets très-bien
qu'une dissertation trigonométrique se compose de trois à quatre feuilles et soit comptée parmi les vrais ouvrages, tandis qu'une publication politique devrait avoir au moins ving^-cinq feuilles pour mériter cette qualification.
Les seconds sont caractérisés surtout par la périodicité et par la nature politique ou morale des matières traitées.
2** A chaque État allemand sera réservé le droit de décider s'il veut introduire ou garder une censure ou des lots répres" sives pour toutes œuvres intellectuelles qui paraîtront en deçà de ses frontières.
Dans le deuxième cas, il faudra que la Ipi s'étende à toute la Confédération, qu'elle soit unique, c'est-à-dire que chaque État qui reconnaîtra la liberté de la presse en deçà de ses frontières sera obligé d'adopter cette loi, qui sera rédigée par la Confédération comme valable et exécutoire pour tous les États qui se trouveront dans le même cas.
3" Tous les écrits périodiques, brochures, etc., etc., seront soumis à la censure en Allemagne.
4* Dans les pays où la liberté de la presse existe pour les vrais ouvrages, il fendra que le Gouvernement fasse soutenir par son procureur fiscal tout procès qu'un autre Gouvernement allemand intenterait par voie diplomatique contre les auteurs ou les éditeurs. Ce procès sera donc entamé et conduit au nom du Gouvernement auquel ressortissent les personnes poursuivies, et l'objet de la plainte sera considéré et traité par lui comme un objet le concernant lui-même.
De même, chaque Gouvernement est responsable pour t autorité qui, chez elle, est chargée de la censure. Toute plainte dirigée contre un censeur sera considérée comme une plainte élevée par un Gouvernement contre un autre,
S"* Les prescriptions habituelles, telles que l'obligation d'imprimer en tête de chaque ouvrage le nom de l'auteur ou au moins le nom du lieu de l'impression et de l'éditeur, devront être observées partout.
Aucun imprimé , s'il ne remplit ces conditions , ne pourra, en Allemagne, être mis en circulation parla librairie. Tout écrit anonyme sera confisqué sur le territoire de la Confédération.
Voilà quelles sont mes idées principales sur cette matière ; j'ai peine à croire qu'on puisse élever contre elles une objection sérieuse. Je regrette, il est vrai, de ne pouvoir appliquer le principe de la censure à tous les écrits sans exception; mais je suis convaincu que si l'on voulait soumettre à la censure même les vrais ouvrages, cette mesure rencontrerait une vive opposition dans beaucoup d'États de l'Allemagne. Quoi qu'il en soit, on aura paré au plus pressé si Ton adopte résolument ma proposition , et je ne doute pas qu'elle ne soit bien accueillie par les principaux grands États. Les États allemands les plus considérables, tels que la Prusse et la Bavière, la Saxe et le Hanovre, même le Grand-Duchéde Bade, n'auront pas à feiire un pas en arrière en ce qui concerne le principe; car ils ont tous encore, ou bien la censure générale, ou au moins la censure des journaux. En Bavière , cette dernière est même admise par la constitution; le Gouvernement de ce pays est donc plus coupable que tout autre par suite de son inconcevable tolérance.
P. S. Je vous prie d'être indulgent si dans ma lettre, vous trouve^ quelques expressions trop crues. Je suis trèsoccupé; je désire donc qu'en lisant, et surtout en jugeant mes idées sur la loi relative à la liberté de la presse , vous vous attachiez plus à l'esprit qu'à la lettre. Du reste, je soumets Fun et l'autre à vos lumières et à votre conscience.
Gentz à Mettemîcli. Vienne, le i*' juillet 1819. (Réponse au n^ 349.)
350. Votre Altesse se figurera sans peine l'impression que sa lettre de Perugia a faite sur moi. Mon courage s^élève, et tous les sombres soucis semblent s'envoler quand je vois, dans un moment aussi critique, le seul homme en Allemagne qui puisse encore exercer une action franche et décisive placé à une telle hauteur, non-seulement par la pureté de ses principes et de ses sentiments , mais encore par l'énergie de sa résolution.
J'ai étudié avec la plus grande attention les bases que Votre Altesse propose pour la décision à prendre rcIatiTcment à h restriction de la liberté de la presse en Allemagne. Si votre motion passe, on aura (ait assurément un grand pas. Je n'attache pas une importance extrême à la censure des ouvrages d'une certaine étendue; je serai trop heureux si tous les Gouvernements allemands acceptent la censure des journaux , à propos de laquelle pourtant je proposerais encore différentes modifications ou plutôt quelques mesures supplémentaires sans lesquelles la censure elle-même dégénère en vaine comédie.
En ce qui touche la censure des journaux, je m'attends à une vive résistance de la part du Wurtemberg, à Weimar et ailleurs. On peut se demander si Ton n'ira pas jusqu'à soulever la grosse question du droit qu'a la majorité de décréter une semblable mesure. En attendant, je compte fermement sur les démarches préliminaires que Votre Altesse a déjà faites, et particulièrement sur l'autorité souveraine qu'auront vos piirolcs , dès que vous vous prononcerez d'une manière nette et énergique.
Pour entrer dans le vif de l'afFaire , je tâcherai ^de formuler aussi clairement et de classer aussi méthodiquement que possible les principes posés par Votre Altesse. J'aurai soin d'ajouter des notes explicatives quand il me semblera utile d'en mettre. En un mot, quand je viendrai à Garlsbad, j*apporterai à Votre Altesse un travail complet sur la question. Il sera entièrement basé sur vos vues. Peut-être cette .étude pourra-t-elle servir de guide lors des discussions verbales ; vous prendrez ou rejetterez ce qui vous semblera utile ou non...
Où cette lettre vous trouvera-t-elle? Il m'est absolument imposî)ible de le prévoir. Je suis presque tenté de croire qu'elle vous rencontrera déjà en Allemagne; je compte bien que vous me ferez parvenir encore quelques indications avant votre arrivée à Garlsbad. Dans tous les cas, je partirai d'ici le 15 ; car, comme je mettrai toujours, selon la manière habituelle, cinq à six jours à foire le voyage, je n'arriverai pas à destination
ENTIIEVUE DE METTERNICIl ET DU ROI Â TEPLITZ (1819). 269
avant le 20. Mais, d'ailleurs, je n'attends pas Votre Altesse avant ce terme.
