I.ALTncllE ET LA RÉVOLUTION DE NAPLES (1820). i
ATTITIDE DE i/aUTRICHE VIS-A-VIS DE LA RÉVOLUTION DE NAPLES ET ADHÉSION DE LA BAVIERE A LA POLITIQUE DE METTERNICH.
478. Metternicli au comte de RechLerj;, ministre des affaires étrangArcs à Miiiiich (Lettre confidentielle). Vienne, le S6 juillet 1820. — 479. Genlz à Mcitemich (Rapport), Salzbourg, le 1*^ août 1820. — 480. Metternich à Gentx ( Lettre), Vienne, le 10 août 1820.
478. Les événements qui se sont passés récemment dans le royaume de Naples ont fait ressortir, avec plus de force que n'importe quel événement antérieur du même genre, la vérité <Ui fait suivant : c'est que, même dans un État régulièrement vt sagement administré, chez un peuple paisible, modeste dans ses aspirations et content de son gouvernement, la funeste influence des sectes révolutionnaires peut provoquer les commotions les plus violentes et amener en un moment le renversement des institutions en vigueur. Car il est parfaitement prouvé que ce sont les menées des carbonari toutes seules, sans qu'il y eût une impulsion étrangère, sans qu'il y eût un prétexte même spécieux à une agitation politique, qui ont <lonné naissance à ces mouvements insurrectionnels qui ont porté Sa Majesté le Roi de Naples à déposer le pouvoir dans un moment de trouble et de frayeur, à supprimer toutes les autorités existantes, à donner à ses sujets une Constitution absolument étrangère au pays et dont l'application n'a pas oncore été essayée même là où elle a été inventée, en un mot, à proclamer Tanarchie comme loi souveraine.
Sa Majesté l'Empereur est convaincue que cet événement inattendu a dû faire Timpression la plus vive sur toutes les liours d'Allemagne. Il démontre, par un exemple fî^appant, <'ombien il est dangereux d'envisager avec l'indifférence du <lédain la puissance d'associations secrètes et de conjurations tramées dans l'ombre, et combien les princes d'Allemagne ont agi sagement en déployant toute leur vigilance et toute leur rigueur pour combattre les premiers symptômes de ces coupables tentatives.
Ton a montre la plus grande condescendance pour leurs prétendues aspirations.
Avant le Congrès de Carisbad, le mal avait pris de telles proportions qu^il aurait suffi d'une complication politique môme insignifiante pour bouleverser Tordre social. La sagesse du système adopté par les grandes Cours nous a préservés de ce danger, qui pourrait encore être mortel, même aujourd'hui. Quelle est donc la marche qu'un Gouvernement éclairé doit suivre dans cet état de choses? En posant cette question, on admet comme probable la possibilité du salut, et nous nous croyons pleinement autorisés à concevoir une pareille espérance.
Si maintenant nous examinons les moyens par lesquels on pourrrait atteindre un but aussi élevé, nous nous voyons ramenés au point d'où nous sommes partis. Ainsi, pour ménager un avenir plus heureux, il feut être au moins assuré du présent; la conservation de Tordre de choses existant doit, par conséquent, être la première et la plus grave de toutes nos préoccupations. Par là nous n'entendons pas seulement Tancien ordre de choses, en tant qu'il a été respecté de toat^ temps dans certains pays, mais encore toutes les institutions nouvelles créées légalement. L'importance qu'il y a à les maintenir et à assurer leur permanence ressort des attaques qu'on a dirigées avec un acharnement peut-être plus gnnA encore contre elles que contre les anciennes institutions. Dans les temps actuels, il y a tout autant de danger à passer de Tancien ordre de choses à un ordre de choses nouveau, qu'à revenir des institutions nouvelles aux institutions disparues. L'un et l'autre également peuvent provoquer une explosion de troubles, chose qu'il faut éviter à tout prix.
Ne s'écarter en aucune façon de Tordre de choses existant, quelle qu'en soit l'origine; n'entreprendre des changements, s'il parait absolument nécessaire d'en faire, qu'en agissant avec une entière liberté et à la suite d'une résolution bien milrie : voilà quel est le premier devoir d'un Gouvernement qui ne veut pas être entraîné dans les malheurs du siècle. Une telle résolution, quelque juste et naturelle qu'elle puisse être,
provoquera certainement des luttes acharnées ; mais Tavantage d'avoir sous ses pieds une base connue et avouée est évident; car, fort de ce point d*appui, on pourra facilement découvrir dans toutes les directions et déjouer les mouvements de Tennemi, qui seront nécessairement incertains.
