‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 21 sur 96 · VII · texte numérisé non relu

VII

20 février.

Nous ayons eu un joli concert chez TArchiduchesse Sophie ; un pianiste du nom de Willmers, mais surtout Hoschek, qui joue du cor, ont charmé tout le monde.

i-22 mars.

Mon pauvre Clément est absorbé par les affaires les plus pénibles. La Suisse est en feu, et en Allemagne aussi la situation est mauvaise. Clément veut envoyer à la frontière suisse des troupes qui, parait-il, doivent être commandées par Guillaume Lichnowsky.

Dans les derniers temps, Clément a été plus occupé que jamais. En Prusse et dans toute T Allemagne en général, règne une fermentation inquiétante, non-seulement au point de vue religieux, mais encore au point de vue politique. Il paratt qu'on comprend le danger en Russie. Clément a été très-satisfeit des nouvelles qu'il a reçues de ce pays.

Ismaïl-Bey* a pris congé de nous et est parti pour Paris. Il y entrera avec quarante autres jeunes gens dans une école militaire. Son grand-père, Méhémet-Ali, qui est Français avant tout, veut Ty faire élever, vu qu'il est convaincu que ce n'est qu'à Paris qu'on peut se former.

i-14 avril.

Clément a obtenu un succès politique par la défaite des corps francs en Suisse. Les petits cantons, Lucerne en tête, ont fait des prodiges de bravoure ; ils se sont débarrassés du parti subversif, qui veut détruire tout ce qui se trouve de bien dans le pays, et, après la victoire, ils se conduisent avec beaucoup de prudence, de modération et de sagesse.

On dit que Flahault ne retournera plus à Vienne et qu'il

* Qui devint plus tard khédive et qui dut abdiquer en 1879.

(Noie de l'Éditeur,)

sera chargé de Téducation du comte de Paris. Je ne crois pas qu'il y consente, et j'espère qu'il reyiendra» car nous ne pou- TODS avoir de meilleur ambassadeur français.

Etienne Széchényi a été ici. Il désire qu'on le nomme directeur des chemins de fer, des ponts, etc.; bref, qu'on lui donne un titre qui prouve que le Gouvernement a confiance en lui. Les gens bien pensants croient qu'il serait très-avantageux de le voir entrer dans le Gouvernement.

Le prince héritier de Wurtemberg est arrivé ici le 10 et est venu me voir le lendemain. Je le trouve très-change à son avantage. Il est très-bien Seiit, un peu timide, mais il &it une impression très-&vorab!e. Le 12, il a été chez l'Empereur, et le soir je l'ai vu chez moi. II a paru s'amuser, bien que la société fât peu nombreuse. Parmi sa suite se trouve un baron de Hûgel, envoyé de Wurtemberg à Londres, qui est un homme de beaucoup d'esprit.

22 ayril.

J'ai passé une heure avec le Père Jean-Baptiste du Mont- Garmel, Pilât et Bombelles. Il organise partout des quêtes pour un hôpital qu'il a fait construire sur le mont Garmel pour tous les voyageurs, sans distinction de religion. A Berlin et dans tous les pays protestants, il a été bien reçu et chaudement appuyé; ici on lui crée des difficultés, et pour les vaincre il s'est adressé à moi*

Du 24 avril au 31 mai.

. Un envoyé du Pape est venu dans les premiers jours du mois de mai apporter le chapeau de cardinal à notre nonce Altieri. La cérémonie traditionnelle a eu lieu dans la chapelle de la Cour. On a célébré une grand'messe, à laquelle ont assisté l'Empereur et le nonce, suivis du chanoine Bedini, en manteau écarlate. Après la messe, Bedini, qui avait été chargé par le Saint-Père d'annoncer cette nomination à l'Empereur^ a prononcé une allocution, puis il a lu la bulle. L'Empereur a mis la barrette sur la tête du nonce, et le nouveau cardinal a

transmis à Tassistance la bénédiction du Pape. Après cette cérémonie, nous avons donné un grand dtner en rhonneur des deux cardinaux Scbwarzenberg et Altieri.

Ces jours-ci est venue une nombreuse députation de Bohème, composée principalement des chefs de l'opposition de ce pays, qui, selon moi, est très-dangereuse. Le comte Joseph Thun en faisait également partie. Ces messieurs avaient rédigé un discours, dont on a cependant biCFé les principaux passages, de sorte que la députation a entièrement manqué son but. Ils s'y annonçaient comme dépytés et, par conséquent, comme représentants du peuple, ce qui a été effacé, et ils demandaient en outre que TEmpereur fixât une époque à laquelle Sa Majesté établirait sa résidence en Bohême. Mais FEmpereur a dit qu'il ne prendrait aucun engagement, et qu'il comptait rester libre d'aller partout où il lui plairait.

Le 15, nous avons célébré l'anniversaire de la naissance de mon mari par le dfner d'usage, auquel assistent toujours une vingtaine d'invités. Plus les années s'accumulent, et plus ce beau jour devient pénible pour moi . Je jette un regard mélancolique sur le passé, et j'entrevois l'avenir avec une telle anxiété, que le présent devient pour moi comme un martyre incessant.

Ce matin a eu lieu une grande et, comme on me l'a raconté, brillante manoeuvre de troupes ; le jeune Archiduc François a fait l'impression la plus favorable. Il est excellent cavalier, et il a réellement une magnifique prestance quand il est à la tète des soldats.

Le 15 au soir, nous avons été invités par l'Archiduchesse Sophie à assister à une représentation théâtrale que les trois jeunes Archiducs et nos enfants avaient organisée pour l'anniversaire de sa naissance. On a joué un drame du temps de Gromwell, qui a été parfaitement rendu. Les jeunes Archiducs se sont réellement distingués; ils étaient charmants et parlaient le français avec une correction irréprochable et sans le moindre accent. Leur tenue n'a rien laissé à désirer, et l'ensemble a fait à tous les égards la meilleure impression. Les enfants de Bombelles, les jeunes Falkenhayn et mon Richard étaient aussi au nombre des acteurs.

Noos avons eu ici deux étrangers, le comte de Seinsheim, ministre des finances de Bavière, qui est venu à Vienne à cause de Texposition industrielle, et M. de Bacourt, autrefois secrétaire d'ambassade de Talleyrand, qui possède les papiers de ce dernier et du prince Auguste d'Arenberg, et qui a été chargé par tous deux de publier leurs Mémoires. M. de Bacourt a un extérieur agréable et qui inspire la confiance; c'est un homme très-aimable en société. Nous avons donné deux diners en son honneur, et M* de Bacourt passe presque toutes ses soirées chez nous.

Page 1