P S. J'apprends avec un plaisir infini que Votre Altesse jouit d'une santé excellente et qu'elle est d'une humeur parfaite. Rarement, sans doute, une bonne provision de l'une et de l'autre a été plus nécessaire qu'en ce moment; Theure actuelle exige l'emploi de toutes les forces dont on peut disposer , car il ne s'agît de rien moins que de prévenir la dissolution imminente et dans certains cas inévitable de tout le corps politique allemand , par conséquent une des plus formidables révolutions européennes. Pendant les quatre dernières semaines , les symptômes sont devenus plus alarmants de jour en jour ; aussi je crains fort que nous ne soyons obligés de recourir à des moyens héroïques, même à certaines amputations, pour réussir à sauver les parties qui ne sont pas encore attaquées.
Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer, quand, ce matin, un honnête négociant m*a dit que jusqu^à présent il avait tou- . jours cru qu'on attachait trop d'importance à ce qui se passe en Allemagne , mais quaujourdhui il ne lui restait plus aucun doute sur la grandeur et sur l'imminence du danger.
Durate, et rébus vosmet servate secundis : tel est le vœu que j'adresse tous les jours au Ciel à l'intention de Votre Altesse.
ZlfTReVUE DE METTEHNIGU ET DU ROI FRÉDÉRIC- GUILLAUME III
A TEPLITZ.
FRÉLIMIElàlABS DES CORFÉREEICKS DB CARLSBàD.
351. Metternich à TEmpereur François (Kapport), Tepliu, le 30 juillet 1819. — 352. Metternich à l'Empereur François (Happort), Tepliu, le 1«' août 1819. Ré«olution souveraine de Sa Majesté* Schœnbrunn , le 7 août 1819.
351. Je suis à Teplitz depuis avant-hier soir. Aussitôt après mon arrivée , le Roi de Prusse m'a fait dire qu'il me recevrait
210 RECUEIL DE DOCUMENTS (l81«-l8»t)
le lendemain matin chez lui. Ce (ait ne présente rien de particulier, si ce n*est que, depuis qu'il est ici, le Roi n'a reçu absolument personne chez lui et qu'il a donné toutes ses audiences, même les audiences d'afiaires, dans le jardin Clary. Quelques heures après moi, le chancelier d'État prince de Hardeuberg est arrivé ici, venant de Berlin.
Hier matin, je me rendis chez le Roi, qui me reçut avec beaucoup d'amitié, s'informa avec intérêt de la santé de Votre Majesté, et me dit ensuite : « Vous venez me voir dans un moment bien difficile; il y a six ans, nous avions à combattre Tennemi en rase campagne ; à présent il tourne autour de nous masqué. Vous savez que j'ai pleine confiance en vos vues. Vous m'avez averti depuis longtemps, et tout ce que vous m'avez prédit s'est réalisé. »
Je répondis au Roi que je connaissais les sentiments de Votre Majesté, et je lui donnai l'assurance que toutes les vérités <]ue je lui avais dites depuis longtemps et particulièrement à Âix-Ia-Chapelle étaient aussi évidentes pour Votre Majesté que pour moi-même. J'ajoutai qu'il devait être instruit déjà de la brusque résolution prise par Votre Majesté de renoncer à se rendre dans le Lombard- Vénitien , sans tenir compte de Tintérét bien entendu de cette province ; que Votre Majesté était habituée à aller toujours au plus pressé ; que l'état des choses en Allemagne absorbait toute son attention au double point de vue du bien commun des États allemands et du bien particulier de son propre Empire. L'Empereur, lui dis-je, est convaincu que le désordre a atteint un tel degré d'intensité en Allemagne, que le jour est venu de prendre une décision suprême : ou bien il faut se mettre en état de légitime défense , ou bien il faut s'abandonner tout à fait, c'est-à-dire consentir à la mort politique. L'Empereur a prouvé quels sont ses sentiments à l'égard de la Prusse; il prêtera son assistance à Votre Majesté, cela ne fait l'objet d'aucun doute, pourvu que Votre Majesté veuille se défendre Elle-même. Mais, avant tout, l'Empereui* a de grands devoirs de Souverain à remplir. Sa tâche est particulièrement pénible aujourd'hui : en unissant aes forces à celles des autres puissances, il peut
ENTBEVUE DE METTERNICH BT DU EOI A TBPLITZ tlil9). S1I
essayer d'arrêter le torrent , mais seul U ne roudra jamais sVx* poser au danger de faire naufrage. Avant d'intervenir, il faut (jue l'Empereur voie clair; il faut qu'il jiuche ifucls sont les Gouvernements dignes de ce nom qui sont capables de concevoir et d'exécuter un plan. La question s'applique à la Prusse ellemême. Ce pays a bien son floi, mais nous y cherchons en vain la puissance royale; »■ le Roi laisse libre carrière au mal i[ui menace son trûue et même sa personne, ainsi que le prouvent les enquêtes dirigées contre les conspirateurs, il faut que l'Empereur se replie sur lui-mémo et suive, dans l'intérêt de son propre salut, une marche bien différente de celle qu'il avait adoptée jusqu'à ce jour.
a Vous save;£, me répondît le Roi, que personne ne veut le bien plus que moi. Mais ma silualion est difficile; car ce qui □ie manque, ce sont des hommes. 11 faudra pourtant que ce qui est possible se fôsse; c'est pourquoi je compte que vous m'aiderez à concerter avec l'Empereur lu marche qu'il convient de suivre, u
Je répliquai au Roi qu'en sondant lu plaie et eu étudiant avec le plus grand soin les moyens de la guérir, je ne ferais que mon devoir; que cependant il y avait une telle différence entre le choix et la )itise en pratique des moyens curatifs, et que je connaissais si exactement la situation intérieure de l'administration prussienne, qu'à parler franchement, je ne comptais guère sur le succès. " Je puis parler ouvertement à Voire Majesté, ajoutai-je, car Elle a toujours bien accueilli ma sincérité. Je dirai donc librement ma pensée comme jadis, puisrguc vous m'y invile/, expresstîmcnt. Tous les cunseds donnés jusqu'ici à Votre Majesté étaient mauvais en principe ou défectueux dans l'application. La conjuration découverte n'est que l'action qui suit toujourii la théorie. Cette conjuration a sou origine et son siège en Pruase : les conjurés de rang inférieur sont connus aujourd'hui; les chefs ne le sont pas encore, mais ils appartiennent cerlainement aux plus hautes sphères et se trouvent parmi vos propres serviteurs. Voire Majesté sait quelle est mon opinion sur le prince chancelier d'Llal; il a rendu à Votre Majesté les services les plus signalés; mais aojour-
d*liui il est vieux , il est affaibli d^esprit aussi bien que de corps. II veut toujours le bien et ne soutient que trop souvent le mal.