Nous considérons comme absolument dénuée de fondement Tobjcction qu'on pourrait fiaire, savoir « qucj parmi les constitutions données^ en Allemagne jusqu'à ce jour, il n'en existe pas une qui repose sur une base quelconque, et que, par conséquent, aucune d entre elles ne présente un point d'appui. » S'il en était ainsi, les démagogues, dont Tardeur est infatigable, n'auraient pas cessé de miner les constitutions. Tout ordre de choses institué légalement porte en lui-même le principed'un système meilleur, à moins qu'il ne soit l'oeuvre du caprice ou de l'aveuglement et de la folie, comme l'était la constitution des Gortès en 1812. Du reste, une charte n'est pas encore une véritable constitution ; celle-ci ne se forme qu'avec le temps, et il dépend toujours des appréciations et de la volonté du Gouvernement de donner au développement du régime constitutionnel la direction voulue pour séparer le bien du mal, pour affermir l'autorité publique et pour protéger le repos et le bonheur de la nation contre toute attaque et tout acte d'hostilité. Deux grands moyens de salut sont assurés actuellement à tout Gouvernement qui, pénétré du sentiment de sa dignité et de son devoir, n'est pas décidé à se perdre lui-même. L'un de ces moyens repose sur la conviction rassurante qu'il n'existe absolument aucune mésintelligence entre les puissances européennes, et que, d'après les principes immuables de la Monarchie, on ne saurait non plus prévoir aucun désaccord. Ce fait, qu'il est impossible de révoquer en doute, affermit et garantit notre situation et notre force. L'autre moyen, c'est l'union entre les États allemands, union qui s'est produite dans le ' cours des neuf derniers mois et qui, avec Taide de Dieu, deviendra indissoluble, grâce à la fermeté et à la loyauté des membres de la Confédération.
Les conférences de Garlsbad et les résolutions qu'on y a élaborées ont agi d'une manière plus puissante et plus salutaire
ilO RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-18SS).
coiifidenticlleinent Sa Majesté le Roi de ses vues personnelles, ainsi que de sa ferme résolution.
Dans ce but, j'adresse à Votre Excellence la présente lettre confidentielle.
Je saisis cette occasion pour assurer Votre Excellence des sentiments de haute considération avec lesquels j^ai Thonneur d'être, etc., etc.*.
GenU k Metternîch (Rapport), Salzbourg, le i'^ août 1820.
479. ...Dimanche, à onze heures, je me rendis à Nyraphen- Imrg. IjC Roi me reçut avec sa bienveillance et son affabilité habituelles. Il venait de recevoir du comte de Rechberg la déclaration de Votre Altesse (n" 478); il promit de la lire trèsattentivement. Je me trouvai donc aussitôt amené à parler du contenu de ce document, qu'il approuva franchement et sans restriction. Voici comment il s'exprima à cet égard : « Les sentiments de Sa Majesté TEmpereur, dit-il, Tinvariable fermeté qu'Elle montre dans les bons comme dans les mauvais jours lui sont connus depuis longtemps; il peut facilement se l'epréscnter <'e cjue doit penser TEmpcreur de scandales tels que la révolution de Naples. II faut que tous nous remerciions Dien d'avoir donné aux Princes allemands un chef de file comme TEmpereur. Quant à lui, le Roi, il n'était pas plus partisan da régime constitutionnel que l'Empereur, et si le.... Congrès de 1815 n'avait pas gâté tout son jeu, il ne se serait certainement jamais engagé à ce ])oint. Ouoi qu'il en soit, il s'en était tiré.
Dieu merci, à bon marché ; à présent, le d lui-même ne lui
ferait pas fiiire un ])as de plus. » Pendant cette tirade, il lança, mais seulement en passant, quelques récriminations relativement au passé et aux incidents survenus entre la Cour impériale et la Cour de Bavière, et l'entrevue se termina d^ane manière vraiment cordiale : le Roi finit par me dire quelques
* De semblables déclarations ont été adressées aussi aux autres Coun iV Allemagne. ( Note de C Editeur , )
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paroles Irè --flatteuses pour Votre Altesse, qui, afFirmait-il, venait de bien mériter de rAllemagne.
