AU JOHANNISBERG
1494. "VojB^e au Jolianni8ber{r. — A Munich. — Sur les bords du lac de Constance. < — Siebold. -* A Stolzenfels. — Chez la Reine Victoria. — Jenny Lind. — La Reine des Belges. — La princesse de Prusse. — Concert à Goblentz. — Marientbal. — Le Prince électoral de Hesse. — Le prince Émilede Hesse. — Chez Bethmann et Rothschild, à Francfort. — Le yacht de la Reine Victoria. — Entretien du prince avec lord Aberdeen. — Liebi^. — Départ du Jobannisberg.
Jobannisberg, du 21 au 30 juillet.
1494. Nous nous sommes mis en route le 21. Au delà de Mœlk nous avons été assaillis par un violent orage et par une averse épouvantable; pourtant, le soir, nous sommes arrivés heureusement à Amstetten, et, le 24, nous étions dans la maison de notre cher comte de Senfft, à Munich. Le 25, nous nous sommes rendus au château royal pour voir Tescalier, la grande salle du trône et les salles ornées de fresques, que nous n'avions pas encore vues achevées. Clément Hligel et Camesina sont arrivés en même temps que nous à Munich; nous avons visité en leur société Tatelier de Schwanthaler, ainsi que le peintre Kaulbach, auquel on doit de magnifiques tableaux d^histoire, un remarquable portrait du Roi et de charmants portraits d'enfants. Nous avons visité aussi les fontaines, qui sont très-belles, et l'église de Saint-Louis, que je trouve un peu trop bariolée, le palais de l'exposition, l'escalier de la Bibliothèque, l'Université, etc.
Le 26, nous sommes partis de Munich ; nous avons couché à Memmingen, et le 27, dans l'après-midi, nous sommes arrivés à Lindau. M. de Gise avait mis à la disposition de Clément un bateau à vapeur qui appartient au Gouvernement bavarois, et nous avons efiFectué en quatre heures la traversée du lac de Constance, mais malheureusement sans pouvoir jouir de la vue des montagnes de la Suisse, qui forment le plus beau côté du lac. Arrivés à Constance, nous avons reçu la visite d'un conseiller du Gouvernement badois, qui nous a accompagnés partout. Nous avons visité la belle église de
Constance et une magnifique collection qui se trouve dans une galerie attenante, ensuite la salle du concile, etc. Le 28 au matin, nous avons quitté la ville, et nous sommes arrivés de bonne heure à Triberg par une route magnifique. Le 29, nous sommes arrivés à Mannheim, et le 30, nous nous sommes mis en route pour aller voir le pont du chemin de fer et un immense magasin de marchandises qui a été créé pour l'énorme trafic qui se fait dans le port du Neckar et du Rhin* Ensuite, nous nous sommes rendus à bord d un bateau à vapeur de la Société de Diisseldorf, et nous avons fiait de la manière la plus agréable le voyage de Mayence.
A trois heures de l'après-midi, nous sommes arrivés au Johannisberg. Les changements qu'on y £ait sont réellement charmants, et Tensemble fait maintenant un effet merveilleux. J'ai passé la soirée à m'installer, malgré la présence du célèbre botaniste Siebold,qui est venu nous voir. Nous avons visité aussi la chapelle commémorative des Brœmser, que Clément a fait ériger et qui est parfaitement réussie. Le Johannisberg offre maintenant comme séjour de tels agréments, que nous sommes tout heureux de nous y retrouver. Mon bon Clément est enchanté d'être revenu ici ; je voudrais finir ma vie en ces lieux, quand une fois on n'aura plus besoin de moi et que je n'aurai plus qu'à penser au salut de mon àme et au soulagement des pauvres.
Goblentz, le 14 août.