ft — Vous savez , répondit le Roi, que je connais par&itement le prince de Hardenderg; ce qui fait son malbeur, c'est son entourage , dans lequel il y a des hommes très-singuliers.
a — Pourquoi Votre Majesté tolère-t-elle ces gens-là? Pourquoi avez-vous laissé le champ libre à toute institution notoirement mauvaise et dangereuse?
« — Vous avez mille fois raison , repartit le Roi , mais voili ce qui arrive quand les gens se font vieux. Je désire que, pendant que vous serez ici, on arrête des principes qui seront ensuite rigoureusement appliqués. J'aimerais vous voir les fixer définitivement avec le chancelier d'État.
« — Toute la question se réduit à un point, répliquai-je. Si Votre Majesté est décidée à ne pas introduire ào représentation 7ianonale daus son Royaume, qui se prête, du reste, moins que tout autre État à une innovation pareille, le mal peut être conjuré. Hors de là, point de salut. Vous pouvez tenir la promesse que vous avez faite, tout en restant dans la voie du salut; mais eussiez-vous même promis autre chose, peu importe : l'heure actuelle ne comporte plus ce qu'admettait l'heure passée. Je suis prêt à développer mes vues au chancelier d'État ; mais je prie Votre Majesté de convier également à cette conférence ses ministres, le comte de Bernstorff et le prince de Wittgenstein.
« — J'en avais déjà l'idée, me dit le Roi; tâchez de lier ceux auxquels vous aurez affaire par des engagements écrits ; vous pouvez compter d'une manière absolue sur le prince de Wittgenstein. »
J'ai développé à Votre Majesté les points priucipaux de ce long entretien, afin de Lui faire cpnnattre aussi exactement que possible la situation du Roi aussi bien que celle de Tadministration de TËtat dans les plus hautes sphères. Là où l'on parle ainsi, il n'y a plus guère de Gouvernement; la faiblesse a envahi tout le monde ; il n'y a plus de ressort dans les individus ; le prince de Wittgenstein est le seul qui, dans les derniers temps, ait agi avec vigueur
Je prolongerai mon séjour ici jusqu'au 2 août, parce que le chancelier d'État m'en a pressé vivement. Gomme il se trouve ici avec des défenseurs de la bonne cause , il est animé d'excellentes intentions. Du reste, il est presque tombé en enfance, non sous le rapport de l'esprit, mais sous celui du caractère. Le Roi quittera Teplitz le 1" août.
Tout ce qui pourra être fait de bien , je ne manquerai pas de l'assurer, et, dès que nous aurons obtenu une base solide, j'aurai l'honneur d'exposer en détail mes vues à Votre Majesté.
A Berlin, les gens bien pensants, — et c'est le grand nombre,— sont dans Tenthousiasme en voyant le premier acte de sévérité que le Gouvernement ait osé faire depuis longtemps ; c'est ce qui donne aussi plus de courage au chancelier. Les journaux allemands font tout ce qu'ils peuvent pour abuser le public sur la vérité de la situation. Il faut commencer par les fiûre taire.
Metternick à l*£mpereur François. Teplitz , le !•' août i8l9«
352. Le rapport que j'ai eu l'honneur d'adresser avant-hier à Votre Majesté (n* 351) l'aura sans doute suffisamment édifiée sur le point où en sont mes négociations actuelles.
Je suis à même aujourd'hui de soumettre respectueusement à Votre Majesté le résultat définitif de mes démarches.
Conformément au désir exprimé par le Roi de Prusse , j'ai conféré avec le prince de Hardenberg, le prince de Wittgenstein et le comte de Bernstorff , à l'effet de nous entendre aussi complètement que possible sur la base de la marche à suivre dans le moment si important que nous traversons. J'ai invité le comte de Zichy à prendre part à ces conférences.
Mon plan comprenait, d'une manière générale, les points suivants :
1* La conduite louche jusqu'à Tinvraisemblable qu*ont
tenue la plupart des Gouvernements allemands (et, sous ce
rapport, le Gouvernement prussien tient la tète) a donné
on tel essor à l'esprit révolutionnaire en Allemagne que nous
m. is
274 RECUEIL DE D0GUMEVT8 (1818-18tS>.
sommes arrives peut-être à la dernière période où le mal puisse encore être combattu avec succès.
Autrefois les révolutionnaires allemands étaient séparés les uns des autres comme les États dans lesquels ils vivaient; les conspirateurs ne tardèrent pas à voir que , dans de telles conditions , il était impossible de frapper un coup qui portàL Le parti militaire prussien commença par songer à agrandir It Prusse au moyen de la conquête ; le parti civil se borna à tourner ses efforts du côté de la transformation de la Prusse. Bientôt quelques hommes (qui, — chose remarquable, — appartenaient presque tous à renseignement) allèrent plus loin ; ils suivirent la véritable voie, si Ton se place au point de vue révolutionnaire. Ils visèrent à la réunion des Allemands en une Allemagne !
La génération déjà élevée ne pouvait pas leur servir à atteindre ce but ; ils jetèrent donc les yeux sur la génération à élever. C'était là un plan qui laissait un champ encore assex large même aux esprits impatients ; car les générations d^étur diants se succèdent de quatre en quatre ans tout au plus. Or, il a déjà passé plus d'une de ces générations depuis qu'on travaille systématiquement la jeunesse en vue de ce bat criminel ; aussi y a-t-il aujourd'hui toute une classe de futurs employés de tÉtat, d instituteurs du peuple et de savants e» herbe qui est mûre pour la révolution.