J^e Roi me lut ensuite les dernières lettres qu'il avait reçues de Naples et qui allaient jusquau 15. Il me sembla que son seul ehagriii était de nous voir envoyer trop peu de troupes en Italie. Il entendait parler de vin{j[t mille hommes ; cela lui paraissait insuffisant. Je lui dis qu'à cet égard je ne pouvais enrore rien savoir de positif; que Sa Majesté savait mieux que personne qu'il ne suffît pas de quelques jours, ni même de quel(|ues semaines, pour mettre de grandes armées en mouvement; mais que, considérant le point de vue adopté par la Cour de Vieime, je croyais pouvoir afKrmer sans crainte que rAiitriclie ne négligerait rien de ce que pourrait exiger nonseulement la garantie de sa propre sécurité, mais encore la prote<*tion qu'elle devait à ses plus proches voisins.
Le lioi eut Tair de ne rien craindre du côté de la Sardaigne. Il me fit entendre qu'il avait de bonnes liaisons pour croire que le lloi de Sardaigne « ne mordrait pas à Fappàt » , surtout si les carbonari travaillaient sérieusement Gènes. Il ajouta qu'il fallait absolument que ce Prince s'unit à l'Autriche d'une manière étroite et indissoluble, vu qu'on ne pouvait tolérer des révolutions sur ses flancs. Je m'associai à cette opinion, qui est d'une justesse incontestable.
D'après un sot bruit qui court les rues de Munich depuis quelques jours déjà, et dont le Roi me parla aussi, la Cour de Naples aurait, environ six semaines avant que l'insurrection éclatât, demandé un secours de troupes à l'Autriche ; celle-ci n'aurait pu accéder à son désir parce que l'envoyé de la Russie près la Cour pontificale, Italinsky, avait déclaré qu'il serait de son devoir de protester contre tout mouvement de Iroupes autrichiennes. J'affirmai au Roi, ainsi qu'à tous ceux qui m'interrogèrent à ce sujet, que tout cela n'était ([u'un tissu de mensonges, qu'un conte répandu par les carbonari dans un but très-facile à concevoir.
Le Roi, qui ne semble pas aimer extraordinairement l'Emprreur Alexandre, exprima la crainte que leCzar «ne prétendit intervenir aussitôt dune manière active » , ce qui ne laisserait
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pas d'être fort grave. Je lui répondis que, dans les dernières années , T Empereur Alexandre n'avait cessé de manifester les intentions les plus pures et les plus nobles ; malgré riniportance d'une entente morale et politique entre lui et notre Cour, dans les circonstances actuelles, on ne pouvait pas même admettre l'idée qu'il scmgeât à nous imposer un concours matériel dont rAutriche n'aurait nul besoin.
Entre autres choses, le Roi me Fit une (|uestion singulière: il me demanda si je ne croyais pas que le prince héritier de Naples eût pris une part directe à la conspiration. J'affirmai n'avoir jamais entendu un mot de cela, sur quoi le Roi me répli(j[ua d'un air très-significatif : «i Je le crois tout à fait positivement, ne serait-ce que parce que Monsieur mon fds, qui aime aussi les principes libéraux, comme vous le savez, m*a dit par trop de bien de lui, »
Le Roi prétend savoir que Reggio est le grand rendez-vous des carbonari dans la haute Italie, et que le pavs de Mf>dène en général est fort menacé.
A la fin, nous reparlâmes de TAIIemagne. Le Roi ne s'exprima pas d'une manière très-favorable à l'égard du Roi de Wurtemberg ; quant à son ministre, il le malmena encore davantage. Il ne semblait pas non plus être très-enthousiaste du Orand-Duc de Bade.
Je finis par amener la conversation sur lé baron de Zentner et sur la belle conduite qu'il avait tenue à Vienne. Ce que j'en dis sembla flatter extraordinairemcnt le Roi, et lorsque, dans la suite de l'entretien, je lui racontai que Votre Altesse m'avait formellement chargé de témoigner au comte de Rechberg la vive satisfaction avec laquelle vous voyez marcher les délibérations de l'assemblée fédérale; lorsque j'ajoutai encore que «je tenais de Votre Altesse même que Sa Majesté Impériale s'était plus d'une fois exprimée dans le même sens » , je vis à n'en pouvoir douter (jue chacune de mes paroles causait au Roi le plus sensible plaisir.
Mon audience dura environ une heure et demie. Sa Majesté me congédia en nie priant « de vous adresser de sa part les salutations les plus affectueuses « .