‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 22 sur 96 · iO juin · texte numérisé non relu

iO juin

M. Hurter, père d*un jeune homme auquel je m^ntéresse depuis que son père Ta fait entrer à Tacadémie des ingénieurs à Yienne, est arrivé ici. Il est connu par plusieurs ouvrages excellents, mais surtout par le fait qu'après avoir exercé pendant un certain nombre d'années les fonctions de pasteur protestant, et après avoir été un des plus ardents champions du protestantisme, il est devenu tout à coup catholique fervent et convaincu. Sa femme est encore protestante; deux de ses fils, notamment le nôtre, sont catholiques. Le jeune François ne s^est converti qu'il y a quelques semaines. Clément a fait venir le père à Vienne pour le charger de quelques travaux sur l'histoire de l'Autriche. Gela fait du bien de causer avec cet homme, et son extérieur est agréable, bien qu'on puisse dire qu'il est laid.

Le Roi de Prusse a envoyé ici un courrier pour informer la Cour de son désir que l'Autriche fasse une démarche décisive pour qu'un Archiduc autrichien épouse Doua Isabelle, et que la couronne d'Espagne fasse ainsi retour à l'Autriche. A cette occasion, Clément a rédigé un rapport à l'Empereur, pour que les archives de la chancellerie d'État conservent un document attestant que dans cette circonstance il n'a pas négligé les intérêts de la Maison Impériale d'Autriche, et pour que l'histoire ne puisse lui faire aucun reproche à cet égard*.

* Les détails consigDes dans le Journal concordent parfaitement ayec les

La Reine de Saxe m*a accorde une audience. Il m'a donc fallu aller à Schœnbrunn, où elle s*est entretenue pendant une heure arec moi de la Êiçon la plus aimable. C'est une bonne et charmante dame, et souvent on est si frappé de la

docamenU officiels. A U toite des dépêches écbangées, le coamer apporta de Berlin une lettre du ministre de Cabinet Caniu, dans laquelle le Roi faisait dire au prince que Fidée d'un mariage entre la Reine Isabelle et un Archiduc autrichien lui souriait beaucoup ; que c'était un moyen d'assurer la restauration d'une légitimité bien pins ancienne et honteusement foulée aux pieds bien mieux que par un mariage avec le prince des Asturies; qu'il ne méconnaissait nullement la difficulté de la chose, mais qu'il ne regardait pas la manière de voir du chancelier d'Etat à l'égard de l'impossibilité de l'exécution comme tout à fait correcte, • sauf le respect qu'il lui doit> ; <|u'il était noble que l'Autriche n'intriguât pas dans son propre intérêt, mais que si le bon Dieu venait à offrir les couronnes d'Espagne et des Indes à la Maison archiducale, il considérerait un refus comme impardonnable.

Là-dessus le chancelier d'ËUt adressa à l'Empereur un rapport dans lequel il développait avec la plus grande ampleur, dans l'intérêt de sa réputation historique, les principes (connus do lecteur) de la politique qu'il avait suivie jusqu'alors dans la question de succession au tr6ne d'Espagne, qui venait de se changer en une i^uextion de mariage après la fin matérielle de la guerre civile. Si l'on part, continue le prince, de l'hypothèse que la solution de la dernière question, c'est-à-dire le choix du candidat à la main de la Reine Isabelle et, par suite, de l'héritier éventuel dutrône, doit appartenir à l'Espagne seule, sans tenir compte des traités d'Utrecht et de Bade, dans ce cas la Maison Impériale d'Autriche se mettra aussi sur les rangs. Si le réublissement de la paix intérieure de l'Espagne n'était possible que par un mariage de la princesse à laquelle appartient le Trône avec un prince de la Maison Impériale et Royale, il ne faudrait attacher de l'importance au fait qu'autant que l'initiative viendrait de l'Espagne, initiative qu'il ne serait pas opportun de prévenir. Le contre-coup du retour de la Maison archiducale sur le tr6ne d'Espagne serait surtout sensible à la France et conduirait à un casus helli ou an renversement du trône de France actuel. En tout cas, la base de la politique suivie par l'Autriche lors de la conclusion des grands traités de paix et du remaniement de la carte d'Europe, politique consistant à éviter de mettre l'Empire en contact direct avec la France par des frontières communes, subirait une modification essentielle, ne serait-ce qu'à cause de la protection à accorder à la branche espagnole de la Maison. Enfin, l'examen de la question préalable de savoir si un prince de la Maison Impériale en général serait disposé à donner sa main à la jeune Isabelle pour devenir simplement Vépoux de la Reine, devrait nécessairement être réservé pour le jour de la solution définitive. Tel est le résumé succinct du rapport, à la suite duquel il fut déclaré, aux termes d'une résolution sommaire du 2 juin, qu'il n'y aurait rien à changer au point de vue auquel le chancelier d'Eut s'éuit placé jusqu'alors, mais que toutefois l'Empereur se réservait toute sa liberté d'action s'il devait survenir d'autres circonstances. (Note de t Éditeur,)

ressemblance qu^elIe a, sous le rapport de la voix et des manières, avec rArchiduchesse Sophie, qu'il feut la regarder très-attentivement pour ne pas la confondre avec cette dernière. Nous avons causé ensemble de toutes les affaires politiques et religieuses, de la manière de vivre de mon mari, des jeunes Archiducs, qu'elle trouve charmants; des enfants de la princesse Jean de Saxe, etc., etc.

Le 2, TArchiduc Frédéric a prononcé ses voeux de chevalier de Malte dans la chapelle de TOrdre. Clément et tous les membres de TOrdre ont assisté à la cérémonie ; cela me fisiit regretter de ne pas avoir également rempli ce devoir.

Dimanche, le 8, j'ai été à Hietzing. Dans la serre des orchidées fleurissait une plante qu'on n'a encore jamais vue en Europe, et qui est vraiment magnifique. Nous avons dtné au jardin avec Fanny Elssler et d'autres personnes. Elle m^a rappelé à table qu'il y aura demain vingt ans que le pauvre Gentz est mort. Elle conserve pour lui une vive reconnaissance, parce que, dit-elle, elle lui doit son éducation, ce qui du reste est vrai.

Nous avons dtné à Schœnbrunn chez l'Impératrice. Quand nous avons quitté le château, la princesse Amélie de Suède nous a dit que l'Archiduchesse Sophie et la Reine de Saxe voulaient venir chez nous au Rennweg après avoir visité l'exposition des fleurs. Nous sommes donc rentrés aussitôt, et nous avons mis nos appartements en ordre pour les recevoir. La Cour n'a pas tardé à venir. Nous avons fait les honneurs de notre pavillon, qui a paru plaire à la Reine de Saxe, et qui est, en effet, très-joli.

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