Si Ton songe maintenant que, dans Tadministration publique de la Prusse, la plupart des emplois, et précisément les plos importants, sont occupés par de francs révolutionnaires, et cela au centre du Gouvernement aussi bien que dans^les provinces (et c'est particulièrement le cas pour les'provinces rhénanes), il ne faut pas s'étonner si Ton peut considérer la Prusse comme étant tout à fait mûre pour la révolution.
Deux circonstances ont concouru, dans une mesure que l'on ne peut pas encore apprécier, à la réussite de ce plan aussi vaste que profond : c'est, d'une part, la licence de h presse dans son ensemble , licence qui s'est élevée jusqu^au délire, et, d'autre part, l'introduction de constitutions franchement démagogiques dans l'Allemagne du Sud. Ce que la
ENTREVUE DE METTERNICH EToU ROI A TEPLITZ (1819). Î76
foiblesse avait, pendant des années, prépare en Pmsse, la Bavière Ta réalise d'un seul coup le Grand-Duché de Bade Ta imité, et le Wurtemberg cherche aujourd'hui à l'étendre encore.
2* Pour compléter l'œuvre , il ne reste plus aujourd'hui qn'à introduire une constitution démocratique en Prusse. Si la mesure n'est pas encore comble , c^la tient uniquement à l'aversion personnelle du Roi pour cette innovation, et, — je ne crains pas de le dire hauttment, — aux e^orts suivis que je me suis imposés depuis des innées , pour réussir à détourner le Roi de toute démarche qui aurait pour conséquence inévitable et prochaine le renversenent définitif de toutes les institutions existantes. Dans ce but, j'ai dû inspirer à ce prince et même à l'administration supérieire de son Royaume une confiance absolue dans l'amitié réele de Votre Majesté, et me concilier la confiance personnelle eu Roi. Les résultats obtenus aujourd'hui montrent jusqu'à quel ^oint j'ai réussi.
3** Une fois le premier pas fait,^rràce à la marche suivie personnellement par Votre Majesté ^ns les affaires de T Allemagne et à sa conduite particulière à l'égard du Roi , j'ai profité de la dernière réunion des Cours à Aix-la-Chapelle pour entrer en plein dans la question de l'organisation inté" rieure de la Prusse *. Votre Majesté daignera se rappeler peutêtre les démarches que j'ai faites alors aujrès du Roi lui-même, afin de l'éclairer sur sa situation vis-à-vs de son peuple ou plutôt vis-à-vis de son administration, et po^r le rendre attentif à la ligne de démarcation qui séparait le, principes qui lui coûteraient fatalement le trône et ceux qui pourraient encore le sauver. C'est donc des conférences d'Aivla-Chapelle que datera peut-être le salut de la Monarchie pruisienne.
Tout mal qui s'étend porte aussi en lui-mên^e les germes de sa destruction : c'est ce qui est arrivé pour la Prusse. Les
* Le prince de Mettemick veut sans doute parler ici des documents adressés à Wittgenstein, documents qui se rapportent à l'organisation intérieure de la Prusse , et qui ont été imprimés plus haut sous les n^ 304 à 306.
{Noie de C Éditeur.)
affections morales aussi bi/n que les affections physiques, quand elles ne sont pas ccnjurées dès le début ou du moins dans la première périodes atteignent toujours un tel degré d'intensité qu'elles finissait par frapper môme celui qui n avait pas su voir le mal. L illusion disparaît, la décomposition imminente devient palpable ; mais le malade le plus abattu reprend souvent courage à la dernière heure , quand il voit venir le secours, et il est heureux dans son désespoir de trouver encore des chances de salut.
Voilà dans quelle situation se trouve aujourd'hui le Roi de Prusse. Votre Majesté sait que, par un de ces heureux hasards qui se présentent souvent dan> la vie des États comme dans celle des individus, mon voyige de Carlsbad a coïncidé avec le moment où la Prusse xvait à prendre une résolution suprême. Je regardais l'heure actuelle comme la plus importante pour r Allemagne toit entière : je l'ai prouvé depuis longtemps à Votre Majcs^ par le plan que j'avais conçu, non-seulement de me renire à Carlsbad en ce moment même, mais encore d'y voir de p'ès les ministres des principales Cours d'Allemagne. Mais une ^onne intention amène ordinairement plusieurs bons résultatt^à la fois; c'est ce qui est arrivé ici.
Pouvais-je prévoir nue la grande conspiration qui s'étendait sur toute l'Allemagne serait démasquée en ce moment même? Cela m'était d'autan.' moins possible qu'il entrait dans mes projets de ne la dévaler qu'à Carlsbad. De même , l'idée qu a eue Votre Majesté de retourner à Vienne au lieu d'aller à Milan était une de ces inspirations qu'il faut appeler providentielles quand en les juge par leurs suites.
À** Je me suis rendu ici sur l'invitation formelle du Roi. Ainsi que Votre Majesté aura daigné le voir par le dernier rapport que j'ai eu l'honneur de lui adresser, j'ai trouvé ce Prince , contrairement à son habitude , bien disposé et plein de confiance. Grâce à mes efforts, ces bonnes dispositions n'ont Gaiit que s'accentuer davantage; j'en ai eu hier la preuve la plus frappante. Avant-hier j'avais prié le Roi de m'accorder encore une audience. Hier matin, il est venu en personne chez moi, accompagné dii prince de Wittgenstein. J'ai eu
avec kil un entretien qui e duré deux heures. En présence de cet excellent et loyal ténroin, je lui ai développé mes vues, mes sentiments et mes convictions avec cette franctise dont je me suis fait une loi quand je parle à Votre Majesté de tout ce qui touche à ses intéiéts. J'ai pu lire clairement dans Tàme du Roi ; je me suis méiagé assez de moyens de stimuler en lui le principe le plus actif.c'est-à-dire F esprit de résistance, pour pouvoir espérer que jairais il n'osera risquer la plus téméraire de toutes les mesures, introduction d'une constitution dans son royaume , sans qu'il me permette auparavant d'examiner et de discuter le projet qi'il voudrait réaliser.
