‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 85 sur 126 · I/ATTRICHE ET LA RÉVOLUTION DE NAPLES · texte numérisé non relu

I/ATTRICHE ET LA RÉVOLUTION DE NAPLES

J'étais invité à dîner ce même jour chez Je comte de Rechl»(»r{j ; je me trouvai à table avec le baron de Zentner, le comte de Tliurheim, le comte d'Arco, le baron de Hruby et quelques a 11 1res convives.

Après le dîner, j'eus mon dernier entrelien avec le comte de ll(»rhl)crg : ce fut, sinon le plus important, du moins Je plus solennel. Il nous conduisit, le baron de Zentner et moi, dans une chambre voisine, et là il nous exposa une sorte de profession de foi politique dont je me borne à citer les passages suivants, qui sont remarquables : « Je commence par m'exécuter moi-même. Pendant (|uinze ans, j'ai combattu TAutriche, entraîné comme je Tétais par tous les vieux préjugés ; je m'accuse, mais je m'excuse aussi. Ma manière de voir était le reflet de celle qui régnait généralement dans mon pays. Mon séjour à Vienne aurait pu rectiKer plus-d'une idée fausse; mais, malgré ces occasions de dessiller mes yeux, les nobles principes de Sa Majesté l'Empereur ne m'apparaissaient alors qu'à travers des verres troubles et souvent trompeurs. C'est un des impérissables mérites du prince de Mctteniich d'avoir été le premier à faire comprendre non-seulement à la Bavière, mais <»ncore à l'Allemagne en général, le véritable caractère dç la politique autrichienne. Voir encore aujourd'hui dans TAutriche autre chose qu'une puissance bienfaisante et protectrice, ce serait rompre en visière à la raison elle-même et combattre notre intérêt le plus évident. Ce n'est qu'avec l'Autriche que la Bavière peut se maintenir ou tomber désormais. Nous, du moins tous ceux qui dans notre pays pensent bien, nous sommes pénétrés de cette vérité; nous voudrions la crier sur les toits. Je ne saurais dire jusqu'à quel point d'autres Cours allemandes partagent nos sentiments, mais elles sont unanimes à recon^naltre, et le Wurtemberg lui-même ne peut se dissimuler que sans l'Autriche il ne subsisterait pas longtemps. »

II avait les larmes aux veux en disant ces mots.

Il me j)ria ensuite de mander à Votre Altesse « qu'il trouvait la déclaration qu'il a reçue hier on ne peut plus correcte, rassurante et glorieuse pour l'Autriche ; que, du reste, elle ne pouvait manquer de produire son effet. Si dans ce moment

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solennel T Autriche avait montré de Tincertitude ou même tardé à se prononcer, il aurait, pour sa part , considéré l'Europe comme perdue. Maintenant il voyait enc(»re la possibilité de la sauver, et si toutes les Cours d'Allemagne voulaient fiaire leur devoir comme la Havière était résolue à faire le sien, il croyait pouvoir assurer à Votre Altesse que, malfpré les éternelles machinations de l'ennemi, le repos de l'Allemagne ne serait point troublé. »

Le baron de Zentncr adhéra sans rései*ve à toutes ces déclarations.

J'ai bien regretté l'impossibilité où j'ai été de m'entrctenlr avec le prince de Wrede. Il n'était pas à Munich; je n^ai pu essayer de le rencontrer h Mondsee, vu que, le jour même de mon départ de Munich, il partait de cet endroit pour prendre la route de Uutisbonne et aller au loin visiter ses terres.

J'ai quitté Munich le 31 au matin. Hier, à midi, je suis arrivé h Salzbourg, où j'ai trouvé des nouvelles très-fàcheuses relativement au vova{je (jue je devais poursuivre jusqu'à Gastein.

Meitcrnicli à (îciitz. Vienne, le 10 août 18S0.

480. Mon cher (UmiIz, j'ai reçu le rapport que vous m'avez envoyé de Salzbourg. Je l'ai soumis aussitôt à l'Empereur, qui lui a rendu pleine justi^'c. Le tableau que vous faites de Munich est parfaitement conforme à la vérité ; les éléments qui dominent dans ce pays-là sont tels que vous les jugez, et je suis heureux de voir que vous vous êtes (Convaincu que je ne me suis bercé d'aucune illusion ni sur le compte des hommes ni sur celui du terrain

On ne peut encore rien dire de positif de l'Italie ; là comme partout, on n'est pas sûr du lendemain. Les Gouvernements veulent le bien ; auront-ils la fermeté nécessaire au jour du danger? Notre attitude seule contient les partis en Italie. A Naj)les, personne, pas même les premiers fauteurs du mouvement, ne sait où ces derniers vont, jusqu'où ils peuvent et môme jusqu'où ils veulent aller. On peut dire que dans ce