Clément nous a annoncé que le comte d'Arco nous invitait à venir voir l'arrivée solennelle de la Reine Victoria, qu'on attendait d'abord à deux heures, ensuite à trois, enfin à cinq. La forteresse d'Ehrenbreitstein ne cessait de tirer des salves de coups de canon; on eût dit un siège. Jamais je n'ai encore entendu pareil vacarme ; ma tète menaçait d'éclater; quoi qu'il en soit, c'était un beau, un imposant spectacle. A sept heures, nous nous sommes mis en route pour Stolzenfels, ce qui n'était pas chose fiacile, car la foule des équipages en rendait l'accès difficile. L'Archiduc Frédéric nous reçut. Le Roi de Prusse fit venir Clément dans son cabinet, et nous, Léontine,
Hcnninie et moi, nous restâmes avec le prince de Prusse et la Cour, pendant que les Reines se mettaient en toilette. Enfin la Cour de Prusse se leva pour aller au-devant de la Reine d'Angleterre et revint bientôt. Le Roi de Prusse, pare de Tordre de la Jarretière, donnait le bras à la Reine d'Angleterre. Lorsqu'on alla se mettre à table, le prince Albert conduisait la Reine des Belges; il avait ainsi le pas sur notre Archiduc, qui avait offert le bras à la princesse de Prusse. J'étais placée à table entre le duc d'Anbalt-Gœthen et madame de Rhede, grande maîtresse de la Gourde la Reine de Prusse. Le Roi a bu à la santé de la Reine Victoria ; le prince Albert a répondu à ce toast. La Reine de Prusse m'avait présentée à la Reine Victoria, et, après le diner, elle me nomma aussi à la Reine des Belges.
15 août.
A six heures, Clément s'est rendu à une entrevue avec lord Aberdeen, pendant que Léontine, Herminie et moi, nous ne sommes parties qu'à sept heures. On nous annonça que la Reine Victoria voulait nous recevoir; nous nous rendîmes donc auprès d'elle* Elle était seule avec le prince Albert, et elle nous a fiait un accueil très-aimable. On nous servit le thé, après quoi eut lieu un concert. Jenny Lind est une véritable enchanteresse, qui, à ce qu'il paraît, fiaiit tourner toutes les tètes prussiennes. Après le concert, on est allé souper.
16 août.
Toute la Cour de Prusse a accompagné la Reine Victoria à son yacht, qui est fort joli, dit-on. La Reine a donné comme souvenir à madame de Rhede un magnifique bracelet orné de brillants, avec son portrait, et l'on dit que les autres présents ont été aussi très-beaux. J'ai été chez la Reine des Belges, qui m'a donné une audience. Elle semblait un peu embarrassée ; elle est toutefois une dame fort distinguée, qui a le meilleur ton; elle cause très-bien, et, en somme, elle a été fort
aimable, malgré toute sa réserve. A six heures, j'ai eu une audience de la princesse de Prusse, qui s^est longtemps entretenue avec moi. En rentrant, j'ai trouvé Clément couché. Il s'était refroidi, ce qui n'est pas extraordinaire par un temps pareil ; il était nerveux et ne voulait pas aller au concert. J'y allai donc seule. Il a eu lieu dans la grande salle du château de Coblentz, qui est magnifique. Le Roi et la Reine de Prusse ont été d'une amabilité parfaite et ont regretté l'absence de mon mari. Le concert a été aussi joli qu'il peut l'être ici, et tout ce qui est valide à Coblentz y était accouru. Jenny Lind et Liszt ont été l'ornement principal de la partie musicale; mais on n'entend ici que de la musique allemande, que Meyerbeer dirige lui-même.
17 août.
Après le dtner, nous avons profité d'un moment de soleil pour parcourir Coblentz; nous sommes entrés dans un magasin pour acheter un bonnet comme en portent les paysannes des environs. Lorsqu'ils apprirent qui nous étions, ces braves gens se mirent à pleurer de joie de voir Clément : ces scènes-là m'émeuvent toujours.
JohaoDisberg, du 18 août au 8 septembre.
Le 18, nous étions sur pied à huit heures du matin; nous sommes allés sur le bateau à vapeur qui attendait le Roi au delà de Stoizenfels (avec la princesse de Prusse, le duc et la duchesse de Dessau et leur fille, le prince Frédéric de Prusse, qui quittèrent le bateau à Rheinstein). Sa Majesté a eu dans la cabine un long entretien avec Clément*. Le Roi était trèsému de ce qui venait de se passer à Leipzig, et l'on voyait qu'il en avait beaucoup d'humeur. On dfna sur le bateau à vapeur, et Leurs Majestés eurent la bonté de nous conduire jusqu'à OEstrich, où nous abordâmes pour aller au Johannis-
* Voir les détails de cet entretien dans « Visite à Stoizenfels •, n» 1517.