Pour amener le Roi à dopter des principes solides, j'avais préparé un travail sommâre qui marque nettement la différence qui sépare les contitutions provinciales de ce qu'on appelle le système représentatif. J'ai cru devoir déposer ce travail entre les mains du Roi ui-méme, d'autant plus que j'avais acquis ici la certitude qu'l n'avait cessé d'attacher la plus grande valeur à un travail ben plus superficiel que ^ lors des conférences d'Aix-la-Ghapéle, j'avais remis au prince de Wittgenstein et au chancelier d'État (n* 305).
Je prends la liberté de soumettre respectueusement à Votre Majesté une copie du travai. dont je viens de parler*. Si Votre Majesté daigne y jeter les yeux, Elle se convaincra avec moi qu'il suffit d'énoncei un petit nombre de principes douteux, de commettre une s«ile erreur dans le choix du système à suivre , pour comproiettre à jamais le salut de la bonne cause.
5* Dans tous mes entretiens avec les premiers hommes d^État de la Prusse, je me sui^ convaincu des vérités suivantes , qui sont évidentes par ell«-mémes :
Le prince de Hardenberg est, au moral comme au physique, en proie à une faiblesse oii touche presque à l'état d'enfiance. Il veut le bien, il sait même le discerner; mais, par suite de sa grande fisiiblesse, il «st, aujourd'hui plus encore
* Ce travail manque ; il ivait probablemsnt une certaine analogie avec le n« 305. (Note de VÉditeur. )
918 HECLEIL de DOCtiMENTS
que jadis, sous l'influence de deux éléments c]ui sont loi>jours les flus dangereus pour un homme d'État qui jooit d'une grande autorité : l'an, c'est un besoin extraordinaire de passer pour libéral ; l'autre, c'est un nallieureux pencbanlà rechercher un entourage singulier. Il m est arrivé à un tel point qu'on peut affirmer, sans élre tastd'exagéi-alion, qu'il n'i pas autour df lui un homme qui ne professe les doctrines de b démocratie pure ou qui ne soit prêt àjouer un rôle actif daiu la conspiration tramée contre le trôntde Prusse lui-même.
Le Roi estpartaitement au couraii de cette situation. Il 5 a donc, en Prusse, deux puissances ngalives en lutte : la faiblesse du Roi et celle du chancelieid'Elat. La première est la moins dangereuse, parce que la ftiilease du prince est doublée d'indolence ; celle du rhancclier dElat, au contraire, est anie à la plus grande activité.
Le comte de Bemstorff est un lomme d'une extrême droiture de principes. Mais il est ia'ihb à l'excès, et il sent si bien sa pénible situation qu'il en est t^t paralysé.
Le prince de Wittgenstein peise comme moi; au fond, il est actif; toutefois il s'en faut dcbeaucou|i qu'il le soit autant qu'il devrait l'être. Son influent sur le Roi est beaucoup plus puissante depuis les dernière f découvertes tailes à la soke des enquêtes qu'il a si bien diigées.
Le directeur du Cabinet ro^l, Albrecht, est un hommepaisible et animé d'excellentes i^entions. Il avait déjà commencé à Aix-la-Chapelle à se rappncher de moi. A Teplîtz, il a en le courage de rompre tout à ait la glace. Il joue un rôle très- CODsidérahle sous le rappot négatif, car il s'est imposé le devoir de détourner le Roi A mainte démarche irréfléchie...
Je ne voulais pas que maprésence ici aboutit à une vatoe convention verbale; aussi j'i rédigé un mémorandum que j'ai présenté à notre seconde cnférence.
Ce document renferme li hase qui seule me paraît pouvoir encore assurer le salut à> l'Allemagne; il contient aussi k preuve que la Prusse l'alopte de concert avec nous. Voîcî quels sont les éléments esienticis de celte hase. Je pars de c« point de vue, que
1* L'intérêt exclusif de rAutriche me tient nécessairement plus à cœur que l'intérêt austro-allemand.
Une confédération sagement et fortement constituée est une protection sérieuse; c'est certainement le meilleur rempart pour les États particuliers de Votre Majesté. Je dirai même plus : il nV a pas d'autre combinaison politique qui puisse Taloir ou remplacer pour nous ces avantages qui résultent de la Confédération. Plus ces propositions sont fondées , plus il est vrai que ce même élément, qui peut devenir un instrument de salut si Ton en tire un parti convenable, peut aussi devenir une cause de danger si Ton en abuse ou si Ton s'en sert mal et hors de propos.
De| ces principes découle la règle suivante , dont la mise en pratique forme pour l'Autriche une véritable condition d'existence :
Il faut que nous fassions tout pour organiser la Confédération d'une manière salutaire et pour la conserver; ou, dans le cas où il serait impossible d'atteindre ce but, il faudrait nous appuyer sur notre propre force et pnendre, en dehors de la Confédération, une tout autre attitude à l'égard des Princes allemands que celle que nous avons aujourd'hui.
Pour suivre fidèlement ce principe, il but d'abord que nous montrions la situation sous son vrai jour, puis que nous choisissions les voies et moyens les plus convenables pour signaler et pour corriger ce qu'il y a de défectueux dans la Confédération .
2* La marche à suivre pour arriver à ce résultat se trouve tracée très-nettement dans le mémorandum signé avec la Prusse.
Elle embrasse deux périodes :
a. La réunion actuelle à Carlsbad des ministres des principales Cours d'Allemagne ;
b. Une deuxième réunion à Vienne, qui serait la conséquence obligée de la première.
Il faut que la première soit consacrée à Êiire reconnaître généralement les principes essentiels qui auront été posés , et à
baser sur eux les mesures indispensables el immédiates qo'il y aura lieu de prendre.
Au nombre de ces mesures je compte :
a, La suppression de la liberté de la presse ; h, La nomination de commissions chargées de faire une enquête sur les universités allemandes et Téloig^ement de tous les professeurs notoirement dangereux ; c. La création d'une commission judiciaire spéciale qui sera déléguée à Teffet de juger , au nom de toute la Confédération, la conspiration tramée contre cette dernière et découverte récemment.