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pays la révolution est vraiment tombée du ciel. Elle pèse sur lui comme un cauchemar ; ceux qui Tont provoquée ont atteint si vite leur but, qu'ils sont tout étonnés de se voir tout d'un coup forcés de gouverner. On a beau tourner et retourner la (|uestion, les besoins du Gouvernement et les moyens de gouverner restent toujours les mêmes. L'État a besoin d'argent, il a besoin de protection, il faut que la justice se rende. Or, d'où doit venir l'argent? d'où doivent venir la protection et la justice? Je crois que, si 'le jeu ne présentait pas trop de dangers, le meilleur moyen de réduire au silence les bavards qui font de l'opposition serait de ramasser un tas de ces parleurs et de les charger brusquement du soin de gouverner. Voilà, du reste, où en sont ceux qui sont à la tète des affaires dans le pays de Naples ; la situation qu'ils ont créée est bien différente de celle de l'Espagne : car chez eux tout était bon, tandis qu'à présent tout va se gâter forcément. Personne ne veut payer, et encore moins obéir. Le retour du prince Cariati aura fait sans doute une terrible sensation.

C'est d'ailleurs dans les États romains que le danger continue d'être le plus grand. Cependant, quand une fois le bon sens a été altéré, quand toutes les saines notions ont été troublées comme nous le voyons aujourd'hui, il devient impossible de compter d'une manière absolue sur l'avenir. Aussi je n'hésite pas à avouer que jUgnore encore, dans le sens le plus exact du mot, à quoi la situation peut aboutir, à quoi elle aboutira en dernier résultat. Quoi qu'il en soit, nous marchons d'un pas tranquille en avant sur la grande route du devoir, et nous employons les grands moyens.

En France, les événements de Naples ont fiait une grande sensation. D'après les premiers renseignements qui nous ont été transmis par le Cabinet français, l'impression produite semble être bonne. Personne ne veut se laisser déposséder par les Pepe et consorts. Le Gouvernement français semble partager aussi cette répugnance.

La nouvelle de la révolution de Naples est arrivée à Saint- Pétersbourg après le départ de TF^mpereur; d'ici à quelques jours nous connaîtrons l'effet qu'elle a produit sur lui. En

il6 RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-18SS).

attendant, les paysans du Don se sont insurgés, se fondant sur ce que Sa Majesté avait, ainsi quils Tavaient appris , afFranclii les paysans de TEsthonie et de la Gourlande, et disant qu'ils réclamaient la même faveur. On a envoyé beaucoup de troupes sur le Don uKn d'y expulser le démon libéral à coups de knout.

Je continue de recevoir de TAIlcmagne des nouvelles rassurantes et insignifiantes à la fois. De tous les côtés on nous supplie au nom du Ciel d'envoyer beaucoup de troupes en Italie. D'ici au 20 septembre il y aura quatre-vingt-cinq mille combattants rassemblés au point voulu.

J'espère vous revoir bientôt; vous me manquez beaucoup en tout temps, mais surtout dans le moment actuel.

4^81. Metternich à l*Emperciir François ( Rapport 'j^ Troppau, le 6 novcm- ]u-(î 1820. — 482. Principes servant de base à la politique d*intervenlioo, minute de la main de Metlernieli (Annexe du n<>A81). — 483. Uédoluliou soiivernine de l'Empereur François. — 484. Dépêche-circulaire des trois Cours du Nord à leurs missions. Troppau , le 8 décembre 1820. — 485. Metternich à Rechberg (Lettre confidentielle). Vienne, le 31 décembre 1820*

481. Afin d'arriver à nous entendre par&itement, j'ai rédigé rapidement le projet ci-anncxé (ii" 482) dans le cours de la délibération qui a eu lieu aujourd'hui chez le comte de BemstorflF, entre les trois Cabinets. Les ministres russes l'ont trouvé en harmonie avec les idées de leur maître. Je le soumets à Votre Majesté afin qu'KIle dai{;ne l'examiner; car il faut que je saphe si je puis le remettre comme étant également l'expression fidèle de Topinion de Votre Majesté.

*^ Au Congrès de Troppau, qui so réunit sur l'invitation de Mettemidi, assistaient : l'Empereur François d'Autriche, l'Empereur Alexandre et le (;rand-duc Nicolas de Russie, le Roi Frédéric-Guillaumo III de Prusse, avec le Prince royal; ensuite, les diplomates : Metternich, Zichy, Gentz, Mercy (pour l'Autriche); Nesselrode, Capo d'Istria, Wolkonsky, Golowkin , Alopéot (pour la Russie); Hardenbcrg, 'Bernstorff (pour la Prusse); Stewart (pour l'Angleterre); de La Ferronnays (pour la France). (Xote de t Éditeur^

PRINCIPES SERVANT DE RASE A LA POUTIQUE D*XNTER VENT ION. Projet rédigé par Mettemick. (Annexe da n9 481 •}

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