EXPLOSION DE LA JIÉVOLUTION NAPOLITAINE (18S
Tétre le dëpart d'une àme pour sa véritable patrie. Si cette meilleure partie de moi-même peut espërer une consécration plus haute, le Ciel comptera un ang^e de plus.
Mon gendre n'a pas assisté à Tenterrenient de sa femme ; il a fallu le surveiller, tant était grand son désespoir. Dans l'après-midi , il est venu ici ; il a baigné mes genoux de ses larmes. Il est tourmenté par la pensée que je ne lui pardonnerai pas ce malheur, à lui qui avait tout fait pour rendre heureuse celle qu'il aimait par-dessus tout. Ma douleur est celle d*un homme qui a encore d'immenses devoirs h remplir; il faut que j'oublie que je suis père ; il faut que j'étouffe cette voix que la nature elle-même a tant de peine à iBaire taire. Je me rue au devoir comme le désespéré se rue sur des batteries ennemies; je ne vis plus pour sentir, mais pour agir. Le fardeau que m'a imposé la Providence est bien* lourd, et plus d'un succomberait sous le faix. Comme j'ai aimé cette enfant! Elle, de son côté, m'aimait plus qu'un père. Depuis de longues années elle était ma meilleure amie; je n'avais plus besoin de lui confier mes pensées, elle les devinait; elle me connaissait mieux que je ne me connais moi-même; elle n'a jamais eu une pensée qui n'eût été la mienne; elle n'a jamais prononcé un mot que je n'eusse dit à sa place. La bénir et la remercier d'être à moi, d'être ce qu'elle était, voilà le besoin que j'éprouvais sans cesse, la préoccupation qui ne me quittait pas. J'ai fait une perte irréparable. Le seul bon côté de mon malheur, c'est que je ne me sens plus attaché à cette terre que par des liens bien légers. Ma fille serait morte de ma mort, je ne meurs pas de la sienne; elle valait donc mieux que moi.
Au miliçu d'une telle douleur, le monde pèse sur mes épaules avec tout ce qu'il a réuni dans les derniers temps en fnit de poids accablants. Le jour même de la mort de ma fille, il m'a fallu rester six heures au conseil des ministres et huit heures à mon bureau.
Je ferai mon devoir, et désormais le devoir chez moi prendra la place de la vie.
3<i2 RECUEIL DE DOCUMENTS (181S-189S).
26 jaillet.
428. Le Ciel m'a placé à côté d'un homme qui a été, pour ainsi dire, créé pour moi. L'Empereur François ne dépense pas de vaines paroles; il sait ce qu'il veut, et sa volonté m^impose toujours ce que mon devoir me commande de vouloir. Laissant de ci>tc toute considération secondaire, il marche toujours droit à son }>ut . Il ne jette jamais le gant, mais ille ramasse quand on le lui jette. Les difficultés sont grandes; le sort décidera si nous devons vaincre. Mais tout ce que pourront fisiire la force d'âme, la pureté de la conscience, le sang-fipoid et la réflexion, sera fait certainement. Moi aussi, on dirait que le Ciel m'a fait pour rester à ses côtés et pour le seconder dans sa rude tâche.
C'est dans le devoir que je cherche mon refuge; c'est lui qui me rend moins sensible le poids qui pèse sur mon cœur, et la douleur, au lieu de m'ahattre, m'encourage plutôt à bien faire. Je ne sais pas si je vis, et c'est une question que je ne me pose pas non plus. Je me traite comme un malade.
28 juUlet.
429. Il y a juste aujourd'hui huit jours que la meilleure partie de moi-même est descendue dans la tombe. Pourquoi n'y suis-je j)as descendu moi-même? Que de chagrin m'eût été épargné ! Ma pauvre Marie dort aujourd'hui dans une terre étrangère. Son mari a voulu l'avoir dans son caveau de famille; aussi ma cendre ne reposera-t-elle pas à côté de la sienne. Je me console par la pensée que nous n'en serons pas moins réunis un jour, et cela pour l'éternité.
D'accord avec ma femme, avec cette mère si bonne et si malheureuse, j'ai pris une résolution qui la touche de près, elle ainsi que moi-même. Nous faisons un nouveau sacrifice à nos devoirs et à la raison. Le séjour de Vienne finit par devenir trop dangereux pour la mère et pour les trois enfants qui nous restent , car ils ont tous la poitrine délicate. Ma femme