Les mesures à décider pendant la seconde période ne pourront être déterminées qu'à la suite des discussions elles-mêmes; elles ne sont pas de nature à être arrêtées dans Tespace de quelques heures ou de quelques jours. Je compte parmi ces mesures celle qui consisterait à rectifier Tapplication de Tarticle XIII du pacte fédéral.
Le danger le plus pressant, à cet égard, est écarté par rengagement pris par la Prusse de ne pas accorder de représentation nationale , c'est-à-dire de ne pas se jeter d'un seul coup dans le gouf&e de la révolution.
Votre Majesté se sera convaincue depuis longtemps, et le présent rapport vient encore confirmer cette vérité , combien je compte peu trouver de la fermeté chez le Gouvernement prussien dans la conduite de ses affaires intérieures. Ce qui est certain, toutefois, c'est que tout péril est conjuré pour le moment, et, grâce à cet état de choses, il devient possible de prévenir les dangers futurs par des mesures énergiques prises dans le moment actuel. Mon premier calcul en ce qui concerne la Prusse repose sur l'avantage obtenu aujourd'hui, et je ne le laisserai pas m'échapper.
Les moyens de ramener sur un meilleur terrain les États de l'Allemagne du Sud , qui sont déjà engagés dans la voie de la révolution, sont tellement délicats à employer qu'il £aut les exa miner de près et avec le plus grand sang-froid. C'est à ce prix seulement qu'on peut arriver à un résultat certainement trèsdésirable, mais aussi très-difficile à atteindre. Grâce à cette
exposition simple et rapide de mon plan, je crois mettre Votre Majesté à même de se convaincre que Texécution de mon projet, qui sWnonce aussi bien que possible par suite de Ten tente survenue entre l'Autriche et la Prusse, porte principalement sur les deux points que voici :
Sauver la Confédération germanique , si c'est possible, par la coopération de rAutriche, ou, en mettant les choses au pis, laisser à V Autriche la possibilité de se sauver seule, s'il le fout, quelque difficile que puisse être Tentreprise.
Je sens que je n'ai jamais été appelé à résoudre de plus graves questions que celles qui nous préoccupent en ce moment. Mais il ne dépend pas de moi d'accepter ou de refuser cette tâche. Le mal est là; il &ut le combattre. Les racines du- mal sont profondes; il feut les attaquer dans la profondeur où elles se cachent. Les ravages s'étendent déjà sur toute l'Allemagne ; il faut donc soutenir la lutte au grand jour. Ces affirmations n'ont rien d'exagéré, elles sont l'expression de la pure vérité.
Metternich, m, p.
Je trouve à faire les observations suivantes sur le contenu de ce rapport.
1* Je trouve que ce qui vaudrait le mieux pour les pays qui n'ont pas encore d'États provinciaux, ce serait d'attendre avant d'introduire cette innovation et de ne pas en parler en ce moment, afin de ne pas agiter de nouveau des populations qui sont difficiles à manier en tout état de cause , car je doute fort qu'elles s'accommodent d'une constitution telle que vous la comprenez dans votre rapport.
2*" Je trouve que c'est une chose grave que d'accorder aux états le droit de participer à la confection des lois.
3* Même réflexion au sujet de la réunion des députés des différents états provinciaux, qui a été proposée en Prusse : ce qui fieiit la force d'une monarchie semblable, c'est précisément qu'elle est composée de différents corps.
4* Je ne souffirirai jamais qu'une commission fistôse une enquête au sujet de mes universités; car ce serait le meilleur
382 RECUEIL DE DOCUMENTS (l«18-18tt).
moyen d'y semer Tagitation et le désordre , chose qu'il &ut absolument éviter.
5* La création d'une juridiction spéciale qui aurait à con* nattre de la récente conspiration tramée contre la Confédération, me parait une mesure dangereuse et injuste. Cbaque sujet a le droit d'être jugé d'après les lois de son pays ou d'après les lois du pays où le crime a été commis; or la Confédération n'a pas de lois particulières, pas de tribunal pour juger des crimes. Qui donc doit juger, et d'après quelle loi doit-on juger? Autant on a tort de se laisser induire en erreur, aussi peu Ton a le droit de donner lieu à des plaintes légitimes en prenant des mesures qui ne seraient pas fondées sur la justice, et tel pourrait bien être le cas ici. Du reste, qui peut répondre que les juges seront bien choisis et qu'on ne discutera pas longuement à la Diète pour savoir comment et en quelle forme on devra juger l'afiaire ; enfin ne disputera-4-on pas sans arriver à un résultat positif, ce qui serait encore pire ?. . .
Il vaut mieux suivre la ligne de conduite que je vous ai déjà recommandée, c'est-à-dire ne pas procéder à la légère, ne pas risquer d'employer des remèdes et de prendre des mesures qui feraient peut-être revivre l'ancien mal sous une autre forme ou qui susciteraient même un mal nouveau.
Ce que Nous pouvons faire Nous- même ne dépend que de Nous. Mais Nous avons affiaire à des Souverains et à des Gouvernements faibles. Il faut que Nous profitions de la peur qui les agite pour les amener à prendre des mesures sérieuses , mais justes. Si Nous ne réussissons pas, si Nous échouons malgré les moyens de contrainte dont la Diète doit décider l'emploi contre ceux qui ne voudraient point agir ou qui trahiraient les autres, il faudra que Nous Nous isolions, et alors, ainsi que je vous l'ai déclaré, il faudra agir comme État d'Autriche, ainsi que l'exigera le bien de mes sujets. Voilà la menace que vous pourrez faire entendre si vous en voyez la nécessité.
François, m. p.
Schœnbrann, le 7 août 1819.
353. Metternich au président de la Diète, comte de Baol (Dépêche), Carisbad, le i*' septembre 1819 (avec une annexe). — 3S4. Proposition de la présidence à soumettre à la Diète ( Annexe du n9 353). — 355. Lettre de remerciments adressée h Metternich par les ministres réunis à Carlsbad. Carlsbad, le 30 août 1819. — 356. Metternich au Prince régent d* Angleterre (Lettre), CarUbad, le 2 septembre 1819. — 357. Metternich à Esterhazy, à Londres (Dépèche), Kœnigswart, le 3 septembre 1819. — 358. Metternich au ministre d'Autriche à Munich, Hruby (Dépêche), Vienne, le 25 octobre 1819. — 359. Metternich à Hruby, à Munich (Dépêche réservée). Vienne, le 25 octobre 1819.
