EXPLOSION DE LA RÉVOLUTION NAPOLITAINE ET AUTRES ÉVÉNEMENTS
EXTRAITS DK LETTRES PARTICULIERES, ÉCRITES PAR METTER5ICII DC 17 JUILLET AU 16 OCTOBRE 1820.
426. De Weinzîerl. -— Nouvelles de la catastrophe de Naples. — Sérieuses inquiétudes de Metternich au sujet de la vie de la princesse Marie (comtesse Esterhazy). — L'événement de Naples. — 427. Mort de la princesse Marie. — Désespoir du comte Joseph Esterhazy. — 428. L'Empereur François. — 429. Projet formé par Metternich d'envoyer toute sa famille k Paris. — 430. Ferme attitude de l'Empereur François et de Metternich. — Golowkin. — 431. Même vie qu'en 1815. — Préparatifs militaires. — 432. Nombreuses occupations. — 433. Que faire? — Mot de TEmpereur Alexandre. — 43V. La Saint-Napoléon. — Réminiscence. — 435. Metternich trouve p.irtout de Técho en Europe. — 436. Sur l'ennui et suites du sommeil. — 437. Anniversaire de la naissance de Clémentine. — 438. Entrevue des trois Souverains à Troppau. — 439. Jour de Touverturc des conférences. — Membres du Congrès qui sont attendus. — Projet d'une conférence permanente à Vienne. — 4V0. Départ de la famille de Metternicli pour Paris. — 441. Pratique ou entêté? — 442. Trop tôt ou trop tard? — I^s articles de Coloet dans la Gazette de France. — Le Journal ttes Débats, — 443. Amélioration de la santé de la femme de Metternich à Paris. — 444. De HoUitsch. — Bonnes nouvelles de Saint-Pétersbourg. — 445. Du château de Witzomirzitz.
Weinzierl, le 17 juillet 1820.
426. Depuis hier je suis ici, dans le château impérial. J'ai quitté Carisbad le 11, suis arrivé à Vienne le 13, et j*ai rejoint les miens à Badenle 14; mais je n'ai fait que passer la nuit dans ce dernier endroit. Le 15, j'ai été rappelé à Vienne par la nouvelle de la catastrophe de Naples. Le 16, je suis venu ici, auprès de TEmpereur.
J'ai passé de bien tristes moments à Baden. Depuis trois ou quatre mois Marie n'est pas bien ; on constatait chez elle tous les symptômes d'une grossesse. Ces symptômes disparurent pour faire place aux signes irrécusables d'une grave maladie. AfiFreuse certitude pour nous! Je la trouvai terriblement changée; elle est si brisée, si iBaible, que je ne puis plus conserver d'espoir. En moins de deux mois j'aurai perdu deux filles. Le Ciel me soumet à de cruelles épreuves; je me
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rési(;iie à sa volonté, et j'espère que mes afflictions me seront comptées dans un m(mde meilleur.
La révolution de Naples est un événement qui se dérobe à (ous les calculs; les conséquences de ce mouvement ne vont pas tarder à apparaître ; il faut donc que le remède au mal ne se fasse pas attendre. Mais y a-t-il des moyens sûrs de le cornliattre? Je n'en sais rien encore, toutefois, je ne serai |>as le dernier à me placer sur la brèche. La destinée m^a fieiit si léger, cVst-à-<Iire il y aura bientôt si peu de liens qui me rattacheront à la terre, que je n^aurni nul mérite à déployer toute nia force d'âme et de cœur.
Cet événement affectera profondément l'Empereur Alexandre, d'autant plus que les rebelles se targuent de son appui. Depuis 1815, Tltalie est inondée de Russes qui n^ont jamais rcssé de travailler à propager l'idée fausse que tous les mouvements dits libéraux trouveraient un protecteur dans leur Souverain. Or, voici le premier mouvement : deux escadrons de cavalerie renversent un trône et exposent le monde entier à des malheurs incalculables. Cela ne se passera pas à Naples comme à Madrid. Le sang coulera par torrents. Un peuple à moitié barbare, d'une ignorance absolue, d'une superstition sans bornes, ardent et passionné connue le sont les Africains, un peuple qui ne sait ni lire ni écrire et dont le dernier mot est le poignard, présente une belle matière pour Tapplication des principes constitutionnels !
Je resterai encore ici demain, et le 19 je retournerai k Vienne, où mon temps se partagera entre la capitale et Baden. A Vienne m'attendent de grandes occupations, à Baden de grands (chagrins.
Vienne, le 25 juillet.
427. J'avais quitté ma Klle le 16; le 20, elle n'était plus! J'ai reçu cette affreuse nouvelle au dernier relais avant Vienne. Je trouvai à la maison ma femme et mes enfants, qui venaient de revenir de Baden. Ma fille était morte à huit heures du matin. Sa mort a été douce et paisible comme sa vie, comme doit