{Noie de V Éditeur.)
berg. Les Ingelheim nous avaient attendus là pour remettre à Clément les titres de propriété d'une petite terre que le comte dlngelheim a achetée pour lui. Cette ten*e s'appelle Marienthal; Clément désirait Tavoir afin de s'arrondir. Les bois qui en font partie touchent aux siens, et cette acqui* sition permettra d'augmenter notre bétail. Mais ce [qui a décidé tout particulièrement mon mari à fieiire cet achat, c'est que dans cette terre est enclavée une vieille église en ruine, qui depuis 1136 est un lieu de pèlerinage très-fréquenté.
Le 19, le duc de Cœthen a dîné chez nous avec l'archevêque de Cologne, Geissel, qui est une personnalité très-remarquable. Le 22, le prince électoral et corégent de Hesse s'était fait annoncer pour le diner. Il est extraordinairement taciturne; cependant, Clément a été très-satisfiait de lui et de la manière dont il considère et juge la situation embrouillée du moment. Quant à la question religieuse, il pense trèscorrectement; il est venu demander conseil à Clément sur la manière dont il pourrait le mieux régler cette affaire dans son pays.
Le curé de* Geisenheim est venu pour m'offrir, au nom de sa paroisse, l'image miraculeuse de la Vierge qui se trouvait à Marienthal ; mais ils voudraient tous nous voir reconstruire la vieille église, tandis que Clément a résolu d'ériger une chapelle sur les ruines de ce monument, ce qui me paratt plus raisonnable.
Le 29 , le prince Emile de Hesse a passé la journée chez nous ; il a changé d'une manière extraordinaire , mais il reste toujours bon et affectueux pour nous.
Le 29, nous sommes allés à Francfort; nous avons fait un déjeuner sommaire chez Mùnch et nous avons dtné chez Bethmann, avec Ugarte et Anselme Rothschild, qui, dit-on, grâce à cette circonstance, s'est trouvé pour la première fois dans cette maison, puis avec Menshengen, Dœnhoff et d'autres. On nous a montré toute la maison , dans laquelle il y a encore de beaux meubles anciens, ainsi que le jardin. Ensuite nous avons visité le théâtre , où Jenny Lind a charmé le public en chantant le rôle de Norma. Il y régnait une chaleur étouCBamte ; mais nous
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nous sommes rafirafchis en allant, immédiatement après la représentation, chez Anselme Rothschild, qui nous a donné une magnifique soirée , à laquelle assistait tout le corps diplo^ matique. Le 30, nous avons fait encore le tour de Francfort, puis nous avons dtné chez le vieil Anselme Rothschild. Le dtner était exquis, comme tous les dîners que donnent les Rothschild.
Le 2, nous avons eu une foule de monde à dtner chez nous, mais Clément a tout quitté pour nous conduire à Bingen, où nous avons visité le yacht de la Reine d'Angleterre, qui y est à Tancre, parce que le Rhin est trop bas pour lui permettre de rester à Mayence. Le capitaine nous a parfiûtement reçus , et , après nous avoir montré le navire dans tous ses détails, il nous a fait reconduire dans les canots du bâtiment , ce qui nous a fait grand plaisir.
Dans l'après-midi du 4 septembre, la Reine d'Angleterre devait arriver à Francfort , et, comme Clément voulait s'entretenir avec lord Aberdeen , il s'est rendu dans cette ville. Il a dtné chez la Reine avec le prince Albert et le Roi de Bavière; il a été très-content de l'accueil que lui a fiadt Sa Majesté , et a eu une longue conversation avec Aberdeen.
Le 7 septembre, le célèbre chimiste et professeur Liebig est venu au Johannisberg, ce qui a fait grand plaisir à mon mari et à Marmont.
Le 8 septembre , nous avons passé notre dernière journée au Johannisberg, ce qui me fait toujours beaucoup de peine. Dieu veuille que nous y retournions bientôt le cœur léger et content !
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