Metternich à l'envoyé d'Autriche, président de la Diète, comte de Buol
(Dépêche).
CaridMid, le l*' septembre 1819.
3ff3. J'ai l'honnetir d'adresser CKJoint à Votre Excellence la proposition à soumettre à la Diète par la présidence, relativement à plusieurs questions qui ont été Fobjet des délibérations des plénipotentiaires de plusieurs Gouvernements allemands* réunis à Garkbad^ et de lui envoyer en même temps toutes les annexes de ce document.
Considérant la grande importance des délibérations que provoquera cette proposition, heureux d'ailleurs de me dire que, si elles aboutissent à un résultat satisCusant, le repos intérieur de la Confédération sera assuré en même temps que Torganisation même de la fédération sera consolidée, je compte pleinement sur la coopération de Votre Excellence, sur son dévouement bien connu, sur sa prudence et sur son habileté. Aussi j'espère recevoir bientôt un rapport qui m'instruise de la
* Indépendamment de 1* Autriche, les États qui prirent part aux conférences de Carlsbad étaient ; la Prusse, la Bavière, la Saxe, le Hanovre, le Wurtemberg, Bade, le Mecklembourg, Nassau, la liesse électorale et Saxe*Weimar, ces deux derniers représentés par des envoyés non munis de pleins pouvoirs.
{Note de C Éditeur,)
marche ultérieure des délibérations. Il ne me reste à faire qu'une simple observation. En cas de doute, MM. de Plessen et de Marschall , envoyés à la Diète , seraient d'autant plus à même de fournir à Votre Excellence tous les éclaircissements nécessaires, que ces deux ministres connaissent aussi bien toutes les négociations qui viennent d'avoir lieu que mes vues et mes sentiments personnels.
PROPOSmOIf DE LA PRÉSIDENCE.
(Annexe du n® 353.)
354. L'envoyé impérial et royal, président de la Diète, a reçu de sa Cour souveraine Tordre de (aire à la Diète les communications suivantes :
Sa Majesté Impériale croit exprimer le vœu de tous les membres de la Confédération en même temps que le sien en invitant la Diète à diriger, avant qu'elle s'ajourne, toute son attention vers l'agitation et la fermentation qui régnent dans une grande partie de l'Allemagne; à étudier avec soin les causes de ce phénomène inquiétant, qui, depuis quelques années, sont devenues de jour en jour plus distinctes et plus visibles, et qui, dans les derniers temps, se sont manifestées par des symptômes qu'on ne saurait méconnaître, par des écrits préchant l'insurrection, par des associations coupables répandues au loin, et même par quelques crimes; enfin à examiner sérieusement les moyens d'assurer désormais d'une manière définitive l'ordre et le repos , le respect des lois , la confiance dans les Gouvernements , le contentement général et la paisible jouissance de tous les biens que la nation allemande doit tenir de la main de ses Princes, sous l'égide d'une paix solide et durable.
L'origine du mal , que leur devoir le plus sacré commande à tous les Gouvernements allemands d'arrêter, tient en partie à des circonstances et à des conjonctures contre lesquelles aucun Gouvernement n'est capable de réagir directement et sur rheure; mais, d'autre part, elle se rattache à des fiiutes, à des erreurs et à des abus positifs , auxquels on peut certai-
nement remédier par une heureuse entente et par de sages mesures prises en commun.
Parmi les objets qui, sous ce dernier rapport, méritent d'être examinés avec le soin le plus scrupuleux, se distinguent tout particulièrement les suivants :
l*" L'incertitude au sujet du sens de l'article XIII du pacte fédéral , et les fausses interprétations qui en résultent.
2"* Des idées erronées sur les droits de la Diète , et Tinsuffisance des moyens de faire reconnaître ces droits.
3* Les vices de l'organisation des écoles et des universités.
4* L'abus qu'on fait de la liberté de la presse et la licence à laquelle se sont laissés aller jusqu'ici les journaux , les écrits périodiques et les brochures.
C'est le vœu ardent de Sa Majesté que la Diète s'occupe sans retard de ces graves questions. La présidence est donc invitée à présenter divers projets de résolutions qui se rapportent aux quatre points indiqués ci-dessus, ainsi qu'à la nomination d'une commission centrale dont le but et les travaux seront déterminés plus exactement dans le cours de ce rapport.
Sa Majesté reste convaincue que, dans ces projets et dans les observations qui les accompagnent, les membres de la Confédération retrouveront les principes de justice et de modération qui lui ont toujours servi de règle de conduite, et que les honnêtes gens de tous les pays d'Allemagne ne méconnaîtront ni le désintéressement et la bienveillance qui seuls ont dicté à Sa Majesté les propositions qu'Elle a faites , ni l'intérêt sincère , vif et constant qu'Elle prend au sort de tous les États que la Confédération appelle à s'associer aux mêmes avantages, aux mêmes devoirs et aux mêmes efforts.
I. — Incertitude aa sujet du sens de Farticle XIII du pacte fédéral, et fausses
interprétations de cet article.
Lorsque les glorieux fondateurs de la Confédération germanique résolurent, au moment de la renaissance politique de l'Allemagne, de donner à leurs peuples un gage de leur amour et de leur confiance en leur laissant ou en leur rendant
leurs constitutions provinciales, et qu'à cette fin ils consentirent à l'article XIII du pacte fédéral, ils prévoyaient certainement que cet article ne pourrait pas être appliqué dans la même mesure et en la même forme dans tous les États de la Confédération. La grande diGFérence qui existait alors, au point de vue de la situation, entre ces États, dont les uns avaient gardé en totalité ou en partie leurs constitutions provinciales d'autrefois, tandis que d'autres avaient tout à fait perdu celles qu'ils avaient eues jadis , que d'autres n'avaient jamais eu de constitutions pareilles ou en avaient été privés antérieurement, devait amener nécessairement une différence tout aussi grande dans la manière de traiter cette grave question. Par suite de la nouvelle délimitation territoriale, de la réunion de pays inégalement constitués en un seul corps politique , de la fusion de provinces pour lesquelles des constitutions particulières étaient chose plus ou moins nouvelle avec d'autres provinces qui les avaient possédées de tout temps, cette différence devait s'accentuer encore bien davantage.
En conséquence, non-seulement les fondateurs de la Confédération, mais aussi, plus tard, à l'époque des premières délibérations de la Diète nouvelle, les Princes confédérés, ont hésité à accueillir le vœu, formulé par bien des voix et exprimé sous des formes différentes même à là Diète , qu'on fixât une règle générale pour le caractère à donner aux constitutions provinciales dont parlait l'article XIII. Si, comme on ne peut plus guère se le dissimuler aujourd'hui, la non-réalisation de ce voeu a entraîné bien des maux pour l'Allemagne, il serait injuste pourtant de vouloir méconnaître les motifs qui expliquent le silence gardé jusqu'ici par la Diète sur ce point important. Ces motifs étaient, d'une part, le respect du droit appartenant à tout État confédéré de régler ses affaires intérieures selon sa manière de voir particulière , et de l'autre , la crainte de jeter, par renonciation trop rigoureuse de principes généraux , certains États de la Confédération dans des embarras de toute sorte , peut-être même dans des difficultés inextricables.
Mais jamais les fondateurs de la Confédération germanique n'ont pu supposer que l'article XIII serait l'objet d'interpré-
talions manifestement opposées au texte si clair de cet article, ou qu^on en tirerait des conséquences qui tendraient à détruire non-seulement Tarticle XIII, mais encore Tensemble de Pacte fédérai dans ses stipulations essentielles, et qui rendraient problématique au dernier point la durée de la Confédération elle-même. Jamais ils n'ont pu supposer que Ton confondrait le principe des constitutions provinciales, si clair par luimême , à la consolidation duquel ils attachaient une g^rande importance, avec des principes et des formes franchement démocratiques, et que Ton fonderait sur cette erreur des prétentions dont Tincompatibilité avec Texistence d'États monarchiques qui devaient former exclusivement la Confédération (sauf quelques villes libres , dont l'admission dans ce corps constituait une exception insignifiante) devait éclater immédiatement, ou du moins se révéler à bref délai.
Ce qui paraissait tout aussi peu justifié, c'était la crainte de voir naître en Allemagne Tidée que, par la forme à donner aux constitutions provinciales , on chercherait à restreindre les attributions et les droits essentiels de la Confédération elle-même, ou à les attaquer directement, comme, du reste, on Fa tenté en effet, et à rompre ainsi Tunique lien qui rattache aujourd'hui un État allemand à l'autre , et l'Allemagne tout entière au système politique européen. Néanmoins tous ces fâcheux malentendus, toutes ces graves erreurs ont gagné du terrain dans les dernières années; bien plus, grâce à un fatal enchaînement de circonstances, ils se sont tellement emparés de l'opinion publique qu'on a presque entièrement perdu de vue le véritable sens de l'article XIII. Le penchant de jour en jour plus fort qui entraîne les esprits vers des théories stériles ou dangereuses, l'influence d'écrivains eux-mêmes abusés ou serviles flatteurs de toutes les illusions populaires , le désir chimérique de transplanter sur le sol allemand les constitutions de pays étrangers dont la forme politique actuelle diffère de celle de l'Allemagne autant que toute leur histoire passée diffère de la nôtre, ces causes, augmentées de beaucoup d'autres qui sont, en partie, plus regrettables encore, ont (ait surgir cette tour de Babel politique, cette confusion
générale au milieu de laquelle cette grande et noble nation, si renommée autrefois pour sa profondeur et pour sa pénétration, est menacée de s'user et de se perdre. Elles ont même obscurci, aux yeux de beaucoup de membres d'assemblées provinciales, le point de vue auquel ils étaient placés constitutionnellement; elles ont déplacé la limite de leur action légitime à tel point que, par suite, les Gouvernements euxmêmes se sont trouvés entravés dans l'accomplissement de leurs devoirs les plus impérieux.
Les raisons qui avaient autrefois déterminé la Diète à ne pas intervenir directement dans la question des institutions constitutionnelles des États de la Confédération, ont dû céder à des considérations d'un ordre supérieur. Si la Confédération germanique ne doit pas tomber en ruine , si l'Allemagne ne doit pas être livrée à toutes les horreurs des dissensions intestines, si elle ne doit pas être victime d'un arbitraire sans frein et voir détruire sans retour son autorité et son bien-être, il faut qu'elle trouve une base solide et publiquement reconnue pour la plus grave des questions qui l'intéressent , pour la forme à donner à ses constitutions futures. Il faut donc que la Diète regarde comme un devoir immédiat et rigoureux de donner à l'article XIII du pacte fédéral une interprétation nette, judicieuse, qui puisse s'appliquer à tous les États confédérés, quelle que soit leur situation actuelle , une interprétation qui ne soit pas inspirée par des théories générales ou par des modèles étrangers, mais basée sur des idées allemandes, sur le droit allemand et sur l'histoire nationale , enfin qui se concilie avant tout avec le maintien du principe monarchique, auquel l'Allemagne nç saurait jamais devenir infidèle impunément, et avec le maintien de la Confédération elle-même, qui est l'unique garantie de son indépendance et de sa paix intérieure.
Il importe de se mettre à l'œuvre sans perdre de temps, et de redoubler d'activité pour mettre en pratique les constitur» tions provinciales dans tous les États confédérés où elles n*ont pas encore leur existence assurée. Mais il est un autre point qui n'a pas une moindre importance. Il s'agit d'éviter de non-
Teaux malentendus et de feciliter autant que possible un accord prochain et définitif relativement à l'application de Tarticle XIII. Il fiaut donc qu'en présence des travaux commencés dans plusieurs États confédérés, travaux qui se rapportent aux constitutions provinciales , on ne prenne aucune résolution contraire en quoi que ce soit aux vues préalablement exposées ici et à Tinterprétation raisonnée que la Diète donnera sous peu de Tarticle en question.